SECTION VIII
Pratique de l'auteur.
lr y 8 quelques maladies dans lesquelles il est difficile de déméler exactement la cause, et par là
TN L'ONANISME. | méme, de déterminer l'indication , et de régler le iraitement; mais qui se guérissent avec assez de facilité , quand on est parvenu à ce point : il n'en est pas de méme dans la consomption dorsale. L'on sait quelle est la maladie; l'on en connait la cause : c'est, comme le dit Lewis, «une espèce particu- « lière de consomption, dont la cause prochaine « est une faiblesse générale -des nerfs.» L'indication est aisée à former; l'on ne peut pas étre partagé, par là méme, sur l'essentiel du traitement ; mais souvent le meilleur iraitement échoue :c'est une raison de plus pour en fixer les détails avec exactitude. Le relâchement général des fibres, la faiblesse du genre nerveux, l'altération des fluides, sont les causes du mal. Il dépend de toutes les par. ties : il faut leur rendre leur force, c'est l'unique indication. Elle a ses subdivisions tirées des différentes parties affaiblies; mais comme les mêmes remèdes servent à les remplir toutes, il est inutile de les détailler ici; elles l'ont été dans le cours de cet ouvrage. |
Ceux qui ignorent parfaitement la médecine , et qui en parlent cependant plus que ceux qui la sayent, croiront qu'il est fort aisé de remplir cette indication , et qu'avec de bons aliments et des cor- diaux dont nos boutiques abondent, on fortifie bien aisément : de tristes expériences ont, au contraire, appris aux plus grands médecins , que rien n'éiait plus difficile. | |
« Il est bien aisé, dit Gorrer, de diminuer les t forces; l’on n’a presqu'aucun secours pour les « réparer. ».On le comprendra aisément, si l'on réfléchit que les aliments et les remèdes ne sont
80 | L'ONANISME. p autre chose que les aliments et les remèdes dont la nature se sert pour s'entrelenir, répa rer ses pertes, et remédier aux dérangements qui surviennent dans le corps. Et qu'est-ce que la nature? « L'aggrégat « des forces du corps, distribuées harmonique- « ment, » C'est la force vitale, distribuée respectivement dans les différentes parties. Quand Îles forces sont épuisées, c'est donc Ja nature qui est en défzut, c'est l'architecte-ouvrier qui ne fonctionne plus; ‘donnez-lui des matériaux liant que vous voudrez, il est hors d'état. de les employer. Vous pouvez l'enterrer avec son bátiment sous la pierre, le bois et le mortier, sans qu'il se répare un seu] pouce de muraille. Il en est de méme des maladies qui dépendent dela destruction des forces; les aliments ne réparent point, et les remedes'n'agissent point. J'ai vu des estomacs si affaiblis, que les aliments n'y reçoivent pas plus de;préparation que dans un vaisseau de bois; quelquefois ils s'y arrangent suivant les-lois de leurs cavités spécifi- ques; et quand enfin une nouvelle dose irrite l'esiomac par son poids, on les voit ressortir suCcces« sivement par un léger effort, trés séparés les uns des autres. D'autres fois, par un plus long séjour, ils s'y corrompent, et on les vomit tels qu'ils sepaient, si on les eut laissé gâter dans un bassin d'argent ou de porcelaine. Que doit-on espérer des aliments dans des cas de celte espèce ? | L'épuisement n'est pas aussi considérable dans ious : il en est dans lesquels les forces ne sont qu'affaiblies, sans être totalement détraites: il reste quelques ressources dans les aliments, et méme E dans les remèdes. Ge qui reste de la nature, tire
quelque parti des premiers , et d Marniess doivent -
étre de ceux qu'on a remarqués propres à ranimer ce principe d'action vitale qui s'éteint : ce sont les secours étrangers dont on aide l'architecte, pour quil. puisse travailler à son ouvrage, en dépeñsant Je moins possible de ses forces; c'est, d'autres fois, le coup d'éperon qu'on donne à un cheval faible, pour qu "ll fasse un effort dans un mauvais pas. Mais qu'il faut d'habileté et de prudence pour savoir jus ger d'un coup d'eil la profondeur du bourbier, la force de l'animal , et les comparer ! Si l'ouvrage est au- -dessus de ses forces, ce coup d' éperon l'obligera, il est vrai, à un effort; mais si cet effort ne peut pas le mettre en bon chemin : ir ne fera que l'épuiser totalement. | — La faiblesse produite par la Me cese "m une difficulté dans le choix des remèdes fortifiants, .. qui ne se présente pas dans d'autres cas; c’est qu’il faut éviter avec grand soin ceux qui, en irritant, ourraient Fixei nr d: aiguillon de la chair. C'est une B de la mécanique animale, si différente de l'inanimée, et si peu soumise aux mêmes règles, que, quand les mouvements s' augmentent l'augmentation est plus considérable dans les parties qui en sont les plus susceptibles; ce sont, chez les màsturbateurs , les parties génitáles; c'est donc dans ces parties que l'effet des remèdes irritants se mas hifestera le plus sensiblement; et les suites dangereuses de cet effet ne peuvent rendre trop circons« | pect sur les moyens qu "on emploie. Quels peuventils donc être? C'est ce que j'exawinerai, aprés avoir détaillé le régime. Je suivrai dans ce détail, 1a division érdinairé des six choses non NN
82 L'ONANISME. | | l'air, les aliments, le sommeil, les mouvements, les évacuations naturelles et les passions. à
L'air.
L'air a sur nous l'influence que l'eau a sur les poissons, et méme une beaucoup plus considérable. . Ceux qui savent à quel point cette premiere influence s'étend , qui n'ignorent pas que les gourmeis connaissent non-seulement la rivière, mais encore l'endroit de la rivière où un poisson a été pris, et qu'ils distinguent. |
Ceux-là, dis-je, sentiront combien il importe pour les malades de respirer un air plutôt qu'un autre. Geux qui sont entrés une fois en leur vie dans une chambre qu'on habite sans l'aérer; ceux qui auront cotoyé des marais dans des chaleurs, habité dans les lieux bas, entourés d'éminences de tous côtés ; ceux qui auront passé d'une ville peuplée dans la campagne, qui auront respiré l'air au lever du soleil ou à midi, avant ou aprés une pluie; tous ces gens-là, dis-je, comprendront comment l'air
eut influer sur la santé, — ^.
Les faibles ont plus besoin du secours d'un air pur que ips nues c'est un remède qui agit ( et c'est peul-eire ie seui ) sans 1e Con Cours de ia naiure, sans employer ses forces ; il est par là méme de la plus grande importance de ne pas le négliger. Celui qui convient le mieux à une atonie générale, c’est un air sec et tempéré : un air humide , un alr trop chaud, sont pernicieux. Je connais un malade de cette espèce, que les grandes chaleurs jettent dans un épuisement total, et dont la santé varie
e L'ONANISME. 83 en été, suivant l'alternative des jours plus ou moins chauds. Un air trep froid est beaucoup moins à craindre , et cela doit nécessairement ainsi : la chaleur reláche les fibres déjà trop fondues; le froid, au contraire, remédie à ces deux maux, Quand les Caraibes sont attaqués de paralysie, à la suite de ces terribles coliques convulsives auxquelles ils sont sujets, lorsqu'on ne peut pas les envoyer aux bains chauds qu'on trouve dans le nord de la . Jamaique, on se contente de les envoyer dans quelque endroit plus froid que leur pays, et co seul changement d'air opère toujours trés favorablement. Une autre qualité essentielle de l'air, c'est qu'il ne soit point chargé de particules nuisibles, qu'il n'ait point perdu, par son séjour dans des lieux habités, cette espèce de qualité vivifiante quien fait tout l'efficace, et qu'on pourrait appeler l'esprit vital, aussi nécessaire aux plantes qu'aux animaux; el tel est.l'air qu'on respire dans une campagne bien aérée, et jonchée d'herbes, d'arbres et d'arbrisseaux.
Que le malade , dit An£r£z, demeure auprès des . prés, des fontaines et des ruisseaux ; les exhalaisons qui en émanent , el la gaîté que ces objets inspirent, fortifient l'àme, animent les forces, et rétablissent la vie. L'air de la ville, sans cesse inspiré et expiré, continuellement rempli d'une foule de vapeurs ou d'exhalaisons infectées, réunit les deux inconvénients d'avoir moins de cet esprit vital, et d'étre chargé de particules nuisibles. Celui de la campagne possede les deux qualités opposées; c'est un air vierge, et un air imprégné de tout ce qu'il y.a de plus volatile, de plus agréable, de plus cordia] dans les plantes, de la vapeur de la terre,
71 | ! Y'ONANISME. s
qui elle-même est très salubre. Mais il serait inutile . de choisir une demeure dans un bon air, si on ne le respirait pas; l'air des chambres, si on ne le res nouvelle pas continuellement , est à peu près le méme dans toutes; ce n’est presque pasen changer,
que de passer d'une chambre fermée en ville, dans une chambre fermée à la campagne. L'on ne jouit de toute la salubrité d’une atmosphère saine qu’en plein champ. Si les iufirmités ‘ou la faiblesse ne permettent pas de s'y transporter, l'on doit renou-. veler plusieurs fois par jour l'air. dans la chambre, non pas en o 1vrant simplement une porte oü une fenêtre, ce qui le renouvelle peu, mais en faisant passer i. la chambre un torrent d'air. frais , , en ouvrant tout à la fois dans deux ou trois endroits opposés. Il n'y a aucune maladie qui n'exige cette précaution ; mais alors il convient de soustraire le melade à une trop grande impression. , Ce qui est
| toujours très aisé.
| st aussi extrêmement important de respirer l'air dà matin : ceux qui s'en privent pour rester dans une atmosphère étouffée entre quatre ridéaux,
renoncent volontairement au meilleur et peut-étre au plus fertifiant de tous les remèdes. La fraîcheur de la nuit lui a rendu tout son es vivifiant ; et la rosée qui s'évapore peu à peu, aprés s'étre. chargée de tout le baume des fleurs sur lesquelles elle a ae Tolieflé, le rend véritablement médicaraernieux. L'on nage au milieu d'une essence de plantes qu'on respire continuellement. et dont rien ne peut | suppléer le bon effet. Le bien-être, la fratcheur, la force, l'appétit qu'on sent pendant le reste du jour, éni sont une preuve à la portée de tout le monde,
di - » L'ONANISIE, 85
plus forte que tout ce que je pourrais ajouter. J'en ai vu encore très récemment les effets les plus sensibles sur quelques personnes valétudinaires, sur celles surtout qui étaient hypocondriaques; elles éprouvaient de la manière la manière la plus marquée, que si elles humaient l'air au lever du soleil, elles se sentaient beaucoup plus gaies le reste du jour; et ceux ui le passaient avec elles n'auraient pas pu se tromper à cette marque sur l'heure de - Jeurlever. L'on sent combien cet effet est important pour les malades de la consomption dorsale , qui sont si souvent hypocondriaques. Le retour de la gaîté démontre seul, d'une façon invincible, un amendement général dans la santé (1). — |
Les aliments.