‹ L'onanisme; ou dissertation physique sur les maladies produites par la masturbationChapitre 8 sur 23 · L. D***, horloger, avait élé sage ct. avait joul · texte numérisé non relu

L. D***, horloger, avait élé sage ct. avait joul

L'ONANISME. UE d'une bonne santé jusqu'à l'áge de dix-sept ans: à cette époque, il se livra à la masturbation qu'il réitérait tous les jours, souvent jusqu'à trois fois, et l'éjaculation était toujeurs précédée et accom-

" pagnée d'une légère perte de connaissance , et d'un mouvement convulsif dans les muscles extenseurs de la tête, qui la retiraient fortement en arrière, pendant que le col se gonflait extraordinairement. I! ne s'était pas écoulé un an, qu'il commença à sentir une grande faiblesse aprés chaque acte; cet avis ne fut pas suffisant pour le retirer du bourbier : son âme, déjà toute livrée à ces infamies , n'était

' plus capable d'autres idées, et les réitérations de

son crime devinrent lous les jours plus fréquentes, jusqu'à ce qu'il se trouva dans un état qui lui fit craindre la mort. Sage trop tard, le mal avait déjà fait tant de progrès, qu'il ne pouvait être guéri ; et les parties génitales étaient devenues si irritables et sifaibles, qu'il n’était plus besoin d'un nouvel acte de la part de cet infortuné pour faire épancher la semence. L'irritation la plus légère procurait surle-champ une érection imparfaite , qui était immédiatement suivie d'une évacuation de cette liqueur, qui augmentait journellement sa faiblesse. Ge spasme, qu'il n'éprouvait auparavant que dans le temps de la consommation de l'acte, et qui cessait en méme temps , était devenu habitude etl'attaquait souvent sans aucune cause apparente , el d'une facon si violente, que pendant tovt le temps de l'accès, qui durait quelquefois quinze heures, et jamais moins de huit, il é»rouvait, dans toute la partie postérieure du col, des douleurs si violentes , qu'il poussait ordinairement, non pas des cris, mais des

hurlements, et il lui était impossible, pendant tout ce temps là , d'avaler rien de liquide ou de solide. Sa voix était devenue enrouée, mais je n'ai pas remarqué qu'elle le füt davantage dans le temps de l'accès. Il perdit totalement ses forces, obligé de renoncer à sa profession, incapable de tout, accablé de misère, il languit presque sans secours pendant quelques mois , d'autant plus à plaindre qu'un reste de mémoire qui ne tarda pas à s'évanouir, ne servait qu'à lui rappeler sans cesse les causes de son malheur et à l'augmenter de toute l'horreur de ses remords. J'appris sou état, je me rendis chez ]ui; Je trouvai moins un étre vivant qu'un cadavre gisant sur la paille, maigre, rále, sale, répandant une odeurinfecte, presque incapable d'aucun mouvement. Il perdait souvent par le nez un sang pâle et aqueux; une bave lui sortait continuellement . de la bouche: attaqué de la diarrhée, il rendait ses excréments dans son lit sans s’en apercevoir; .le flux de semence était continuel ; ses yeux chassieux, troublés, éteints, n'avaient plus la faculté de se mouvoir; le pouls était exirémement petit, vite et fréquent ; la respiration trés gênée ; la maigreur ex- .cessive , excep!é aux pieds, qui commencaient à être cedémateux. Le désordre de l'esprit n'était pas moindre; sans. idées, sans mémoire, incapable de lier deux phrases, sans réflexions , sans inquiétude sur son sort, sans autre sentiment que celui de la douleur, qui revenait avec tous les accès au moins tous les trois jours. Etre bien au-dessous de la brute, spectacle dont on ne peut pas concevoir l'horreur, l'on avait peine à reconnaître qu'il avait appartenu autrefois à l'espéce humaine. Je parvins

L'ONANISME. 288 assez promptement, à l'aide des remèdes fortifiants, à déiruire ses violents accès spasmodiques , qui nc le rappelaient si cruellement au sentiment que par des douleurs; content de l'avoir soulagé à cet égard, $e discontinuai des remèdes qui ne pouvaient pas améliorer son état. Il mourut au bout de quelques semaines , en juin 1757, œdémateux par tout le <orps. — | Tous ceux qui se livrent à cette odieuse et criminelle habitude, ne sont pas aussi cruellement punis, mais il n'en est point qui ne s'en ressente -du plus au moins. La fréquence des actes, la variété des tempéraments , plusieurs circonstances étraneres occasionnent des différences considérables. E maux que j'ai vus le plus souvent sont : 1*.Un dérangement total de l'estomac , qui s'annonce chez les uns par des pertes d'appétit ou par des appétits irréguliers; chez les autres, par des douleurs vives, surtout dans les temps de la digestion, par des vomissements habituels, qui résisient à tous les remèdes, tant que l'on reste dans ses mauvaises habitudes. 2° Un affaiblissement des organes de la respiration , d’où résultent souvent des toux sèches , presque toujours des enrouements, des faiblesses de voix, des essoufllements dés qu'on. se donne un mouvement un peu violent. 3° Un reláchement total du genre nerveux. j Il n'est pas nécessaire de connaitre beaucoup l'économie animale , pour sentir que ces trois causes peuvent produire toutes les maladies de langueur , et l'expérience prouve qu'elles les produisent tous les jours. Les premiers accidents qui en résultent dans les masturbateurs , sont outre ceux

34 es E'ONANISME, :

que je viens d'indiquer, une diminution considérable dans les forces, une páleur plus ou moins considérable, quelquefois une légère jaunisse, mais continuelle; souvent des boutons qui ne passent que pour faire place à d autres, et se reproduire continuellement par tout le visage, mais surtout au front , aux tempes el près du nez , une maigreur considérable , une sensibilité étonnante aux. chan: gements des saisons, surtout au froid, une langueur dans les yeux, un affaiblissement de la vue, une diininution considérable de toutes les facultés , surtout ' de la mémoire. «Je sens bien, m' "écrivait. un pa- « lient, que cetle mauvaise manœuvre m'a dimi- & nué la force des faculiés ,et surtout la mémoire.» Qu'il me soit permis d'insérer ici les fragments de quelques lettres, qui, réunis, formeront un tableau assez complet des désordres physiques que roduit la masturbation, et dont la langue dans laquelle j'écrivais, m'einpécha de faire usage dans la premiere édition de cet ouvrage. «J'eus le mal- «heur, comme bien d’autres jeunes gens (c'est «dans l’âge mûr qu'il m écrit) de me laisser aller «à une habitude aussi pernicieuse pour le corps «que pour l'âme ; Pâge , aidé de la raison, a cor- 4 rigé depuis quelque ' temps ce. ME ruble pen- «chant; mais le mal est l'ait. A^ l'affcetion et sen- « sibilité extraordinaire du genre nerveux et aux «accidents qu’elle occasionne , se joignent une «faiblesse, un malaise , un ennui, une délresse «qui semblent m'assiéger comme à l'envie; je suis «miné par une perte de semence presque conti- «nuello; mon visage ('evient presque cadavéreux, «tant il est pâle et plombé. La faiblesse de mon

L'ONANISUE, 35

« corps rend tous mes mouvements difficiles : celle «de mes jambes est souvent telle, que j'ai. beau- «coup de peine à me tenir debout, et que je n'ose « pas me hasarder à sortir de ma chambre. Les « digestions se font si mal, que la nourriture se « présente aussi en nature, trois ou quatre heures « apres l'avoir prise, que si je ne venais que de la « mettre dans mon estomac. Ma poitrine se remplit « de phlegmes, dont la présence me jette dans un «état d' angoisses , et l'expectoration , dans un état «d épuisement. Voilà un tableau raccourci de mes « misères, qui s sont encore augmentées par la triste « certitude que j'ai acquise, que le: jour qui suit

'« sera encore plus fácheux que le précédent; en un

«mot, je ne crois pas que jamais créature hu- « maine ait été affligée de tant de maux que je le « suis. Sans un secours particulier de la providence, «j'aurai bien de la pone à à supporter un fardeau «si pesant. »

Je lus en frémissant, dans la lettre d'un autre malade, ces mots terribles , qui me rappelèrent ceux de l'Oxawia : « Si la religion ne me retenait « pas, j'aurais déjà terminé une vie d'autant plus « cruelle, qu'elle l'est par ma propre faute.» Il n'est point àu monde, en effet, d'état pire que celui de l'angoisse : la douleur n'est rien en com-

| paraison , et quand elle se joint à une foule d'au-

ires maux , il n'est point étonnant qu ’un malade désire la mort comme son plus grand bien, el regarde la vie comme un malheur réel, si For peut appeler vie un état aussi triste.

La description suivante est plus courte et moins

terrible. « J'ai eu le malheur, dès ma jeunesse, je

.« crois entre huit el dix ans, de contracter celte per- « nicieuse habitude, qui, de bonnc heure , a ruiné « mon tempérament; mais surtout depuis quelques

.« années , Je suis dans un accablement extraordi- « naire;j ^ai les nerfs extrémemen! faibles; mes mains « sontsans forces, toujours tremblantes, et dans une « sueur oon Hodie: ; Jai de violents maux d'esto- « mae , des.douleurs dans les bras, dans les jam- « bes, quelquefois aux reins et à la poitrine , sou- « vent de la toux : mes yeux sont toujours faibles + el cassés ; ; mon appétit est dévorant ; et cependant «je maigris beaucoup, et j'ai tous les jours plus « mauvais visage.» L'on verra, dans la section du traitement, le succès des de dans ce cas.

Je ne détaillerai pas la cure du premier , à cause

.de sa longueur. « La nature, écrivait un troisième, « m'ouvrit les yeux sur la cause de la langueur « dans laquelle j je me trouvais, et sur le danger de « l'abime où je me précipitais, soit par des bou-

« tons ou vessies qui survenaient à la partie qui « servait d'instrument à mon crime, soit aussi par « la faiblesse que J éprouvais au milieu du crime « méme, et qui ne me permettait pas de douter « quelle était sa cause. »

Je pourrais ajouter ici un grand nombre de relations de maladies pour lesquelles j'ai été consulté depuis la seconde édition de cet ouvrage ; mais ce seraient des répétitions inutiles, et je me borne à deux ou trois des plus récentes.

Un homme, qui est dans la fleur de son âge m'écrivait , il n 'y a que peu de jours : .« Jai con- « tracté fort jeune une affreuse coutume, qui a L ruiné ma santé ; je suis accablé d'embarras et de

«€ tournoiements de tête, qui m "ont fait craindre .« l'apoplexie , et pour lesquels on m'a saigné ; mais « on s'apercut d'abord qu'on avait eu tort. J'ai la « poitrine serrée, et par conséquent la respiration . « gênée ; J'ai fréquemment des douleurs d'estomac, « el je souffre successivement presque par tout le « corps; je suis tout le jour assoupi et inquiet : æ pendant la, nuit, mon sommeil est troublé et. « agité, et il ne me répare point; j'ai souvent des « démangeaisons , je suis pâle, j'ai les yeux affai- .€ blis et douloureux, le teint jaune et la bouche .« mauvaise , elc.

« Je ne puis faire, m'écrivait un second, deux « cents pas sans me reposer; ma faiblesse est ex- « tréme; j'ai des douleurs continuelles dans tout « le corps, mais surtout dans les épaules ; je souffre I beaucoup des maux de poitrine ; j'ai conservé de .« l'appétit, mais c'est un malheur, puisque j'ai des « douleurs d'estomac dès que j' ‘ai mangé, et que je « rends tout ce que mange : si je lis une page ou « deux, mes yeux se remplissent de larmes, et me .« font souffrir ; j'ai souvent des soupirs très invo- « lontaires : Filo æylmo flaccidius veretrum, om- « nisque ereclionts impotens , semen. quidem , « manu excitatum , effluere. finit, nequaquam « vero ejaculat ; adeo ceterum immunitum et re- « tractum ut ocult de sexu vic judere possint. » L'on trouvera les détails et les succès du traitement .dans la suite de cet ouvrage ; je les donnerai, parce que c'est le plus affaibli et le plus docile des malades que j'aie vu.

Un troisième , qui s'était livré à cette hütrible manœuvre , dès l’âge de douze ans, paraissait plus

attaqué dans les facultés intellectuelles que dans la santé corporelle. « Je sens ma chaleur diminuer « sensiblement ; le sentiment est considérablement :€ émoussé chez moi, le feu de l'imagination extré- « mement ralenti, le sentiment de l'existence infi- '« niment moins vif; tout ce qui passe à présent me « paraît presque un songe ; j'ai plus de peine à con- « cevoir, el moins de présence d'esprit; en un « mot, je me sens dépérir, quoique je : conserve du « sommeil, de P appétit, ct assez bon visage » Une suite qui n'est pas rare, c'est l'hypocondrialgie ; et si les hypocondriaques se livrent à cette ratique, elle empire tous les accidents du mal, et le rend totalement incurable. J'ài vu les inquiéludes, les agitations les plus cruelles étre l'effet de

ces deux causes réunies, et des observations réi-

térées m'ont prouvé que, dans les hypocondiiaques qui sont sujets à avoir quelquefois des attaques de délire ou de manie , la masturbation háte toujours les accès. Le cerveau affaibli par cette double cause, perd successivement toutes ses facaltés , et les inalhdes tombent enfin dans une imbécillité, qui n’est suspendue que par quelques attaques de frénésie. Les Mémoires des curicux de la nature parlent d'un homme mélancolique, qui, suivant le conseil d'Horace, cherchait quelquefois à dissiper ses trislesses par le vin, et qui, s'étant trop livré à

un autre genre de plaisir dans les premiers jours de

son second mariage, tomba dans une manie si derrible, qu'il fallut P Fenchaîner.

JAKIN nous a conservé, dans ses Commentaires sur Ruasès, l'histoire d’un mélancolique, que des excès dans le même genre jetèrent dans une con-

dk,

somplion accompagnée de manie qui le tuèrent en peu de jours. | SEEN et

L'on sait que les paroxysmes épileptiques, accompagnés d'une effusion de liqueur séminale, laissent plus d'épuisement encore, et surtout plus d'étordissement que les autres. Le coit excite les accès de ce mal dans ceux qui y sont sujets, et c'est à cette

-cause que Vax SwixrzN attribue le grand accable-

ment dans lequel les malades tombent, siles accès sont fréquents. Diprgn avait connu un marchand de Montpellier, qui ne sacrifiait jamais à Vénus sans avoir, aussitôt après, une atlaque d'épilepsie. -

GALLIEN rapporte une observation semblable, et Henri Van Hgsrs témoigne la même chose. J'ai eu occasion de m'en convaincre moi méme. VAN Swrz- TEN a connuun épileptique qui fut attaqué de l’accès la nuit de ses noces. llorrsANN connaissait une femme trés lubrique, qui avait le.plus souvent un accès d'épilepsie après chaque acte vénérien (1).

(1) Nous empruntons le récit suivant aux lettres médicales et morales du docteur Rosier.

« J'ai eu occasion de voir une malheureuse mère dont la fille offrait en méme temps une aliénation mentale et une habitude solitaire ; cette mère vint me prier, il y a quelques mois, de vouloir bien venir voir l'objet pour elle de la plus grande douleur; elle ignorait laquelle de ces deux maladies avait précédé l'antre, ou elle n'osa point me l'apprendre , quelque désir et quelque raison que je lui témoignasse de m'en assurer.

« C'était en hiver ; le soir , il était nuit, cette dame me conduisit prés de la fenétre d'une petite salle basse prenant le jour sur un jardin: « Voyez, si je suis à plaindre, me dit-elle alors, . en eutr'ouvrant tout doucement un des volets de cette salle. » J'apercois en effet une personne d'environ trente ans, assise prés d'une table et d'un flambeau , le cou et la poitrine mal couverts, les mains automatiquement abandonnées sur les cuisses, les pieds nus, les cheveux en désordre, la | sure décharnée, le teint

fo L'ONANISME.

L'on peut placer ici ce que dit Boznuaavg, dans son T'raité des maladies des nerfs, que, dans l'ardeur vénérienne , tous les nerfs sont affectés quelquefois. Il rapporte l'exemple d'une femme qui tombait, à chaque coit, dans une syncope assez longue; et celui d'un lide qui mourut dans le premier coit : la force du spasme l'avait jeté surle-champ dans une peraiysie totale. Je trouve dans : l'excellent ouvrage dont Savvaazs vient d'enrichir la médecine, l'observation très singulière, et peutêtre unique, d'un homme qui, au milieu de l'acte, élait attaqué (et le mal a duré douze ans) d'un spasme qui lui raidissait tout le corps, avec perte de sentiment et de connaissance. Je connais plu-

hâve, les épaules et toutes les extrémités de ses membres faisant des saillics- aiguës sous ses vétements, et enfin pour compléter toute l'horreur de ce tableau , cette personne était dans une im- mobilité glacante. E-

« Ce spectacle me fait] peur, ajunt bientôt à demi-voix et avec émotion la tendre mère, en refermant doucement le volet; cela ne m'étonnait pas, elle était mère; et l'air de «spectre de la malheureuse créature que nous venions de considérer, la lueur du flambeau qui paraissait lui être indifférente , le silence qui régnait autour d’elle, étaient bien faits pour remplir d'effroi. Nous entrons ; j 'aborde cette personne , objet. de ma visite , et desi cruelles angoisses pour le cœur de;sa men e, jelui adresse la poules mais. je n'en puis rien obtenir de satisfaisant.

« Elle ne répondit jamais autre chose que le moriosyllabe, oui, quelque question qu'on lui adressát, ni ne changeait jamais de place, quelque invitation ou quelque priére qu'on lui en fit , à moins qu'on ne l'engageát à aller se coucher ; encore fallait.il fortement l'y contraindre: il en était de méme lorsqu'on jugeait à propos qu'ellese levât. Elle était dans cet etat depuis plusieurs années ; 3 Souvent, la nuit surtout, elle poussait des cris effroyables que j'ai entendus plusieurs fois, et qui ressemblaient à ceux que pourrait faire entendre une personne qui serait Mosa xoig saisie 3 la gorge. »

L'ONANISME. 4t: sieurs faits analogues; pr Harrrm en a indiqué un grand nombre dans ses remarques sur les Instituts de BogrnaAve; et l'on en trouve plusieurs autres chez les observateurs.

L'on a vu plus haut que la masturbation procurait l'épilepsie, et cela arrive plus souvent peutêtre qu'on ne le croit : est-il étonnant que ces actes rappelient les accès, comme je l'ai vu plus d'une fois, dans ceux qui y sont déjà sujets ? est-il étonnant qu'elle rende cette maladie incurable?

Cette rigidité totale de tout le corps, dont parle Boznnaavre, est un des symptómes les plus rares; je ne l'avais vue qu'une fois, quand on imprima la dernière édition de cet ouvrage, mais dans le degré le plus complet. Le mal avait commencé par. une raideur du col ct de l'épine ; il gagna successivement tous les membres, et je vis cet infortuné jeune homme, quelque temps avant sa mort, no. pouvant avoir d'autre situation que d'étre couché à la renverse dans un lit, sans pouvoir remuer nt les pieds, ni les mains, incapable de tout autre mouvement, et réduit à ne prendre d'aliments que ceux qu'on lui mettait dans la bouche, il a vécu quelques semaines dans ce trisle état, et mourut, ou plutót s'éteignit presque sans souffrance.

J'ai vu depuis un autre exemple terrible de cette rigidité totale et mortelle, qui mérite bien d’être rapporté. Je fus demandé le 10 février 1760 , pour voir à la campagne un homme de quarante ans qui avait Été très fort et très robuste, mais qui avait fait beaucoup d'excés en femme et en vin, et qui s’élait souvent exercé à ce qu'on appelle des tours de force. Son mal avait commencé, il y avait plu-

sieurs mois, par une faiblesse dans les jambes, qui le faisait chanceler en marchant, comme s'il avait trop hu ; il tombait quelquefois, même en se promenant . dans la plaine; il ne pouvait descendre les degrés qu'avec beaucoup de peine, et il n'ossit presque plus sortir de son appartement. Ses mains tremblaient beaucoup. Il ne pouvait écrire quelques mots qu'avec beaucoup de difficulté , et il les écrivait trés mal, mais il dictait aisément , quoique sa langue, qui n'avait jamais eu une bien grande volubilité, commencát à en avoir un peu moins. Sa mémoire le servait bien, et la seule chose qai pût faire soupconner quelque lésion dans les facultés, . c'est qu'il était moins attentif au jeu des dames, et que sa phys onomie était assez changée ; il avait de l'appétit et il dormait, mais il avait un peu de peine à se tourner dans le lit. —

Ii me parut que les excès en femmes et en vin élaient la cause première du mal, et je pensais que les tours de force qu'il avait souvent faits, pouvaient être la cause de ce que les muscles étaient plus particulièrement attaqués. La saison était peu favorable aux remèdes; mais il fallait cep-ndant chercher à arrêter les progrès du mal; je lui conseillai des frictions sur tout le corps avec de la flanelle, et quelques fortifiants; je me proposais d'en augmenter la doses , et de leur joindre l'usage du bain froid dans le commencement de l'été. Au bout de quelques semaines, le tremblement des mains paraissait un peu diminué. Il y eut une consultation au mois d'avril; on attribua le mal à ce que le malade avait écrit pendant quelques mois, il y avait deux ans, dans une chambre nouvelle-

| L'ONANISME. : 4$ ment recrépie : on employa des bains tiédes , des frictions graisseuses, des poudres qu'on dit être diaphorétiques et antispasmodiques ; il ne survint aucun changement. Au mois de juin, une seconde consultation décida qu'il irait prendre les eaux de Leuk en Valais: au retour, il avait plus de tremblement et plus de raideur. Depuis lors ( septembre 1760, jusqu'au mois de janvier 1764) je ne l'ai revu que trois ou quatre fois. En 1762 , sur la foi de je ne sais quelle annonce, il fit venir de Francfort les remèdes de l'Onania , qui n'opérérent rien. ll en prit, l'année dernière, d’un médecin étrancer, avec aussi peu de succès. Le mal a fait, dés le commencement, des progrès lents, mais journaliers; et, plusieurs mois avant sa mort, il ne pouvait plus se soulenir sur ses jambes; il ne pouvalt plus remuer seul les bras ni les mains ; l'embarras de la langue augmenta, et il perdit tellement la voix, qu'on ne pouvait l'entendre qu'avec beaucoup de peine; les muscles extenseurs de la tête. la laisaient continuellement tomber sur la poitrine; ilavait toujours de l'inquiétude dans les reins, le’ soinmeil et l'appétit diminuèrent successivement : les derniers mois de sa vie, il avait beaucoup de peine à avaler; depuis Noël il survint de l'op- pression, avec une fièvre irrégulière , les yeux s'é- . teignirent singulièrement : il passait, quand je le revis au mois de janvier, tout le jour et une grande parüe dela nuit sur un fauteuil, penché en arrière , les jambes étendues sur une chaise, la tête iombant à chaque instant sur la poitrine, ayant toujours une personne debout auprés de lui, sans Cesse occupée à le changer d'attitude , à lui relever

b4 L'ONANISME. | ' Ja tête, à l'alimenter, à lui donner du tabac, à le moucher, et à écouter attentivement tout ce qu'il . disait. Les derniers jours de sa vie, il était réduit à prononcer lettre par lettre, et on les écrivait à mesure qu'il les prononcait. Voyant que je ne lui donnais aucune espérance, et que je n'employais que quelques lénitifs pour l'oppression et la fièvre, pressé par le désir de vivre, il fit à un de ses amis, pour venir me la faire tout de suite, là confidence de la cause à laquelle il attribuait, tous ses.maux cn lui avouant que c'était la inastarbation : qu'il avait commencé celle infamie il y avait plusieurs années; qu'il l'avait continuée aussi long.temps qu'il l'avait pu; el qu'il avait senti croîlie ses maux à mesure qu'il s'y livrait. Il. me confirma cet aveu quelques jours aprés, et c'est ce qui l'avait déjà déterminé à cmployer les remèdes de l’Onania. ; i

L'excés dans les plaisirs de l'amour ne produit pas seulement des maladies de langueur; il Jette quelquefois dans des maladies aiguës, el toujours il dérange celles qui éépendent d'une autre cause ; 4l produit trés aisément la malignité , qui n’est, se- Ton moi, que le dérangement des forces dans 1a naiure. HippocrATE nous a déjà laissé, dans ses hisioires des maladies épidémiques, l'observation d'un jeune homme qui, après des excès vénériens et vineux , fut attaqué. d'une fièvre accompagnée des symptómes les plus fâcheux, les plus irréguliers, et enfin mortelle. : |

Tout ce que Horrwaxx dit sur cette matière, mérite d'élre rapporlé. Après avoir parlé du danger des plaisirs de l'amur pour les blessés, il exa-

mine celui que courent l:s personnes qui ont la fièvre en s'y livrant, et il commence par citer une observation de FaBnice DE HirprN, qui dit qu'un homme ayant eu commerce avec une femme, le dixième jour d'une pleurésie, qui avait été terminée le septième par des sueurs abondantes, fut attaqué

par une forle fièvre et un tremblement considérable, et mourut le treizième jour. Il donne ensuite l'histoire d'un homme de cinquante ans, goutteux et livrá aux femmes et au vin, qui, dans les premiers jours de la convalescence d'une fausse plenrésie, fut attaqué, immédiatement après le coit , d’un tremblement général, avec une rougeur excessive au visage, la fièvre , et tous les symptômes de la maladie dont il relevait, mais beaucoup plus violemment que la première fois, et il fut dans un bien plus grand danger. Il parle d'un homme qui ne se livrait Jamais à des excès vénériens sans avoir une fièvre d'accés pendant plusieurs jours. Il finit par une observation de BARTHOLIN , qui vitun nouveau marié attaqué le lendemain de ses noces, après des excès conjugaux , d’une fièvre aiguë, avec un grand aballement, des défaillances, des soulèvements d'estemac , une soif immodérée , des réveries, l'insomnie, beaucoup d'inquiétudes : il guérit par le repos et quelques fortifians.

N. CuzswzAv vit deux jeunes mariés attaqués, la premiére semaine de leurs noces, d'une violente fièvre continue, avec une rougeur et un gonflement considérable. da visage, l'un des deux avait une violente douleur au croupion : ils périrent l'un et l'autre au bout de pea de jours.

VawpnEMONDE décrit une fióvre produite par Ia

Ga: T à dn . 1v L'ONANISME, | ,même cause, qui fut aussi très longue , et accom- «pagnée des accidents les plus effrayants, mais dont l'issue fut plus heureuse que dans le malade d'Hip. ,PocRATE. Je ne rapporterai pas ici la description 5qu'il en donne, parce qu'elle est un peu longue, mais je conseille aux médecins de la lire dans l'ou- &4NWrage méme, qui aujourd'hui se trouve partout. .de parlerai plus bas du traitement. De SAvvAaEs peint cette maladie sous le nom de ftévre ardente - des épuisés ; le pouls est tantôt fort et plein, tantôt faible et petit; les urines sont rouges, la peau sé .Cche et chaude, la soif considérable; ils ont des ., nausées, et ne peuvent point dormir. | J'ai vu, en 1761 et 1762, deux jeunes hommes “très sains, très forts , très vigoureux, qui furent ats itaqués, l’un le lendemain, l’autre la seconde nuit :de leurs noces, sans aucuns frissons, d'une fièvre :&rés forte, avec le pouls vite et dur, des rêveries, beaucoup de légers mouvements convulsifs, une inquiétude insoutenable, et la peau très sèche; le , Second avait beaucoup d'altération et beaucoup de peine à uriner (1). Je pensai d'abord que l’excès du vin pouvait aussi avoir quelque part à ces accidents; {mais je fus pleinement dissuadé, au moins pour le

- "TY Gottlieb Vogel dit avoir connu une jeune dame non mariée ‘que: l'onanisme a d'abord rendue folle et furieuse, et qui est tombée ensuite dans un état d'imbécillité le plus absolu ; elle ne proférait jamais une seule parole et se laissait traiter comme si . ella était entièrement privée de vie; elle férmait les yeux dés qu’elle voyait quelqu'un s'approcher d'elle; les muscles et les ligaments du cou étaient si faibles qu'elle avait constamment la téte penchée sur la poitrine péndant tout le temps qu'elle était assise ; AM est probable qu'ellel'avaitégalemeat penchée lorsqu' elle marchait , ce que ne dit point Vogel. 4

second. Ils furent guéris l'un et l'autre au bout de. deux jours; circonstance qui, jointe à l'époque de. la maladie et à ses caractères, ne laisse aucun doute sur sa cause.

De tristes observations m'ont appris que les ma-. ladies aiguës dans les masturbations étaient très dangereuses; leur marche est ordinairement irrégulière, leurs symptômes bizarres, leurs périodes

érangées , l’on ne trouve point de ressources dans, le tempérament, l'art est obligé de tout faire; et, comme il ne procure jamais de crises parfaites, quand, aprés beaucoup de peine, la maladie est surmontée, le malade reste dans un état de langueur plutôt que de convalescence, qui exige une continuation de soins les plus assidus, pour empécher qu'il ne tombe dans quelque maladie chronique; et je vois que Fowszca avait déjà averti de ce danger. Plusieurs jeunes gens, dit-il, méme trés robustes ,, sont attaqués, après des excès avec des femmes dans une même nuit, ou d'une fièvre ai--

uë qui les tue, ou ils tombent dans des maladies. DRE dont ils ont beaucoup de peine à guérirs car, quand le corps est affaibli par des excès vénériens, s'il est attaqué par quelque maladie aiguë, il n'y a point de remède. |

Un jeune garcon, qui n'avait pas encore seize ans, s'était livré à la masturbation avec tant de fureur, qu'enfin, au lieu de sperme, il n'avait amené. que du sang, dont la sortie fut bientôt suivie de douleurs excessives et. d'une inflammation de tous; les organes de la génération. Me trouvant par hasard à la campagne, on me consulta ; j'ordonnai. des cataplasmes extrémement émollionts, qui pro-

duisirent l'effet que j'en attendais ; mais j'ai appris depuis qu'il était mort peu de temps après de la pelite vérole, et je ne doute point que les atteintes qu'il avait portées à son tempérament, par ses infámes fureurs, n'aient beaucoup contribué à rendre cette maladie mortelle. Quel avis aux jeunes gens!

Tous ceux qui ont souvent occasion de traiter le mal vénérien, savent que , dans les sujets usés par la fréquence des VUE il devient fréquemment mortel. J'ai vu les plus affreux spectacles en ce. genre,

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