‹ L'Oncle Sam chez lui: (Mœurs américaines) 73 illustrations (photographies et documents)Chapitre 6 sur 16 · EJ^^H^KI · texte numérisé non relu

EJ^^H^KI

^^Kmvaincu de sa su-

^^^Bériorité ; sa pnispé-

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^^Kté et sa richesse

^^K>ujotirs croissantes

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^^■Ese, il proclame que

^^B)n drapeau n'a >

^Kniais i<té vaincue ^^B Un Américain reste

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toujours jeune et ambitieux ; qu'il ait 20 ou 60 ans, il garde pour les affaires, peut-être rien que pour les affaires, les mêmes aspirations, le même enthousiasme, la même foi ; il s'amuse, dépense parfois avec prodiga lité, s'accorde un large confortable, fait fortune, la perd, en refait une autre ; toujours il demeure debout et travaille ; la mort seule l'arrête. Le rentier est inconnu en Amérique; le travail, voilà Vâme américaine, (i)

Dans la rue, au restaurant, au spectacle et même à l'église, l'Américain partout parle d'argent; c'est la fièvre perpétuelle du dollar, A cmq heures, le soir, les magasins, les offices ferment ; le « businessman » se transforme ; il rentre dans le « home » qu'il a quitté cje bonne heure le matin et où il trouve un calme qu'en France nous qualifierions de monotone. Est- il bien chez lui ? Il y paraît plutôt l'invité de sa femme qui dispose de ses soirées et l'emmène où bon lui semble. Il a des paresses étranges ; il reste inactif, nonchalant et en fumant lentement un bon cigare, il se berce des heures entières dans un fauteuil à bascule, la tête perdue dans le vague, ne se mêlant de rien.

Chaque Américain auquel un étranger est présenté, lui demande invariablement : « Comment trouvez-vous notre pays ? » puis ! « Qu'y venez- vous faire ? » Il est anxieux de

(i) Un anglais notoire Frédéric Harrison a donné au New-York journal ses impressions sur l'Amérique : « Mon impression personnelle, a-t-il dit, c'est que malgré le gros chiffre de la population émigrante, le langage, le caractère, les habitudes des américains sont cause qu'ils absorbent rapidement et incorporent tous les éléments étrangers. A la deuxième et à la troisième génération, tous les caractères étrangers sont éteints. Il n'y a pas d'Etats, de villes qui aient une race distincte comme dans le Royaume-Uni où il y a les Irlandais, les Ecossais, ceux du pays de Galles sans compter les diverses nationalités de ses colonies. — De Long-Island à San-Francisco, de La Floride à l'île de Vancouver, il n'y a qu'une race et une civilisation dominantes, une langue, une seule nationalité, un type de loi et cette nationalité, cette race sont américains. »

l'américain

connaître ses impressions; il T accueille avec beaucoup de sympathie, le conseille, l'encourage ; cependant, tel qui semble aujourd'hui votre ami, ne vous reconnaîtra plus le lendemain. Malgré tout, vous restez le « bienvenu », mot qu'il emploie pour le moindre remerciement (i).

Est-il satisfait, il n'en laissera rien paraître ; dans les affaires comme dans les plaisirs, il conserve un aspect calme ; sa joie est toujours modérée, jamais exaltée, ni expansive, excepté toutefois au base- bail, au poker et le 4 juillet^ fête des Etats-Unis, Ce jour-là, l'Américain n'a pas assez de dollars pour acheter fusées, pétards, boçibes et vider force verres à la grandeur de sa patrie ; les plus grands enthousiasmes populaires de Paris n'en peuvent

(i) « Voilà le personnage vraiment nouveau, impossible à rencontrer partout ailleurs, et qu'il faudrait se figurer du petit au grand, — car la série en est infinie, — pour comprendre vraiment le plus original de cet étrange peuple. Il y a dans ces vigoureuses natures d'hommes d'affaires un côté de génie technique qu'aucun observateur, si profondément Imaginatif soit-il, ne saurait définir. On me raconte qu'un autre portraitiste, — car les Américains ont la passion, presque la folie du portrait et celle du buste, — se trouva chargé, l'année dernière, de peindre un des plus célèbres banquiers de Wall Street. Désespérant de jamais obtenir une séance sérieuse, tant les heures de son modèle étaient bousculées, le peintre finit par se transporter au bureau même du spéculateur, qu'il brossa sur place, ayant aux mains la bande de papier déroulée automatiquement sur laquelle s'inscrivent, seconde par seconde, les cours des valeurs. Exact symbole de ce que nous arrivons à saisir, nous autres, hommes d'art ou de pensée abstraite, quand nous étudions quelqu'un de ces constructeurs d'énormes fortunes, nous voyons un geste, une face absorbée, la tension d'une énergie prodigieuse, et rien de plus. Ce que le manieur d'argent éprouve en regardant les chiffres, la marche jSarticulière d'un esprit de cette qualité en travail de combinaison, pourquoi celui-ci triomphe et pourquoi cet autre échoue, autant de problèmes qui nous demeurent insolubles ».

Paul BOURGET.

(Outre-Mer.) <• 15 •»

offrir qu'une faible idée. Les propriétaires de maisons habitées par des ouvriers, assurent que leurs locataires paient régulièrement sauf en juillet, le propriétaire passe après les réjouissances nationales et en bon patriote s'y soumet, (i)

La colère d'un Américain ne dure pas; il pousse un juron formidable, un mot, un seul, énergique, sec qui traduit toute sa pensée et alors c'est « AU right ! » Le Yankee est d'ordinaire complètement rasé et il est bien difficile de préciser son âge, sa tenue est impeccable, élégante souvent ; il pren^ grand soin de sa personne ; un diamant en guise de bouton sur le })lastron de sa chemise, les habits repassés, le pantalon au pli séducteur tombant sur une chaussure toujours bien cirée, lui donnent un grand air de distinction. Une Française, gamine parisienne, nouvellement arrivée à New- York s'écriait à la vue des parfaits gentlemens qu'elle croisait dans la rue ; « Mais on dirait qu'ils sortent tous d'une boîte ! » Et il n'y a pas de définition plus exacte.

La cravate de l'Américain est l'objet de toute son attention ; elle est tout un poème. Un jeune homme vous demande le plus sérieusement du monde « Comment trouvez-vous ma cravate ? On se ménagera ses bonnes grâces en le complimentant sur la coupe de ses vêtements et l'originalité de sa cravate et ce n'est paslàlefaitd'unfat! (2).

( I ) Le poète le plus original de l'Amérique, et à cet égard, comme le dit Reclus, un des meilleurs représentants de sa race,WaltWithman, s'adresse fièrement dans une de ses strophes aux « Nations Etrangères » : « J'ai appris, dit-il, que vous cherchez à comprendre l'énigme du Nouveau Monde ; vous demandez qu'on vous explique notre démocratie d'athlètes. Voici mes poèmes : vous y trouverez réponse à vos questions ! » {Leaves of Grass ; Inscriptions, p. 11.)

(2) On n'a pas la moindre idée en France du luxe des enfants américains. Tous sont égaux devant la mode — surtout les fillettes qu'elles aient pour père un modeste employé ou un millionnaire.

l'américain

Sa mère, sa femme, ne s'occupent pas de sa toilette ; il y pourvoit lui-même. Rien de plus amusant que de le voir faire ses acquisitions ; il prend son temps, se fait montrer tout ce qu'il y a dans le magasin, n'achète pas toujours et quand il achète, s'assure plusieurs fois de la qualité, Nous avons vu à différentes reprises des Américains essayer dix à douze paires de bottines et sortir pour aller ailleurs ; et le négociant, le sourire aux lèvres, l'accompagner jusqu'à la porte avec un « je regrette ; à une autre fois ! »

On comprend difficilement la patience chez des gens qui sont si en hâte d'ordinaire ; ils savent attendre ; ils commandent un léger lunch qui ne leur est servi que vingt minutes plus tard, mais pour rattraper le temps perdu, ils le mangent en cinq ; c'est une véritable expédition !

On lit beaucoup en Amérique ; journaux quotidiens de seize pages, revues, magasins illustrés, romans traduits de toutes les langues, spnt la principale distraction et c'est pourquoi un Américain peut s'entretenir de tout.

Rencontre-t-il un Français, il lui parle de Paris, de son Président, de sa Chambre des Députés, de son Sénat, de ses habitudes, de ses artistes, de ses littérateurs et savants et il n'aura pas, la plupart du temps, traversé l'Atlantique.

L Américain cache tous ses défauts avec un grand soin ; s'il a la passion du jeu, il s'enferme dans une chambre discrète, dans une rue écartée pour jouer ; s'il boit un peu plus que de raison, un grain de café ou une pastille parfumée rectifiera agréablement l'odeur si traîtresse du whiskey ou du Scotch. Il paraît un vrai modèle, il professe pour la femme, quelle qu'elle soit, en tous temps et en tous lieux un respect inné et réel ; c'^st là sa grande vertu, (i)

(i) L'Américain né en Amérique n'est jamais réellement domestique. La classe moyenne américaine doit cirer ses chaussures ou payer pour cela et quand elle paie c'est à des nègres, des Italiens ou des Grecs.

L'Américain aime la liberté et pour lui cette liberté n'est pas un vain mot.

D'ailleurs, la caractéristique des Etats-Unis peut être trouvée dans la Liberté individuelle — la carrière ouverte aux talents — dans un sens inconnu aux Européens.

Chaque individu parmi ces 80.000.000 — presque tous blancs — a une chance égale dans la vie. Le gamin à l'école, le petit télégraphiste, l'employé de banque ou de chemin de fer, peut rêver de devenir un journaliste puissant, un millionnaire, un homme politique et même un Président de la grande République. Si l'éducation a formé de fameux littérateurs, des politiciens, des businessman la plupart ayant commencé dans les écoles publiques ou collèges, il est juste pourtant de remarquer que les grands chefs des trusts, des plus importantes affaires connues à travers le monde, ne sont pas sortis des grandes écoles. — Cela ne veut pas dire qu'il en sera toujours ainsi. — De même chaque fille, sténographe, dactylographe, etc. peut espérer aussi de vivre un jour dans un palais et aussi à la Maison -Blanche.

La facilité avec laquelle les hommes peuvent passer d'une localité dans une autre (i), d'un climat à un autre, l'absence de barrières sociales, de distinction de classes (nous ne parlons pas des femmes), l'abondance de moyens d'éducation technique 'et scientifique, laisse à chacun le moyen de gagner sa vie suivant ses aspirations, car ce vaste pays contient tout, produit tout, à l'exception des diamants et du Champagne; il a tout, excepté d'antiques monuments; avec New- York à l'est, San-Francisco à l'ouest, comme ports, deux grands ports naturels, l'Amérique a toutes les routes ouvertes par l'Atlantique et le Pacifique avec

(i) L'hygiène élémentaire conseille à l'Américain de déménager souvent ; sitôt qu'il gagne un peu plus d'argent, vite il améliore son intérieur.

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Chicago ou Saint-Louis comme centre du trafic, la prospé rite naturelle de ce continent ; on peut dire que le xx siècle dépassera de beaucoup les rêves du xix® !

Par rapport à l'éducation, les Américains ont des Universités richement dotées, des collèges par centaines, des écoles d'art (celles-là encore bien faibles), des écoles techniques, des laboratoires, des écoles polytechniques et des bibliothèques, et cela n'ira qu'en augmentant car il y aura toujours des riches qui seront disposés à faire des dons (i).

Si chaque soldat de Napoléon avait le bâton de maréchal dans sa giberne, chaqu^e Américain a dans sa poche le chapeau de la fortune ; il n'a qu'à chercher à le coiffer, à le mettre à sa tête et cela, il l'essaie on peut le dire, perpétuellement.

( I ) Ce peuple des Etats-Unis dont la croissance a été merveilleuse, n'est qu'un composé à proportions diverses, de tous les éléments ethniques de l'Europe ; mais ces mélanges mêmes, ainsi que la différence du milieu et les nouvelles conditions crées par un autre point de départ historique, ont donné à l'Américain une singulière originalité de type. De même que leur guerre civile fut unique dans l'histoire des discussions nationales, de même résoudront-ils, peut-être d'une manière imprévue les redoutables questions économiques et sociales^qui se posent maintenant dans le monde civilisé.

Elisée Reclus.

[Nouvelle Géographie universelle tome XVI. Les Etats-Unis.''

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