LE MAUVAIS ONCLE
Le méchant oncle appelle ses en-
(1). Le prince de Galles, plus ou moins ressemblant, figure de la sorte sur nombre de caricatures sans grand intérêt, ou déjà reproduites par moi, dans Lui. Voir, notamment, page 1, le prince de Galles avec l'Empereur devant l'armée du Salut et, page 112,
fants à lui mais ils n'ont que faire de le prince et master Punch buvant à
ses baisers et ne veulent rien savoir, i , , . n,,;n„ tt
(t *■ T>i it a t> î- ht 'imai la santé de Guillaume 11. (Lushge Blatter, de Berlin, Mai 1900).
Le petit enfant, le petit neveu, personnifie Michel, le Jacques Bonhomme allemand
l'héritier de la couronne et ses frasques. Volontiers, elles le plaisanteront sur sa royauté chimérique, le représentant vieilli, usé, courbé par son grand âge, attendant toujours sur les marches du trône, une royauté bien longue à venir, une royauté qui ne viendra point. Un roi qui ne sera jamais roi, s'aventure à dire un caricaturiste français qui se montra, ainsi, mauvais prophète. Que les images viennent de Paris, de Vienne, de Berlin ou de New -York, ce sera toujours la même chanson. Maman, je commence à être fatigué de monter ainsi la garde ! — Maman, tu devrais bien me céder un feu ta place! — Les années se passent et le prince attend toujours.
1897, l'année du jubilé, le mettra quelque peu en avant; ou tout au moins, plus que d'habitude, on le verra, naturellement, apparaître aux côtés de la reine Victoria, — le jubilé de la Queen étant également celui du Trône et de la famille royale. Interprétant graphiquement un mauvais jeu de mots, un journal parisien pourra représenter celui qui ne jubile pas du jubilé ; car, en vérité, l'héritier do la couronne se montra vite, las, de cette succession de fêtes et de représentations officielles cadrant si peu avec son genre de vie habituel.
« Du prince et do la reine du Record, lequel est le plus fatigué des deux ? » dit une amusante image du Bulletin, de Sydney, sur laquelle tous deux, la Mère et le Fils, sont en train de bâiller, à tour de bras, il faudrait dire à bouche que veux-tu ! La même idée avait été du reste, exprimée, en Angleterre, en termes plus ou moins semblables, sous la forme d'une image du Moonshine, également reproduite ici : << La famille royale prenant
Caricature de Tiret-Bognet.
(La Revue Encyclopédique, Janvier 1892).
un repos bien mérité, après les fatigues de toutes ces fêtes. »
Après le jubilé, ce sera la guerre du Transvaal, guerre à laquelle, dès l'origine, le prince se montra nettement hostile.
Ici donc, en le représentant quelquefois avec la Reine, sur les images où celle-ci était violemment prise à partie, la Caricature se montra tout particulièrement injuste. En France, on considéra même comme de bon ton de diriger contre lui des accusations de couardise, habitué qu'on est, toujours, aux héros de parade et de coups d'état, aux princes d'humeur et d'essence belliqueuse, caracolant sur des coursiers, blancs ou noirs, à queue balayante — telle la traîne de quelque grande dame. — Un héritier de a couronne qui se contente d'inspecter des recrues et qui ne s'empresse pas de parader sur quelque bouillant coursier, n'estce pas, pour nos pourfendeurs, quantité négligeable ! C'est à ce sentiment que répondront différentes images dont tout l'intérêt se trouve résider en la légende : Le prince de Galles va prendre une décision héroïque ; il va suivre ses soldais sur la carte, ou bien encore : Le prince de Galles a pris la décision de se rendre au Transvaal,... à V Exposition. Images qui, je n'en doute pas, durent faire tressaillir de joie les anglophobes, — toujours nombreux en ce beau pays de France — mais qui pour être des calembredaines illustrées, n'en sont pas moins dénuées de tout esprit caricatural élevé.
En véritable Anglais et en prince très moderne, ayant parfaitement conscience et du rôle qu'il était appelé à jouer et de sa dignité personnelle, le prince de Galles, qui n'avait point déclaré la guerre, se contenta de la subir jusqu'au moment où il lui fallut en assumer, lui-même, la responsabilité. Quant à enfourcher son coursier, quant à se mettre à la tête de l'armée anglaise, il estima, non sans raison, que c'était l'affaire des généraux payés pour cela, et non la sienne.
Un jour, le bruit courut qu'on avait attenté à la vie de ce prince si profondément pacifique. Alors, une fois encore, la caricature crut devoir insister sur ce qu'elle appelait sa couardise. Françaia
et Allemands, à plaisir caricaturèrent l'heureux événement qui allait donner à Monseigneur le baptême du jeu et un brevet de courage. « On ne dira plus que je ne vaux pas la poudre » affirme l'image du Postillon, de Munich, qui met en présence Edouard de Galles et le roi Milan, les deux joueurs et les deux joyeux fêtards.
En Allemagne, du reste, Edouard n'apparaissait guère que dans quelques figurations intimes avec Guillaume, et partout, à Berlin, à Munich, à Vienne, c'était toujours le mauvais oncle, l'oncle qui n'est pas gentil pour son neveu. Déjà, se manifestaient ouvertement tous les symptômes de désaccord qui s'accentueront de façon si ostensible lorsqu' Edouard deviendra roi d'Angleterre. '}