francs ; enfin plusieurs
mentions honorables.
Le Jury International de
mars 1907 était composé sul-
vantl'us^ede huit Américains
et deux Européens. Ces deux
derniers font le voyage
comme les tableaux — aux
frais de l'Institut et l'Institut
fait bien les choses. En
étaient membres :
Américains. — J. W, Alexander, W. M, Chase,'*^ Miss
Cecilia Beaux, Ben Poster, G. Melchers, L R. Wiles,H, 0.
Walker, C, Hopkinson ; Européens : — René BDlotte et
(l) Gaston La Touche, aé à Saint-Cloud. Médaille de j" classe en 1884, de 2* classe en 188S, médaille d'argent. Exposition Universelle de 1B89. Médaille d'or, 'Exposition Universelle de tgoo. Chevalier de la Légion d'honneur.
Emile (*lau8. Les artistes Puro|«k'ns sont toujours désignés comme « distingués artistes t ; l'Institut fait hicn les choses, avons-nous déjà dit, et comme on peut en juger, ces peintres constituaient un jury tiré sur le volet. Ils décernèrent le premier prix à M. Gaston La Touche pour son tableau « Le Bain » exposé aux Beaux-Arts (Société nationale — ancien salon dit du Champ iV Mif'-)
lut à rinslitut Carnegie pour La Bain dt GatOH la Totaii bé &U Salon a Piiubarg], on av»ll prtaniti jrait flanquË ù la nvïêre ; jmds aprfe ii ans de pro^rbi, on itflfdiB, il propote A Tadmlnistiatioii d? rinitltut âe plâcrc
s Touche qui iK-iiit plutôt fcait-il été accepté par le Comité consultiitif de Paris ou Rait-il simplement invité ?, Peu importe; toujours est-il u'ou peut se montrer surpris que des peintures d'une tendance « court vêtue » ait trouvé admission à Pittsburg. Le Conseil d'administration composé de gros industriels, avocats et de deux artistes de la localité avaient jusqu'à l'année précédente refusé tout ce qui était nu ; une superb ^ femme nue assise dans un fauteuil de Lucien Simon (i) avait été reléguée dans le sous-sol de l'Institut bien qu'acceptée à Paris en 1904 ; 1905 se montre moins puritain, Childe Hassam, le Monet américain, obtenait un 3" prix avec « Juin »,
Il n'y a que le premier pas qui coûte et entré dans cette voie Pittsburg n'était plus le salon puritain outré (2). au vernissage 1907 {Press Vùw Day) le public fît des remarques plus ou moins acerbes sur le premier prix ; la presse ne (ut point choquée. C. M, Payne, le « cartoonîstB{3) de la Gazetk-Times »
s'amusa et amusa ses lecteurs.
I L'Index, journal de Société, peu près le seul qui s'occu|ïe 'art et le seul qui ait osé publié n nu antérieurement comparait M. La Touche à M. Albert Besnard : « Le La Touche, disait-il possède de splendides qualités itest sans aucun doute une
. .v;- Pa
f (ï) Uu tablenii d'Aman Jean exposé e
t le premier prix avec .a. pour son Exposition
i<loi : Com/dii' aviiii
LOSCLE SAH CHEZ Ltn
•uvrc admirable mais il n>t teint pas k perfectin Bi-snaTtl. Quant à la peinture intitulée < The Bâ)| {Le Bain) par I^ Touche, elle possède beaucoup d'e lence technique et revêle le pouvoir magistral du pdnn C'est beau en couleur et vrai en dessin et a été cx^ cuté avec beaucoup d'aise et liberté de touche. •
Le Leadtr plus circonspect et tlaiiant l'orage ne donna pas. contrairement à son habitude la reproduction des tableaux médaillés et ne fit aucune critique du parmier prix. En deux lignes simplement et cliaritablemcnt, il avertissait ses lecteurs * qu'il est possible ijue le public soit surpris du choix du jury dans la distribution des récompenses ■ Pourtant, quelques semainesaprès son « cartoonist (i)»F.E. Johnston, protitant d'une controverse politique, traduisait le sentiment de tous les Pittsbourgeois par la caricature ci-dessous.
Un journal a la malencontreuse idée de traduire une critique du Gil Blas sous la signature Louis Vauxcelles : « M, Gaston La Touche est de plus en plus osé et scabreux ! En vérité, il y a là de quoi alarmer nos Bércnger (2) Ce n'est pas obs- ^- ^ /■-''i»''""-
fait dire à un critique qui trouvait les femmes trop décolletées ; 4 Plttsliurg ne peut pas supporter une mise aussi leste. > Ce tal>1eau fut acheta par M. Valentine de Chicago. Deux ans plus lard, 1« ■nSmc critique n'avait pas asseî de superlatif- pour vanter le beau talent de l'artiste.
(3) < Cartoonist t. caricalnriate des journaux quotidiens.
(I) Voir notre livre sur les * Cartoonists >, (500 illustrations.»
(ï) Bérenger en France, Comstock en Amérique,
JHE BATH-WITli APOLOGIES TO ARTlSf LA TOUCHE
(Dmsim dr F- E. Jùhnsto» dam Pitisburg L,adcr).
Kène, comme les franches lippées des kermesses flam-
Fnandes c'est licencieux, tels les pires contes du |
dix-huitième siècle Si' M, La Touche était romancier, i
: crois que ses ravissantes pornographies passeraient un | lauvais quart d'heure ^avec mon ami Emest-Charles ; B Caton virulent des lettres modernes, le fustigerait d'im-
portance. La critique d'art est moins puritaine. Toutefois, il est périlleux de suggérer des idées malsaines à la bourgeoisie »
Alors les potins vont leur train ; les clubs de femmes s'en occupent ; tout le monde proteste, excepté toutefois les artistes. Le Directeur de la galerie John W. Bealty interviewé assure que les jurés ont jugé en toute conscience et en toute liberté « Il possède de splendides qualités techniques comme peinture. En vie, en large réalisme, en vibration d'atmosphère et de lumière c'est une importante production, certainement un chef-d'œuvre. Beaucoup de personnes peuvent ne pas aimer le sujet, pensant qu'il manque de dignité mais c'est une question pour chaque individualité ».
Dans The nation Kenyon Cox, artiste qui s'est fait critique, et qui a été il y a peu d'années membre du jury à Pittsburg disait : « C'est impossible de dénier de l'habileté à Gaston La Touche à qui le jury a décerné la médaille de première classe mais on pourrait souhaiter qu'elle soit allée à un autre. Peut-être il y a une intention satirique dans cette confusion d'époque, de chaise à porteurs,^ de fontaines rococo, avec un satyre nu et une femme mal dessinée qui ôte ses vêtements très modernes. Mais, toutes questions de sujet et de morale artistique, le curieux maniement comme du vermicelle, la couleur chaude, rouge et jaune, le manque de substance ou de surfaces partout sont loin d'être plaisant. Toutefois l'œuvre est charmante en comparaison des yeux noirs en rond, de la verte couleur, les lèvres vermillon tordues avec des points teint de noir pur aux commissures du tableau de stuck. — Pittsburg Dispatch commente : « Le comité des Beaux-Arts de l'Institut Carnegie a dépassé les limites du bon goût. Nous regardons rien moins que comme une calamité que cette peinture ait obtenu une pareille distinction. Si elle était l'œuvre d'un artiste américain on
CHOSES d'art
l'aurait déclarée une perversion de goût artistique et un avortement d'effort artistique ».
Arthur Hoeber dans New-Yorh Commercial Advertiser assure que c'est une curieuse composition d'une femme nue, d'une chaise à porteurs, d'un cupidon et un satyre qui intriguera les visiteurs ; après tout cette fantaisie est certainement habile et très étonnante.
A un souper donné par le « Church Club of the Pittsburg Episcopal Diocèse » plusieurs speechs sont prononcés sur « Comment la médaille d'or a été décernée à l'Institut Carnegie » et la croyance générale est que La Touche a peint un tableau qui ne vaut pas le premier prix.
M. C. H. Caffin, un anglais, critique d'art à New- York, dans une conférence qu'A fit à la « -^t Society » de la ville n'eut pas d'adjectifs assez forts pour vanter le mérite et la valeur du « Bain » louanges d'autant plus extraordinaires chez un honune qui critique librement et sans façon tous les tableaux qui ne sont pas anglais.
The Press et The Sun endossent l'opinion générale ; The Post, montre les dents : si l'on propose d'acheter pour la collection permanente le premier prix, cette jaunâtre femelle nue, il faut protester vigoureusement. La peinture est mal dessinée, outrageuse en couleurs et décidément shocking en couleur et son choix est loin d'être créditable au jury qui Ta récompensée »
La Chronicle Télégraph à propos de cette peinture qui comme pas une a été louée et critiquée tout à la fois envoie un reporter auprès du « Bain » qui pendant une heure nota tout ce que les visiteurs firent et dirent. Pour l'artiste l'œuvre en est une de beauté et d'inspiration; il l'examine avec un œil de critique, voyant chaque détail au point de vue d'artiste seulement, il prononce invariablement c'est : « un excellent effort, admirablement conçu et merveilleusement exécuté », mais le public pense différemment. En règle générale, les hommes le louent ; l'un
deux dit : C'est « Great » il ajoute : « L'artiste a obtenu sa médaille aussi bien que mon étemelle gratitude. » Une femme ne l'aime pas : « Effrontée et ne devrait pas être admise à être comptée parmi les belles peintures. »
Pas un ne paraît capable de comprendrecequerartiste a voulu dire ; ils savent que la figure principale est parfaitement modelée et est la grâce et la beauté accomplies, mais ils ne savent quoi faire avec le satyre qui est à gauche du palanquin. En fait l'homme à la tête de bouc et au corps humain les dérangent. — On va, on vient ; jeunes femmes qui sont accompagnées passent vivement à la peinture suivante, mais si elles peuvent semer leur escorte, elles vont au mur opposé se tournent à demi et jettent un long regard sur le tableau si attractif. Les hommes sourient discrètement et à leur compagnon chuchottent un mot à l'oreille qui doit être drôle, puisque le compagnon sourit à son tour. — Un homme âgé d'environ 65 ans, sa femme et une amie, s'intéressent tous trois, cherchent ce qui peut bien recouvrir la figure du satyre ; à la fin ils découvrent que c'est un masque de feuilles et de fleurs. « N'est-ce pas une chose méchante» déclare une des femmes. « Mais il est comme un homme ; pas de besoin de rechercher pourquoi il recouvre son visage. »
« Et regardez cette femme effrontée, reprend la seconde ; j'aimerais me voir dans cet attirail sans savoir qu'un homme est aux alentours. Je voudrais savoir si l'artiste a peint d'après nature ? » — « Je n'ai jamais vu ce genre de cabine à « Atlantic city » et elle montrait la chaise à porteurs. » —
Une femme de 40 ans sarcastique : « Cette peinture est absurde. Regardez cette vilaine créature derrière le palanquin ? Il n'a pas honte, pas plus que Gaston La Touche. »
« Tee Hee » murmure une élève de l'école normale. Je n'irai jamais me baigner nulle part sans avoir un costume
CHOSES d'art
de bain. Si cette femme n'avait pas ses vêtements qui lui couvre la tête, elle serait bien mortifiée. »
Une autre femme : « Eh bien, elle aurait pu aussi bien se déshabiller sur le gazon que derrière cette cabine dont les fenêtres sont trop grandes pour rien cacher. Je ne permettrai pas à ma fille de venir à la galerie. »
Un homme : « Regardez ces chérubins qui remplissent la rivière avec des tuyaux d'arrosage ; regardez ce gazon et l'ombre de cet arbre. Je parie que c'est une adorable place pour les serpents. »
Et son compagnon remarque ; « Si j'étais cette femme je secouerais mes vêtements avant de les mettre par peur des serpents. »
Une autre : « qui a jamais vu une femme se revêtissant encore toute dégouttante ? (i) ».
Mari et femme — Le mari ; je n'aime pas ce tableau, la couleur, le dessin, l'ensemble, le, la, les...
La femme : « Eh bien, si vous ne l'aimez pas pourquoi la regardez-vous si longtemps. » Etc, etc, etc.
Ces divers incidents ont amusé follement les artistes, qui déjà avaient eu un « Good Time » avec le puritanisme de l'Institut. Toutes les statues nues, plâtre ou bronze sont ornées d'une immense feuille de vigne ; vissée, comme dit Rabelais, à l'endroit de l'immoralité. Il ne s'agit pas ici de critiquer l'effort sérieux et plein de succès accompli par l'Institut Carnegie dans la voie artistique, mais on peut rire à bon droit de la simplicité et de la n^veté des protecteurs de la morale qui ne protègent rien du tout. Dans l'ancien Institut, ces mêmes statues portaient également des
(i) Autre exemple de pruderie :
A Omaha, un club de femmes, s'est mis en guerre contre les « jambes de Paris * prétextant que pareille exhibition est indécente. — « La jambe de Paris » est une jambe belle, jolie que les merciers mettent en vitrine, recouverte de bas à jours, en soie ou autre — en un mot, la jambe-réclame.
L'ONCtE SAM CHEÏ Lni
feuilles de vigne ; les i s'amusaient quand le gardien avait le dos tourna à les dévisser et quand ils n'y arrivaient pas, Us les cassaient.
Mais Saint- Louis a voulu mieux faire. On y parle d'ha biller les statues de nu, ceci i sugg<5réàPayne.une malicïeust caricature.
Acp sujet ArthurG.Burgoyi président de la Société des bu moristes américains a (ait 1< poème suivant qui a obtenu ui grand succès.
St. Louis, a. town witli no tinic for lianalily,
Slruggles to day with a prohlem intonse.
lier aira is to harmonize art and morality.
Giving to virlue a soliil défense.
And lience she détermines thaï statues un clothed Are a thiiig to be trowneil on, dîscouraged and loatbed. This view nlay by sculptors lie vgled a, crudity. Yct whpn a town like St. Louis says nay I the species of art Ihat rejoices in nudity. wise will the edict obey, 1 ttie tailor and dressmaker, luo, 1 the figures with no more ado.
i wili lie a grave
they miglit try
.^tlhurG. Bui^tjync
Un iie? plus fiuï tLUtil<rrït
d'Amérique (Piésldeut da b Sodité <
Those that a And Ihey'll call î I*o put clothes o' The choicc of habllimwits
.\nd reaponsible.
How a sealskin wouid look onthe faraous • Greek Slave »
(Mr. Powers is dead and can raise no outcry). ;\nd on Goujon'a • Diana t a ligure of note, lliey niight try the efFects ot a nobby fur coat. To dnass Michael Angelo's « Hercules t may Be a dubious contract, but why nol resori To Ihe priza Sj^hter's simple and striking array.
CHOSES D ART
Foi old t Herc • in his da.y was a. genuine sport ? And for Rbinebart'B « Endynuon * snrely the best. Is a suit like Tim Woodnifi's with Sow-is on thc veat Bologoa's < Wiuged Mercury * can't lose ist grâce
In a carrier's neat fittiug gray unifono, While the Venus of Milo ic reaJ point lace
Cannot fail to take ail that behold her by storin. Rest in peace. O Thorwalcisen. Canova. excuse Those that dress up your Psychés in chaste peek-a-boos. Oh, wondrous refonn I Place a crown on the brow
Of whoever thus conquers the foiblea of yore And insures to the warld that art galleries now
Will resemble a highly refined tailor store.
Hail the new dawn of culture ! A bas with the nude In the home of the Coy and the land of the prude.
M. Robert CHaU, Président des agents de change de Pittsburg, s'est rendu acquéreur du tableau « le Bain » de La Touche.* La peinture est superbe», dit M.
Hall à un journaliste et c' est pourquoi je l'aiachetée. Je conddère que cela aurait été une honte si elle n'était pas restée ici, mais je n'avais jamais eu l'idée que je l'aine achetée. En vérité quand le jury annonça les Récompenses, j'ai pensé
]« M. PkyHE (i-Uttivri Gaulte-Tioa), S(-Louli trouve qu'il faut blHllH kt ttttuts ; Fitbu Pltt (pin Ptlt, ds Piltaborn a'faris ; t Ht ma cmbillci pu ; vcDu donc voir moa premier pdi ! t
que le comité achetait le tableau. Mais les critiques du public, ont fait hésiter le comité, je suppose. Il y a quelque temps, j'ai acheté « La princesse » de Latouche, son deuxième tableau à notre exposition et quand j'ai appris samedi que < le bain » allait être renvoyé à Paris, j'ai ouvert des négociations avec l'artiste ; déjà le tableau était emballé quand je fus le chercher.
< Quand ma famille était à Paris au conmiencement de cette année, elle m'écrivait de ne pas manquer de voir les tableaux de La Touche. La conception fantastique des singes était la rage de Paris. Aussi dès que je vis à l'Institut Carnegie «La princesse», je l'ai acheté tout de suite, d'ailleurs Mme Hall et moi, nous achetons ainsi chaque année. — Plus j'étudie les effets de couleur dans cette peinture, plus j'en suis charmé. J'ai parlé à plusieurs artistes à son sujet et leur jugement a été en sa faveur, je vois qu'il est mieux d'acheter des peintures d'artistes modernes que des vieux maîtres ; avec ces derniers, on n'est jamais sûr de ce qu'on a. — Les maîtres d'aujourd'hui seront les maîtres reconnus dans quelques années d'ici, La Touche sera l'un deux. Ses peintures, sont le sujet de conversations, de Paris maintenant ; alors ne soyons pas surpris qu'on s'en soit occupé aussi à Pittsburg. Je suis fier des nombreuses critiques qu'il a reçu ; il a attiré le public à la galerie et il fait plus pour stimuler l'art que tout ce qui a été fait ici auparavant. »
La troupe de New- York qui avait représenté au théâtre en tableau vivant le tableau de La Touche est venue au théâtre Nixon à Pittsburg il y a quelques mois. On pense si les Pittsburgeois se sont offert le théâtre! Les affiches portaient : « Le bain de Gaston La Touche que Pittsburg a rendu fameux. » A tout cela il y a eu un épilogue ; tout bon roman finit par un mariage ! » Miss Lily Devinney qui paraît la principale figure dans la reproduction du tableau, annonce qu'elle va se marier avec R. W. Badger
CHOSES D ART
fils d'une grande famille de Philadelphie. En même temps la camarade de miss Devinney, miss Mabel Kingsley, a fait connaître son engagement à John Badger, frère du fiancé de miss Devinney. R, Badger avait vu pour la première fois miss Devinney, il y avait quelques semaines au Jardin de Paris, à New- York où elle posait.
Il n'y a guère qu'en Amérique qu'on voit de ces sortes d'histoires !
En parlant d'art, il ne faut pas oubher de rappelerqu'il y a tout une catégorie d'artistes de talent qui se consacrent à l'illustration et à la caricature.
Il y a les Cartoonhtes et les Caricaturistes.
Les Carloonistes sont les caricaturistes des journaux quotidiens; les Caricaturistes sont les artistes des journaux satiriques, amusants.
Le caricaturiste a tout le temps; une longue semaine [Xtur penser, soigner ses dessins.
Le Cartooniste, lui, est comme le reporter, quand il arrive au * Studio » (atelier) du journal pour les artistes, il ne sait pas à huit heures du matin ce qu'il va dessiner pour le
CHOSES d'art
journal de midi ; ou à neuf heures du soir, il ne sait pas pour le journal du matin qui tire à deux heures du matin ? — Le « Cartoonisme » est purement de création américaine. Tous les grands journaux ont une caricature appropriée au fait le plus intéressant du jour. — Le télégraphe apporte la nouvelle ; le reporter la commente, la décrit, l'artiste la « satirise ». En une heure, quelque fois en moins de temps, le malheureux artiste doit s'exécuter. Tous ses dessins ne sont pas des chefsd'œuvre, mais combien sont amusants, intéressants. Notez qu'il est^ peu près le seul dans les grands journaux qui signe (c'est même une grande injustice.) Il est populaire. Il a les honneurs de la première page. Le public avant de lire les nouvelles jette le premier coup d'œil sur la caricature. Dans les cars, le matin, le sçir au retour, on se montre la caricature. Il est connu de beaucoup d'Américains. Le « Cartooniste est beaucoup plus intéressant et même aussi artiste qu'un Whistler, un Sargent ou un Alexander. Les enfants connaissent le nom des caricaturistes d'une Ville ; ils ne peuvent pas la plupart du temps donner le nom des peintres ou sculpteurs de leur pays.
Parlons un peu de la moralité de la caricature. Elle est toujours contre le riche, soutient le faible, même dans ses fautes, etc.
Le Cartooniste s'occupe surtout d'événements politiques mais si ces événements sont de peu d'importance, comme il est heureux de s'échapper et de faire du drôle !
L'armée et la religion ne sont jamais tournées en ridicule Elle ne parle pas d'adultère, et n'est pas contre la femme, ou du moins celle-ci n'est jamais vouée au ridicule.
On sait que quantité d'Américains (des deux sexes) vont en Europe pour étudier la peinture, ou la musique. Beaucoup
i l'oncle SAM CHEZ LUI
restent une, deux ou trois années, d'autres ne font qu'un voyage de touristes de quelques mois — . Ils ne craignent pas de s'annoncer « élève de Benjamin Constant ou de J.-P. Laurens » et ils n'ont passé que deux ou trois mois à l'atelier JuL'an — de même les musiciens qui {)rennent un terme de lo leçons avec Leschetitzky à Vienne et s'intitulent pompeusement ses élèves. Voilà du bluff. — Paul Plançon la célèbre basse française qui obtient tant de succès, nous racontait qu'étant en tournée dans l'Ouest avec laCie du Métropolitain (Opéra) de New- York, il reçut une lettre d'une dame lui demandant audience. On ne refuse pas à une femme ; il fixa un rendez-vous pour le jour suivant. La dame vint,demanda à prendre des leçons ; l'artiste répond qu'il n'en donne point ; la dame j le prie de l'entendre. Impossible de refuser. Après l'audi-
» tion, la dame veut savoir l'opinion de Plançon. Il dit ces
' mille choses qui n'engagent à rien ; une belle voix qui a
i besoin d'être cultivée, du talent certainement, etc. —
! Stuj:)éfaction de l'artiste de voir dans un grand journal de
la localité, le lendemain. — « Madame X, professeur de chant. Elève du grand artiste français Pol Plançon ».
Plusieurs centaines d'Américaines vont à Berlin pour suivre des cours de musique ; elles tiennent comme nombre une place importante dans la colonie des 2000 Américains de Berlin. Berlin n'est pas un centre musical comme Vienne ou Paris, mais il y a plus d'étudiantes parce que la vie est moins chère, la musique bon marché et l'instruction bonne. Quelquefois elles sont accompagnées par leur famille ; plus souvent elles sont seules. Parfois la mère ambitieuse pour l'avenir de sa fille, y établit une «pension bourgeoise» et le «home» devient un centre de musique. On estime le prix pour vivre et étudier la musique à Berlin à 5000 francs par an. Pour cette somme une femme peut obtenir l'instruction de professeurs ordinaires,
CHOSES d'art
leçons particulières par le « maître » qu'elle a choisi pour guide, la location du piano, les ^abonnements nécessaires aux concerts qui lui donnent l'occasion d'entendre les meilleurs exemples, car les concerts sont considérés comme une partie importante de l'éducation musicale.
Naturellement l'étudiante peut vivre à im prix moins élevé que looo dollars ; mais à moins elle ne peut pas conserver la santé et la force si nécessaire pour affronter la carrière musicale.
'^TBien qu'on puisse s'amuser beaucoup à Berlin, l'étudiante en musique a comparativement peu de temps pour les amusements. Son temps se passe à pratiquer ou à prendre des leçons ; le reste peut-être le passe-t-elle dans l'antichambre du Maître attendant nerveusement son verdict. Car c'est en vérité un sévère dans plus d'un sens. Le grand homme la reçoit brusquement et sans un mot de préparation il l'envoie au piano et lui dit de jouer quelque chose qu'elle a appris avec ses professeurs précédents. Elle s'assied, nerveuse, tremblante et commence. Le Msdtre fait les cent pas dans la pièce, va à une fenêtre, puis à une autre, s'assied, se remet à marcher, saisit un livre sur la table, le rejette. Tout cela montre à la pauvre néophyte que son jeu est trivial, pas assez satisfaisant pour captiver l'attention du Maître et elle est troublée ; quelquefois elle pleure. Alors il la fait arrêter, déclare que la leçon est finie ; elle se retire découragée.
Avant qu'elle revienne, elle a probablement raconté son expérience à des étudiantes plus andennes'~quî lui disent que c'est la méthode du Maître de dompter son indépendance américaine. Car l'indépendance est une caractéristique des élèves américaines aussi bien que du peuple américain et c'est la plus grave offense d'une étudiante à Berlin d'être américaine, c'est-à-dire indépendante. Probablement la fois suivante elle aura plus de courage, mais elle doit être intimidée suivant l'idée du
maître, avant qu'elle soit considérée comme bonne d'être formée musicalement.
D'un instructeur de Berlin, on dit que pas une Américaine reste deux termes avec lui.
A Vienne, il n'y a qu'un maître musical, le maître dans le monde du piano, Leschetitzky. Il est vieux mais il enseigne encore à des prix exorbitants. Il n'écoute que ceux qui ont étudié sa méthode et qui sont avancés. Mais il a aussi d'autres méthodes de choisir ; par exemple^ il a la réputation de préférer les étudiantsqm ont de joUs cheveux et on sait qu'à l'occasion il leur dit comment les arranger. I.es rendez-vous avec lui se font par l'intermédiaire de sa femme qui répond par carte postale qui porte une reproduction de son portrait. En fait elle est le «businessmanager»; elle arrange le temps pour les élèves et reçoit l'argent. Quelquefois l'étudiante reste assise dans l'antichambre tout le jour sans déjeuner et à la fin de cette ennuyeuse attente, on lui dit que le maître ne recevra plus dans la journée. Elle doit prendre un nouveau rendez-vous et revenir.
^Par lui, on voit que seules celles qui ont une bonne santé peuvent résister.
En résumé les neuf dixièmes des jeunes filles qui vont étudier en Europe et qui y dépensent une grosse somme d'argentjy perdent leur temps ; il y a assez de bons professeurs de 'musique en Amérique pour former des élèves de talent. Il^n'y a que celles qui ont du génie ou un immense talent inné qui puissent tirer bon profit des leçons puisés en Europe.
Certain jour, notre confrère Arsène Alexandre parlant de « l'Amérique et la Peinture » écrivait :
« Lorsqu'on parla à New- York de boycotter nos couturières, les peintres eurent un petit frisson dans le dos. Ils
CHOSES d'art
pensaient être menacés les premiers dans leur industrie, tout de suite après le commerce des nouveautés. Heureusement pour eux et pour nous, ils ont été quittes pour la peur.
« Les Américains n*ont pas tardé à s'apercevoir qu'on ne les insultait pas dans les rues de Paris, que l'on ne mettait aucime mauvaise grâce à les servir dans les magasins et dans les restaurants, et qu'on leur rendait la monnaie sans ajouter : « Vive l'Espagne, sir ! »
« Les étrangers qui avaient répandu ces aimables nouvelles et représenté la France sous un jour aussi sot en seront pour leurs frais. D'ailleurs on se demande le profit qu'en aurait retiré leur pays. Les modes londonniennes, berlinoises ou viennoises, bien qu'elles essayent obstinément de mettre même un pied chez nous, ne supplanteront point encore demain nos propres élégances.
« Pendant quelques jours, les belles Américaines auront acheté des articles français sous des étiquettes étrangères, pour la forme. Mais les machines à coudre ont repris ici leur tac- tac, et quant aux pinceaux, ils n'ont absolument rien à craindre p
Faisons ici une parenthèse et disons que les couturiers et les couturières américaines viennent chaque année à Paris. Leurs essayeurs et leurs essayeuses sont huit fois sur dix des Français ou des Françaises.
[rtMalgré cela, ils n'ont pas réussi à créer une mode. On dirait même que ces ouvriers et ces ouvrières ime fois chez l'Oncle Sam ont perdu leiu: sens artistique, leur manière de voir, de faire élégant. Qui peut expliquer ce mystère ? Quand les femmes boycotteront Paris la question changera peut-être.
Revenons^à ce qu'écrivait Arsène Alexandre.
« On frémit d'ailleurs de penser ce qui arriverait si nous perdions un « client » comme l'Oncle Sam, et si toute la peinture que produit ce pays-ci lui restait poiu: compte.
Plus heureux que l'Australie, qui ne })eut se débarrasser fie ses lapins, la France exporte une bonne [Partie des toiles qui croissent et multiplient dans les garennes artistiques, de Vaugirard à la place Pigalle et 'de l'île Saint-Louis à l'avenue de Villiers...
« C'est même la réponse à la question que tant de gens se sont posée : Comment se fait-il que nous ayons tant de peintres, et qui mangent ? Songez que des artistes absolument inconnus chez nous-mêmes avaient et ont encore une clientèle aux Etats-Unis. Naguère, les Toulmouche se vendaient là-bas des prix fous ; ils ont un peu baissé, il est vrai. Avez- vous jamais ici entendu parler de Boutibonne ? Il y a de l'autre côté de l'eau des gens très calés qui ont des Boutibonne plein leurs galeries. Chez nous, le rêve n'est pas de posséder un Boutibonne et de mourir. »
Ce qu'a écrit là Arsène Alexandre et que nous venons de reproduire semble être aujourd'hui l'idée de bien des gens. Or, nous l'avons déjà dit c'est une erreur grossière. Les galeries (nous entendons par ce mot celles qui sont réellement des galeries) possèdent de merveilleux chef s-d* œuvre modernes. Faut-il parler de quelques tableaux d'artistes inconnus en France, perdus dans les salons d'amateurs ? Ce qu'il faut critiquer ou déplorer, c'est surtout l'audace de certains marchands qui vendent de faux tableaux, abusent de la crédulité de ceux qui se fient à eux ! Mais cela ne durera pas longtemps. * V ^ '
Répétons-le, nous n'avons jamais pu comprendre'^pourquoi on cherche à ridiculiser les Américains à propos de ])cinturc. S'ils se font voler parfois, il ne faut jamais oublier que depuis trente ans au moins ils ont acheté les chefs-d'œuvre des maîtres modernes français. En France on arrivera, certes à le regretter plus tard.
« L'Amérique, ajoute Arsène Alexandre, a vu naître quelques excellents artistes, isolés d'ailleurs, ?quij[sont venus parfaire leur éducation en France ou en Espagne.
CHOSES d'art
Car ce qu'il y a d'amusant à remarquer, c'est que de même que TAmérique en tant que nation politique doit quelque chose à Lafayette, de même ses meilleurs peintres doivent presque tout à Velasquez.
Mais ces peintres très séduisants, parmi lesquels surtout se distinguent MM. S argent et John A lexander, sans parler de Whistler qui est tout à fait à part et un peu leiu: maître à tous, ne constituent pas, même aux yeux de leurs compatriotes, une école bien affirmée. C'est chez nous qu'ils sont venus remporter des succès très mérités ; ils émaillent la Société des artistes français et peuplent la Société nationale des beaux-arts. Ils sont plutôt des colonisateurs et à deux doigts de la natiuralisation.... »
Disons à notre tour qu'on peut hardiment demander à Raffaëlli, à Aman Jean, à Charles Cottet et à tant d'autres comment ils sont reçus par les artistes américains spécialement, ils vous répondront qu'ils sont admirablement bien reçus par eux quand ils vont aux Etats-Unis et qu'ils n'ont trouvé des marques de jalousie que chez les artistes inférieurs, les artistes médiocres.
Et plus loin, notre confrère dit encore :
« L'art français demeure l'article demandé là-bas, et il y"a beaucoup de chances qu'il résiste à tous les boycottages, si jamais il devait y en avoir, par suite de je ne sais quels malentendus.
« Nous en avons eu une preuve avec les dernières grandes ventes qui eurent lieu cette saison à New- York. Les prix les plus élevés, et parmi les plus gros qu'ait jamais atteints toile peinte, furent remportés, à la vente Stewart, par Corot et par Théodore Rousseau; Fortuny lui-même et Domingo (peu connu ici), qui sont très appréciés à New- York quoique Espagnols, ne viennent qu'en seconde ligne, et c'est déjà très joli.
« Comme rivaux, nos maîtres de 1830 ont failli avoir un instant les peintres de l'ancienne école anglaise. On
avait profite d'un moment de baisse des tarifs pour faire sortir de toutes sortes de greniers insoupçonnés des lots de vieux jx)rtraits, pas trop désagréables, qui pouvaient bien être de Reynolds, de Gainsl>orough, de Lawrence, des paysages que rien n'emixîchait un marchand résolu à tout d'attribuer à Constable. Mais la veine est déjà épuisée. I^s très beaux Reynolds, les Gainsborough délicieusement authentiques restent où ils sont, et ils y sont bien.
« Ce ne sont pas, n'est-ce pas, ceux de la collection Wallace, ni ceux du duc de Westminster, ni ceux de Buckingham Palace qui s'en iront jamais à New- York, malgré les recrudescences de sympathies entre les deux grandes nations ?
« Au contraire, comme nous avons, nous, poussé la prévoyance jusqu'à ne rien acheter à Théodore Rousseau, à (^.orot, à Millet, à Daumier, à Manet de leur vivant, sans doute pour leur permettre de vendre mille fois plus cher après leur mort, nous conservons un indiscutable avantage.... »
Les contemporains ont aussi une grande vogue. Raffaëlli a eu un grand succès avec ses tableaux et ses conférences lors de son voyage aux Etats-Unis. Il nous racontait même un jour, cette amusante anecdote. Le navire sur lequel il avait fait embarquer ses œuvres n'arrivait pas. Ilavaitun retard; on disait qu'il avait fait naufrage et Raffaëlli songeait que c'était la ruine pour lui. Comme il en était à ces tristes réflexions un imprésario américain vint le trouver, lui offrit de faire une toiu*née de conférences en lui garantissant le succès, qu'il trouverait là de quoi l'cparer fructueusement la perte résultant de ses œuvres. Raffaëlli allait accepter, lorsqu'on apprit l'arrivée du navire qui portait ses tableaux, ses pastels, ses gravures.
La Gandara, Carolus Duran, Helleu, Aman Jean,et bien d'autres ont rencontré la faveur de belles clientèles.
CHOSES d'art
Et, comme Ta dit un critique d'art français : « Les Américains les étudient, les comprennent, les aiment les maîtres de France, plus que nous ne faisons nous-mêmes, un peu semblables à ces habitants de TEldorado qui n'estimaient guère les cailloux de leurs routes, si recherchés des voyageurs. »
THÉATRESET ACTEURS
IL y a à peine trente-cinq ans, le théâtre était encore relativement bien peu fréquenté aux Etats-Unis. Dans
les grandes villes, on n*y voyait que de rares amateurs et des oisifs en très petit nombre car, on le sait, les oisifs sont bienrares aux Etats-Unis.Le temps manquait àces rudes travailleurs que les soucis de la lutte pour l'existence absorbaient. Il n'était guère possible de parler alors de théâtre à ces gens auxquels les loisirs étaient presque inconnus.
L'aisance générale ne s'est guère développée que depuis quelques années.
Mark Twain, mieux que tout autre a admirablement bien défini cette existence inquiète et préoccupée qui est encore celle du plus grand nombre des Américains « et dans laquelle le labeur incessant comme moyen et l'argent comme but jouent un si grand rôle. » Ecoutons-le en habile humoriste louer en les raillant, les loisirs de la vie européenne.
« Ici, dit-il, nous nous hâtons sans cesse et, la tâche quotidienne achevée, nous ne savons pas, comme les Européens qui dégustent une glace en écoutant de bonne musique, passer une soirée agréable, prélude d'une bonne nuit. Nos soucis, nos inquiétudes, nous suivent au lit. Nous y calculons nos pertes, nous y supputons nos bénéfices ; nous nous cassons la tête... Ni repos, ni trêve ; nous exigeons plus de nousmêmes qu'on ne le fait d'un champ qui se repose l'hiver après la production de l'été, nous nous surmenons sans
pitié. Et cependant, quel peuple rigoureux, quelle nation de {)enseurs nous serions si nous savions nous acorder rjuelques loisirs et reprendre haleine. »
Pendant quelques années, les directeurs de théâtres ont poursuivi la théorie qu'en s'assurant le contrôle de tous les théâtres, ils pouvaient monopoliser les amusements. Pendant quelque temps, la théorie marcha assez bien parce que au début les directeurs se procuraient toutes les {)ièces à sensation, à succès d'Europe auxquelles ils joignaient deux ou trois pièces d'auteurs américains, mais depuis trois ou quatre ans, l'appétit des Américains pour le drame a augmenté énormément, et il a fallu renoncer aux pièces étrangères. Le goût avait simplement changé ; on voulait des scènes représentant des scènes 4u pays et il a fallu que les directeurs fassent un effort systématique et intelligent pour trouver des auteurs américains et cela n'a pas (^té sans difficulté. Klaw et Erlanger, à la tête du syndicat dramatique ont fondé une compagnie en vue de jouer seulement des pièces américaines.
Un des directeurs très connus des auteurs français (i) car il les a presque tous représentés est Ch. Frohman. Il engage et ])résente au public les meilleurs artistes.
A ce sujet, M. de Varigny pouvait écrire en toute sincérité :
(i) Kn règle générale, un Américain qui a vécu une année en l'Yanco l'aime.
Beaucoup tl' Américains sont allés S ou 6 fois en Europe et jamais j\ San-Francisco. Beaucoup vivent richement à Paris ; en Amérii\m\ il lour faudrait 3 fois autant.
Us n'ont garde de manquer d'aller au théâtre ou au concert lors<|u'ils sont en France.
THÉÂTRES ET ACTEURS
« L'on nous entend et l'on nous comprend mieux à New- York et à Boston qu'à Liverpool et à Manchester. »
Aussi leurs auteurs dramatiques et comiques empruntentils aux Français plus qu'à d'autres, forçant toutefois la note dans leurs emprunts, flattant le goût du public, tantôt pai un burlesque outré, tantôt par un humour qui déconcerterait le spectateur français, tantôt par le jeu exagéré des acteurs dont les effets dépassent souvent la mesure, plus nuancée à laquelle nous sonunes habitués. Il le faut pour enlever les applaudissements de leur public, pour se faire un nom et souvent une fortune. Ils y réussissent d'ailleurs et, depuis un quart de siècle, le théâtre a enrichi nombre d'auteurs, de directeurs et d'acteurs. Le New^York Herald a publié une liste des pièces les plus connues aux Etats-Unis, le chiffre de leurs représentations et les recettes qu'elles ont données. A cette liste nous empruntons les indications suivantes !
TITRE DSS PIÈCES RfipréSCllt&tlOBS RECETTES
Rip van Winkle 5 .000 25.800.000 fr.
The Old Homestead 5 .000 23.750.000 »
Erminie 5 .500 15 .000 .000 ^
Robin Hood 2.500 15 .000.000 »
The Silver King 4.500 15.000.000 >
Shore Acres 2.500 14.400.000 »
Herry Gow 4.600 13.800.000 »
The Two Orphans 5 «500 10.000.000 »
A Parlov inatch 3.000 9.625.000 »
The Wolrd 2.000 8.750.000 »
The Country Fair 2.000 7.500.000 »
Adonis i.ooo 6.000.000 >
Hazd Kirk 3.000 5.000.000 »
Shenandoah 1.200 5.000.000 »
Soit un total de 14 pièces avant produit i 173-825.000 ♦
. Si Ton ajoute quatre pièces plus récentes très en vogue en ce moment : Mayoumun, The Power of the press, The Senator, Madame Sans-gêne, dont les recettes à ce jour se chiffrent par 14.500.000 francs.
«AuxEtats-Unis,s'il yade bons acteurs,les bonnes actrices y font souvent défaut. Les auteurs s'en plaignent, et aussi les spectateurs. Ni le milieu dans lequel on les recrutait d'ordinaire, ni celui dans lequel elles débutaient autrefois, ni le public qui les aimait, ni l'organisation des « theatrical companies », n'étaient pour encourager leurs dons naturels et développer leurs véritables aptitudes. Les compagnies, organisées par des « impresarii » erraient d'une ville à l'autre, exploitant dans chacune un répertoire peu varié de trois ou quatre pièces dans lesquelles la farce, la mimique et les grosses plaisanteries dominaient. Elles répondaient aux goûts d'un public peu délicat, peu soucieux des nuances et qui allait là comme il va au cirque applaudir ses clowns.
A ces exhibitions ont succédé des tournées luxueuses, préparées par des spéculateurs habiles, entreprises par des acteurs en renom, de même qu'aux théâtres improvisés ont succédé des salles plus vastes, plus confortables où des pièces mieux faites attirent un public plus raffiné. M. Joseph Jeffesson (décédé) fut l'un des premiers à inaugurer, il y a j)lus de vingt ans ces tournées fructueuses, qui lui ont valu une fortune de 10 millions. D'un bout à l'autre de l'Uiiion il promena « Rip van Winkle »; il le joua 5.000 fois, il en tira vingt-cinq millions et récemment à Chicago, la pièce faisait encore 75.000 francs en une seule semaine.
Aclonson, bien au courant des goûts de son public américain, rej)renait pour son compte Erminie, qui n'est autre que notre Robert-Macaire, et qu'il avait joué d'abord, sans succès à Londres. Il remaniait la pièce ajoutant ici,
THÉÂTRES ET ACTEURS
supprimant là, et il Ta donné 1.267 fois au Casino, où chaque fois elle fit salle comble. Les 4.500 représentations d'Erminie^ tant à New- York que dans les principales villes des Etats- Unis, 'n'ont pas encore épuisé sa vogue et ont rendu 15 millions. Elles ont fait la réputation des principaux acteurs. DaboU et Joseph Wilson.
Miss Kate Claxton fit de même avec The Two Orphans, les «deux orphelines». En 1881 au début et au Booth Théâtre, la pièce rapporta 57.000 francs, en une semaine représentée de 5 à 6.000 fois, elle a déjà donné une recette de 10 millions. «Mais j'estime, écrit le reporter d'un journal de New- York, qu'aucun théâtre n'a encore autant rapporté à ceux qui l'ont exploité que celui de MM. Booth et Barrett. En une seule saison, les recettes, non pas brutes, mais nettes, ont été de '600.000 dollars, 3 millions de francs, dont 50 % soit 1.500.000 francs pour M. Wooth 40 % ou 1.200.000 francs pour M. Barrett et 10 % soit 300.000 francs au régisseur, M. Chase (i).
. Ces chiffres ci-dessus prouvent une fois de plus que dans les questions théâtrales comme ailleurs, les Américains s'entendent admirablement bien à battre monnaie.
On ne peut en France facilement se figurer la vie des artistes américains.
' Nous ne parlons pas de ceux qui jouent au cachet et qui comme aux Folies-Bergères ou à la Scala ou au Concert- Parisien jouent 10, 15 ou 20 minutes par soirée mais des artistes de théâtre (2). Ils répètent une pièce, la jouent à New- York, par exemple, 10, 12 ou 15 semaines au moins.
(i) C. de Vaxigny.
(2) Règle presque générale le public est surtout attiré au théâtre par «l'Etoile»; tous ceux et celles qui l'accompagnent sont négli- .gés et considérés comme inférieurs.
puis partent en tournée ; une semaine à Pittsburg, une semaine à Buffalo, une autre semaine à Cleveland» etc. et ils vont de ville en ville par semaine et vo}^agent toute la journée du \jdmanche.
Peujde fortunes sont faites par les acteurs, malgré les gros suaires qu'ils reçoivent comme Étoiles.
Le fait que peu d'acteurs et «managers» nelaissent derrière eux aucune fortime paraît être justement aussi vrai en Amérique que dans les autres pays. Un statisticien à récemment donné d'intéressants détails sur les biens laissés par de distingués acteurs et «managers.» Seuls les directeurs de cirques comme Bailey et Bamum tiennent la grosse fortune, — un peu plus de 8.000.000 de dollars. On avait pensé que Fanny Davenport était une femme riche, elle a joué longtemps avec un gros succès et a été une favorite populaire; elle n'a laissé presque rien. Cela fut dû à l'insuccès de plusieiu^ productions un peu avant sa mort.
Henry E. Abbey est mort pauvre bien que plusieurs millions lui soient passés par les mains.
Maurice Gran, s'est retiré des affaires avec 400.000 dollars mais une partie est due à une heureuse spéculation. Le reste a été gagné seulement pendant les 10 dernières années de sa carrière de manager. 1^
Pol Plançon la célèbre basse du Métropolitain, passe pourtant pour être deux fois millionnaire.
Augustin Daly, n'a eu de l'argent qu'un peu avant sa mort ; toutefois il avait dépensé des milliers de dollars. Charles Frohman est réputé très riche ; Lester Wallack mourut sans le sou. Lotta Crabtree qui donna 1000 dollars pour un programme au bénéfice des victimes de San- Francisco est réputée la plus riche actrice dans le pays ;
sa fortune est estimée de 800.000 dollars à i.ooo.ooo
THÉÂTRES ET ACTEURS
Beaucoup en propriétés. D'ailleurs toutes les fortunes d'acteurs ou «managers» ont été faites plutôt par d'heureuses spéculations que par la scène. Sol Smith, Russell, Joseph Murphy sont morts très riches. Richard Mansfield est actuellement l'un des plus riches acteurs jouant encore Il joue de longues saisons, attire de grandes auditions et a une compagnie peu coûteuse. Joseph Jefïerson a laissé % million. A noter qu'un de ses tableaux par Mauve a été vendu 42.000 dollars. Christine Nilson dont la fortune comme celle de Mme Patti, s'est accrue par les avis et l'intérêt d'Alfred de Rotschild vaut plus d'un million de dollars. La plus grande partie de ses gages furent convertis dans des terrains de Boston qu'elle a vendus avec grand profit il y a quelques années. La plus riche des chanteuses est, dit-on, Mme Sembrich qui a accumulé une grande fortune durant sa carrière. Mme Melba a gagné une fortune plus large par l'amitié d'Alfred de Rothschild, qui a fait fructifier ce qu'elle gagnait. Mme Nordica est sur la liste des chanteuses les plus haut payées, mais sa fortune est estimée 300.000 dollars. Comme les autres, elle vit au milieu d'un grand confort. Elle a une maison à New- York et une autre à la campagne et vit dans un grand luxe avec de nombreuses servantes. Elle paie 3.000 dollars une loge à l'Opéra.
Un reporter du North American de Philadelphie rapporte rinterwiew suivant qu'il a eu avec un grand «manager.» « C'est toujours un peu difficile de dire comment les acteurs dépensent leur argent car peu d'entre eux vivent dans le luxe. Ils peuvent avoir une maison et un valet, mais c'est presque tout ce qu'ils ont. Rarement ils ont un yacht ou des chevaux. Chose curieuse, malgré de gros gages ils meurent généralement sans le sou. Ils dépensent la plupart du temps leur argent par ostentation probablement, en voyage. A l'hôtel, ils prennent plusieurs chambres, se font servir leurs repas dans leur chambre. (Et ils les ont
plus mauvais qu'à la table commune 1) domient des soupers à la troupe...
Et en parlant d'une célèbre actrice (i) qui en ce moment a une grande vogue, l'interviewé ajoutait au reporter : « Une étoile qui voyage maintenant le fait de la façon la plus extravagante. Elle emporte une auto, un valet, deux servantes. Elle retient toujours plusieurs chambres pour elle seule à l'hôtel. Chaque soir, elle donne un souper. C'est charmant mais tout ce qu'elle gagne y passe. Cependant cette actrice célèbre, a ime très modeste maison à la campagne et pas de maison de tout à New- York. Tout son argent passe dans les voyages car chez elle elle vit] très simplement... »
Austin Clepp, de Boston, critique dramatique très connu et très influent a traité de la décadence qui selon lui, a atteint le théâtre en Amérique. Il attribue l'absence ou le manque de grands acteurs et de littérature dramatique à l'esprit mercenaire qui domine toutes les entreprises théâtrales. Comme remède il propose de subventionner les théâtres (dans le genre des orchestres symphoniques) dans lesquels des pièces de mérite seraient représentées par les meilleurs acteurs qu'il serait possible de trouver. De telles institutions, pensait-ils, relèveraient bien vite le niveau du théâtre et il cite l'influence immense de la Comédie-Française. Il attribue aussi le caractère des pièces à la nature des spectateurs qui font surtout partie du bas peuple dont les goûts et l'idéal ne sont pas très élevés.
Le théâtre américain est d'ailleurs spécial. Récemment « on parlait beaucoup du défaut de bienveillance des Anglais de Londres parce que deux pièces américaines qui eurent un grand succès aux Etats-Unis tombèrent promptement
(i) Nous pensons qu'il s'agit de Fritzi Scheff.
THÉÂTRES ET ACTEURS
et nettement. Dans ce cas, l'explication doit être trouvée non pas dans l'hostilité anglaise pour les Américains ou la littérature américaine, mais dans les pièces elles-mêmes. Le public "anglais n'a pas compris ce qui a fait l'enthousiasme des Américains, il ne sait pas que les Américains deviennent presque hystériques quand au théâtre on parie contre les trusts ou contre les riches; c'est la vie journalière américaine, spéciale au pays qui est représentée. Les imn'ont pas le sens américain, mais les Américains qui tous les talents comprennent les choses anglaises p (i).
On a parlé souvent de posséder un Théâtre National et un Conservatoire National ; mais on n'a rien fait encore. Les millionnaires restent sourds à toutes les sollicitations. M. Andrew Carnegie répondit : « si je connaissais le théâtre comme je connais une bibliothèque, je donnerais de l'argent tout de suite ». — Il est vraiment regrettable que des talents américains n'aient pas une école. Les chanteurs sont obligés d'aller étudier en Europe et de s'y faire connaître, cela est impossible pour les comédiens.
(i) The Brooklyn Daily Eagle,