livre à succès The Jungle
Le roman de M. Upton Sinclair a été traduit en français et nombreux sont ceux qui connaissent aujourd'hui, en France, les effroyables accusations portées par le romancier américain contre les packers de Chicago,
Voici par exemple, quelques-uns des spectacles que décrit le héros de The Jungle, Jurgis Rudkus, embauché dans une usine comme balayeur d'entrailles : (i)
(1) Upton Sinclair a fait, en publiant The Jungle, une banne affaire (business) pour sa poche ; qu'il ait écrit pour l'Amérique, très bien, mais qu'il en ait autorisé la traduction à l'étranger, c'était se montrer mauvais Américain. Il a coutribué à ruiner une industrie américaine à l'étranger, et c'est la vérité même, ce que QOus disons-là t
« Tous ceux qui ont la moindre connaissance de la boucherie savent que la viande d'une vache qui vient de vêler, ou qui est sur le point de vêler, n'est pas comestible. Or, il arrivait une grande quantité de vaches de ce genre dans les abattoirs.
« Quiconque en remarquait une, devait prévenir le contremaître. Alors, ce dernier allait entamer une conversation avec l'inspecteur du gouvernement, et tous deux allaient se promener. En un clin d'œil la carcasse de la vache était vidée et ses entrailles avaient disparu. C'était l'affaire de Jurgis de pousser celles-cï dans la trappe ; et dans le sous-sol on les débitait comme viande de boucherie !.,. ,
« .... L'abattoir avait un monte-charge , auteur de ia/B-git] spécial pour les bêtes arrivées mortes. Le monte-charge ayant amené ces animaux dans les salles d'abatage, l'équipe se mit i les dépecer d'un air d'indifférence, qui disait mieux que mamt discours que cette opération était, pour tous ces hommes, une routine quotidienne. On en vint à bout en deux lieures et, à la fin, Jurgis vit porter les morceaux de ces animaux dans les glacières, où on les mélangea soigneusement au reste de la viande, pour qu'ils ne risquassent pas d'être identifiés » (i)
L Tri£GS daiis i^
La cochon fersoi Intsis de Chicago trust des ( iandes parait ttiqtaet de la nécessité d'aootr à prendre
A Chicago — Oh jait entnr U bétail dans des stalle s êtrmtus ; Bnsttile le Ivi-ur fiasse fi las assomtne à coups dr martfau un d uti ; pMS tes animaux tombent à travers «ns trappe sur un tvagonnet qui avance entre des bannei qui Us icrasenl rapidcmenl «t Us partagent.
miséraliie pour ne pas rendre quelques services à l'art. Trenei, par exemple, ce livre admirable : The Jungle ; il contient une ilescriplion qui n'a pas été égalée en horreurs cnouvanles depuis l'Assommoir, de Zola. J'ai essayé de le faire lire à mes amis, j'ai prôné partout ses passages saillants, mais tous me répondaient : • Ah 1 il s'agit de cette viande dégoûtante ; pourquoi lirions-nous celai * Or. à part ladite viande que l'auteur aurait pu supprimer au grand avantage artistique de i'œuvre, c'est la tragédie la plus atroce des
n'a paa réussi 4 faire une parfaite œuvre d'art, à cause de la propagande socialiste qu'il a ajoulé, page sur ptige, à la fin.o
Par les bavardages de ses camarades des autres atelle^ Jurgis apprit plus de choses encore qu'U n'en vit.
par les uns qm
àaas t Bnuklyn Eaglu.
; Packers, en versant des pots-de-v aux inspecteurs, pouvaient impu] ment abattre et débiter des bœufs t berculeux, ou envoyer dans l'Indid^ pour y être transformés en saindot les porcs morts du choléra dans '.
trains.
D'autres lui révélèrent que le « bœ embaumé » qui, pendant la guerre « Cuba, avait tué dix fols plus de < dats américains que les balles espi gnôles, était fabriqué avec la toute couverte de furoncles d'animaiîl îa""""i"o«d" ."'"/" nourris de malt de wiskey, rebut t " produits du brasseries.
'"*'■ Une parente de Jurgis, Elzbîet^
Lulcoszaite, est employée dans une fabrique de s et, elle aussi, voit de ses yeux ou apprend de singulier choses :
« Dans la saucisse, tout passait, tout, sans exception. Toute la saucisse avariée que les clients d'Europe refusaient et qui était réexpédiée à Chicago moisie et blanche, on la traitait par le borax et la glycérine, on la remettait dans les trémies et elle retournait au consommateur.
f On remettait aussi dans les trémies la chair qui était tombée dans la poussière du parquet, jamais balayé, et dans laquelle les ouvriers avaient craché on ne sait combien de milliards de bacilles de tuberculose,
« Il y avait des magasins où la viande salée, destinée à être hachée, était empilée en monceaux énormes. Des milliers de rats y couraient. Ces rats étaient une plaie ; aussi les fankers faisaient mettre un peu partout, dans ces entrepôts, du pain empoisonné qui en faisait mourir bes
III • policeman • granf délit un bc te suicider en m iande de conserve iuple des Etat:
it ne s'est pas Joles I
coup. Ensuite, rats et mort-aux-rats allaient pêlemêle, avec la viande, dans les trémies. »
Passons sur d'autres détails qui sont à donner la nausée (i). Mais comme l'on comprend l'indignation
-iaHde de conserve de CAieago. dans un mouvement unanime de réprobation, le iuple des Etats-Unis, et à laquelle le président Roose- 't ne s'est pas contenté de s'associer seulement en
LE Vice
RENDONS cette justice eux Américains que, si le vice existe en Amérique, comme partout ailleurs du reste il, y est moins visible. Une femme peut se promener dans la rue à midi comme à minuit sans craindre les insultes ou les propos d'un galant en quête d'une bonne fortune. Et si les rues sont propres, tout Vhonneur en revient à l'Américaine. Comme en Europe, on trouve des établissements que la police tolère mais que la morale réprouve mais avec plus de décorum, plus de cérémonie et aussi plus de luxe ; en Amérique il faut vouloir pour pouvoir ; défaut caché est à moitié pardonné !
C'est une des préoccupations constantes de l'Américaine d'essayer d'améliorer, le sort de sa sœvu* déshéritée et de s'occuper — parfois un peu trop — de la conduite des hommes.
Des ligues sont formées povu* la réforme de la société ; toutefois la liberté individuelle n'y est pas toujoius assez respectée. Mais la philanthropie pure — sans aucim profit pécunier — les guides dans les bonnes œuvres : visites et distributions de fleurs aux malades des hôpitaux, secours aux familles nécessiteuses, protection de l'enfance (surtout), etc.. Les parents cruels sont poursuivis suivant toute la rigueur des lois ; un père pour avoir souffleté son fils en public, est condanmé à deux jours de prison, et pourtant dans beaucoup d'écoles on inflige des punitions corporelles aux élèves ; un autre prononce im langage inconvenant devant des petits enfants et se voit condamné à ime amende de dix dollars.
Les législateurs de la plupart des Etats se préparent
à adopter des mesures sévères contre l'usage de la rette et d'en interdire la vente ; le tabac est si mauvais — alors que les cigares sont excellents — qu'il faut applaudir des deux mains à cette intervention législative. Un gamin ne mendie pas un sou, mais une allumette et une cigarette. Des jeunes filles réunies en société se sont engagées à ne fréquenter ni épouser un jeune homme qui fumerait « le tabac roulé dans du papier, #
M. H. A. Jones, chargé d'examiner les aspirants aux fonctions de mécanicien et de chauffeur pour la compagnie de chemin de fer de New- York, New-Haven et Hartford assurait que les fumeurs de cigarettes et les buveurs n'avaient pas la sensation des couleurs et pour la sécurité du public, ils étaient impitoyablement refusés.
L'école du crime est dans la rue ; la statktique montre que les petits marchands de journaux, les cireurs de souliers, forment les deux tiers du contingent des criminels. Mal élevés, grossiers, insolents et vieux avant l'âge, ils ne contractent pas l'habitude du travail et le bénéfice qu'ils apportent à leur famille est presque illusoire.
C'est même curieux que dans un pays où l'on a
tant lait pour CumniLuI l' * Uiule Stun t lianspurle ses
l'enfance, on laisse * bad boys •.
les enfants errer
ainsi dans les rues du matin au soir, porter les journaux du
matin, de l'après-midi et du soir. Cette question est difficile
LE VICE
à résoudre ; pas un club de femmes, pas un phîlantrophe, pas une société protectrice de Tenfance n'osera s'en occuper. Ce serait entrer de suite en guerre avec une formidable puissance, celle de la Presse ! Les journaux sont vendus par des enfants de 4 à 14 ans. Toucher aux journaux ? Très grave question, on ne joue pas avec le feu ! On est surpris de ne pas voir ces mioches à l'école. Il est vrai qu'on a organisé dans beaucoup de villes des asiles où ils peuvent passer la nuit, trouver à manger moyennant une faible somme, apprendre à lire et à écrire, mais peu d'élus pour tant d'appelés. Il serait intéressant de faire la statistique de ceux qui profitent de cette œuvre philanthropique. Les Américains citent avec orgueil les petits marchands de journaux qui sont devenus millionnaires. On cite même un grand peintre, — le plus parisien des peintres américains ! — des banquiers, de grands industriels. Mais, c'est la petite exception comparativement à ceux qui ont mal tournés.
Bien qu'on ait assuré leurs nuits dans des asiles, on n'arrive pas à les corriger et à en faire des honmies. Déjà on songe à faire une loi. Ces pauvres enfants sont plutôt à plaindre et il importe que cette catégorie de déshérités soit sous la surveillance directe de la Société Humaine qui rend d'inappréciables services.
Cette « Société humaine, » est une autre police à côté de la police administrative ; elle s'occupe, autant que faire se peut, de supprimer Tinmioralité, de préserver la jeunesse de tout contact pernicieux, elle est aussi une société de bienfaisance distribuant de larges sommes aux indigents ; l'assistance publique de Paris pourrait prendre là une belle leçon; elle verrait comment les Américains distribuent leurs secours sans les enquêtes et paperasseries qui font perdre un temps précieux et laissent les malheureux sans pain. Dans un excellent article intitulé « Saving the boys of the Street » (sous la signature de Hal C. Green) The Index de Pittsburg publiait :
LUNCIl? SAM CItEZ l-UI
* Les Ixiys reçus dans le « Newboys Home » sont quelquefois employés à autre chose qu'à vendre les journaux, messagers, conducteurs d'ascenseurs dans les verreries. Les garçons qui ont abandonné leur toit, sont sollicités de retourner chez eux. Quelquefois une mère obligée de faire face à des difficultés pécuniaires (loyer, pas de travail, etc.). confie son fils temporairement jusqu'au moment où elle sera plus fortunée.
Ijes enfaats sont autorisés à conserver leurs chiens favoris.
Les garçons sont intéressés dans l'école et la plupart étudient deux heures et demie chaque soir et cinq jours la semaine. D'autres s'occupent à faire de la menuiserie. Ils nonmient leur conseil d'administration, le superintendant est le seul homme dans cette jeune république.
Ils font quelquefois des œuvres de charité, économisent, mettent tm livret à la caisse d'épargne. Et quand on pense combien de journaux à un sou, à deux sous même, le
___ __ boy doit vendre pour payer
son logement et sa nourriture,
on peut se rendre compte de la valeur de sa générosité !
4 Quand on songe que beaucoup d'entre eux n'ont
jamais eu une demeure avec des soins et delà protection,
(Kladderadalich ds BctUli).
La nouveiif déesse de la LibtrU.
AtUgorle 1 11 SURu de la UliaU.Ati
Ucu du Bambou Ëolairant le maade,flDfl lient une botle âe1>ceu(
LE VICE
qu'ils ont vécu avec la croyance que personne ne s'occupait d'eux excepté le « Sergo », quand on s'occupe de leur moralité déviée par l'hérédité et les besoins, les vices de leur précédent entourage, on peut comprendre les difficultés que la direction éprouve pour les diriger dans une voie meilleure.
La « société humaine » a dû, à Alleghany, s'occuper d'un cas curieux. Un chercheur de fortune rapide, connaissant bien le caractère humain, avait installé un sanatorium pour hommes. Il y avait fait faire le massage par des jeunes filles de 17 à 20 ans.
Il eut naturellement un grand succès ; les dollars tombèrent dru dans son escarcelle ; la société s'adressa aux tribunaux et fit condamner ce barnum d'un nouveau genre à une forte amende, mais, chose bizarre, l'établissement ne fut pas fermé !
Les voleurs sont plus habiles et plus hardis que partout ailleurs. Ils ne s'attardent pas à des vols mesquins, mais à des coups qui rapportent ; ils font sauter les coffresforts des banques à la dynamite (i). Quelquefois, plus audacieux, le visage recouvert d'un masque, ils s'y présentent, en plein jour, revolver au poing, obligent le caissier à remettre le contenu de sa caisse et disparaissent sans être inquiétés.
Les enfants des riches sont parfois retenus en captivité jusqu'à paiement d'une forte rançon.
Les trains ne sont pas épargnés ; toujours revolver au poing, les malfaiteurs donnent l'ordre au mécanicien d'arrêter et exigent des passagers une certaine somme.
(i) Les Américains sont furieux qu'on se serve de cette expression : < Vol à l'américaine ».
Comme l'un de nous, se montrait un jour surpris qu'on ne se défendit pas, un Américain lui répondit le plus philocophiquement du monde qu'il était préférable de payer que de risquer une balle, que c'était l'affaire de la police de les arrêter. Au fond la réflexion était juste.
Chicago est la patrie des cambrioleurs. Le chef de poHce ne pouvant mettre la main sur les criminels, a donné l'ordre de tirer sans rémission sur toute personne inconnue qui ne pouvait expliquer sa présence dans une maison.
La ville de Kansas-City était infestée de voleurs de grand chemin. Pour y mettre bon ordre et rassurer les habitants, le chef de police offrit une récompense de 25 dollars pour tout voleur de grand chemin tué dans la ville, soit au moment où il commettrait le vol, soit immédiatement après. Aucun crédit n'ayant été accordé au chef de la police à cet effet, c'est de sa propre poche, sur son traitement, qu'il paie la récompense promise. Les simples citoyens aussi bien que les agents de police, peuvent réclamer la récompense s'ils tuent un voleur pris sur le fait.
Voici maintenant une atroce scène de mœurs, un duel dans un train, scène qui d'ailleurs se renouvelle de temps en temps.
Elle s'est passée près de Piedmont (Alabama).Un journal de la localité l'a racontée de la façon suivante :
Un duel à mort, suivi d'une affreuse bagarre, a eu lieu dans un train de plaisir se dirigeant vers cette ville.
Le train était bondé de monde. Deux voyageurs, William Alexander et Joseph Cooper, se sont pris de querelle au sujet de 35 cents que Cooper devait à Alexander pour des rafraichissements pris dans le train. Des gros mots ils en sont venus aux coups et Cooper a tiré son revolver. Aussitôt les autres voyageurs se sont précipités vers les issues pour se réfugier dans les autres wagons. Il s'est alors
LE VICE
produit une bousculade terrible, dans laquefle nombre de personnes ont été renversées et foulées aux pieds.
Sans s'occuper des autres, Cooper et Alexander, qui avaient le terrain libre, ont conunencé le feu et du premier coup Alexander a fait sauter la cervelle de Cooper. Les amis d' Alexander se sont jetés sur le cadavre, ils l'ont saisi par les bras et les jambes et l'ont porté sur la plateforme du wagon, d'où ils l'ont lancé sur la voie.
Le mécanicien dont le train marchait à toute vitesse, a vu le corps voler dans l'air et il a aussitôt renversé la vapeur. Des employés ont ramassé le corps de Cooper et l'ont rapporté à Piedmont. Alexander a été mis en état d'arrestation. »
La traite des Blanches existe aussi en grand aux Etats- Unis. Dans toutes les villes se passent des faits semblables à celui-ci que relatait une agence de Philadelphie.
« Philadelphie, 21 novembre. — A la requête du consul d'Allemagne, la police, s'est rendue, la nuit dernière, dans une vingtaine de maisons mal famées de cette ville et y a arrêté près de 400 jeunes filles qui s'y trouvaient. Cinquante et un hommes ont également été arrêtés.
Le chef de la sûreté a déclaré que cette descente de police, comme on n'en avait pas encore vu de semblable ici, Sera suivie de plusieurs auri'es, afin de mettre un terme au honteux trafic de la traite des blanches.
Presque toutes ces jeunes filles, dont quelques-unes n'ont pas seize ans, sont étrangères. Un grand nombre d'entre elles appartiennent à la religion juive et elles ont été envoyées dans ce pays par un sjmdicat de Halle (Allemagne) qui s'occupe tout particulièrement de la traite des blanches. Des descentes de police vont avoir lieu à New- York, Baltimore, Pittsburg et Boston, où ces marchands de chair humaine ont des « succursales » et y ont également envoyé un grand nombre de leurs victimes. L'histoire de plusieurs de ces jeimes filles est digne de
pitié. Ne parlant pas l'anglais, on leur avait promis, pour les décider à venir aux Etats-Unis, à Tune un riche mariage, à l'autre une place de domestique avec des appointements magnifiques, et ainsi de suite.
Presque toutes ces femmes pleuraient à chaudes larmes en racontant leurs malheurs. Du joiu* où elles se sont embarquées, elles ont vécu conune des prisonnières et ont été vendues sur le marché absolument comme le seraient des animaux.
Toutes ces jeunes filles seront interrogées et le magistrat chargé de cette affaire a fixé la caution des hommes à $ 1,200 et celle des femmes à $ 600. »
Ce que nous mentionnons-là n'a rien d'étonnant, c'est la même chose qu'ailleurs avec moins d'impunité.
On parle fréquemment de rixes, de guet-apens, de meurtres à coups de revolver. Il n'en faudrait pas déduire qu'en Amérique on n'y est point en sécurité ; pour notre part, nous nous sommes promenés à toute heure, un peu partout, dans les rues et nous n'y avons rien vu d'anormal. Nous avouons même, que sur certains boulevards de Paris, après minuit, nous n'aurions pas aimé à nous trouver seul alors que dans des viUes américaines nous ne pensions nullement à notre sécurité.
En France, à l'entrée de chaque ville, on peut lire : « La mendicité est interdite », ce qui n'empêche pas d'être assailli par une bande de mendiants. En Amérique, nous n'en avons guère aperçu, peut-être quelques aveugles et encore très rarement. Ah ! si, nous avons rencontré des ivrognes qui demandaient 5 sous, mais, c'était pour aller boire !
Une société intéressante, c'est la ligue de la tempérance. Fait curieux, plus elle annonce d'adopter et de convertir, plus la consommation de l'alcool et de la bière augmente
LE VICE
Le même fait se présente pour la société contre l'abus du tabac. Il faudrait pourtant s'entendre une bonne fois ! Le but de la ligue de la tempérance est des plus louables. Par elle, et avec les presbytériens, un tiers de la population ne boit que de l'eau, du thé ou du café ; il est vrai que les deux autres tiers qui fréquentent les cabarets compensent cela largement en buvant « dur et ferme ».
Le docteur Pickard prétend même, que « beaucoup de clubs de la société américaine sont pratiquement des cafés du High Life et que même ce genre d'hommes et de femmes qui les fréquentent ont également changé les hôtels les plus à la mode et les « palace dinning-cars » en brasseries »(i).
Pour empêcher les personnes d'aller se rafr^dchir pendant les entractes, des verres d'eau sont gratuitement distribués dans la plupart des théâtres. Une guerre acharnée est entreprise contre les bars qui obtiennent dififtcilement des licences et sont fermés à la moindre incartade. Un « gentleman » présentant quelques S5niiptômes d'ivresse se voit refuser à boire. A Me Kees Rochs, un homme a même attaqué un cabaretier en justice lui demandant 13.000 fr. de dommages-intérêts sous prétexte que c'était dans son établissement qu'il s'était enivré et qu'il avait été volé de cette somme. Il déclara que c'était le devoir du débitant de le protéger.
Oes sociétés de tempérance essaieront et réussiront probablement à faire interdire le dimanche la vente des cigares et de boissons gazeuses.
Ces derniers temps, la société de tempérance (2) a défrayé
(i) Many clubs in American Society arc virtually bar-roome in high life. Ihie same set of men and women hâve largely tumed pur most fashionable hôtels and palace dining — cars nito barroome.
(2) Dans les cars, dans les cafés, des Sociétés de tempérance oût aussi placé — encadrés — des versets de la Bible. D'autres, ont mis une Bible. Elle n'est pas souvent ouverte I
la chronique quotidienne grâce aux exploits de Mme Nation qui veut fermer les cabarets à la force du poignet. Il faut dire, aussi, que la majorité des * tempérants * réprouvent de pareilles fanfaronades ; la grande oeuvre qu'ils ont entreprise demande la patience et l'énergie et non la violence, Mme Nation s'est rendue fameuse en quelques jours ; elle a fait rire toute l'Amérique et l'Europe !
Armée d'une hachette, dans les cabarets de plusieurs villes du Kansas, elle a tout brisé à tort et à travers, glaces, verres, bouteilles et tonneaux, déclarant qu'elle était l'envoyée de Dieu. Arrêtée, elle fut remise en liberté, le juge n'osant la condamner, craignant la colère des femmes qui avaient pris fait et cause pour la nouvelle Jeanne d'Arc, Un journal de New- York demandait maïicieusement : « Mais où donc sont les hommes au Kansas ?» — L'épopée burlesque de Mme Nation fournira un inépuisable sujet aux écrivains de l'avenir.
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT P'EUX
NOUS ne pouvons mieux faire ici que de reproduire impartialement ce qu'un journal américain imprimait d'après Tenvoi de son correspondant américain de Paris, il y a environ deux ans (i).
En tête, se trouvaient ces sous-titres : La Colonie américaine de Paris est très mélangée. Elle a ses millionnaires, ses dames titrées, ses génies. — Peu sont pauvres. — Les filles d'Oncle Sam sont reçues dans la haute société. Madame de la Mar est la plus jolie et chacune d'elles cherche à être la mieux habillée. Quelques premiers dans la colonie yankee.
« Paris {du correspondant particulier). — Il y a à Paris un peu de tout dans la colonie américaine ; il y a naturellement les « 400 » ; puis il y a huit ou dix autres groupes intéressants.
A l'opposé des autres colonies étrangères, la colonie américaine n'a pas de pauvres positivement, très peu de domestiques, de laquais, mais tous d'ailleurs invariablement bien éduqués, stylés et très bien habillés.
La colonie compte environ ime douzaine de multimillionnaires, environ quarante femmes de nobles et des milliers de femmes qui pour la beauté et le chic éclipsent largement ce que l'Europe peut produire de mieux. Il est très naturel, toutefois, que les Américains à Paris soient particulièrement remarqués comme race.
(i) Nous avons reproduit en traduisant le plus fidèlement possible.
Les Américains vont partout.
Dans la vie sociale générale de la grande ville, l'Américain pénètre partout. On trouvera une américaine parmi les notables personnalités de l'aristocratique faubourg Saint-Germain on y verra la femme d'un éminent homne d'Etat, politicien figurant aux grandes réceptions féminines. Son hôtel dans l'avenue du Bois de Boulogne, est le centre de la société cosmopolite fashionnable de Paris ; chez les grands bourgeois, on la rencontre dès le premier pas. Au quartier latin, parmi les femmes représentant agréablement celles qu'on nomme les « déclassées », la femme des Etats-Unis est habituellement la plus remarquable.
Il serait difficile de dire au juste quel est le nom le plus proéminent dans la vie parisienne. Peut-être le nom le plus connu dans la haute société est-il celui de la comtesse Boni de Castellane ; mais c'est simplement à cause des escapades et des excentricités de sonex-maridontlenomest constamment dans les journaux. La comtesse fait de grande prodigalités et reçoit beaucoup, mais il est bien rare de voir un American parmi ses invités.
Les Talleyrand américains.
La famille des Talleyrand est bien connue de la colonie américaine à cause des femmes américaines quiysontentrées La dernière entrée fut l'une des filles de Lévi P. P. Morton, anciennement vice-président des Etats-Unis qui devint la femme du comte Boson de Talleyrand-Périgord. Quoiqu'elle ne fût arrivée que depuis peu de temps à Paris, elle a été reçue avec une extrême amabilité par la vieille noblesse, peut-être en souvenir des autres charmantes femmes américaines mariées aux membres de la même famille.
Deux de ces femmes, toutes deux New- Yorkaises, avaient épousé le même homme. En 1867, le marquis de Talley-
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT D*EUX
rand-Périgord s'était marié à miss Curtis qui divorça d'avec lui en 1886. Ils n'avaient eu qu'une enfant, la comtesse Palma qui épousa, il y a une douzaine d'années, le prince Mario Ruspoli, ancien attaché à l'ambassade d'Italie à Washington.
Cinq mois après son divorce le marquis épousa Mrs Frédéric Stevens (née Sampson) qui habitait dans la résidence patriarcale de la 57® rue et de la 5® avenue à New- York. Le père du marquis lui donna conjme cadeau de noce le titre de duc de Dino, titre auxquels le père comme d'usage renonça.
Le Baron Sellière dont la sœur, la princesse de Sagan, est une femme remarquable, se maria aussi avec une femme américaine, Mrs Livermore, fille du décédé John O'Brien, un célèbre banquier de New- York. Les Castellane sont aussi liés à la maison princière de TaUeyrand-Périgord. Comme on le voit, ce petit groupe de femmes américaines tient une haute place dans la société parisienne.
Le marquis de Talleyrand qui a son « home » à New- York visite régulièrement Paris, chaque année, et il est l'un des favoris de la Société américaine. Il est de même de la duchesse de Dino et de la baronne Sellière.
Chacune voudrait être reine.
Une douzaine d'autres femmes américaines, épouses, veuves ou divorcées de nobles français aspirent à être regardées comme les femmes les plus remarquables de la colonie. Ensuite, il y a d'autres femmes sans aucun titre de noblesse, qui, assez ostensiblement d'ailleiu*s, se proclament être les dirigeantes, les « leader ; » de la société américaine ! Mrs Griswold Gray de New- York est regardée dans certains cercles comme une de ces reines non couronnées ; Mrs Walter Kingoland, une des plus jolies femmes de la colonie, est regardée comme une autre « leader » ; ainsi que miss
Fanny Rééd. Il en est de même de Mrs Paran Stevens,qid, tout en étant une femme très en vue de la société se fait connaître comme une grande musicienne, chante et se montre comme une ardente patronesse de la musique.
Mrs Hughes Hallet, la « Emily Schaumberg » des autres pa3^, fait son « home » permanent à Dinard, mais passe une grande partie de la saison à Paris. Son prestige comme belle Américaine, sans rivale, depuis nombre d'années, lui donne une position éminente.
Les femmes de la grande famille des Singer (les grands fabricants de machines à coudre) comptent comme un facteur important dans la vie sociale parisienne.
Parmi les familles qui tiennent un rang provenant dans la société comme dans la vie commerciale de la Capitale, il faut citer celle des Munroe, les banquiers américains établis depuis longtemps à Paris. M. Henri Cochard, la tête du bureau de Paris de MM. Condew, les avocats de New- York, connaît tout le monde et est invité partout.
Le Docteur William Clarke, qui, récemment, se maria à la si riche miss John A. Burden de New- York et se retiia de sa profession a été pendant longtemps le plus fashionable et le mieux connu des docteurs parmi les américains à Paris.
Le plus belle et la mieux habillée.
Qui est considérée comme la plus belle femme dans la colonie ?
Ici encore, les innombrables subdivisions rendent ce choix difficile pour indiquer une absolue proéminence. Dans certains cercles fashionables on a T habitude de parler de Mme de la Mar comme la beauté par excellence de la colonie.
Mme de la Mar qui était autrefois Edith Sands de New- York est la femme divorcée d'un Américain qui a à peu près le double de son âge. Son ancien mari vit aussi à Paris, il
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT D'EUX
reste persistant dans sa dévotion à sa dernière femme et c'est, dans la colonie, une rumem* courante connue de tous qu'ils se remarieront.
Mme de la Mar qui vit avec sa mère Mme Sands, compte de nombreuses amies parmi les parisiennes.
Etre la femme la mieux habillée de Paris, est une chose à laquelle chaque femme dans la colonie aspire.
Celles qui par leur distinction, leur cachet, la richesse de leurs atours, ^peuvent occuper les premières places sont la baronne de Blanc, la fille de rarchi-millionnaire Antonio Terry de New- York ; la baronne de La Grange qui est la fille de T ancien gouverneur Carroll du Maryland; la baronne Zedtwitz née Caldwell du Kentucky; la belle duchesse de la Rochefoucauld, la fille du sénateur des Etats-Unis Mitchell ; Mrs Kingsland de New- York ; Mrs Kilgore de Cincinnati ; Mrs Waterbury de San-Francisco, et aussi la comtesse Boni de Castellane dont les costumes ont coûté certaine année la somme de 17,000 dollars, plus de 85.000 francs !
Deux célèbres Prima Dona,
De toutes les femmes américaines, la plus connue des parisiens et des parisiennes est peut-être Sybil Sanderson, qui est non seulement une grande étoile lyrique mais encore une « grande dame » Elle a un superbe appartement sur les Champs-Elysées et grâce à son tact et à son amabilité, elle est une des personnalités les plus populaires dé Paris.
Mme Julian Story, plus connue du monde entier sous le nom de Emma Eames, est une distinguée cantatrice ; elle a une belle demeure, place des Etats-Unis, Tun des quartiers les plus aristocratiques de Paris. Elle a aussi une des plus belles positions sociales de toute la colonie américaine. '
L'homme le plus connu.
L'homme le plus comiu parmi les américains est peutêtre James Gordon Bennett» qui a été, à tous les égards, un véritable Parisien durant ces vingt dernières années.
M. G. Bennett ne fréquente pas beaucoup la société et on ne le rencontre jamais dans les salons de la colonie américaine. Il est membre de quatre des meilleurs cercles de la capitale et est un des fervents de l'automobilisme.
Son éditîbn parisienne de New-York Herald tend à rendre son nom plus populaire qu'aucun des autres noms de ses compatriotes et les Parisiens prononcent souvent son nom.
M. William K. Vanderbilt commence aussi à être regardé comme membre de la colonie, car il passe plusieurs mois chaque année à Paris et son écurie a un nom proéminent devant le public.
Millionnaire et Compositeur.
M. Thomas P. Thome, un jeune millionnaire de New- York a aussi une position remarquable à Paris. Bien qu'étant un amateur passionné des courses, il a une autre grande passion, celle de la musique. Compositeur de mérite, il a installé son « home » somptueusement, place Vendôme et là il donne de belles réceptions où viennent les « étoiles musicales » les plus en renom.
Autres personnalités remarquables
M. Frank Gardner est une autre des personnalités remarquables parmi les millionnaires de la colonie. Tous ceux qui ont vécu de la vie fashionable étrangère de Paris, se rappellent avec plaisir les brillantes réceptions dans le < home» patriarcal de M. Gardner dans l'avenue du Bois de Boulogne.
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT d'EUX
Des artistes! Alexandre Harrisson, Ridgway Knight, Bridgman, sont tous des personnages importants dans la vie sociale parisienne, une demi-douzaine de nouvellistes écrivains de revues et magasines figurent dans les groupes intellectuels. Parmi eux il faut citer le plus connu, M. Clifton Douglas.
Il y a encore d'autres leaders plus ou moins remarquables dans la colonie, qui sont tous fashionables ; ils forment des états dans l'état, des mondes dans le monde et contribuent au lustre qui environne la colonie américaine.
On suit toujours avec intérêt ce qu'ils sont, ce que les femmes américaines font dans la société et les hommes dans leurs affaires, leurs ambitions, leurs luttes, leurs rivalités, tout cela a toujours de l'attrait. ♦
Il nous paraît vraiment utile et intéressant de reproduire ici la traduction qui a fait une grsftide sensation en Amérique et qui est due à un journaliste du «New-York Sun ».
Cet article que voici en entier avait pour titre Les périh de Paris (de notre correspondant de Paris) !
« La tragédie de Miss Ellen Gore, écrivait notre confrère, n'attire notre attention dans les annales de la colonie américaine de Paris que par la publicité qui lui a été donnée. D'autres Américaines sont mortes et ont été abandonnées au mystère et à l'indifférence, et ainsi, comme il y a des tragédies qu'on ne connaîtra jamais, il y en a bien plus qui arrivent au sacrifice suprême de la vie. La jeune femme en question a échappé avec la vie. Les plus nombreuses de toutes sont celles qui ont joué avec le danger, qui se sont laissé aller dans de fausses positions volontairement ou par cause d'ignorance et qui ont été dupées de diverses façons compromettantes.
Le fait est que nos jeunes filles qui viennent à Paris
l'oncle SAM CHEZLUr
se meuvent comme la dame dans « Cornus ♦ innocemment \ parmi une horrible cohue, protégées principalement par
[ leur innocence et leur bonne fortune. Ce qu'il y a de vraî-
! ment tragique dans tout cela, c'est l'indifférence de
i notre colonie. Croiriez-vous qu'elle laisserait mourir
de faim une jeune fille comme il faut qu'elle aurait reçue à ses Five-0'Clock ? La jeune fille qui est morte de faim était venue à Paris pour écrire dans les journaux périodiques ; d'abord elle vécut des fonds qu'elle avait apportés ; elle trouvait que toutes les jeunes filles qu'elle rencontrait étaient occupées à quelque chose, et que les jeunes filles riches fréquentaient les cours de dessin ou des cours de chant, ou les conférences de l'Université. La nouvelle arrivée respirait F espoir et la confiance. Le succès ne tarderait pas à venir si elle se mettait à travailler consciencieusement.
Cependant elle dépensait son argent tout en se créant un grand nombre de relations. Pauvre innocente !
Elle fut bientôt prise de la malaria de la colonie parmi les mangeurs de Lotus, dans l'atmosphère de leur trivialité cultivée ; elle apprit à tuer le temps en projetant du travail qu'elle ne finissait jamais et l'habitude fatale des thés de l'après-midi s'empara d'elle.
Comment aurait-elle pu rêver que tant de bonnes choses seraient suivies de la tragédie ? La colonie était si bienveillante ! Elle avait un appartement de deux pièces ; elle ne recevait pas mais personne ne s'attendait à ce qu'elle le fit et sa manière de vivre ne regardait personne. Elle était très jolie et la cohue de « Comus » la serrait de près.
« Elle faisait sa cuisine quand elle mourut. La colonie a bon cœur à sa manière. On dit maintenant comment les grandes dames indulgentes tournaient la tête poiu: ne pas avoir Tair de s'en apercevoir lorsque la jeune fille empochait à la dérobée des sandwichs à leur Five-0'Clock.
« Ainsi faibUssait la jeune fille, doucement, musardant
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT D'EUX
jusque dans les affres de la faim. Frivole en mourant, fidèle jusqu'à la fin à Tesprit de la colonie. Les médecins déclarèrent qu'elle était morte de débilité. On lui fit de belles funérailles à Téglise de l'avenue de TAlma et les fleurs qu'on y mit coûtèrent une belle somme.
« Dans son indifférence pratique de ces choses, notre colonie à Paris imite la société Française qui n'oiïre aucune protection aux filles qui n'ont pas celle de leurs parents. A Paris tout homme est libre de faire la cour à toute fille qu'il aura la bonne fortune de trouver séparée pour le moment de sa mère ou de son chaperon. Il peut la suivre dans la rue lui dire ce qu'il veut, il peut la poursuivre aux cours de dessin, aux écoles de musique, dans les salles de conférences. Il peut la guetter dans les corridors d'hôtel et la relancer dans les escaliers de sa pension. Quoiqu'il arrive, c'est lui qui à toujours raison et c'est elle qui a toujours tort.
« Si les Français ont de telles règles pour leurs fiUes, comment voulez- vous que les étrangères y échappent.
« Il y a en ce moment à Paris une Américaine de talent et de beauté qui fera fortune par sa voix ; force lui a été de changer son maître trois fois dans l'année dernière et maintenant elle travaille avec une maîtresse.
Ces hommes ne pouvaient s'empêcher de tenter leur bonne fortune auprès d'une jeune fille dont l'ahurissement eût refroidi un AÏiglo- Saxon, L'un de ces entraîneurs de voix imagina un subterfuge qui rappelle les premiers incicidents de la tragédie Gore d'une manière assez nette pour qu'il puisse servir de clef à la solution de ce dernier mystère. La jeune fille l'avait lâché pour « trouver un autre « entrîLÎneur » ; alors il lui envoya un petit bleu disant : « Mademoiselle, j'ai à vous faire une commimication de la plus grande importance, voulez- vous me faire l'honneur de vous trouver chez moi cet après-midi entre 4 et 5 heures. La communication que j'ai à vous faire promet d'avoir
de l'influence pour le bien sur tout votre avenir d'artiste. Je vous supplie donc de ne pas refuser. »
La jeune Américaine était pauvre et ceci pouvait signifier un engagement de théâtre, d'opéra, chose comme vous allez voir qu'elle avait désespéré de trouver à Paris. A un bureau de poste, elle lui écrivit un petit bleu lui donnant un refus ; ensuite sous l'inspiration du moment, elle le déchira et se présenta devant le professeur qui lui avait déjà fait la cour. Le bonhomme était prêt avec trois arguments : Enseignement giatuit, engagement et un revolver à sept coups. « Sois à moi ♦ sifïla-t-il d'une voix concentrée par la passion qui changea en une peur abjecte quand il vit la jeune fille s'emparer de l'arme.
« Mais, mon Dieu, Mademoiselle, faites attention ; le coup partira et nous tuera tous les deux » cria-t-il. Puis : « MademoiseUe, chère MademoiseUe, jevous prie, ne tirez pas. » La jeune fille le garda en vue avec le revolver.
« Où est la différence entre ce revolver et celui qui tua Miss Ellen Gore ? Il n'y en a pas probablement, excepté la décharge accidentelle du dernier dans une lutte semblabk; car, aucun Américain à Paris ne croit à l'histoire de l'assassin russe.
« Vraiment ce bluff bête est une des grandes ressources des Irrésistibles (Don Juans Européens). Il y a trois ans, à Rome, un officier de l'armée italienne, un de ceux fournis par contrat à une célèbre pension de touriste comme partenaire de danse menaça de son revolver, une jeune fille de l'Ohio dans une voiture : « Je vous tuerai et je me tuerai ensuite » lui chuchota- t-il dans le ton passionné de circonstance. Mais lorsque la jeune fille de l'Ohio lui répondit par un éclat de rire, son bel effet fut gâté. Certes, elle n'aurait pas dû se trouver seule avec lui dans une voiture et M" Gore et la jeune fiUe qui empoigna le revolver n'auraient pas dû entrer dans l'appartement de ces hommes. Cependant l'une et l'autre furent attirées par des
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT d'EUX
télégrammes mensongers et la vie de pension actuellement donne lieu à de telles imprudences.
« Or, si toutes les jeunes filles se trouvant seules avec un Parisien doivent prendre tant de précautions, comment nos filles américaines pourront-elles prendre des leçons de chant à Paris ? Les Parisiens parent à cette difiîculté en faisant accompagner leurs filles par un chaperon mûr et expérimenté ; mais ce qui est une dépense pour une Parisienne devient une charge impossible pour la majorité des Américaines très accablées déjà pécunièrement.
« Lorsque vous accompagnez une jolie Américaine au théâtre, au music-hall ou au cirque vous savez d'avance ce que se dit d'elle et de vous ; ce que disent les employés aux billets, les huissiers, les ouvreuses et les femmes qui vous regardent. Vous savez ce que pensent de l'aventure votre cocher, le garçon, les dîneurs, le chef d'orchestre et tous ses hommes et jusqu'au pauvre gueux du trottoir qui vous attend pour vous ouvrir la portière. Vous entendez (dans votre imagination exercée) les railleries et les compliments chuchotes, les appréciations cyniques de la cohue du « Comus ». Vous vous énervez de penser que vous devez passer dans l'imagination européenne pour un héros ou un conquérant.
Mais le chaperon ? En admettant que vous exigiez que la jeune fille en ait un. Cela fait si peu de différence. Les « autres » aussi ont leurs chaperons auxquels l'argot parisien a trouvé un nom, et c'est à eux que s'adressent les plus railleurs des quolibets. Au fait, la jeune fille parisienne ne fréquente ni les théâtres, ni les restaurants, avec ou sans chaperon, elle ne se promène pas avec les hommes.
Vous allez me dire, alors que la seule protection est un mari. Et bien, non, car dans l'idée européenne la femme mariée est le gibier le plus légitime,
Paris devrait savoir comment les choses se passent à Paris, et une seule règle simple sufiît à sauvegarder vos
jeunes filles à travers des difficultés misérables. La voici : A Paris, que vous y soyez pour votre plaisir ou pour vos études, ne restez jamais seule, ne fût-ce qu'un instant, ni en marchant, ni en vous arrêtant, ni assise, avec n'importe quel Européen.
Et, en guise de conseil de perfection, voici une règle supplémentaire : Ne vous laissez voir qu'avec ceux d'entre les Américains qui sont bien connus de vos amis mutuels des deux sexes. Ces hommes là, ont, pour ainsi dire, un intérêt dans la société dont vous faites partie ; ils ne sont pas irresponsables.
« Une maman américaine, tout en défendant inexorablement à sa fille toutes relations avec des hommes européens, lui a prescrit la règle suivante : L'après-midi elle peut sortir avec n'importe quel Américain qui a eu la félicité (sic) de lui être présenté. Le soir il lui est permis de sortir de temps en temps avec certains Américains ou Anglais qui logent à la même pension « fashionable » et qui n'offrent pas de prises aux cancans, attendu que leurs mères, ou tantes ou sœiu^ sont là pour y couper court. Elles forment une coalition assez puissante pour donner le ton à l'opinion de l'hôtel meublé et cette coalition comprend quelques familles qui habitent leurs propres appartements.
« Cette jeune fille ne rencontrera à Paris que peu de contrariétés et pas de peines ; pas plus que deux autres jeunes filles qui sortent toujours ensemble. En effet, si l'une et l'autre sont des Américaines éveillées, sûres l'une de l'autre, ceci est un plan de conduite qui en vaut un autre. La cohue de « Comus » reste penaude devant une « lady, lorsqu'elle a une lady pour compagne. »
Mais il faut lire attentivement cette histoire de brigands.
Bluff, ces femmes du monde américain qui détournaient la tête quand « l'ofiensée » chipait des sandwichs ; alors où était leur charité tant vantée ?
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Bluff, aussi de la part du journaliste qui a écouté l'histoire du revolver qu'on lui a montré !
Il faut voir aussi Tinconséquence du journaliste qui se moque d'abord du « chaperon » qu'il considère comme insuffisant pour arriver à la fin à conseiller aux Américaines de sortir à deux !
D'ailleurs, si les rues sont propres en Amérique c'est un peu parce que l'immoralité est cachée. A New- York, il est notoire qu'aucune fille qui travaille n'est à l'abri des poursuites de ses patrons ou des employés (même pour les humbles sténographes !). Les hôpitaux clandestins de maternité pullulent à New- York.
Les vices en France sont à jour, là-bas ils sont à l'ombre !
Parmi les membres de la noblesse européenne, on trouve un assez grand nombre de femmes américaines portant de beaux noms de princesses, duchesses et autres. Et parmi elles, il n'y a pas moins de vingt et une femmes possédant le titre de princesses. Plusieurs ont donné prise à la critique, mais tout le monde connut ces histoires.
Un des plus brillants mariages a été, sans contredit, celui de miss Elisabeth Field avec le prince Don Salvator Brancaccio, duc de Lustra, prince de Triggiano, marquis de Brancaccio et grand d'Espagne de première classe. La princesse est la fille de feu J. Hickson Field de New- York. Le mariage eut lieu en grande pompe à Rome le 3 mars 1870. La princesse est dame d'honneur de la reine Marguerite d'Italie et elle vit dans le palais Brancaccio situé dans le faubourg de Rome. Elle est d'une grande beauté et la favorite de la reine.
Miss Julia Dent Grant, petite fille du général des Etats- Unis Grant et fille du général Frederick Dent Grant est devenue la princesse Cantacuzène. Elle a été mariée au
prince en grande pom|)e à New-port en 1891 ; toute la colonie grecque y était représentée. Elle vit à St Pétersbourg où le prince, son mari est attaché à la garde du tzar.
Miss Eva Bryant Mackay, belle fille de John W. Mackay s'est mariée à Paris, le 11 février 1885 avec le prince Ferdinand Galatro Colonna, prince de Pallano, prince de Stigliano et officier de cavalerie italienne. Le prince et la , princesse se sont séparés par consentement mutuel.
Miss Clara Huntington est devenue princesse Hatzfeld. Elle était la fille de Collis P. Huntington. La famille de son mari est une des plus vieilles familles d'Allemagne. (Un cousin de ce prince le comte Hatzfeld est aussi marié à une Américaine, miss Moulton de New- York,) ^ Miss Agnès Jay, née dans le Vermont est devenue uncv. princesse allemande, princesse de Salm-Salm. Elle avait rencontré le prince Salm-Salm à Washington au commencement de la guerre civile comme il venait d'arriver en Amérique rejoindre les forces de l'Union dans un esprit d'aventure. Le mariage s'était fait à Washington en 1862. Le prince étant mort en 1870, la princesse s'est remariée, mais elle a conservé son titre.
Miss Edith Collins de New- York, petite-fille du Commodore Vanderbilt est aujourd'hui princesse Czazkowski. Elle s'est mariée au prince Reehed Bey Czazkowski, à Paris, en 1891. Elle demeure à la Haye où le prince est attaché à l'ambassade de Turquie en Hollande.
La princesse Poniatowski, n'est autre que miss Elizabeth Helen Sperry de Stockton Cal. Le prince est Polonais d'origine mais Parisien de naissance et d'éducation.
Il y a encore une autre princesse américaine PoniatowskL C'est miss Catherine Goddard de New- York. Elle s'est mariée au prince Charles Poniatowski le 3 avril 1880 et elle demeure en Italie. Le prince était très amateur de la chasse au gibier dans le nord-ouest des Etats-Unis. Il visita souvent ces contrées. Il est mort à New- York City,
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Miss Susan Whittier de Boston et fille du général Charles Whittier est aujourd'hui princesse Balasselsky. Elle se maria au prince, à Paris, en 1895. Elle vit en Russie au palais Balasselsky (dans une île près de St Pétersbourg) qui appartient à sa famille depuis plusieurs siècles. Le prince, son mari, est aide-de-camp du grand duc Waldimir.
Miss Eveljm Patridge de Chicago, célèbre par sa beauté et son élégance, est devenue princesse russe, princesse Nicolas Engalitchefï. Elle s'est mariée au prince à Chicago et on dit que ce dernier est décidé à devenir citoyen américain. Il était jadis attaché à la garde impériale, à St Pétersbom-g.
Miss Hazard de Shrewsburg Manor N. Y. est princesse Francis Anersperg, depuis juin 1905. Le prince est un Autrichien de haute lignée qui étudie la médecine en Autriche
En 1888, à Burlington, miss Mary Binney fille de John Binney de Burlington s'est mariée au prince Camporeale.
La princesse de Lynar n'est autre que miss May Parsons, d'Elmenburst. Elle s'était mariée en juin 1871 au prince défunt Alexandre de Lynar, officier de l'armée allemande.
Il y a deux princesses américaines de Ruspoli. L'une, miss Joséphine Cm*tis de New- York, est depuis 1885 P^iicesse Emmanuel Ruspoli ; l'autre, miss Eva Broadwood de New- York, est depuis 1877 la princesse Alexander Ruspoli.
La fille de Isaac Singer de Boston, miss Winnaretta Singer, s'est mariée à Paris, en 1887, au prince Louis de Sery-Montbellard.
Miss Field, de New- York, s'est mariée à Paris avec le prince de Susanet qui servait alors dans l'armée française.
La princesse Virginius Cenci Vicovarro, marquise de Roccopriora, comtesse Palatine, était jadis miss Eleonor Spencer de New- York. Elle s'est mariée au prince en 1870 et a toujours depuis habité le beau palais de Cenci à Rome.
On connaît rhistoîre de miss Clara Ward de Détroit devenue princesse de Chimay et qui fut divorcée d'avec le prince en 1897 après sa fuite scandaleuse avec Jansld Rigo, bohémien hongiois devenu chef d'un orchestre bien connu qui porte son nom.
Miss Rothschild de St Louis est devenue princesse Wrede. La maison de Wrede appartient à la plus vieille noblesse du Hanovre et beaucoup de ses membres ont leurs noms liés intimement à l'histoire du royaume.
Il y eut, on le sait, beaucoup d'opposition au mariage de la présente princesse Raspigliosi, qui était la femme divorcée du colonel Frederick Parkhurst de Bangor, Me, Avant son premier mariage elle était miss Marie Reid de Washington. D. C.
Une des princesses américaines se trouve être la tante d'une impératrice. En effet, par son mariage, la princesse de Noer, comtesse de Waldersee était devenue la tante de l'Impératrice Augusta Victoria d'Allemagne. La princesse a été comme une mère de l'Impératrice pendant de longues années et l'avis de « tante Marie » est estimée au palais Royal de Berlin par Guillaume II et l'Impératrice. La princesse née miss Mary Esther Lee, était la fille de feu David Lee de New- York. Elle s'était mariée le 14 avril 1874 au général Alfred comte de Waldersee, aide de camp général de l'armée allemande. Auparavant, la princesse avait été mariée à un noble autrichien, et son titre de princesse de Noer, qui est sa propriété, lui avait été donné par l'Empereur d'Autriche.
Comme on vient de le voir, les titres font prime dans le domaine matrimonial en Amérique ! Un titre, c'est la parure d'une femme, les autres la jalousent tout haut mais tout bas désirent avoir sa chance. Le divorce Castellane a ravi quantité d'Américaines. Enfin, disait-on,
CE QUE LÉS AMÉRICAINS PENSENT D'EUX
ricatun de Sait dam le Mtniuapùht ( Dehors, au froid. >
rt t cm lit t wjth a]>olagies
voilà un mariage d'un aristocrate et d'une roturière qui a mal tourné; Boni, ajoutait-on est un vulgaire scélérat qui montre le peu de vertu de ces Français sans foi. On oublie trop aux Etats-Unis, qu'une Américaine, la princesse de Chimay, dont nous parlons d'autre part, a scamdalisé toute l'Europe. Exactement cinq jours après le divorce du comte et de la comtesse Boni de Castellane, les journaux annonçaient que Mme Anna Gould, alias Mme Boni de
Castellane, allait revenir en Amérique le plus tôt possible pour se marier avec son ancien amoumix Harry Woodiniff, un acteur !
Le divorce récent, si retentissant du comte Boni de Castellane .a défrayé vraiment, comme on a pu le voir, la chronique scandaleuse. Commencé le 31 octobre 1906 il a débuté par une magistrale plaidoirie de maître Cruppi, avocat de la comtesse qui demandait le divorce et la garde de ses enfants.
Dans une plaidoirie qui a duré trois heures : M® Crupp a déclaré que les brutalités du comte et ses demandes d'argent avaient commencé trois mois après son mariage, à répoque où le jeune couple habitait un appartement dans la rue La Boètie. Il a fait allusion à des voies de fait auxquelles le comte s'était livré sur sa femme, en raison de ce que celle-ci refusait d'apposer sa signature au bas d'un papier d'affaire.
La comtesse avait avoué ses infortunes conjugales à sa femme de chambre. Elle en avait également fait part à Mme Millington Drake, qui, ajoute l'avocat, a écrit une lettre confirmant cette déclaration.
Finalement, sous les coups et les menaces de son mari, la comtesse laissa à celui-ci la libre disposition des immenses revenus qu'elle retirait des propriétés qui lui avaient été laissées par son père et sur lesquels, d'après le contrat de mariage, le comte n'avait aucun droit. Pendant les derniers temps de leur union, celui-ci ne donnait à sa femme que deux ou trois cents francs par mois comme argent de poche. Il avait énergiqnement refusé de lui allouer une somme mensuelle de mille francs.
La comtesse ne connut réellement ce qu'était son mari, déclare M® Cruppi, qu'en 1898, quand elle découvrit dans une cassette un paquet de lettres compromettantes
CE QUE LES A«Ê1UCA1KS PENSENT d'EITX
I mïUea desquelles se trouvaient un madrigal d'arr écrit par lui ; à cette occasion, le comte la gifla pour la punir de son indiscrétion.
Après l'énumêralion de tout ce qui précède, l'avocat de la plaignante a fait ensuite allusion à onie cas d'adultère, mais Q a évité de citer les noms, afin de ne jias provoquer de scandale. Il ne mentionne que celui d'une demi-mondaine nommée Luce de Lemmos et dont la correspondance avec le comte a été saisie. Il ajouta que celui-ci avait cinq
bpartements qui lui servaient à ses rendez-vous amoiinx. Au moyen d'un mouchoir il avait été établi un sysine de signaux par lesquels il faisait savoir à ses maî- Esses si oui ou non elles pouvaient venir, lAprès avoir pendant cinq ans dépensé un revenu sur ^uel il n'avait aucun droit, le comte a, de l'aveu même
de son avocat trouvé le moyen de se trouver en déficit d'une somme de 40 millions de francs.
Lorsque le divorce fut prononcé M. J.-B. Martin (un français) propriétaire du café Martin (grand établissement français de première classe, où l'on mange admirablement bien et qui est peut-être le meilleur de New- York) a envoyé
(Caricature de H*i
Suivant une dépêche, l'argent des Couîd a ili supprimé au comte Castellant. Aussi, sans ressourça, te comte s'icrie-l-it: * C'est un monde cruel dans lequel nous
Boni a dam sa poche l'assignation en divorce ; sans le sou. il va au Mont-ds-PiéU déposer sa montre et son habit. Les trois boules dorées sont l'emblème des Montsde-Piété qui sont en Amérique des exploitations privées.
CE QUE LES AMÉRICAINS PENSENT D'EUX
le câblogramme suivant à la date du 19 novembre 1906 : (i)
♦ Count Boni de Castellane, Paris :
« Will contract to engage you as major domo at salary of 50, 000 francs a year to take entire charge of waiters and manage restaurant privilèges at Café Martin. Oblige with immédiate answer.
J.-B. Maïitin. »
« Le comte Boni est justement l'homme que je cherche a dit M. Martin, mes clients seront intéressés par un maître d'hôtel ayant un passé si intéressant comme celui révêlé dans le divorce de Mme Gould. Le comte Boni est gracieux, fascinant et sans nul doute connsut les bonnes choses et comment on doit les servir. Je lui ai fait Toffre de 10.000 dollars par an, pour le cas où le comte Boni aurait des scrupules au sujet du travail. » (2)
(i) Job offered Count Boni. New-Vork Man would pay him Handsomely to become Major Domo in His Restaurant. Cables Proposition.
Spécial to The Pittsburg Sun.
(2) 4 Count Boni is just the man l'm loockingfor, »M. Martin said. € My patrons will be interested in a head "waiter with such an interesting career as that revealed in Mme Gould's divorce. Count Boni is graceful, fascinating and undoubtedly knows good food and how to serve it. I made the offer a handsome one of 10.000 a year in case Count Boni has scruples about going to work. »
l onc DISTANCI
£LEPHûHl
CURIOSITÉS PE LA ViE
EN Amérique, le mot démocratie n'est pas un vain mot Dans ce pays de 80.000.000 d'habitants les plus grands personnages ne se considèrent pas, (comme souvent, en France), âes êtres d'essence supérieure. Il y a cinq ans, — ceci pour citer un exemple — une société française (vous avez bien lu française) voulant décorer sa salle de réunions des portraits des présidents de France et d'Amérique, elle leur fit écrire par un de leurs membres, journaliste distingué, en sollicitant uîie photographie avec autographe.
M. Roosevelt envoya lui-même son portrait avec autographe la semaine suivante. Le président de la République Française, qui était alors M. Loubet fit répondre, par son chef de cabinet particulier, la lettre suivante :
Présidence de la République.
Paris le 23 mars 1901.
« Monsieur
« En réponse à votre lettre du 4 de ce mois, j'ai l'honneur de vous faire conndtre que M. le Président de la République a dû, en raison du grand nombre des demandes qui lui sont
adressées, adopter la règle de ne pas délivrer d'autographes. « Il me charge de vous exprimer ses regrets.
« Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.
Le chef du cabinet particulier
du Président de la République,
« Poulet. »
Charmant n'est-ce pas ? A des Français qui habitent loin de la Patrie, et qui demandent un modeste souvenir, représentant la France absente, le chef de l'Etat fait répondre non par un secrétaire, alors que le chef de la grande République Américaine envoie gracieusement à des étrangers l'hommage qu'ils sollicitenf. Cela peut paraître un comble ! N'insistons pas. On est démocrate, républicain pour de bon ou on ne l'est pas !
Tout Américain qui désire faire visite au président peut lui demander une audience ; elle lui est presque toujours accordée. — Le président et tous les présidents d'ailleurs tiennent à être en contact avec leurs compatriotes chaque fois qu'ils en trouvent l'occasion.
A Shields, en Pensylvanie, le président Mac.Kinley qui se rendait à Pittsburg, télégraphia à une dame de ses amies qui habitait Shields, — petite localité à quelques kilomètres d'Alleghany — qu'il serait très heureux de la rencontrer à la station — La dame en question lut mal la dépêche et comprit qu'il fallait se rendre à la gare d'Alleghany ; elle partit aussitôt.
Le président Mac-Kjnley fit arrêter le train à Shields, descendit sur le quai et ne voyant pas la dame qu'il cherchait s'adressa à un jeune homme qui remplaçait le chef de gare absent par suite de maladie.
Ce jeune garçon était tranquillement assis sur une malle et le président lui dit :
— « N'avez-vous pas vu Madame Y ?
^^m CURIOSITÉS DE lA VIE AMÉRICAINE ^^H
^H — « Ves ; elle a reçu uoe dépèche de vous et elle est ^^Ê
^H partie tout de suite pour aller vous rejicontrer à AUeghany. ■
^H — Mais c'est ici que je lui ai donné rendez-vous ! s'écria 1
^H le président. 1
^^1 — * Too bad * ! répliqua posément le jeune homme. |
^H £t le président
^^H remonta dans son
^H wagon en riant.
^H Le jeune homm.-
^H n'avait pas été
^^1 plus ému que s'il
IflPPl^^ki^m
^^H avait parlé à son
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^B voisin.
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^^^ Avec les Améri-
^■HHvHnuiaK
cains il faut tou-
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jours s'attendre à
i^^^HJffll fT'C.v' ^^^K
^^ s'écarter plus ou
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^H moins des sentier'^
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^^H battus du banal, et
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^^Ê la circonstance c-^i
^^K vraiment rare où
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^^Ê le fertile génie du
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^B cette race neuvc-
^A^iPffljD^^^^^Bi
^^ ne nous réserve
- '^iiii^MV^^I^B^
pas, dans les mani-
'^^PE^^HB« 1
festations de sa
^HEl*^r
personnalité, l'im-
prévu de quelque
surprise, la saveur
■ de quelque nou- ■
^B veanté. ^^M
^^H Nous en trouvons la preuve, dans le « Home * de l'Oncle ^^^|
^^V Sam qu'il conçoit, distribue, aménage pour lui, sans se ^^H
^^F souder de l'opinion du reste des humains ; il est dans sa ^^B
^V demeure, dans son « Home *, il s'y case et s'y installe ■
"smvant son goûl, son gré, son plaisir. L'argent lui permet tout ; il l'aime pour le confort qu'il lui permet de s'accorder.
Toutes les maisons américaines sont bien meublées — il y a partout les inévitables rockiiig-chairs. Les salles à manger généralement sont de style allemand.
L'Américain vit surtout dans sa a Librajry » — bibliothèque. ^Dans son luxueux salon il ne reçoit jamais personne. C'est la pièce trop riche ; neuf fois sur dix, elle est meublée en style premier empire. Ce sont des quantités de meubles dorés. C'est toute une révélation quand on lui dit que c'est l'ameublement le plus déplorable de l'ameublement français, qu'il était nécessaire jadis d'avoir des meubles ronâants s'accordant avec les uniformes chamarrés des officiers du premier Empire et des femmes si coquettes, dont les maris ou les amants ne faisaient que passer.
Mais, où l'on trouve un mobilier ravissant, coquet, confortable, artistique, c'est dans la chambre à coucher des Américaines. Là, le bon goût s'allie à l'art ; dans ce pays nouveau, la femme a su faire beau là où elle devait pariûtre belle !
Un Américain M. Charles Schwab a rédigé un petit manuel sur l'art de réussir. C'est vraiment intéressant. Ecoutons les bons conseils qu'il nous donne ; ,
i" Soyez honnêtes et francs ;
2" Ne prenez pas une place par protection ; un véritable succès dans les alïaires ne s'acquiert point par protection. Comptez sur vous-même ;
3" Faites votre besognemieux qu'aucun de vos collègues ne pourrait la faire, La promotion suivra sûrement ;
4° Intéressez-vous à votre travail et ne vous préoccupez pas de la pendule aux heures du départ. Soyez trop absorbés par votre tâche pour connaître l'heure.
CURIOSITÉS DE LA VIE AMÉRICAINE
5*^ L'instruction manuelle est de première importance dans les affaires et dans l'industrie ;
6® Commencez votre carrière de bonne heure. Un garçon qui débute à quinze ou seize ans a une avance sur celui qui reçoit ime instruction universitaire, à moins qu'il ne vise à une profession libérale ;
70 Une instruction universitaire n'est pas nécessaire pour une heureuse carrière commerciale.
80 Travaillez.
Cette morale toute utilitaire n'est pas d'ailleiu^ dénuée de bon sens, tout au contraire. Elle est à signaler et à adopter, mais, elle s'adresse surtout aux citoyens des Etats- Unis. En France, par exemple, on n'écarterait pas ainsi la protection. Dans l'argot contemporain, on vante beaucoup le bonheur de ceux qui sont «pistonnés». Même, il arrive que peu à peu la protection fait plus que le mérite. Tout cela est à peu près inconnu aux Etats-Unis.
Comme il est beau l'axiome que M. Charles Schwab a mis en dernière ligne : « Travaillez !» Il a voulu dans ce beau conseil suprême résumer tous les autres. Il faut l'en féliciter.
Puisque nous parlons de curiosités ne serait-ce pas le moment de dire quelques mots des maisons qui marchent, M. H. Sheeler de Chicago a changé de place les bureaux de: Brown hoisting and conveying machine company de Cleveland. Le bâtiment avait trois étages avec un rez-dechaussée en plus, (i) Il pesait 12.000 tonnes. Pour éviter les difl&cultés d'un déménagement — c'est-à-dire une perte de temps et d'argent, — les employés sont restés dans leurs
(i) En Amérique, le rez-de-chaussée compte comme premier étage.
bureaux : ils eurent la lumière électrique, le téléphone et l'eau des lavabos, La distance parcourue fut de 400 pieds. On avançait de 15 à lù pieds par jour.
Le même entrepreneur a changé de place avec son système ingénieux l'EmmunuelBapHslChuvch à Chicago ; l'église pesait tS.ooo tonnes dont une tour de 1500 tonnes est de 225 pieds de hauteur.
Un beau jour le village de Benton décida de déménager Cela ne veut pas dire f dépint^emciit. seulement les habi-
tants. Les grands bâtiments, les maisons et les magasins, à côté des effets personnels flottèrent sur la rivière Platte à 3 milles de distance. Benton avait été construit sur son emplacement actuel U y a longtemps avec l'espoir que quand un chemin de fer serait construit, il passerait dans le village voisin. Finalement quand on fit le chemin de fer, on trouva impraticable d'aller jusqu'au village. On s'arrêta à 3 milles et comme compensation l'administration de la compagnie « Union Pacific Eoad * offrit aux habitants de Benton de déménager, ce qui fut accepté. Rien de plus curieux que de voir une maison s'en allant en voyage, d'une place à une autre, lentement, traversant une rue, descendant une côte ou la montant, finalement allant se placer sur les fondations où elle doit reposer désormais.
Aipi-cl il
Nous avons vu une maison de pierres transporta à plus de 2 kilomètres de distance. Le théâtre « Grand Opéra House » de Pittsburg (i) se trouvant pris dans une expropriation pour l'agrandi^ment d'une rue, recula à la limite assignée. Il parcourut 22 pieds ; il couvrait un espace de 128 pieds et son poids était de 2496 tonnes. Il fallut 4 semaines de préparation pour le transport ; 900 crics furent employés pour lever le bâtiment, puis des appuis et des rouleaux furent placés dessous pour effectuer le parcours. Auprès de chaque cric un homme se tenait debout, et ses ouvriers obéissant à un coup de sifBet donnaient un tour au cric. Le mouvement à chaque tour était imperceptit)le, mais il n'en était pas moins sûr et peu à peu le ^^^^ grand bâtiment fut poussé dans sa
nouvelle position à 22 pieds de sa place primitive. La dépense de l'entreprise coûta plus de 250.000 dollars ; 47 ouvriers avaient été engagés jour et nuit et l'opération dura exactement 22 heures, , soit une heure, pour chaque pied d'avancement.
Signalons encore un exploit du même
genre : En une minute 45 secondes, la
Ira ."Grand Ope» Compagnie Pensylvania (chemins de fer) """"bur^. " aurleRaritan rivière près de New-Brunswich (N. J.) changea de place un pont long de 900 pieds. La construction géante fit le parcours de 14 pieds 6 niches en ce court espace sans qu'un train
Harry Davis Fiopiiélidce et
(:)On avait jadis donné à pittsburg le surnom de Smoky Cily ont Cité Fumeuse. » Ce dernier surnom n'est plus justifié du tout depuis que des conduites de gaz naturel amènent à grand nombre d'usines ce combustible sans fumée.
< La statistique industrielle de Pittsburg témoigne d'une activité vraiment prodigieuse. » (E. Rkclus.I
L^^u — ^> mmi
and Opéra Housc " île PUtilmg. [vue de jace.)
Il y a dans Broadway un restaurant^qui est peut-être ' l'endroit le plus truaquille de toute la terre. Les dîneurs d«cetendroit— ils sont peut-être plusde 2000 journellement
— proclament que ce restaurant est complètement antidyspeptique par la raison que leurs narines ne sont pas offusquées par des odeurs variées de cuisine à leur entrée dans la place, par la raison aussi qu'ils n'entendent jamais le fracas des assiettes, que l'addition est toujours (OK) exacte et que par-dessus tout ils ne sont pas obligés d'employer un langage profane pour le garçon en retard ou négligent. A ce curieux restaurant, vous entrez simplement et vous vous servez vous-même votre repas. Si vous voulez un bol de soupe, vous mettez un nickel ou une pièce de dix sous dans la fente d'un automate et presto la soupe chaude arrive accompagnée d'une cuillère. Voulez- vous du poulet ou quelqu' autre délicatesse, vous allez à l'automate vous mettez dans la fente le prix désigné sur la carte et le poulet arrive immédiatenient. Vous pouvez faire de même pour avoir des côtelettes, des biftecks, etc..
Il n'y a qu'en Amérique qu'on peut voir une chose pareille : un homme arrêté pour sa générosité ! En février 1906 à Altoona (Pensylvanie) un homme venant de Pittsburg et qui a déclaré à la police se nommer « John Smith » a été arrêté pour sa générosité.
« John Smith » qui paraissait très gai, s'était placé au coin d'une rue de cette ville et un gros rouleau de billets de banque à la main distribuait des billets de 10 dollars et de 20 dollars à tous ceux qui passaient près de lui, absolument et peut-être encore rfiieux qu'aurait pu le faire un homme-sandwich chargé de distribuer les prospectus d'un magasin. Combien de billets de banque ont-Us été distribués de cette façon, on l'ignore ; mais le policeman qui ayant pris cet homme pour un voleur ou un fou Ta mis en état d'arrestation, s'est vu offrir un billet de 500 dollars par le très généreux « John Smith » qui, fouillé à son
CURIOSITÉS DE LA VIE AMÉRlCAraE
arrivée au ])oste, avait encore en
de g.ooo dollars.
Inutile de dire que « John Smith » n'est pas le nom de . cet homme trop généreux et qui serait un politicien bien V connu en Pensylvanie. La police n'a pas voulu révéler |sa véritable identité, mais a déclaré que « John Smith »
Le * Thanksgix'ing day » (jour d'aclions de grdse), est une file légale reconnue depuis 1865. Le dernier jeudi de novembre, dans toute l'Amérique, on mange un dindan.
symbole de ta prospérité nationale.
Ce jour-là, le Priiiient rend grâce à Dieu des bienfaits
qu'il a accordé au pays.
ijui est millionnaire, s'est amusé à distribuer des billets Wàs banque dans la rue pour voir combien de temps il pourrait Jle faire sans être arrêté !
Mais tout le monde n'a pas de l'argent à jeter ainsi dans I les rues et un de nos confrères américains nous racoatait
un jour de façon plaisante la manière dont on devait concevoir rart d'emprunter de l'argent lorsqu'on n'en avait pas.
« Si on a besoin de 200 dollars, nous disait-il, on en emprunte 500 ; on en rend 300 trois ou quatre jours après, alors, on a tout le temps pour rendre les 200 dollars restants dont on a tant besoin et par-dessus le marché, on a encore la considération du créancier ! »
Voilà certes une méthode vraiment pratique qui fait honneur — nous ne disons pas moralement — à l'ingéniosité américaine, à l'esprit vraiment pratique, vraiment neuf des Yankees.
Un nouveau système très pratique a été inventé contre les débiteurs récalcitrants. Il existe à Brooklyn une compagnie qui a été organisée pour effectuer le recouvrement des créances dont le payement se fait par trop attendre. Les employés de cette compagnie se rendent aux domidles des délinquants, montés dans des automobiles qui portent sur les côtés en grosses lettres ces mots : « Recouvrement de créances véreuses ». Un membre de cette compagnie a donné les explications suivantes :
« Nous recouvrons toutes sortes de créances, gages, argent prêté, factures, honoraires de médecins ou d'avocats, hypothèques, etc. Nous envoyons d'abord un avis au débiteur, et, si l'argent n'arrive pas, eh bien ! nous envoyons notre automobile à sa porte. Nos employés sont salariés et touchent en plus une commission. Notre avocat nous a dit que nous n'étions pas passibles de poursuites ou d'action civile, au cas où une de nos voitures s'arrêterait, par erreur, devant une autre porte que celle du débiteur. »
Les mauvais payeurs n'ont qu'à se bien tenir !
CURIOSITÉS DE LA VIE AMÉRICAINE
L'originalité se retrouve partout en Amérique. En voici une nouvelle preuve :
Un (iïner original parmi les plus fameux est celui qui vient d'être donné à New- York par Harris S. Ladew le millionnaire inventeur de nouvelles danses. Les invités se trouvèrent réunis dans une salle à manger disposée comme l'intérieur d'un mail-coach ; les salières étaient en forme d'auges ; les porte-céleri représentaient des râteliers d'or en miniature ; tous les cristaux étaient gravés de représentations de champs de course, de sports ; la table avait la forme d'un fer à cheval ; les bouteilles de vin celles de fontes ; l'éclairage se composait de fers à cheval d'argent dont les clous étaient des lampes incandescentes. Toutefois, la surprise des convives fut grande quand deux chevaux (récompensés dans les concours) et trois poneys défilèrent dans la salle à manger et furent placés à table parmi les convives. Il est vrai qu'ils avaient leurs stalles en bois précieux et enguirlandées de roses, mais rien ne les empêchait d'allonger la tête par-dessus les parois et de fourrer leur muffle dans les assiettes des dîneurs « liippomanes » ; à chaque service, les gentils convives de la race chevaline furent servis d'avoine dans des bassins d'argent et ils burent dans des seaux cerclés d'or. A tous les convives bipèdes et quadrupèdes on distribue à la fin du repas des souvenirs : aux premiers, des cravaches à pommes d'or, des étriers d'argent et aux chevaux, des coUiers d'or en miniature. Les chevaux semblaient être au fait des convenances et des belles manières de la société car ils se
conduisirent dignement pendant toute la durée de la
fête. Dans l'opinion des convives, ce dîner l'emporte de beaucoup sur le non moins fameux « dîner des singes » organisé par Harry Lehr. A ce dîner, le singe de M. Lehr avait invité les autres singes possédés par des parti-
ciiliers de New- York ainsi que leurs maîtres et maîtresses.
Les Anglais autrefois recherchaient dans tous les succès français si « le Angleterre > n'y avait pas influencé. Un cheval français gagnait-il le Grand prix, vite les Anglais prouvaient qu'à la 5® où à la 6« génération il avait été croisé par un cheval anglais ; des marins français célèbres on prouvait une aUiance anglaise 500 ou 600 ans auparavant.
L'américain semble avoir hérité de cette manie. Lisez plutôt ce poulet que nous avons trouvé dans le journal « The gazette Times Pittsburg > (en manchette « spécial cable » -r Paris 27 oct.) :
« Tous les grands politiciens, et particulièrement les français, ont eu leur Egérie. Pendant trente ans M. Guizot, sous le règne de Louis-Philippe, rendit hommage à la princesse Lieven ; M. Thiers, durant le second Empire, avait l'habitude de visiter journellement l'atelier de la duchesse d'Albufera et de lui lire les discours qu'il devait prononcer le lendemain à la Chambre des députés. Gambetta, dans les jours de sa Dictature^ éleva Mme Laurier du rang de grisette à celui d'inspiratrice. M. Clemenceau n'a pas voulu manquer aux qualités qui ont distingué ses prédécesseurs et, comme eux il a recherché les avis et la consolation d'une étrangère.
« UEgérie de M, Clemenceau n'est pas une autre que la charmante Mme d'Aunay, née Berdan, la femme américaine d'un diplomate français. Il n'y a pas de doute que c'est elle qui a inspiré le premier ministre de France avec cette sûreté de jugement qui est anglo-saxon plutôt que français, et qui le fait un adversaire si énergique et un combattant si intrépide. Pas de doute que c'est sous son inspiration qu'il a trouvé la force de résister aux tentations
CURIOSITÉS DE Lk TIE AUÊRICAIKE
et qu'n A évité les pièges qui sont si fréquemment la ruine de nos hommes publics.
« Sans être au courant de ce fait, la France est gouvernée, grâce à Mme d' Aunay, par l'Amérique. Comme nous devons être gouvernés par quelqu'un, je pense que nous n'avons aucune raison de nous plaindre ; en vérité, nous devons nous en féliciter... *
Que pensez-vous de cet aplomb tout américain du journal ? Il est vraiment dommage, tout de même, d'après cela, que l'Américaine charmante se soit mariée à un Français ; elle aurait pu faire l'éducation de beaucoup d'hommes politiques en Amérique où 3e sj^tème du « graft * à été poussé à la hauteur d'une institution nationale !
idté; gntcs gxtnvagints.
L'Américain aimet-il la France ? Si vous fréquentez le High Life, vous y rencontrerez sûrement la plus vive ; il suffit d'être Français de bonne éducation
pour que toutes les portes vous soient ouvertes. Les Américains un peu aisés sont tous allés au moins une fois à Paris dont ils parlent presque toujours avec enthousiasmé. En général, tous se plaignent des prix excessifs, non pas des hôtels qui n'approchent point dé ceux de New- York comme le Walderf-Astoria, Hoffman House, Hollande Astor^ etc., mais des pourboires exagérés, des demandes d'argent pour des choses infinies. Un Américain ne peut comprendre qu'il soit obligé de payer pour de l'eau glacée. Une pomme a été vendue un jour 3 francs au buffet de Calais à un Américain de nos amis.
Le pourboire est presque inconnu en Amérique ; mais quand l'Américain donne, il donne trop, sans mesure. 'Il a gâté tous les services d'hôtels en Europe. Aux Etats- Unis, les garçons de café reçoivent un dollar par jour. Aucun employé en Amérique ne dépend entièrement des pourboires pour vivre. De même, le patron américain ne spécule pas sur les bénéfices que ses employés peuvent faire auprès des clients.
•.^^L' Allemand n'est pas aimé autant que le Français. L'Allemand ne peut rien dire sans comparer avec ce qui se passe en Allemagne ; si le bluff n'était pas né en Amérique, il serait sûreoient né en Allemagne. Cette manie de tout comparer n'es< guère agréable aux Américains. L'Américain n'aime généralement pas l'Allemand, c'est un fait certain. On l'appelle « Dutchman ». En affaires, les Allemands sont habiles et on a alors pour eux le respect légitime qui leur est dû. L'Allemand qui va en Amérique est perdu pour la mère-patrie ; deux Allemands sur dix rentrent dans leur pays. Les enfants des Allemands très souvent ne parlent que l'anglais.
Le « Free Lunch » (collation gratuite) est une des curiosités de la vie américaine. Dans tous les bars il y a le « Free
CURIOSITÉS DE LA VIE AMÉRICAINE
Lunch > qui se compose de haricots chauds sauce tomate, petites tranches de rosbeef, de porc froid, d'andouillettes chaudes, de choucroute, de salade de pommes de terre, d'oignons verts, de radis, de deux ou trois sortes de fromages ; quelquefois un immense gruyère est au bout du comptoir et chacun prend un morceau, deux morceaux, trois morceaux s'il veut. Vous mangez ce que vous voulez, autant que vous voulez ; un simple verre de bière suffit pour vous admettre au « Free Lunch ». (Le verre de bière coûte 5 sous — on le demande grand, petit, moyen, mais c'est toujours le même prix !). Règle générale, c'est appétissant, présenté sur une nappe, servi dans une assiette. Dans les quartiers populaires, à l'heure du déjeuner, les ouvriers ont une soupe, un plat de viande avec pommes de terre ou tout autre légume pour cinq sous, verre de bière en plus. C'est presque to\i]ouTS délicieux, d'une propreté absolue. — Les sociétés de tempérance essaient de réagir contre les « Free Lunchs » ; ils prétendent que les ouvriers mangent pour 5 sous et boivent pour 15 !
Nous avons parlé d'autre part de Marc Twain (i) ; disons
(i) Marc Twain dont nous parlons dans cet ouvrage est un célèbre humoriste américain de la seconde moitié du xix® siècle et du nôtre. Il est l'un des types les plus curieux de l'américanisme et il jouit sous ce nom, qui est un pseudonyme, on le sait, d'une immense popularité dans toutes les contrées de langue* anglaise. Caricaturiste doué d'une sorte de génie charivaresque, il a poussé à l'excès la parodie et la fantaisie, ainsi qu'on peut le voir dans New Pilgrin's Progress (Nouveau voyage du Pèlerin). Notre confrère Frédéric Loliée dit de lui dans son Dictionnaire des Littérateurs et des littératures : « Son genre consiste à parodier tout sans distinction, sur un ton de joie grave qui fait un singulier contraste avec des situations d'une cocasserie énorme, irrésistible. Les œuvres sérieuses de « Marc Twain » sont écrites dans une belle prose descriptive », entre autres le livre intitulé: Roughing it on the Mississipi
à ce sujet que l'assertion de sir Caspar Purdon Clarke, directeur du Musée Métropolitain de New- York, à un luncheon à New- York, que Marc Twain(alias M. 'Clemens) est plus aimé et plus admiré en Angleterre qu'aux Etats- Unis a un son étrange pour la moyenne des Américains, mais quiconque a beaucoup voyagé à l'étranger ne peut qu'avoir été impressionné par la différence dans la qualité de la considération dans laquelle M. Clemens est tenu de l'autre côté de l'Océan. Pour ses compatriotes, il est l'humoriste, le premier et le dernier, le joyeux auteur dont le plus léger dire est écouté avec une attention curieuse et amusée, pendant, que pour le reste du monde, il est fondamentalement un optimiste et un philosophe. Là, son humour n'a pas caché son génie, comme cda a été jusqu'à un certain point pour ses lecteurs américains, bien que sa philosophie inspiratrice composée d'amour abondante pour ses concitoyens et sa croyance dans le bien fondamental de la nature humaine vient à être abattue de plus en plus. Peut-être cette différence est-elle due en partie au fait qu'une grande quantité d'humour est nécessairement intraduisible et que tant de fois les mots de Mark Twain en langues étrangères ont montré plus clairement leur base subalterne de sobre vérité et d'idéal élevé.
Il existe maintenant aux Etats-Unis plusieurs Instituts Pas^^wr (i)« Pasteur Institute». Le premier en date fut celui de New- York. Il est actuellement sous la direction du
(S* endurcissant sur le Mississipi), inspiré par ses débuts dans la vie, comme apprenti-pilote.
A côté des œuvres de Marc Twain on peut placer celles si différentes de Wilhem Holmes qui sont de fines satires et des physiologies piquantes.
( I ) Voir le livre de M. François Bournand : Pasteur, sa vie, son œuvre,
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docteur Geo. Gibier Rambaud. (i) Il fut fondé en 1889 par le docteur Paul Gibier, avec la sanction de Pasteur lui-même. A cette époque la plupart des médecins américains ne croyaient pas à la rage et encore moins au traitement Pasteur. Pendant plusieurs années le docteur P. Gibier eut donc à lutter contre l'ignorance et la mauvaise volonté. L'Institut fut maintenu seulement par l'énergie et la grande volonté du D^^ Gibier.
Au cours de la première année, 1691 malades furent traités par la méthode Pasteur ; ces 169^ malades étaient venus à New- York de différents Etats. Aucun ne mourut de la rage. De 1890 à 1900, 1370 personnes reçurent le traitement Pasteur avec une minime mortalité de 0,65 pour cent, les résultats merveilleux changaient forcément l'opinion générale des médecins et du public. L'Institut Pasteur de New- York devint une institution connue et respectée partout dans les Etats-Unis. De 1900 au 1^' septembre 1906, 930 personnes y furent soignées ; 2 seulement ne purent être guéries.
Le chemin ouvert par le docteur Gibier fut suivi par d'autres. En 1890 le docteur A» Lagorio ouvrit un autre institut à Chicago. Depuis Baltimore, Cleveland et New- Orléans adjoignirent une clinique Pasteur à leurs hôpitaux. Deux assistants du défunt docteur Gibier, le docteur A. Létevé à Pittsburg et le docteur H. Q. Hoen à Richmond Va. ont ouvert des laboratoires pour le traitement Pasteur. En 1900, le docteur Gibier-Rambaud en a fondé un à St-Loui§ sous la direction du docteur Cari Fisch.
L'Institut 'Pasteur de New- York ne fut pas seulement le premier en Amérique pour le traitement de la rage. Quand le docteur Roux, à Paris, en 1891, acheva ses expériences de sérothérapie au sujet de la diphtérie, le docteur Gibier travailla à cela sous sa direction lors de son séjour
(i) Le secrétaire en est M. G. G. Von Schaick.
Paris et de retour à New- York, il commença la prépi tion du sérum antidiphtérique ; puis s'adonna à ik pré aration du sérum antitétanique et du séruni antîstrep coccique.
La lymphe vaccinale glycérinée qui est raaîntenan
seule employée pour vacciner contre la petite vérol t introduite aux Etats-Unis par le docteur Paul Gibîe
son emploi vulgarisé par le docteur Gibier Rambauc n un mot, ce fut l'Institut Pasteur de New-York qu augura aux Etats-Unis le fameux traitement par 1 rothérapie. qui depuis son emploi a sauvé tant de vie imaines.
ÇiNè*-* ' Ttn. ^^^^^^^^H
CHOSES P'ART
OK peut dire que les Américains achètent les peintures de tous les artistes excepté celles des leurs, à moins que le musée du Luxembourg ou un musée d'Europe, ou un Salon ait consacré leur talent. Cela est profondément ridicule. Et cependant, il y a une pléiade d'artistes américans de grande valeur qui sont incompris (i).
Les artistes français qui se rendent aux Etats-Unis sont toujours admirablement reçus et tout spécialement par les artistes américains (il n'y a de jalousie que chez les artistes inférieurs). Notre ami J.-B. Raffaëlli a eu un grand succès avec ses tableaux et ses conférences. Aman Jean, Helleu, La Gandara, Carolus Duran, ont rencontré la faveur de belles clientèles.
L'art français est très apprécié et demeure encore l'article très demandé. Un de nos confrères a écrit un jour que « des artistes absolument inconnus en France avaient et ont encore une clientèle aux Etats-Unis » (2) Cela est une erreur grossière. Les galeries qui sont de véritables galeries princières possèdent de merveilleux chefs-d'œuvre modernes. Faut-il parler de quelques tableaux d'artistes inconnus en France perdus dans des salons d'amateurs ? Ce qu'il faut critiquer ou déplorer, c'est surtout l'audace
(i) Il y a quelques années, notre confrère, Arsène Alexandre disait dans Le Figaro : « Mais ces peintres très séduisants, pairnû lesquels surtout se distinguent MM. Sargent et John Alexander, sans parler de Whistler qui est tout à fait à part et un peu leur maître à tous, ne constituent pas, même aux yeux de leurs compatriotes, une école bien affirmée. »
(2) Arsène Alexandre. [Le Figaro.)
^. 199 «fc
de certains marchands qui vendent de faux tableaux, abusent de la crédulité de ceux qui se confient à eux« Nous n'avons jamais compris pourquoi on cherche à ridiculiser les Américains à propos de peintures. S'ils se font voler, il ne faut pas oublier, en revanche, que depuis trente ans, ils ont acheté les chefs-d'œuvre des niaîtres français modernes et que plus tard en France on arrivera sûrement à le regretter.
JOn sait qu'îl''existe des droits de douane assez considérables pour les^Deuvres d'art.
En 1898, dans l'une de ses correspondances adressées à Paris un de nos confrères alors en voyage aux Etats-Unis écrivait :
« De 1840 à 1890, les richissimes Américains, leurs fenunes et leurs filles allaient poser dans l'atelier de nos msjitres pendant leurs séjours à Paris. Les portraits étaient ensuite expédiés en Amérique, p
D'autre part, pour garnir les musées de New- York ainsi que les galeries des amateurs, de nombreux achats de tableaux se faisaient à Paris pour le compte des Américains. C'est ainsi que la Barque du Dante d'Eugène Delacroix qui est aujourd'hui au musée du Louvre, faillit devenir la propriété des Etats-Unis. D'autre part, V Angélus de Millet, son chef-d'œuvre, fut vivement .disputé aux enchères, M. Chauchard réussit à l'arracher aux Américains... en le payant 456.000 francs !
En présence de ces nombreuses arrivées d'objets d'art français, le Parlement américain résolut pratiquement de s'en créer des ressources financières. Il y a six ans, fut votée une loi en vertu de laquelle tout objet d'art entrant en Amérique paie im droit exorbitant de douane égal à 2^ pour cent de sa valeur. Dans ces conditions oné-
CHOSES d'art
reuses, la toile, payée cent mille francs à un peintre français, coûte, en réalité, 125.000 francs.
C'est au sujet de cet impôt onéreux et pour essayer par des pétitions répétées de le faire abolir que s'est formée à Boston une ligue pour l'art libre « américain Free art League » et qui possède un comité exécutif avec les noms suivants :