‹ L'oncle Million: comédie en cinq actes et en versChapitre 3 sur 122 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Une fois mariés, bonsoir! la malle est faite,

Et nous pourrons tous deux, djans nos larges mépris.

Secouer la province au grand nir de Paris!

ALICE

En passant. . .

LÉON, vivement.

Pour toujours!

ALICE

Vous oubliez ma mèi^.

LÉON

Elle viendra nous voir.

ALICE, avec tristesse.

Laissons cette chimère !

LÉON, insiftUnt.

Mais votre oncle lui reste !

ALICE

Écoutez; sur ce point Ha mère a son idée, et n'en démordra point; De plus, car tôt ou tard il faudra qu'on y vienne. Ce qui surtout la blesse...

LÉON

Oh! je connais Tantienne!

ALICE

C'est de vous voir, malgré toute exhortation, Sans besogne, à votre âge, et sans position.

LÉON

Sans position? .. moi?...

ALICE

Sans état...

LÉON

Hais j 'écume!

Sans état, quand j'écris! sans état, quand ma plume A, depuis douze mois, noire» plus de papier Que quatre clercs d'étude en dix ans de métier !

l/ONGLE MILLION.

AUGE

Eh ! tout le mal est là !.. . Ma mère croit, en somme, Qu'un travail sérieux est plus digne d*un homme !

LÉON, avec ironie.

Un travail sérieux, si je la comprends bien, C'est un procès plaidé pour un mur mitoyen ; C'est le grand-livre ouvert sous la lampe allumée ! La forge, le pressoir, les marteaux, la fumée!... D'accord. Bfais, dites-moi, c'est donc un jeu d'enfant Que de faire sonner, superbe et triomphant, Dans ce siècle de prose, où le cœur est sans flamme, Plus haut que vos écus, le timbre d'or de l'âme?..,

AUGE

Lcoii !... Vous savez bien qu'avec moi, Dieu merci, Yo3 vers n'ont pas besoin de se défendre ainsi ! Mais, sans vous demander ce dévouement extrême De renier un art que j'adore moi-même, No pouvez-vous parfois, je dis cela pour nous, Vous montrer, dans la vie, avec un air plus doux? Tous ces débordements d'une ironie amère Sont peu faits, je le crains, pour ramener ma mère; Tandis qu'avec du temps et des concessions...

LEON, avec viollînce.

Si j'étais pauvre, encor!... si mes ambitions Pouvaient mettre en péril le dîner domestique ! Mais non !... J'ai contie moi ce préjugé gothique, Qui fait de toutpoëte un bandit hasardeux...

Je le serai pourtant, Alice, en dépit d'eux ! . . . Seul, un bon coup d'éclat peut avancer la chose !

ALICE, vivement.

Peut tout perdre!...

LBJN.

On vous î>ime, au moinsje le suppose!

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