DERNIER ÉCHO DES FETES
Edouard VII. — Monsieur le Président, quand je reviendrai, je vous ferai visiter quelques petits coins de Paris que vous ne soupçonnez même pas.
Caricature de B. Moloch {Chronique amusante'1 5 mai 1906).
« Je paierai quand je serai roi ». Schiller : don Carlos(*).
(Jugend, de Munich, 29 Janvier 1901).
Le Prince de Galles devant l'humour anglais et la caricature européenne
LE PUNCH ET LES IMAGES PITTORESQUES SUR LA PREMIÈRE ENFANCE. — UN PRINCE CHARMANT ET LA MODE ÉCOSSAISE. — LE PRINCE DE GALLES PERSONNAGE OFFICIEL VOYAGEANT A TRAVERS L'EUROPE. — LE JOYEUX FÊTARD. — LA PART DU DEVOIR ET LA PART DU FEU. — UN ROI QUI NE SERA JAMAIS ROI. — LE PRINCE DE GALLES ET LE JUBILÉ DE LA REINE VICTORIA. — INJUSTICE DE LA CARICATURE VIS-A-VIS DE CELUI QUI N'AVAIT JAMAIS DÉSIRÉ LA GUERRE DU TRANSVAAL.
Je retrouve en feuilletant au hasard, parmi mes collections un vieux jeu de cartes datant de la guerre de Crimée, et qui sortait du Paradis des Enfants. C'était, alors, en effet, un vrai « paradis ». Or, parmi les personnages — enfants sages ou illustres — un petit Ecossais, joufflu, aux belles boucles blondes, avait toutes inos préférences : c'était Bertie, prince de Galles, comte de Chesjter, duc de Cornouailles, titres que le jeune blondin n'avait pas eu grand peine à acquérir, puisque, les uns, il les avait trouvés —
i (*) D'un côté les fellahs succombant sous le poids des trésors qu'ils apportent au souverain ; ie l'autre côté, toute la haute banque à laquelle le prince de Galles doit des millions ; les Hirsch, les Oppenheim, les Rothschild, Cecil Rhodes.
premier hochet de la Royauté — dans son berceau, — ■ alors que les autres lui avaient été simplement octroyés par lettres patentes.
Bertie — ainsi l'appelait-on en famille — fut en effet, dès sa plus tendre enfance, un personnage important. Autant il lui faudra attendre, longtemps, très longtemps, le trône de ses ancêtres, autant le prince de Galles connut jeune, très jeune,
toutes les gri-
la
HOYAI. SPORT.
(Punch, 5 octobre 184])
tude , aujourd'hui comme autrefois, tous
les héritiers de monarchies, tous les porteurs de future Couronne, ont, de ce fait même, des qualités exceptionnelles que ne saurait jamais posséder le simple vulgaire.
Mais en plus de cela, ou plutôt, sans tenir compte de cette situation privilégiée, si l'on considère l'enfant en lui-même, cette popularité s'explique grandement : il est joli, gracieux, d'esprit ouvert, de très gentilles manières. Il a toutes les qualités et l'allure, vraiment unique et supérieure, du baby et de l'enfant anglais.
séries de popularité.
Fils de Roi, c'est un titre, assurément , et l'on n'ignore pas que, suivant une vieille habil
— Edouard VII à l'ouverture de l'Exposition de Londres.
(Punch, 10 mai I85I-)
Louis Blanc, le républicain Louis Blanc, qui le voit, durant un de ses séjours en Angleterre, ne peut s'empêcher de consigner ce qui suit sur ses tablettes : « le petit bonhomme est vraiment charmant ; il a je ne sais quoi qui plaît et, aux côtés de ses parents, il apparaît comme un vrai personnage de féérie ».
Un grand procès
— Jo suis fort aise de voir Votre Altesse Royale. Savez-vous bien que vous >ourriez employer votre temps beaucoup plus mal qu'ici !
(Moonshine, de Londres, 13 Juin 1891).
Il s'agit, ici, du fameux procès Cunningham, une affaire de jeu, à laquelle fut mêlé le prince le Galles. I-oin de faire le silence, la caricature anglaise ne craignit nullement de placer le irince héritier sur la sellette, voyant la chose comme elle devait être vue, humainement, jhilosophiquement. Mais à l'étranger, ce fut un débordement de satires contre l'Angleterre : 'imagerie allemande, française, suisse, se montra particulièrement violente. Jne caricature du Nebelspalter, de Zurich, représentait Albion versant des larmes sur son lonneur compromis par le prince régent, poussant des shoking, scandalous! alors que le iladderadatsch , de Berlin, fabriquait un projet d'armoiries britanniques avec cartes, dés, lotos, etc.
Personnage, il l'est, je le répète, et de combien d'importan- ;e ! Il tient une place, et quelle place ! dans les préoccupations lu peuple : ses espiègleries, ses bons mots, seront répétés, colportés partout, par ce loyalisme anglais que Napoléon III, en
l'oncle de l'ettrope
— Photographe opérant dans le parc de Windsor.
Croquis lors de la visite de l'Empereur d'Allemagne (Punch, 18 juillet 1891).
rêveur couronné, avait cru, un instant, pouvoir implanter en France.
En 1855, à la Cour des Tuileries, lors de l'Exposition Universelle, il charmera tout le monde et, déjà, sera la coqueluche des femmes. La duchesse de M** ne se trompait point quand elle écrivait : « ce sera quelque jour, j'en ai la certitude, un véritable abbé de Cour, et sa Cour sera nombreuse.
Ah! quel charmeur que ce petit bout d'homme !
tendant, — tel, plus tard, le petit prince impérial, mode, parmi la jeunesse et même parmi les femmes. L'hiver de 1856 verra plumes, toques, et cols — à la prince de Galles. Ce n'était point trop mal commencer !
Plus tard, quand le petit prince Louis, (qui lui aussi, du reste, paiera son tribut à l'Ecosse) — se montrera publiquement en enfant de troupe, je veux dire en caporal des grenadiers de la garde, tous
». En atil faisait la
Soirée officielle à Windsor.
Croquis lors de la visite de l'empereur d'Aile* magne (Punch, 18 juillet 1891)^
Le prince dè galles devant l'humour anglais
les enfants disparaîtront sous l'immense bonnet à poils, à plaque de cuivre — Cham, Draner Darjou et autres nous ont laissé sur cette folie de précieux documents — le prince de Galles lui, en quittant Paris, nous laissera toute une colonie britannique, je veux dire toute une génération de petits Parisiens en Ecossais, avec la petite jupe plissée, l'écharpe, et les longues boucles — les avoir blondes était le suprême chic — flottant
de toutes parts sous le bonnet galonné et à plumes. Jamais depuis 1814, pareille invasion ne s'était vue — et celle-là, il faut l'enregistrer à son avantage, était toute pacifique.
« Edouard, vous' portez un nom royal »
dit un bourgeois de Cham à sa progéniture, « si vous revenez avec le premier prix, on vous habillera en Ecossais, comme le prince de Galles... »
« Comme le prince de Galles! » les hommes de ma génération, je veux dire ceux qui, aux approches de 1856, étaient des petits bonshommes de six à sept ans, n' ont pas oublié, certaine