‹ L'oncle BaptisteChapitre 26 sur 59 · ACTE 1, SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE XVII

EMMA, avec joie. Elle remonte la scène en observant son père.

Ah!

Arthur, avec joie.

Il se pourrait...

LOLOTTE , à Baptiste.

Mais qu'est-ce que tu disais donc?

Un instant... ça ne se peut pas... tout à l'heure je lui ai fait une proposition.

DUPONT, lui prenant la main.

Dont, j'ai été touché, frère.

Et tu m'avais presque promis...

Que j'accepterais. Je l'aurais voulu... mais je ne le puis.

Et pourquoi ça? Qui peut te forcer à nous quitter?

DUPONT, 5 part.

Impossible de lui expliquer...

Réponde. Que te manquet-il ?

DUPONT, à part.

Ce serait le blesser plus cruellement encore...

Tu sais bien que je ne peux pas me passer de toi, Paul ; voilà vingt ans que nous marchons côte à côte dans les rangs... Tu ne voudrais pas abandonner ton vieux camarade.

DUPONT, lui pressant la main.

Ah! que dis-tu?... Il me serait si doux de continuer à vivre près de toi...

Eh bien! alors, tu restes?

DUPONT

Rester!... c'est impossible!...

BAPTISTE, a Lolotte.

Comment, impossible!

Certainement; voici l'acte signé.

BAPTISTE, à Lolotte.

Signé I

EMMA, descendant entre son père et Quentin. Déjà !

ARTHUR

Ah!

DUPONT, à part, regardant sa fille dont il presse la main.

J'ai promis de la rendre heureuse !

El... tu pars?...

DUPONT

Ce soir.

Ainsi, c'est décidé, l'ambition est plus forte que ton amitié.

DUPONT

Mon frère...

BAPTISTE, fausse sortie.

Suffd. Viens, femme. (Il remonte la scène.)

LOLOTTE

Partons.

DUPONT, passant entre eux deux.

Écoutez.

Non.

DUPONT

Il le faut. D'ailleurs, j'ai à vous rendre compte des fonds que vous m'avez confiés.

J'en veux pas. Qu'est-ce qui t'en demande ?

LOLOTTE

C'est encore un affront que vous nous faites.

DUPONT

Un affront?

C'est pour nous humilier.

QUENTIN, passant derrière Emma pour aller à Baptiste. Mais, papa Baptiste...

BAPTISTE, avec colère.

Qu'est-ce qui vous parle à vous, courtier de malheur?

DUPONT

Mon ami, peux-tu penser...*

Je ne pense rien. C'est fini. Non ; j'ai tort. Je croyais qu'on devait aimer ceux qui nous aiment. C'est moi qui n'avais pas le sens commun.

DUPONT

Baptiste...

EMMA, en même temps.

Mon oncle...

lolotte, émue.

Ce sont des ingrats.

Oh! oui, des ingrats! Allez, partez, mais surtout ne m'écrivez pas, car je ne lirais pas vos lettres, je ne vous répondrais pas.

Mon ami , la douleur te rend injuste.

BAPTISTE, redescendant la scène. Il est ému et s'efforce de comprimer sa douleur.

De la douleur ! moi ! ah ! par exemple. Ah ! ah ! ah ! de la douleur. Sois donc tranquille ! Tu peux partir, va, ça ne m'empêchera pas de nous amuser, n'est-ce pas, ma vieille?

LOLOTTE, pleurant.

Tiens !

" Emma, Arthur, Lolotte, Baptiste, Dupont, Quentin.

* Arthur, Lolotte, Dupont, Baptiste, Emma, Quentin.

BAPTISTE, luttant contre les larmes qui le gagnent.

Et nous rirons cucore... et nous chanterons... et nous... Ah! ah! ah! de la douleur. J'aime bien ça. (Il chante.) Les gueux, les gueux.

Sont les gens heureux, Ils s'aiment entre eux...

(La douleur l'emporte; il suffoque. A Lolotte, d'une voix étouffée.)

Viens, je ne veux pas qu'ils me voient pleurer.

LOLOTTE

Partons, parlons.

DUPONT

Mon frère...

EMMA

Mon oncle...

BAPTISTE, avec force.

Non, laissez-moi ; vous ne m'êtes plus de rien.

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