SIMPLE DEMANDE A UN EOI-GENTLEMAN
Combien oubliés les temps troublés de Georges II et de Georges III ! Tout le xixe siècle anglais se trouve pour ainsi dire personnifié en une femme de puissante envergure et de mâle énergie, votre Illustre Mère, et déjà V Histoire a enregistré l'Ere de la Reine Victoria, pour faire suite à Z'Ere, non moins glorieuse, de la Reine Elisabeth.
Devant une femme, devant sa Reine, la caricature anglaise a pris aussi V habitude de se modérer ; elle a, si Von peut s'exprimer ainsi, baissé pavillon, elle s'est transformée en cette sorte d'humour bon enfant que personnifient si bien masters Punch et Judy lorsqu'ils viennent, respectueusement, avec leur perruque, leur gros nez et leurs grelots, saluer leurs souverains.
Elle-même, l'imagerie populaire a mis un frein à ses libertés. Sloper, le traditionnel personnage des Sloperies, au gros nez bourgeonné, aux piquantes facéties, grand buveur de gin, se contentera, durant les fêtes jubilaires, de trinquer joyeusement avec la Reine. Tout Anglais n'est-il pas de la famille !
Et c'est ainsi que, peu à peu, autour de la Monarchie anglaise et de la personne respectée du souverain, s'est créé une sorte de Loyalisme, très spécial, très britannique, qui, tacitement, s'est interdit toute attaque, même sous la forme de l'image, de la satire crayonnée.
Etat d'âme, en vérité, bien plus qu'état légal, puisqu' aucune modification restrictive n'a été apportée aux lois — état qui ne se saurait comparer à rien d'existant ; pas plus au despotisme russe qu'au « constitutionalisme » prussien. Attitude voulue et nullement forcée !
Donc, les violences de Hogarth et de Gillray se sont tranformêes vis-à-vis de la Couronne, en une appréciation purement critique des faits et gestes du Prince ; — plus libre, lorsque Voire Majesté n'était encore que prince de Galles, — elle fut même quelquefois sarcastique — plus respectueuse, aujourd'hui, devant le Roi.
Mais ce loyalisme anglais a été poussé si loin, que dans son expansion suivant de près l'expansion de la puissance britannique, elle-même, il a cru devoir, en mainte circonstance, protester, et combien bruyamment! « contre les caricatures qui viennent du ddhors. »
Juste retour des choses d'ici bas ! Au xvme siècle, Gillray ne comprenait pas que la Monarchie française put s'émouvoir de quelques coups de crayon ; au XIXe., le peuple anglais poussé par un loyalisme, peut-être excessif, — tout au moins en dehors de la petite île et de la grande Bretagne — s'est insurgé contre certaines attaques bien innocentes, en vérité, si on les comparaît aux estampes vengeresses de Gillray sur Napoléon Ier.
Il est vrai qu'alors c'était la guerre ouverte, tandis que, de nos jours, ce fut la guerre sourde, en pleine paix.^.
Que Votre Majesté me permette de conclure.
Au Neveu j'avais demandé la libre circulation d'images caricaturales, interdites de par les Lois et la Constitution, comme attentatoires à la Majesté de la Personne Impériale.
A l'Oncle, à l'Oncle Edouard, à l'Oncle de l'Europe — en attendant que par ses nièces Votre Majesté devienne l'Oncle de l'Amérique — je viens respectueusement demander le je ne sais quoi qui puisse permettre au loyalisme anglais de regarder, de feuilleter, d'apprécier à leur juste valeur ces documents historiques, eux aussi assemblés sans haine et sans passion, — et cela sans crainte d'être accusé d'irrespect à l'égard du Souverain.
L'Empereur Guillaume, votre neveu, n'a pas hésité à faire le geste libérateur digne de son esprit chevaleresque.
Le Roi Edouard, que d'aucuns ont déjà appelé un sage couronné, en réalité souverain très moderne et très politique, ne vourra que se montrer, une fois de plus, parfait gentleman.
Vous êtes, Sire, le plus français des Souverains, le plus Parisien des Anglais, — le parisianisme étant comme une sorte de sélection de toutes les nationalités. Or, ces caricatures sur l'Oncle, choisies avec soin, par un Français très désireux de voir l'accord anglofrançais se sceller pour toujours — vous les vîtes sûrement, et vous ne fûtes pas le dernier à en rire ! — Elles ont donc, pour Votre Majesté, l'attrait de vieilles connaissances.
En galant homme, daignez les feuilleter une fois encore.
En souverain, très libéral, d'un peuple, très loyaliste, daignez, Majesté, accorder à ce livre une place dans le home du Roi de Grande- Bretagne et d'Irlande ; daignez donner à ces images, non l'exequatur,