ACTE II. SCÈNE IL S
ETIENNE DUPERNAY.
HADAMB DUFERIIAY.
Vous savez bien!...
ETIENNE DUFERNAY, se défeodant.
Je n'ai pas écoulé!..,
MADAME DUFERNAY. '
Ce beau monsieur Léon*qui fait le dégoûté ! . . .
ETIENNE DUPERNAT, surpris.
Lui? dégoûté? Léon?...
MADAME DUFERNAY.
Dans Torgueil qui l'eiriVrc, Il trouve exorbitant de travailler pour vivre!
ETIENNE DUFERNAY, jouant rinquiéludc.
Son père a tout perdu depuis le dernier bal?...
MADAME DUFERNAY.
Tout perdu?... Quelle idée!...
ETIENNE DUFERNAY, souriant.
Où donc est le grand mal, Si, riche par lui-même, et riche par sa femme. Il peut mettre la home aux désirs de son âme, Et goûter, dès vingt ans, sur son amour penché, Ce repos qu autrefois vous m'avez tant prêché?...
MADAME DUFERNAY.
Le repos vient à point quand la besogne est faite.
ETIENNE DUFERNAY.
Sans contredit; pourtant ce doit être une fête
Sous la bise glacée ou le ciel étoudant.
De se dire à part soi : J'épargne à mon enfant
Cet immense labeur de déchirer la plaine ;
Il se reposera près de ma grange pleine.
Et moi, pendant au mur la faux du moissonnem*)
Je me reposerai, vieillard, dans son bonheur!
56 L'ONOiE MILLION.
MADAME DUFERNAT, avec ironie.
Une façon de \oir qui n*est pas sur ma liste !
ETIENNE DUFERNAT.
Après cela, ma sœur, je suis peu moraliste, Ce n est pas mon état, j'en con\jens franchement; Mais je m^étonne fort qu'on se fasse un tourment, Pour le plus grand honneur d une sagesse creuse, De voir, dès le début, sa fille trop heureuse!...
MADAME DUFERKAY, regardant Etienne et Alice.
Vous pouvez VOUS entendre et vous coaliser;
Ha conscience est là pour me tranquilliser :
On arrive au bonheur, quand on prend, dans la vie.
Les principes reçus et la route suivie;
Mais, dès qu'on fuit sa place au rang des travailleurs.
L'esprit inoccupé veut sa pâture ailleurs.
Et le plus grand fléau de ce siècle où. nous sommes.
C'est, la plupart du temps, l'oisiveté des hommes ;
De là, n'en doutez point, ces longs débordements
De pièces sans morale et d'immondes romans
Qui, dé tous les côtes, vont, en vers comme en prose,
Semant quelque mensonge ou sapant quelque chose;
On frémit quand on rêve à ce travail profond
Qui mine la croyance, et que les livres font!...
Moi, qui pleure en secret ces hontes de notre âge,
Vais-je donner ma fille à qui les encourage?
Que dis-je?... à l'un de ceux dont le cœur indompté
S'ouvre, sans frein ni règle, à toute liberté ?
A l'homme qui, demain, maître de se répandre.
Me forcerait sans faute à rougir de mon gendre,
Et viendrait, par l'éclat d'un volume indécent,
A l'œuvre de ruine associer mon sang ?
ETIENNE DUFERNAT, éclatant de rire.
Ah ! bon Dieu ! . . . C'est Léon, avec sa poésie. Qui vous jette, ma sœur, dans cette frénésie?. ..