‹ "L'oncle de l'Europe" devant l'objectif caricaturalChapitre 3 sur 121 · SIMPLE DEMANDE A UN ROI-GENTLEMAN · texte numérisé non relu

SIMPLE DEMANDE A UN ROI-GENTLEMAN

Pensée juste et profonde qui exprime bien la nature de Vhumour anglais !

Mais ce qui était admis en Angleterre était plus qu'interdit en France. Et c'est ce qu'essayait de lui faire comprendre Loutherbourg, quand il lui criait : « n'oubliez pas que vous êtes, ici, chez la nation la plus policée de V Europe ; dans le pays des élégances et des belles manières, étroitement soumis à la somptueuse étiquette de Versailles. »

Avec plus de simplicité et de vérité, aussi, peut-être faudrait-il dire, aujourd'hui : « c'est qu'alors déjà, la petite île et la Grande- Bretagne, possédaient toutes sortes de libertés et que la France qui détient, elle, un morceau important du continent européen, n'avait même pas la liberté du crayon. » Ce n'est pas sans motif que l'Espion Anglais parlait de la « Caricature politique » comme d'une particularité des bords de la Tamise.

Pas de procès de presse, pas de saisies d'images au nom du gouvernement. Quel pays de rêve !

De par la Constitution. — tous les souverains, vos prédécesseurs, n'ont cessé de l'affirmer, Majesté, — le Roi est le premier gentilhomme, on écrirait aujourd'hui, le premier Gentleman du Royaume, et voici que, de par la force de la Caricature, il pourra être dépouillé de son auréole et devenir, simplement, pour tous, le fermier Georges.

Le bon Grosley, le savant éditeur des Ephémérides Troyennes, qui nous a laissé sur Londres au xviiie siècle un des plus curieux ouvrages qui soient, n'en revenait pas. Volontiers, comme Montesquieu, il appellera l'Angleterre une « monarchie peuplée de républicains. »

A dire vrai, il y eut là, alors, une école, un véritable Muste ambulant de la Caricature politique et toute une nuée de caricaturistes qui, tels des guêpes ou des abeilles, piquèrent doîdoureusement et plus d'une fois, Georges II et surtout Georges III, vos ancêtres, sans oublier le prince de Galles, ce Galles dont la devise Ich diene — qui fut longtemps la vôtre, aussi, et que Votre Majesté a su suivre avec tant d'abnégation et de respect — avait été ainsi parodiée par Gillray : Ich Starve {je meurs de faim).

Les temps sont changés, les mœurs ont pu se modifier, les lois et les institutions sont restées inébranlables dans leur esprit de liberté.

Certes, l'Angleterre n'a plus Hogarth, ce génie qui, des premiers, revendiqua les droits de la propriété littéraire, ni Bunbury, ni Woodward, ni Thomas Rowlandson, ce maître incontesté de la bouffonnerie, du Rire Gras et de l'Humour grivoise, qui, le premier lui aussi, plaida la cause de la liberté de l'art et de l'interprétation publique des sujets les plus scabreux ; ni J ames Gillray, ce défenseur puissamment éloquent du patriotisme britannique, ni les Cruikshank qui, à un certain moment, devaient tant influer sur les crayons français, mais, aujourd'hui comme en plein xvme siècle, sous la forme de l'image volante, ou sous la forme du journal, dans Fleet street, dans Cheapside, dans le Strand, dans Covent- Garden, dans Piccadilly, et même dans le Cloître de Saint-Paul, c'est toujours la même abondante production d'estampes caricaturales.

Paris n'a qu'une rue du Croissant ; Londres en compte vingt. Londres avec ses deux grands maîtres du théâtre du Rire, master Punch et master Judy ; master Punch que l'on pourrait appeler le Times de la presse caricaturale, master Punch qui cause avec son Roi, familièrement, comme il aimait à causer avec son prince de Galles, avec le brillant héritier de la couronne qui, — Votre Majesté me permettra de le rappeler, — fut, des années durant, le représentant de la Gaîtê, du Rire, et surtout de l'indépendance d'esprit, en une Cour forcément un peu sévère et par trop rigide ; — master Punch, enfin, chez qui s'escrimèrent et ou s'escriment encore les maîtres du crayon : Georges du Maurier, Alfred Bryan, Harry Furniss, Linley-Sambourne .

J'ai dit que les temps étaient changés.

La satire crayonnée s'est apaisée, a perdu de sa violence, parce que la monarchie elle-même, qui prétait, alors, à tant de critiques, a repria conscience de ses devoirs et de son rôle historique.

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