‹ "L'oncle de l'Europe" devant l'objectif caricaturalChapitre 2 sur 121 · CE LIVRE EST RESPECTUEUSEMENT DÉDIÉ PAR UN FRANÇAIS ANGLOPHILE · texte numérisé non relu

CE LIVRE EST RESPECTUEUSEMENT DÉDIÉ PAR UN FRANÇAIS ANGLOPHILE

John Grand-Carteret

Fac-similé de la lettre d'approbation adressée à l'auteur de ce livre, au nom de Sa Majesté, par Lord Francis KnoUys, secrétaire particulier du Roi Edouard VII.

L'ONCLE édotjard polype européen (KikeriU, de Vienne, 24 mai 1905.)

Simple demande à un Roi=Qentleman

A Sa Majesté Edouard VII Roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, Empereur des Indes.

'■ Majesté,

Un des plus grands maures de la satire crayonnée, James Gillray qui, pour avoir poursuivi de ses traits acérés votre ancêtre, Georges III, n'en fut pas moins un grand citoyen et un grand Anglais raconte que, questionné dans une ville de France sur sa nationalité, il répondit non sans un certain orgueil : « Je suis d'une toute petite île qu'on appelle la Grande-Bretagne. v>

Or, cette toute petite île il la sentait particulièrement grande — • grande par son esprit d'individualisme et de liberté ; grande par sa force d'expansion ; grande par son sens critique, et peut-être aussi — pourquoi ne pas l'avouer ? — grande par cette arme de Rire et de Combat, la Caricature, dont les Anglais surent faire un puissant instrument social et qu'il élèvera lui, quelque jour, jusqu'à la hauteur d'un élément de patriotisme.

Car il était du pays qui, après la Hollande, vit germer et grandir la Caricature 'politique ; — car il était d'un pays imbu d'un tel

esprit de satire et d'indépendance qu'il y put librement, des années durant, caricaturer sans réserve d'aucune sorte, le Roi, la Reine, le prince de Galles... les ancêtres de votre Majesté.

On comprend, donc, quel dût être son étonnement, lorsque en France ou il voyageait à petites journées, pédestrement, à la mode des artistes du XVIIIe siècle, avec le bon gros strasbourgeois, Loutherbourg, croquant par ci, aquarellant par là, il se trouva subitement en but à des méfiances non déguisées qui eussent pu devenir des hostilités ouvertes, pour avoir laissé percer le bout de l'oreille, je veux dire pour avoir montré des « pochades », des « croquades » qui s'attaquaient à de très hauts personnages, qui allaient même, dit-on, jusqu'à figurer les Princes, le Roi, la Reine.

Quoi ! toucher au faciès d'un ministre, aplatir irrespectueusement le gros nez de M. le bailli ; vouloir ridiculiser l'icône sacrée d'un Bourbon ! Lui qui ne cessait de crayonner partout Georges III.

Les Souvenirs d'un vieux Voltigeur nous apprennent que Mgr. le comte d'Artois qui, sous le nom de Charles X, devait être quelque peu secoué aux approches de 1830, garda une dent aux Anglais — et l'on sait qu'il les avait longues — à cause de certains croquis de Gillray qui avaient, alors, circulé sous le manteau, et qui pénétrèrent jusque dans certaines petites maisons de la Grange Batelière.

Dans une lettre à un ami de Strasbourg, Loutherbourg va jusqu'à dire que, de ce fait, Gillray frisa de près la lettre de cachet.

Quoi ! une lettre de cachet pour une simple croquade, pour avoir esquissé Mgr. d'Artois chez quelque appareilleuse à la mode, sans doute !

Voilà, s'il le sut, qui dut lui paraître quelque peu invraisemblable à lui qui, loin d'être un révolutionnaire, fut un conservateur avéré, à lui qui vivait en une monarchie où on le laissait librement caricaturer le Roi, la Cour, les princes, les ministres ; à lui qui popularisa par tout le royaume ce fermier Georges et sa femme qui n'étaient autres que Georges III et la Reine.

« Dans tout roi, il y a un homme, » avait dit Gillray, à ceux qui s'étonnaient de ses violences ; « si l'homme est ridicule, mesquin, grotesque, je ne puis pas le voir autrement qu'il est. »

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