‹ L'Oncle Sam chez lui: (Mœurs américaines) 73 illustrations (photographies et documents)Chapitre 7 sur 16 · L'AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

L'AMÉRICAINE

ON ne trouve pas aux Etats-Unis des beautés plastiques comme à Vienne ou à Florence ; du moins on n'en voit que rarement, mais l'ensemble de TAméricaine est agréable, coquet, élégant ; elle n'a point hérité de la charpente osseuse et sèche de l'anglaise, sa soi-disant grand' mère; gracieuse, svelte et alerte, jolie et fascinante silhouette, s' habillant à la^demière mode de) Paris, toujours coquette, même en négligé, elle à un charme particulier, un cachet personnel comme tout ce qui est américain d'ailleurs, (i)

S. M. le roi des Belges, Léopold II, s'exprimait ainsi : « A mon avis, V Américaine est la plus intéressante production de notre siècle ; elle a tout à la fois le véritable esprit attique, la délicatesse latine, une susceptibilité de sentiment, le goût raffiné de la Parisienne, un certain laisseraller de manières, une élasticité d'expressions et une ferme décision de caractère exclusives et spéciales au climat d'Amérique ; toutes ces qualités sont réunies sur un beau

(i) Dans le livre de Jules Huret, de New-York à la Nouvelle- Orléans, nous trouvons ce curieux petit passage : ;1j|^ |^^.. î^ JSBH

< Rencontré le peintre Helleu sur la 5* avenue^ avec un carton sous son bras. Il vient d'arriver à New-Vork et s'est mis déjà au travail.

'1 s'écrie : C'est ici le pays des belles femmes t ah I les belles femmes ! (p. 35).

C'est un bel hommage d'artiste rendu aux femmes américaines

])hysique danti un gr <.-nrps soaple nerveiix.

Jeune fi] file est rieu enjouée, papillon I M:

qui pourra i pliquer pot quoi le maria la transfon souvent e femme trop !

rieuse, ^man rêe et pru jusqu'à l'e gérât ion.

^ En réalité, y a trois sort bien distinct d' Américaine raaisqu'elles( * sang bleu * " nouvelle elle 0, elle p(

(i) M. Gaston Deschamps, le célèbre critiqut du Temps, retour < d'uae expédition pacifique à travers l'iratueuse teirito des Etats-Unis > (lisa.it au dernier banquet international du 14 jui à Paris, qu'il avait vu à côté de constructions gigantesques, « 1 chefs-d'ceuvre d'art menu, raffiné, subtil, des architectures g cieuses et ingénieusement fragiles, qui se prêtent à toutes les * gancea as la conversation mondaine et où les AtHtritains «imt* encadrer, dans une floraison de roses et dans une aittéoU de lutm iUctriqut, la beauté des Américaines. >

l'américaine

sède toutes les qualités du cœur et de Tesprit ; elle est d'un commerce aimable, affectueuse, femme du monde, excellente mère de famille; à côté de ces deux caractères, il y a TAméricaine dont les aïeux ont oublié d'être de haute lignée et que l'habileté ou la chance d'un père ou d'un mari « bon businessman » n'a pas enrichie suffisamment, être indéfinissable — oh ! combien détestable ! — indéchiffrable ; elle joue aux princesses sans savoir rester modeste bourgeoise, ce qui est d'ailleurs la science des vraies grandes dames ; elle a des toilettes splendides qu'elle ne sait pas porter ; elle perd sa grâce naturelle et devient excentrique d'allures et de langage ; sa fierté n'est que du pédantisme; heureusement, toutes les Américaines ne sont pas faites sur ce modèle, mais toutes ne sont parfaitement satisfaites qu'à la condition d'être absolument libres de leur conduite et de leurs mouvements.

Leur indépendance pourrait les faire paraître égoïstes. A vrai dire, le mari ne compte pas ou si peu ! Il a l'art de gagner de l' argent et sa compagne la science de le dépenser ( i ).

Rarement, on aperçoit entre eux la moindre expression

(i) « Les Américains ont si bien conscience de la supériorité de la femme, qu'ils le proclament publiquement et s'inclinent devant eUe. Chez aucun peuple, la femme n'est adulée au même degré qu'aux Etats-Unis, Les lois la défendent, lui assurent la liberté et quelquefois Virxii^Mmté. Elle règne (le mot n'est pas trop fort) sur ce peuple de fourmis laborieuses ; elle est le luxe vivant et le seul luxe des négociants de Brooklyn, des manufacturiers de Chicago, des éleveurs de Cincinnati. Jeune ûUe, tout lui est permis, eUe papillonne, s'amuse, se marie selon son gré. Jeune femme, eUe se pare de bijoux qu'elle doit à la vanité de son mari et se divertit à cultiver les arts et les lettres.

Et maintenant, il est aisé de saisir les raisons de cette singulière suprématie. Pendant que nous autres, issus de souche latine et obéissant à d'obscurs instincts accumulés, nous envisageons encore, à l'exemple des Orientaux, la femme comme une mineure qui a^

besoin d'être assistée et protégée, les Yankees, vieux de deux siècles

de foL Tai est cha de

tenf

ns, ent là

tendresse qui annonce le honheur d'un ménage ; tov , l'Américain parait adorer sa femme plus qu'elle me ; elle est si réservée ! Son influence sur les homi presque suprême; elle est grande dans ses prétentic rmante dans son pouvoir ; elle éloigne bien souv son intérieur les habitudes d'intempérance, et c'es immense mérite.

et dégagés de traditions importones, la cousidêrcnt comme un

étapes de leur transformation si rapide, ils savent le râle qu'y on joué leurs grands'raères, et que, sans elles, la conquête n'eût pa été ai complète, ni si prompte.

» Joigne! à ce sentiment de justice le prestige qu'exercent, su des natures un peu rudes, la grâce et la beauté fémininea, et vou trouverez tout simple que les gentlemen du Nouveau - Monde s'aM ment, quand la guerre n'emploie pas autre part leur énergie, dan

les délices d'un flirt ardent et respectueux t

Adolphe Bresson.

l'américaine

On ne peut la rencontrer, sans qu'elle ne soit très afEùrée, aussi occupée à d'aimables inutilités que son raari l'est dans de gigantesques entreprises ; le golf, les réceptions, les parties de cartes, les cJubs, les déjeuners, la lutte quotidienne avec les domestiques, absorbent tout son temps ; elle reste peu chez elle ; elle éprouve le besoin de calmer ses nerfs ; de se reposer, aussi voyage-t-elle beaucoup; chaque saison l'învite à visiter quelque parent de Boston ou de San-Francisco oÙ elle a « un good time » durant deux ou trois semaines ; l'été, le bon ton J'oblige à séjourner dans les montagnes, au bord d'un lac ou à la mer ; quant à Monsieur, qu'il s'arrange; n'est-il pasà la chasse des dollars ? C'est tout ce qu'on lui demande.

L'Américaine est surtout intéressante dans les emplettes ; qui croirait qu'une aussi petite main puisse contenir et semer tant d'argent !

Elle honore de visites les grands magasins (paradis des femmes, enfer des maris!); elle fait son choix et avec quelle maestria, elle dît au commis: * Portez à mon compte ! ». Le mari en sera quitte | pour envoyer un chèque à la fin du mois; bagatelle!

Veut-dJe rendre une visite? Le téléphone, pratique et commode, l'assure qu'elle ne se dérangera pas en vain, car le téléphone, cette merveilleuse invention, se trouve dans chaque maison américaine, pour peu qu'on soit à l'aise, au même titre que les meubles les plus indispensables,

La femme américaine -parait être plus instruits que l'Américain qui s'adonne très jeune aux affaires ; elle continue d'étudier après la sortie du collège. Il est très fréquent de voir des dames de trente, même de quarante ans, apprendre

une langue : ie français, l'allemand, ou bien les langues anciennes, le grec, le latin.

Quelle parisienne aurait ce courage ?

L'Américaine accueille l'étranger avec grande sympathie ; ses réceptions sont toujours grandioses, fastueuses ; ses dîners spirituels, plaisants, mais, sitôt au salon, tout devient cérémonieux ; l'entrain et la gaîté disparaissent.

Qu'on passe seul quelques instants avec une Américaine, on subit son charme ; qu'on se trouve en société avec plusieurs femmes américaines, oh ! alors, c'est la gêne, la contrainte ; plus d'expansion ; chacun s'observe et semble se méfier de l'autre et n'a de simplicité que dans la conversation. C'est un fait curieux et étrange qui déconcerte toujours les nouveaux venus en Amérique et qui ne savent comment parler, ni comment agir.

Le respect des hommes (i) qui lui est partout assuré^ met l'américaine à l'abri des aventures ; en vérité on peut dire que l'américaine personnifie la femme honnête. (2)

Des journaux français ont publié un jour l'article suivant :

« Uinspectrice des chapeaux.

(i) « C'est le pays du monde où l'on « flirte » le plus. Et c'est sans doute pour cela que la passion y est plus rare. Le flirt commence à seize ans, continue jusqu'au mariage, sans cesse, sans repos, à travers mille caprices, mille coquetteries, mille changements, blase la sensibilité féminine, lui retire son imprévu et sa fraîcheur

La femme américaine et la femme anglaise raisonnent beaucoup et raisonnent très 6î>w.Leur cerveau froid et réaliste leur montre les hommes tels qu'ils sont ; l'habitude de la liberté, le flirt les aidant dans ce travail critique, ce qui fait qu'en Amérique comme en Angleterre, une femme ne tombe que lorsqu'elle Va elle-même décidé »

(Jules HURET.)

(2) L'américame dit ce qu'elle a vu ; jamais elle ne raconte ses sensations.

Un Allemand la définissait ainsi : «L'Américaine est une poupée qu'on aurait peur de toucher. »

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La question des chapeaux au théâtre a pris udc telle importance en Amérique qu'elle vient d'enfanter une nouvelle catégorie de fonctionnaires.

A Bridgeport, dans le Connecticut, le bourgmestre a conféré à une dame Watson le titre et la charge, inconnus jusqu'à ce jour, d' « inspectrice de chapeaux !

Cette nouvelle inspectrice devra faire, chaque soir, une tournée dans divers théâtres de la ville pour s'assurer qu'aucune spectatrice ne porte une coiffure de nature à gêner les personnes placées derrière elle, si elle découvre une * coupable », elle doit s'approcher d'elle et la prier, « avec toute la politesse possible », d'enlever son chapeau. En cas de refus, elle s'adresse au directeur du théâtre et lui enjoint de faire procéder lui-même à la 'p^Ua'^ optît'csuppression de l'accessoire encombrant. '• ««-l'of*- •

En France, oii nous manquons vraiment de fonctionnaires, voilà un emploi tout trouvé. »

Tout cela est fort joli, mais par malheur, cet article n'était qu'une vaste blague contre la femme américaine. La vérité est tout autre.

Les femmes arrivent au théâtre avec un chapeau naturellement, aussitôt l'ouverture, toutes les dames retirent leur chapeau, le gardent sur les genoux ou l'épingle au dos du fauteuil placé devant elles.

Si l'une d'elles l'oublie, le spectateur placé en arrière la prévient et elle s'exécute de bonne grâce. Au besoin, le jeune homme chargé de placer les spectateurs lui demande de le faire, et toutes, jeunes ou âgées, obéissent à la règle.

Il nous parait intéressant, à pr-opos des femmes américaines, de mentionner cette amusante anecdote que racontait récemment un journal de New- York. Elle est bien

américaine ! Vous vous en convaincrez par sa lecture.

« A l'occasion de son 82^ anniversaire, M. Alfred-A. Howlett, ex-banquier et millionnaire, a donné à Syracuse (New- York) un banquet auquel ont assisté 150 veuves.

« M. Howlett, comme de juste, présidait ce banquet et a été le seul homme à y assister. Il s'est paratt-il, beaucoup amusé et a promis d'en donner un autre. Qu'on se le dise dans le monde des veuves, car elles sont toutes invitées, l'ex-banquier a, en effet, modestement avoué qu'il n'avait jamais ri de sa vie comme â ce banquet et qu'il avait hâte de recommencer la fête.

« Le menu, inutile de le dire, était excellent; la cuisinière étant une veuve qui, à Syracuse, passe pour être un cordon bleu comme on n'en trouve pas ailleurs. Un orchestre, au cours du dîner, orchestre composé de femmes, a fait entendre les meilleurs airs de son répertoire. La Valse des Veuves, une valse très langoureuse, a été très applaudie par les invitées. Le Quadrille des veuves a également été très goûté.

« Comment peut-on trouver sur terre des gens qui, en parlant des veuves, vous disent : « Méfiez-vous des veuves », s'est écrié M. Howlett. Ces femmes sont admirables, et, j'ai la meilleure opinion de toutes celles qui ont assisté à mon banquet. »

« Toutes les veuves invitées par M. Howlett qui s'étaient rendues à ce banquet ont été unanines à déclarer qu'elles n'avaient que des éloges à faire sur l'amphitryon, un homme très vert malgré ses 82 ans, et quelques-unes, et non des plus mûres, auraient déclaré être prêtes à convoler en justes noces avec un homme aussi aimable et qui, de plus, est archimillionnaire. »

Voulez-vous vous rendre compte de la puissance féminine, doublée si souvent d'excentricité de l'autre côté de l'Océan,

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lisez ce curieuxTenti'efilet publié par un journal Le Courrier des Etats- tfnis, sous ce titre suggestif : Les douze commandements de Mme Byron Sutton.

Wilkesbarre (Pensylvanie), 28 septembre. « — M. Byron Sutton vient d'être arrêté sur une plainte de sa femme Dora qui avait accusé son mari de l'avoir abandonnée. Il a été acquitté après avoir lu au juge une copie des douze commandements de sa femme, qui méritent de passer à la postérité :

« I. Vous vous lèverez tous les jours à cinq heures du matin sans que je sois obligée de vous réveiller.

« 2. Vous fournirez ce qui est nécessaire pour la confection d'un gâteau par semaine.

« 3. Vous fournirez ce qui est nécessaire pour la confection de plusieurs tartes par semaine.

« 4. Vous achèterez vingt-cinq sous de bœuf, deux fois par semaine, le mardi et le samedi.

« 5. Vous achèterez vos vêtements et ferez en sorte d'être toujours très propre de façon à me plaire.

« 6. Vous ne tiendrez pas des propos vulgaires et ne blasphémerez jamais.

« 7. Vous irez tous les dimanches à l'église de Wyoming et vous ferez en sorte que je n'aie pas à être continuellement après vous pour que vous arriviez à l'heure.

« 8. Enlevez les affaires de votre mère et renvoyez-lui sa vache, car je n'ai pas le temps de m'en occuper. « 9. Vous achèterez tous les jours deux pintes de lait. « 10. Voulez-vous prendre un bain au moins une fois par semaine ?

« II. Ruth ne doit pas faire des courses, acheter ou porter des paquets.

« 12. Vous devez essuyer vos pieds avec soin chaque fois que vous rentrerez à la maison.

Mme Dora Sutton, depuis que le juge a donné raison à son mari, est plus irritée que jamais et a juré que ce dernier

ne rentrerait au domicile conjugal qjie le jour où il aurait signé une déclaration dans laquelle il consentira à observer en tous points ses douze commandements.

Les fenunes américaines ont toutes les énergies et toutes les audaces. Le 9 octobre dernier, on sip:nalait de Fort- Worth (Texas) que M*"® Laura B. Payne, demeurant en cette ville, venait d'accepter la candidature au Congrès qui lui est offerte par le parti socialiste. Cette femme, qui est un orateur de grand talent, a commencé dans cette ville et les environs à prononcer de violents discours contre les trusts, les capitalistes, etc.

Quoique aucune femme n'ait encore siégé au Congrès, il n'y a pas de loi dans la Constitution qui puisse l'en empêcher, si elle se trouve un jour être élue.

Dans une belle lettre de notre confrère M. Gaston Deschamps, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, critique littéraire du Temps, nous trouvons une bien jolie description et appréciation de la beauté féminine américaine. (i)

Alors que Téminent critique se trouvait aux Etats-Unis où il faisait des conférences, il écrivait cette lettre dans laquelle il s'occupait des jeimes filles américaines et de leur éducation au point de vue physique. Nous en extrayons la plus grande partie et celle relativement spéciale à la beauté des Américaines.

(i) A San-Francisco, « les femmes sont [grandes avec un teint magnifique de camélia rose ; beaucoup sont brunes. Fait assez original : dans ce pays de soleil, pas une ombrelle dans les rues, pas un éventail au théâtre. » Jules Huret.

l'américaine

méricains écrivait-il, sont très fiers — avec raison

- de la beauté très spéciale et véritablement naturelle par

laquelle leurs femmes et leurs filles, blondes ou brunes,

Septentrionales avec dignité ou méridionales avec fougue, se

recommandentaux regards adrairatifs de l'univers civilisé....

V Chaque soir, après la fermeture des bureaux et laclôture

des palestres,!' Américain, même lorsqu'il n'est que million-

e.quitte ses vêtements de travail ou de son équipejnent

l^de gymnaste, revêt un habit noir avec plastron blanc, cra-

îate Wanche, bottines vernies ; il pique à sa boutonnière 1 gardénia, et vaque ainsi paré, aux agréables devoirs t la vie mondaine.

* L'Américaine, ayant achevé ses courses.s' apprête à sou- [enir victorieusement, dans un cadre de luxe radieux et n'éblouissante lumière, la lutte pour la beauté.

«En ce pays, les préoccupations esthétiques elles-mêmes t les soucis d'idéalisme sentimental sont soutenus par

t'ONCLE SAM CHEZ LUI

ce tenace esprit de méthode qui n'abandonne jamais les Américains.

« Notre Descartes, en son Discours de la mHhodCy a déclaré que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » que nous avons, presque tous, de l'esprit, mais que nous ignorons habituellement la manière de nous en servir.Les Américains ne sont pas éloignés de penser qu'une femme à moins d'être irrémédiablement disgraciée de la nature, possède presque toujours le moyen de plaire ou de toucher, les cœurs, et, par conséquent, d'attirer les messieurs irrésistiblement conquis, les messieurs sérieux qui épousent.

« Donc, en cette contrée où la volonté ne doute de rien, on s'est mis, bravement, à fabriquer de la beauté.

« J'ai visité quelques-unes de ces universités de jeunes filles, qui doivent compter parmi les principales nouveautés du nouveau monde, et qui étonnent le voyageur, l'attirent et le retiennent par leur charme impérieux.

« J'aivul'immense et coquette cité féminine de Wellesley, avec son parc, ses bois, son lac, ses pelouses, ses délicieux cottages, dispersés comme en un décor de féerie ; sept cent jeunes filles habitent ce domaine idéal. Elles sont venues de r Illinois ou de la Pennsylvanie, du Nebraska ou de la Louisiane, et même de plus loin. La plus récente statistique de Wellesley constate la présence de deux étudiantes nées chez les Turcs. Or voici le programme de Wellesley :

« Greek, Latin, Archœology, German, French, Italian, Spanish, English, Philology, Hebrew, Biblical History, English, Literature, Philosophy, History, Economies, Pare Mathematics, Applied Mathematici. Chemistry, Physics, Geology, Botany, Pedagogy, Bibliography, Elocution. Arts, Music...

« Voilà bien des choses, et qui risqueraient sans doute d'infliger une ride précoce au front virginal des travailleuses

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de Wellesley, je craindrais de voir leurs blanches épaules plier sous ce fardeau, si je n'étais rassuré par Tarticle de leur programme qui associe au labeur de l'intelligence les exercices du corps. Cet article est intitulé : « Physical Training. » J'y apprends que « l'entraînement physique » des jeunes filles de Wellesley est l'objet d'une constante sollicitude. Pour être héUéniste, philologue, zoologiste, bibliographe, géologue, historienne ou mathématicienne, on n*en est pas moins femme. Et le premier devoir d'une femm^ c'est d'être belle. C'est pourquoi le programme du « Physical Training » est ainsi conçu : « Chaque étudiante de première année passe un examen physique total comprenant des mensurations et des épreuves énergiques. » Ce n'est pas tout. L'étudiante ainsi mesurée, contrôlée, passe, à îa fin de l'année scolaire, un second examen physique où l'on apprécie les résultats acquis. Le gjminase de Wellesley est équipé à la suédoise. Une directrice et une répétitrice président les manœuvres de cette palestre où l'on organise des jeux athlétiques, (i) Les jeunes filles de Wellesley apprennent aussi à manier d'un bras musculeux, l'aviron et la godille.

Elles montent à cheval. Et un cours de natation leur est professé, par des nageuses émérites, dans une piscine spécialement aménagée pour leurs ébats de sirènes.

J'ai vu sur une montagne du Connecticut, parmi la neige qui drapait de blanc les roches noires, et qui précisait, comme un dessin à rencre,les entrelacs des arbres dépouillés, j'ai vu le phalanstère où s'instruisent et s'amusent les cinq cent cinquante jeunes filles de Mont Holyoke. C'est encore un rendez- vous où sont représentés tous les Etats de l'Union, le Maryland, le Maine, l'Alabama et le Kansas,

(i) « Beaucoup de vos jeunes ûUes sont des joueuses passionnées de poker; elles boxent et font de Tescrime comme les hommes, envahissant dans les trains les compartiments de fumeurs, jouent aux courses et spéculent à ta Bourse. » Cl. Moffett.

le Michigan et le Missouri ont envoyé, dans cette communauté studieuse et sportive, un bataillon de grandes écolières, blondes ou brunes, à qui Von enseigne consciencieusement Part d'avoir de la science, de la santé ety s'il se peut, de la beauté.

Le programme intellectuel de Mount Holyoke est encyclopédique

Mais le « Physical Training » n'est point négligé.Ici encore on soumet les étudiantes à un examen préalable... On se propose d'accroître leur force musculaire... Hors du gymnase, on enseigne Tart de ramer, de patiner et, dans les beaux jours d'été, on demande un surcroît d'adresse et d'agilité à la raquette du tennis.

Mais, ce que les jeunes américaines préfèrent, c'e^t le jeu du « Bas ket bail ». Il faut les voir, commodément et sommairement vêtues d'un costume de serge bleue, très simple et très court, se diviser en deux camps, lancer la balle vers la haute corbeille qui semble inaccessible, et vers laquelle est tendu tout l'effort des bras nus, des reins cambrés, des jarrets flexibles. Les joueuses de « bas ket bail, » afin d'attraper la balle fantastique qui rebondit au-dessus de leurs chevelures dénouées, sont obligées de courir conmie Atalante, de sauter, de gambader, et parfois de tomber avec bonne humeur en de brusques culbutes. La coquetterie féminine n'abandonne jamais ses droits.

Elles savent que ces divers mouvements,soulignés par la complaisance d'un gentil costume de zouaves, sont en gestes plastiques et en attitudes sculpturales. Elles profitent de cette occasion pour montrer vaillanmient qu'en Amérique les femmes savantes ne portent pas toujoiurs des basbleus.

Bref, le ^nouveau monde est un gii;antesque atelier de beauté. On n'y àculpte peut-être pas assez de belles statues en bronze ou en marbre. Mais on y façonne des idoles vi-

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vantes. Les professeurs de gymnastique, véritables statuaires des temps nouveaux, pétrissent amoureusement cette glaise divine que les poètes ont si souvent célébrée :

Chair de la femme, argile idéale, ô merveille !...

Avec quelle émulation, avec quel enthousiasme les mécaniciens de New- York ou de Chicago inventent toutes sortes de mécamques destinées à mettre en valeur, en équilibre et en relief tous les avantages des Américaines, Ils n'oublient aucun muscle. Ils pensent à tout, depuis l'extrémité des pieds roses jusqu'au bout du nez et à la racine des cheveux. Aucune pièce de la merveilleuse charpente ne les laisse indifférents.

Et notre cher confrère, Gaston Deschamps, termine sa belle et intéressante lettre en disant :

« Si l'on veut juger des résultats de cette culture intensive, il suffit de se promener quelques instants, après déjeuner, sur les trottoirs de la cinquième avenue à New- York. Là, on est vraiment frappé d* admiration par la santé vermeille, par la taille svelte et par l'allure indépendante des belles inconnues, dont la démarche conquérante s'empare de l'asphalte avec vigueur.

D'ailleurs, on peut apprécier la beauté américaine sans sortir de chez soi, en jetant simplement un coup d'œil sur les journaux illustrés et sur les revues ornées d'images. Les Américains, en effet, pubUent avec un juste orgueil l'effigie des jeunes filles et des jeunes femmes qui leur paraissent dignes de remporter le prix de la beatUé.

Le « Metropolitan Magazine » vient de reproduire la photographie d'une délicieuse miss, très adulée par la Société de New- York et de Boston. Le même recueil publie les portraits de plusieurs actrices, revêtues de leurs plus beaux atoiurs, et indique les prix des toilettes dont elles sont parées : une robe de visite, en panne blanche,

300 dollars ; un paletot de fourrure, 1000 dollars, et ainsi de suite. On ne saurait payer trop cher ce qui est destiné à rehausser la fière beauté des américaines. AU right !

D'autre part, notre confrère M. C. de Varigny qui a étudié la vie d'Outre-Mer et particulièrement l'Empire américain ( « The American Empire » comme il l'intitule lui-même) a consacré une de ses consciencieuses et intéressantes études à V Influence de la femme américaine,

« Longtemps, a-t-il dit, la femme fut peu de chose : un accident dans l'histoire des peuples comme dans la vie des hommes ; elle est beaucoup aujourd'hui, et déjà, répudiant les méthodes surannées, historiens, voyageurs, philosophes et naturalistes ne s'enquièrent plus uniquement, dans l'étude d'une nation, des tendances politiques, du mécanisme administratif, du mouvement économique, mais aussi des usages et des coutumes de la vie sociale, de ce milieu dont la femme est le centre^ où son action prédomine, déterminant parfois ces grands courants qui entraînent les peuples (i)

« Quoi qu'en dit le plus misogyne des philosophes, Schopenhauer, qui n'a pas eu aux Etats-Unis,* — qu'il admirait fort sans les connaître et qui, le connaissant l'ont médiocrement goûté, — le succès qu'il obtint en Europe, la femme américaine semble avoir pris à tâche de démontrer qu'elle n'est pas uniquement une machine à dépenser de l'argent.

« Si elle en dépense, elle en apporte et, ce faisant,elle est, on ne saurait le nier, l'un des agents les plus efl&caces de l'évolution à laquelle nous assistons, de ce rapprochement entre les Etats-Unis et l'Angleterre qui semblent présager, dans un avenir prochain, à la racé anglo-saxonne l'influence

(I) L'Américaine, a dit un écrivain espagnol, a deux patries : la sienne et celle où quelque npble action lui a fait battre le cœur.

l'américaine

prépondérante dans le domaine politique, maritime, commercial et financier. Sans cette influence nouvelle, r aristocratique Angleterre se démocratise, la démocratique union s'affine. Les millions de l'Amérique redorent les blasons d'Albion et T afflux d'un sang nouveau infuse une force nouvelle à une classe dirigeante qui s'appauvrissait ; le prestige historique d'une oligarchie de naissance fait oublier l'origine, souvent brutale, parfois scandaleuse, de fortunes nées d'hier, et voile de grâces' féminines des millions insolemment conquis.

« Et il n'en va pas seulement ainsi pour l'Angleterre. En 1890, plusieurs femmes de haut rang se trouvaient réunies dans l'un des salons d'attente de l'Impératrice d'Allemagne. De passage à Berhn, elles avaient sollicité la faveur d'une audience par leurs ambassadeurs respectifs, et une lettre du grand chambellan leur avait indiqué le jour et l'heure auxquels l'impératrice les recevrait. Elles ne se connaissaient pas ; Anglaises, Russes, Autrichiennes, Italiennes, le hasard des voyages les réunissait pour la première fois. L'heure de la réception était passée et la souveraine ne paraissait pas. S' adressant à sa voisine, l'une d'elles exprimait son étonnement de ce retard, s' excusant de son impatience par le fait qu'en sa qualité d'Américaine elle était encore peu au courant de l'étiquette des cours. Son interlocutrice lui répondit en souriant qu'elle aussi était Américaine d'origine, mariée depuis peu à un grand seigneur autrichien. Les autres se rapprochèrent prirent part à la conversation et furent stupéfaites de constater que toutes les six étaient des Etats de l'ouest et. de la nouvelle Angleterre.

« Le fait est qu'on n'est plus à compter, surtout en Angleterre, les alliances qui transforment en duchesses et marquises anglaises les riches héritières de l'Amérique. Dans ce milieu nouveau elles tiennent dignement leur place, elles jouent bien leur rôle.... *

Et, effectivement, nous pouvons citer ici à titre d'exemples quelques beaux noms : Voici miss Consuelo Vanderbilt qui est venue occuper comme duchesse de Marlborough, le psdais si beau, le palais historique de Bleuheim. Elle y succédait à une compatriote Lilian Hammersley. Cette dernière devenue veuve avait épousée lord William Beresford.

Miss Adèle Grant, comtesse de Sussex, châtelaine de Cassiburg Park est la fille du richissime Beach Grant de New- York.

D'autre part, M. Joseph Chamberlain l'un des hommes politiques contemporains de la Grande-Bretagne a épousé miss Mary Endicott, renommée aux Etats-Unis pour sa fortune et sa grande beauté. « Sa résidence de Highbury, à Moor green, écrivait un confrère, est l'un des centres politiques et intellectuels de l'Europe. Diplomates, savants, écrivains y affluent ; sa bibliothèque de Highbury est célèbre, célèbre aussi la merveilleuse collection d'orchidées, fleurs favorites de M. Chamberlain, et pour l'entretien desquelles elle a fait construire des serres gigantesques. »

Citons encore miss Jenny Chamberlain, l'une des beautés célèbres de la ville de Cleveland, qui a épousé sir Herbert Naylor Leyland et est devenue la châtelaine de Hyde Park House.

Une Californienne, miss Virginia Bonynge a épousé le viconte Deerhurst et est devenue la châtelaine de Croome Court, résidence historique crée par l'un des plus célèbres dessinateurs de l'Angleterre, Brown.

Une autre américaine miss Consuelo Yznaga est devenue vicomtesse de Mandeville. Par sa beauté, son esprit, ses millions elle est aussi devenue l'une des reines de l'aristocratie anglaise et la châtelaine de Kimbolton, près Huntington où naquit Cromwell.

Lady Curzon, la femme de l'ancien vice roi des Indes n'est autre que miss Mary Leiter, la fille d'un millionnaire

L'ABfÉRICAINE

de Chicago. Elle a tenu longtemps sa cour au monumental « Government House », dans Calcutta, « la ville des palais ».

Nous terminerons cette petite et restreinte nomenclature en citant des paroles de M. C. de Varigny.

« Ce n'est pas seulement à ses millions et à sa beauté que la femme américaine est redevable de l'influence qu'elle exerceet du rôle qu'elle joue. La ploutocratie est d'origine récente et en date guère de plus d'un demi-siècle. Si V Union américaine est l'un des premiers pays du monde, elle le doit en grande partie à la femme qui fut, dès le début, un important facteur de son étonnante prospérité. Consciente, aujourd'hui, de la puissance de l'argent, elle vise haut, et ses moyens d'action sont à la hauteur j^de l'œuvre 'qu'elle entreprend. »

LE MARIAGE

LE mariage aux Etats-Unis n'est pas une affaire de sentiment. — Le jeune homme sérieux et posé ne contracte une alliance que lorsqu'il est en mesure de supporter les charges d'un ménage ; il prévoit ce que sa femme luicoûteraet il n'hésite pas à rester fiancé 4 ou 5 ans.

Quant à la jeune fille, l'amour n'entre pas toujours dans ses vues, Tâge n'entre pas non plus en considération ; elle prend le mari de son choix et ne s'engage qu'après avoir épuisé tous les plaisirs de société et aussi quand elle est sûre de trouver auprès de son mari le même confort que chez son père.

En France, on demande toujours : Quelle dot a-t-elle ? — Ea Amérique : Quelle est sa position ? Combien gagnet-il ? Quelles sont ses espérances ?

Exception toutefois pour les « Nobles Etrangers ! » Marquis, Duc Comte, ou Baron, la riche Yankee troque ses écus contre un titre !

Quand sur les boulevards, on voit passer un fils de Preux, matrimùnial american, cousu de dettes, sans crédit et contraint aux expédients, on dit qu'il est à la recherche du petit lingot d'or, « Les nobles font prime sur le marché ! »

Un petit déjeuner à New- York, quelques mois dans la haute société de Boston ou de Washington et le duc, le marquis, le comte ou le baron épousera une jolie femme dorée sur tranches !

Dans un des journaux de New- York, on pouvait lire en première page :

« Voici un marquis à la chasse d'une héritière. »

« Il est de vieille souche et désire un peu plus de 100.000 dollars pour son titre. »

NeW'Yorky 22 avril 1903.

« Armé de documents pour prouver sa noblesse, le marquis Arthur de Mayo Durrazzo de Naples (Italie) vient d'arriver à New- York avec l'intention avouée d'épouser ane héritière américaine et pour montrer sa sincérité, il a récemment fait faire des annonces à ce sujet.

Le marquis pense que New- York est la Mecca pour les héritières : « Il y a plus d'argent à New- York que dans toute l'Europe, » répond-il, quand on lui demande pourquoi il était venu à New- York plutôt que d'aller dans une autre grande ville.

Vous voyez, ajoutait le marquis, je suis jeune et j'aimerai pour femme une jeune et belle Américaine avec une dot importante ; je suis ici pour la trouver. Les filles américaines sont jolies au-dessus de toutes les autres. i>

Et comme on lui demandait si les 100.000 dollars seraient une dot suffisante, il répondait : « Oui, mais ce n'est pas beaucoup en comparaison de l'honneur qu'apporte mon titre. Ma famille est à peu près vieille de 650 ans et possède de grandes propriétés aux environs de Naples. »

« Des passeports de Naples, signés par le maire, certifient que : « Arthur, marquis de Mayo Durrazzo, est d'un caractère bon et moral et qu'il est le fils de Farccois, marquis de Durrazzo, un riche habitant de Naples.» —

Les Américains se montrent fort jaloux des Etrangers qui enlèvent les riches héritières à l'Union, (i) On comprend

(i) Le i^ mars 1905, le comte Charles de Cuci, neveu du pape Léon XIII, débarquait à Hoboken, venant du steamer Kaiser Wilhem pour tenter de renverser les obstacles à son mariage avec

LE MARUGE

mal cette antipathie puisque les filles se marient de leur pleine volonté ; c'est la loi Monroë une fois de plus qui commande probablement Tesprit américain. Le comte Boni de Castellane a défrayé tous les jours la chronique ; on allait jusqu'à s'occuper des dépenses de sa table ; on ne lui a pas pardonné de dépenser les millions des Gould !

Le comte de Yarmouth qui obtint la main de miss Alice Thaw de Pittsburg n'échappa pas aux injures habitueUes ; en guise de vieux souliers, de riz, que, suivant la vieille coutume irlandaise, on jette aux nouveaux mariés pour leur souhaiter bonne chance et toutes sortes de prospérités dans leur ménage il eut à répondre aux huissiers, gens de loi qui le poursuivirent jusqu'à la cérémonie nuptiale. Les journaux eux-mêmes débitèrent sur le comte des histoires horribles ; on eût cru à un brigand de la Macédoine égaré au milieu de la civilisation. Vraiment si l'argent n'entrait qu'en jeu, s'il n'y avait pas un peu d'amour dans l'union avec une riche américaine, il y aurait de quoi se sauver, car il faut avoir du courage pour affronter de pareils outrages.

Le code civil américain accorde la plus large protection à la femme, aussi, les drames du vitriol ou du revolver sont-ils presque inconnus.

La femme américaine est si occupée qu'on ne voit point de grandes passions, du moins, ni les romanciers, ni les journaux n'en parlent, ou alors, cette passion n'est pas raisonnée et n'est que de l'extravagance.

Une jeune fille peut toujours se faire épouser ou obtenir une forte indemnité au cas où le fiancé manque à sa parole ; avec une dot, elle n'a que de l'embarras dans le choix d'un

une riche héritière de Pittsburg, miss Elisabeth R..., qui devait avoir lieu à Londres, en novembre 1906. Au débarquement, les journaux lui apprirent que sa dulcinée était mariée de la veille à M. Frank B. S. un avoué. Les jounaux américains ne manquèrent pas de blaguer ce nouveau carabinier qui arrivait en retard.

mari. Cela caractérise bien le sens pratique du pays. Par contre, les jeunes gens sont discrets et prudents ; ils s'amusent à la sourdine et ne se vantent jamais de leurs conquêtes. « Nous n'écrivons pas, disait l'un d'eux ; un seul mot de tendresse dans une lettre peut avoir de trop grandes conséquences et nous obliger à l'hymen ou à l'indemnité!» (i)

Dernièrement, un honorable sénateur était appelé devant le tribunal de Washington pour refus d'épouser une jeune fille à laquelle il avait, paraît-il, promis le mariage ; comme seule preuve, la plaignante a allégué qu'ils étaient descendus ensemble dans un hôtel et qu'ils y avaient été inscrits sous le nom de Monsieur et Madame.Le sénateur fut condamné à 250.000 francs d'indemnité ! ! C'est quelquefois

une bonne affaire, quand on est riche, de pouvoir ainsi éluder la chaîne trop pesante dans certaines circonstances.

En voici un autre qui a pu échapper aux rigueurs de la loi ; la jeune fille expliqua que son fiancé lui avait rendu des visites régulières, qu'elle avait appris l'allemand pour mieux comprendre son futur mari, que les leçons lui ont coûté beaucoup d'argent, qu'elle a aussi dépensé pour les vêtements de la cérémonie, mais qu'à l'heure dite, elle n'a vu personne.

L'explication du jeune homme est amusante: « Son amour pour la jeune fille est très grand, très sincère, mais sa santé est devenue mauvaise et conséquemment il ne peut tenir sa promesse ; quand il sera en meilleur état, il remplira ses engagements. » Il lui sera toujours facile de trouver un médecin complaisant ; il sera forcé de rester céliba-

(i) Un maire qui n'est pas galant pour les américaines, c'est sûrement le maire Hurley de Salem près de Boston. Il a pensé que les membres de la police municipale avaient toujours donné trop d'attention au beau sexe et il a nommé un homme pour réformer ce f Vice. » Il faut noter que le dit maire est célibataire et qu'il déclare n* avoir jamais été embrassé /

LE MARIAGE

toire, mais il aura toujours la gentille ressource des consolations.

Un fermier de Bowling Green-Ohio, poursuit de ses assuidités depuis huit ans une fiancée et se décide à ne plus convoler. Sa défense est «tordante»: Il est, dit-il, un homme petit ; sa fiancée qui était alors mince pèse 319 livres au lieu de 125. Comment pourrait-il la prendre sur ses genoux comme i 1 le faisait dans les premiers temps ? » Le tribunal Ta condammé à 25.000 francs d'indenmité.

A Balbston Spa, dans l'Etat de New- York, miss P***a déclaré queT*** l'avait embrassée 1236 fois en I4ans et elle a réclamé au tribunal 15.000 francs de dommages, soit 10 fr, 42 centimes par baiser ; chacun d'eux était d'ailleurs accompagné d'une déclaration de ce genre : « Je vous aime « je veux mourir pour vous » ; « je ne peux vivre sans vous » « je pense à vous chaque minute et toute la nuit je rêve de vous » ; « quand pourrai- je parler à votre papa ? »

Et elle ajoutait (oh ! charmante comptable amoureuse !) qu'elle savait combien de fois son fiancé avait dîné chez elle, car elle tenait compte de tout ; elle n'a pas dit, par exemple, — et c'est dommage ! — si elle faisait sonner un Cash regîster à chaque baiser, qu'elle recevait.

Le tribunal lui a accordé les 15.000 francs.

A Ohama, une fiancée traduisit en correctionnelle son futur fiancé pour mauvaise conduite et le fit condamner à 25 francs d'amende.

Son crime ? Il avait ri à l'enterrement de sa future bellemère ! Les Américains ont cela de commun avec les européens , ils abhorrent belle-maman qui, au théâtre comme à la ville, est sujette à de nombreuses plaisanteries et moqueries.

Les Etats-Unis d* Amérique sont le pays où se passent les plus grands événements et aussi les choses les plus excentriques : Quelques mariages tiennent du roman de cheval lerie, du hasard et même du vaudeville. Il est nécessaire

d'ajouter que les véritables Américains n'en sont pas toujours les auteurs ; l'union entre des personnes de différentes nationalités produit un genre d'esprit spécial, difficile à analyser et aux idées bizarres. Qu'on en juge :

Dans le Leader de Pittsburg, en première page et en gros caractère, on pouvait lire : « P. C***, de Glenswood, âgé de 34 ans veut se marier sans les ennuis de faire la cour ; à cet effet, il fit insérer une annonce dans un journal, déclarant que si aucune fille ne se présentait, il resterait garçon toute sa vie. Au reporter qui l'interwiewa, il dit : « Je désire me marier et être heureux ; toutefois comme j'ai vécu jusqu'à maintenant sans femme, je puis encore continuer. Je désire ne pas faire de cour ; c'est ennuyeux et on perd du temps ; et puis on n'est pas certain de réussir je ne veux ni subir le mépris d'une femme, ni devenir la risée de mes amis. Pour les filles qui viendront me voir j'habite tel numéro de telle rue ; je suis toujours chez moi, le meilleur moyen « pour me trouver est de descendre du tramway à tel endroit ».

M. Willis J. Bailey, gouverneur du Kansas, n'a pas fait d'annonces, mais les journaux ont tenté le beau sexe pour lui ; ils ont publié son portrait, assuré qu'il était riche et qu'il fallait une maîtresse de maison à l'hôtel du gouverneur, que cet hôtel splendide avait coûté à l'Etat 350.000 francs ; l'article finissait en détaillant les charmes de M. Bailey : yeux bleus, cheveux bruns, taille ordinaire, etc.

MissC. P*** de Deway Station jeta dans la rivière Monongabela une bouteille dans laquelle elle avait enfermé une lettre priant la personne qui la trouverait de lui écrire en vue du mariage ; l'année suivante la bouteille fut ramassé près de Stenbenville, par M.T. M*** qui répondit aussitôt ; un mariage s'ensuivit.

S. B. S***, âgé de 55 ans, affiche la notice suivante au bureau des postes de Rockland :

LE MARIAGE

« Par la présenté, j'informe mes amis que je me marieraj le 15 avril, à 5 heures, devant ma maison. Tous sont cordialement invités à assister à la cérémonie ».

Très pratique ledit gentleman ! Il commençait à faire des économies avant le mariage ; songez donc, pas de lettres d'invitation, pas de timbres !

Un étudiant de Chicago, W. H*** rencontre à la promenade miss Myrthe ; il en tombe tout de suite éperdûment amoureux et la demande en mariage. La jeune américaine a peine à le croire ; devant son insistance réelle, elle lui impose une épreuve point banale ; il devra gravir les escaliers de Masonic Temple, en la portant dans ses bras. Le Masonic Temple récemment incendié, n'a que dix-neuf étages ; excusez du peu...[! Il fut convenu que le jeune tourtereau aurait la faculté de s'arrêter quatre fois mais qu'il ne pourrait se reposer plus de cinq minutes en tout. La gageure fut tenue. On ne dit pas s'ils furent heureux et contents !

Rochester. N. Y. détient un record digne d'avoii été narré par Alexandre Dumas, l'incomparable conteur.

R. N*** partit aux Philippines, laissant au pays une fiancée qui promit de l'attendre. Le jeime soldat prit part à 12 engagenients et faisant partie d'une colonne volante, il fut dans l'impossibilité pendant 18 mois d'écrire et de recevoir des lettres. Revenu à Manille, il apprit que la jeune fille le croyant mort, s'était sans tarde fiancée à un autre. Vite il s'embarquaet arriva chez lui pourapprendre que sa fiancée venait de partir à l'église pour être mariée au nouvel élu de son cœur. Il courut à l'église, chuchota quelques mots à l'oreille de son amie et revolver ati poing il ordonna à son rival de déguerpir. Deux minutes plus tard il était marié.

Souvent de jeunes demoiselles nous ont dit : « En France, les parents marient leurs enfants et c'est « terrible »! En Amérique, nous nous marions comme nous voulons. » Cela

ne prouve rien du tout ; en France, les parents ont tort et en Amérique les enfants n'ont pas raison !

Une jeune fille rencontre un jeune homme dans la rue ; ils se sourient, se plaisent, se procurent un permis qu'ils obtiennent facilement sans papiers et le premier pasteur ou le premier juge de paix (i) les marie ; ces derniers ne s'assurent jamais del'identité, ni de l'âgedes futurs époux. A Colebrook (New-Hampshire), George C***, âgé de 17 ans, a pu être marié à une enfant de onze ans, Annie C*** ; il lui a sufi&j d'assurer au juge de paix qu'il avait 20 ans et que sa fiancée en avait 14.

Un jeune employé de la poste de Mont-Vernon C*** âgé de 18 ans enleva une jeune fille qui comptait seulement 16 printemps et dont les parents s'opposaient à leur mariage ; leur équipée mérite d'être narrée.

Apprenant qu'on allait les séparer, ils résolurent de brusquer les choses et de se marier tout de suite. Un dimanche, ils se rendirent successivement chez plusieurs ministres du culte, qui, en raison de leur âge, refusèrent de les unir. Sans se laisser décourager, le couple alla sonner à onze heures du soir à la porte du maire qui connaissant leurs familles les envoya tout simplement promener ; ne trouvant aucun fonctionnaire ou magistrat qui consentît à les déclarer mari et fenmie, ils trouvèrent enfin un conseiller municipal à moitié endormi, qui prononça la formule légale. Quelques instants après, les deux jeunes gens rentraient dans leurs familles respectives et leur annonçaient avec enthousiasme qu'ils étaient bien mariés. Tête des parents !

Quelquefois, par exemple, ceux-ci se fâchent et interrompent la lune de miel. A Nevada (Missouri), une scène

(i) Le juge de paix (justice of the peace), magistrat local élu par le suffrage populaire dans la plupart des Etats, est le dernier magistrat de la hiérarchie judiciaire : Ses attributions, son traitement, la durée de son mandat varient suivant les contrées. »

LE MARIAGE

tragi-comique a diverti tous ceux qui en ont été les témoins. *^Une jeune femme mariée de la veille, sans le consentement des siens, reçut en pleine rue une verte correction. Elle s'était enfuie avec son amoureux et bientôt le mariage avait été célébré. Le père et les deux frères de la fugitive se mirent à sa recherche et l'ayant rencontrée dans les rues de Nevada, son père lui administra une grêle de coups de fouet sur les épaules pendant que ses deux frères, armés chacun d'un revolver tenaient en respect son mari. Malgré les doléances, il lui fallut monter dans une voiture et réintégrer la maison paternelle.

Ch. T*** fils du directeur d'une importante usine de Pittsburg, s'étant marié à l'âge de i6 ans avec son institutrice, fut, sur la plainte des parents, mis dans une maison de correction ; relâché sur parole à condition qu'il ne vivrait pas avec sa femme et n'ayant pas tenu sa promesse, il fut de nouveau enfermé, malgré les supplications de sa femme et malgré leurs deux enfants qui restaient à la charge de la mère. Le mariage était légal et les époux ne pouvaient vivre ensemble ! Quelle anomalie ! Car un homme qui déserte le toit conjugal est arrêté sur la simple requête de sa femme.

Singulier contraste : Dans la même ville et à peu près à la même époque, un jeune homme de 22 ans épousait une veuve de 63 printemps ; cinq jours après l'hymnée, il s'enfuyait avec d'amers regrets ; il fut mis en prison jusqu'à ce qu'il consentît à reprendre la vie commune.

A Chicago, un jeune tourtereau de 80 ans (vous avez bien lu !) épousa une jeune tourterelle de 70 ; deux semaines après» le mari partit ; sa femme le fit arrêter ; au tribunal, on constata que l'accusé s'était remarié pour la dixième fois.

La validité d'un mariage n'est point nécessairement soumise à des cérémonies officielles strictes et graves. A Philadelphie, on a célébré le mariage de miss E. L*** et de

M. T. W*** suivant le rite de la société des amis (Society of Friends), La cérémonie s'effectua avec la plus grande simplicité et la plus imposante solennité ; il n'y avait ni pasteur, ni officier public ou autre personnage autorisé à unir. Dans im salon où étaient assemblées une cinquantaine de personnes, au milieu du silence le plus complet, le jeune homme se leva et annonça qu'il désirait prendre pour épouse la femme placée à son côté ; à son tour, la jeune fille fit une semblable déclaration et alors tous les invités signèrent leurs noms sur un registre conune témoins.

Un mariage par téléphone n'est pas rare ; M. R. L*** se trouvait à Stanton (Tennesse) et miss K. C***, sa fiancée, à Patoka (Indiana) ; une distance de 300 milles sépare les deux villes ; retenu par ses affaires et ne pouvant venir auprès de sa future femme, M. L*** décida de recourir au téléphone. Miss C*** vêtue d'une belle robe de soie rose, se plaça auprès de l'appareil en compagnie d'un ministre du culte qui procéda à la cérémonie absolument comme si le futur avait été là ; les demandes et les réponses furent transmises par le téléphone et entendues de toutes les personnes qui se trouvaient dans la salle. Après le dîner de noces miss L*** s'en alla rejoindre son mari.

Même procédé fut employé pour unir im marchand de Hopkins ville à une jeune veuve de Dayton ; ils ne s'étaient jamais vus ; un échange de photographies et de tendres lettres avait suffi poiu* qu'ils s'aimassent. Un ministre accompagné de la future se rendit chez im pharmacien ayant le téléphone et demanda la communication avec Hopkinsville ; tenant le récepteur à l'oreille, il engagea une conversation avec le fiancé qui répondit d'une façon claire et catégorique aux questions qui lui étaient posées ; les paroles sacramentelles furent prononcées. Le mariage avait été célébré en 15 minutes, ajoute un reporter facétieux et les frais du téléphone montèrent à 115 francs,

LE MARIAGE

Un magistrat du Kansas fit un voyage de 15 milles pour venir marier deux jeunes époux ; sa surprise fut grande, en arrivant à destination, de constater que la jeune fille habitait à quelques centaines de mètres de la limite du comté et par conséquent en dehors de sa juridiction. Pour ne pas s'être déplacé inutilement et surtout pour ne pas perdre ses honoraires, il invitales gens de la noce à franchir avec lui la ligne-frontière du comté et là, en plein air, au milieu des* prairies glacées du comté de Straéord et sous une tourmente de neige, il unit le couple ; Tamour réchauffe heureusement !

Certain jour de l'an 1905, un juge de paix de Jersey-City eut ridée de présider lui-même à la cérémonie de son mariage.

Questions et réponses furent faites par lui et satisfait, il se déhvra à lui-même le certificat nécessaire. Quand il eut prononcé la phrase traditionnelle : « Vous pouvez embrasser votre femme», la chronique dit qu'il ne se fit pas prier et usa du privilège reconnu dans l'Etat de New- Jersey de répéter plusieurs fois cet acte ; l'heureux juge de paix n'avait que 72 ans. !

Mme Kate H***, ministre d'une religion protestante à San-Francisco, maria elle-même sa fille, Mary, à M. Félix D***. La cérémonie eut lieu dans le salon de l'officiante. S' adressant d'abord aux témoins, Mme H*** s'exprima en ces termes : « Vous êtes témoins de la cérémonie céiébrée en votre présence et en celle de nos chers trépassés » ; puis se tournant vers les futurs elle leur dit : « Vous êtes unis par les liens sacrés du mariage, promettant amour, honneur, obéissance, estime et soins l'un à l'autre et ne perdant pas de vue que toutes vos actions ont pour témoins ceux qui sont près de vous et les chères âmes qui sont avec vous en esprit. » Mme H** prétendit que comme ministre régulièrement ordonnée par la Société indépendante de la Bible, elle avait eu le droit d'agir ainsi. Détail piquant, comme

l'oncle SAM CHEZ Ltll

les nouveaux mariés avEÙent quelques doutes au suj<

la validité de l'acte accompli par leur mère, ils ont fait

consacrer leur mariage par les autorités civiles. I^Un autre mariage a été célébré dans des circonstances peu ordinaires à Covington (Ohio), Par un beau matin, M. R*** entrepreneur de pompes funèbres en cette ville, vit arriver dans son établissement un de ses cousins du Kentucky, M. Wood qui lui déclara qu'il venait pour se marier avec miss L*** du même métier que lui. On s'est procuré sans retard le permis de mariage nécessaire et on est allé quérir un ministre du culte qui a célébré la cérémonie dans une pièce toute tendue de noir et autour de laquelle étaient rangés des cercueils. Sans s'émouvoir le moins du monde de cet entourage lugubre, les jeunes époux ont répondu avec entrain aux questions du ministre et, quelques minutes plus tard ils partaient gais et contents en voyage de noces.

Le graphophone continue à réserver des surprises ; elles deviennent plus curieuses et, en même temps, plus étranges. Déjà un ministre protestant faisait prononcer son discours habituel dans les mariages par un graphophone afin de ménager ses cordes vocales ; mais il s'agit de beaucoup mieux. La fille d'un ministre protestant du nord de l'Etat de New- York, étant sur le point de se marier, alla passer quelques jours chez des amis, dans le sud. 11 était bien convenu que le clergyman devait officier lui-même, mais il tomba subitement malade et se trouva bientôt à l'artide de la mort ; il voulut néanmoins que sa voix fût entendue à la cérémonie ; il se fit apporter un phonographe et devant l'appareil il prononça les questions d'usage aux mariés et les paroles sacramentelles du mariage. Cette opération terminée, le clergyman mourut paisiblement. Une semaine après, la jeune fille célébra son hymen et ce lut la voix du père mort qui, par l'intermédiaire du phonographe, l'unit à un négociant de la Louisiane, Les mariés se placèrent

LE MARIAGE

devant l'instrument d'où sortirent, comme prononcés par une voix d'outre-tombe, les formules ordinaires du mariage et les témoins furent étrangement impressionnés par cette scène qui paraissait se passer au fond d'un tombeau.

Ce sont toujours le Kansas et le Kentuchy qui nous offrent le plus souvent le spectacle des unions excentriques.

A Westpoint (Kentuchy), M. Henry B*** et miss Stella R*** décidèrent de se marier chez la sœur de la futiu'e ; celle-ci se mit en route dans cette intention, mais elle fût atteinte soudainement de diphtérie ; la maison a été mise en quarantaine ; personne ne pouvait plus y entrer, ni en sortir. Cependant le jeune B*** désirait que le mariage fut célébré le jour fixé pour la cérémonie ; il a donc usé d'un stratagème habile pour triompher de la malheureuse quarantaine. Il s'est rendu à Unio ; là, il s'est procuré deux phonographes et s'est assuré les services d'un ministre protestant. L'un des phonographes a enregistré les questions du ministre et les réponses du jeune honmie. On a envoyé les deux machines à la fiancée et on les a introduites dans la maison sans y entrer. Mlle R*** a mis les deux phonographes eh mouvement, tandis que l'un déroulait les questions du ministre et les réponses du futur, Mlle R*** répondait dans l'autre qui enregistrait les réponses requises d'elle. L'opération terminée, les machines ont été remises à qui de droit et le phonographe enregistreur des réponses de MlleR***les a répétées devant le nMnistre qui, quand l'instrument s'est tu, a déclaré que les deux amants étaient imis par les liens du mariage. Le nouveau marié n'a pas manqué la date du mariage mais, par malheur, sa fenrnie est restée en quarantaine.

"^A Smith Centre (Kansas) un docteur devait épouser la fille d'un juge très estimé ; la veille du jour fixé pour la cérémonie, les deux fiancés furent atteints de la petite vérole ; bientôt ils entrèrent en convalescence et ils résolurent iie ne pas difiérer davantage leur mariage. Ils se

sont mis'tous deux à la fenêtre de la maison dans laquelle ils étaient soignés ; sur le trottoir de l'autre côté de la rue, a pris place le ministre du culte armé d'un mégaphone ou porte- voix à l'aide duquel il a adressé les questions d'usage aux jeunes époux qui y ont répondu à l'aide d'un instrument du même genre. Alors, le ministre les a unis et le docteur lui a envoyé pour ses bons offices, 20 dollars ; mais le ministre n'a pas voulu les prendre avant qu'ils aient subi une fumigation complète. Amour et hygiène ! — Une jeune femme de Saint-Louis détient le record du mariage. Mme L. F*** âgée de 19 ans, s'est remariée pour la cinquième fois ; elle-même a raconté qu'elle n'avait que 13 ans quand elle s'est fait enlever de Cuba (Missouri), où elle habitait avec ses parents, par David Johnston qui l'a épousée, puis quittée ; elle s'est remariée ensuite avec M. E. D*** de Butler ; nouvelle séparation et tioisième mariage à Hot Springs avec W. M*** ; à celui-ci a succédé en quatrième noces, M. J. K*** de Saint-Louis et par sa cinquième aventure matrimoniale la jeune femme est devenue Mme F***. •

Maintenant, écoutez ! Il ne s'agit pas de la comédie de Grenet-Dancourt, mais d'une histoire véridique : « Un homme dans l'Etat de New- York peut parfaitement avoir trois femmes ; il n'y a pas de loi pour l'en empêcher. » Telle est la déclaration étonnante faite par M. Mac Donaugh. secrétaire d'Etat de New- York, dans une conversation relative au nouveau représentant de l'Utah au Congrès, M. Roberts, auquel on reproche précisément d'être polygame. « Supposez, a-t-il dit, qu'un homme marié soit abandonné par sa femme sans qu'il lui soit possible de retrouver sa trace ; au bout de cinq ans, il peut se remarier. Supposez ensuite que la deuxième femme fasse comme la première et disparaisse ; au bout de cinq autres années, l'homme peut se marier une troisième fois. Si un beau jour les deux premières femmes reparaissent, il n'y a pas

de loi dans nos codes qui puisse les empêcher de reprendre la vie commune avec le mari si tel est leur désir. Elles sont ses femmes légitimes, et elles resteront telles jusqu'au moment où elles s'adresseront à la justice pour faire annuler leur mariage. Ainsi, il est possible à New- York d'avoir trois femmes vivantes dans l'espace de onze ans.

Il faut se hâter de dire que tous cf:s mariages qui tiennent du vaudeville sont une exception ; les américains en rient eux-mêmes, bien qu'ils déplorent cet état de choses peu facile à changer dans un pays où chaque Etat a un code qui lui est particulier.

Dans les grandes familles, les mariages donnent lieu à des cérémonies solennelles, et à des fêtes ravissantes ; toutefois, en règle générale, les jeunes filles prennent toujours le mari de leur choix ; si l'union n'est pas heureuse, eh bien ! le divorce... le divorce est là !

L'union entre Américains et Jaunes est assez rare ; encore plus rare ceUe d'un Blanc avec une Noire; pourtant on voit plutôt une blanche épouser un noir ; mais, tout prestige et toute considération sont perdus pour ceux qui contractent de pareilles alliances.

Chez les Mormons, la polygamie bien qu'interdite existe ; les américains n'ont pu supprimer cette coutume encore très florissante dans l'Etat d'Utah. Un récent procès sensationnel a prouvé que nombre de Mormons et parmi eux des députés — vivaient avec cinq ou six femmes et la civilisation a été impuissante à punir ces réfractaires à la loi

La race indienne pure tend à disparaître par l'union avec des Blancs ; il y a quelques années, tout Blanc qui épousait une Indienne de la tribu Choctaw recevait en prenant femme, 55 acres de bonne terre et, chaque année, une certaine somme du gouvernement fédéral pour chacun de ses enfants.

En 1900, quand on parla de supprimer cette allocation»

LE MARIAGE

les Blancs désireux de partager la fortune des * Squaws » s'empressèrent de se marier bien plus tôt qu'Us n'en avaient eu l'intention. En six semaines 600 Blancs épousèrent des Squaws, dont paralt-îl, la blancheur est éclatante et le teint éblouissant ; elles ont presque toutes des cheveux et des yeux noirs bien que l'on trouve parfois parmi elles, des blondes ravissantes.jElles sont bien instruites, mais si^elles ont la moin(h'e goutte desangd'unBlanc dans les veines, elles ne peuvent jamais se marier avec des Indiens, et c'est pour ce motif qu'elles sont assez recherchées par les Blancs. Les jeunes filles de Choctaw se marient à l'âge de 17 ans.

{CHcM da AanicAH Bonn el C) Indiens sur la Rivière Ltn pîroguH «oat faites en éoorce d'aibm naforcée par une Ijgèn cbarpeatc.

Une nouvelle loi sur le mariage a été appliquée dans l'Etat de New- York au commencement de 1902. Cette loi permet aux personnes de se marier légalement en signant un contrat en présencede témoins et en faisant serment devant un notaire. Le jeu du mariage est donc devenu une chance dans plus d'un sens. Le 6 janvier de cette année 1902 un certificat de mariage s'était fait à New- York

devant remployé de TEtat civil. Il montrait que F. T. et F. H. avaient été les premiers à se marier suivant la nouvelle loi.

Les honoraires du notaire s'élevaient à i fr. 25.

La jeune fille américaine se fiancie, se marie d'ailleurs sans la plupart du temps s'inquiéter si son choix plaira à ses parents. Il y a là un peu d'égoïsme — égoïsme naturel — elle se marie pour elle-même.

L'un de nous, chargé de prendre des clichés pour l'illustration d'une grande revue, se trouvait à la gare de East- Liberty — Pittsburg, attendant un ami qui devait voyager avec lui. Parmi les personnes qui se promenaient sur le quai de la gare, il reconnut deux dames, la mère et la fille dont le mari, le père était devenu subitement archimillionnaire par un de ces heureux hasards qu'on ne voit guère qu'en Amérique. Toutes deux attendaient une jeune fille, leur fille et leur sœur partie quelques semaines auparavant au Colorado. La mère se plaignait de n'avoir reçu aucune nouvelle de la voyageuse qui n'avait même pas répondu à quantité de télégrammes — ou qui y avait fait répondre par des amis — Le train en ce moment entra en gare. On s'embrasse et comme la maman commençait à faire des reproches, la voyageuse lui dit brusquement : « Ferme ton bec, je me marie. »

Les mariages peuvent parfois donner lieu à de singulières transactions. En voici un exemple : Le 14 juillet 1906 à Scranton, Pa, l'employé aux mariages Atherthon reçut ce jour la visite du nommé Giorono Bassarullo qui lui présenta un permis que lui Atherthon avait j^récédemment délivré à Rio Milee pour épouser Aurillo Pizzo. L'employé

LE MARIAGE

reconnut la fille qui se trouvait avec Bassarullo et qui avait auparavant accompagné Rio Milee. La seule explication que le couple donna à la demande d'Atherthon fut celle-ci : Rio Milee avait vendu à Bassarullo son permis pour 50 sous et la vente comprenait la fille en même temps que le permis. Aiu-illo Pizzo avait transféré son affection. Et l'employé, l'explication donnée, garda l'original du premier permis et en fit un nouveau au nom de Bassarullo !

Arrêté pour avoir manqué à sa parole (promesse de mariage), sur la plainte de sa fiancée Sali B...., Félix M. après quelques mois à l'ombre, s' ennuyant, se décida à recouvrer sa liberté et en fit part à Sali qui paya un avoué poiu* obtenir la mise en liberté du prisonnier.

Le mariage devait être célébré dans la prison même.

Les papiers prêts, on les présenta à Félix M. qui changea subitement d'idée et qui déclara qu'il préférait rester célibataire et en prison toute sa vie, que libre et marié à SalL

Il y est probablement encore !

En septembre dernier, le Receveur des Postes de El Paso (Texas) recevait une lettre de Pittsburg provenant d'une jeune fille qui désirait avoir pour amoureux un véritable Cowboy.

PiUsburg, 6 septembre.

Monsieur le Receveur,

« Veuillez donner cette lettre à l'éditeur de quelque journal de votre ville. J'ai lu tant à propos des cowboys que je pense à vouloir correspondre avec l'un d'eux. Il n'y en a pas à Pittsburg aussi j'ai réfléchi à vous écrire et peut-être ^en trouverai- je un bon. J'en veux un entre 22 et 32 ans, pas plus, pas [moins, mais je veux un honnête et sobre jeune homme qui soit un réel cowboy.

« J'ai 20 ans, 5 pieds et 2 pouces ; mes cheveux sont clairs, mes yeux bleus, j'ai une belle prestance. C'est ma première expérience d'écrire une lettre de ce genre, j'espère que je réussirai. Je fais ce mariage pour mon père, mes sœurs et mes frères.

Signé : Annie P.

Maintenant, il nous paraît intéressant de rapporter cette singulière anecdote qui montrera une fois de plus cette grande facilité de se marier de l'autre côté de l'Atlantique.

Cela s'est passé à Chicago.

Buelah Corley, prévenue, mais sans un sou, étonna un jour la foule à la « police station » de la 35* rue, en s'ofifrant en mariage à n* importe quel homme qui paierait une amende de 50 francs et les frais — amende infligée par Harley juge. —

La proposition faite de bonne foi ne trouva aucune acceptation et pour défaut d'argent la jeune fenmie était condamnée à être envoyée à la maison de correction pour 23 jours !

Précisons maintenant les faits : Miss Corley, âgée de 23 ans, habitait avec sa mère. Elle avait quitté la maison à la suite d'ime querelle de famille. Quelques heiures après, elle était arrêtée, conduite au commissariat de police par un policeman qui déclara l'avoir trouvée ivre et couchée devant une porte.

Quand elle fut condamnée à l'amende et n'ayant pas d'argent, elle demanda la permission de parler au public qui se pressait à l'audience. « J'épouserai, dit-elle avec force, tout honrnie qui paiera cette amende et m'empêchera d'aller à la maison de correction. Je ne veux pas demander à ma mère de m' aider, parce que je me suis querellé avec elle et je ne désire pas qu'elle sache que j'ai été arrêtée. Je pense ce que je dis. Quiconque veut payer mon amende peut m'avoir. »

LE MARIAGE

Durant les cinq minutes qui suivirent la déclaration étonnante de Miss Corley, il se fit un silence de mort. Alors le juge Harley annonça que, conmie l'offre de miss Corley ne paraissait pas être acceptée, il allait être obligé de la condamner à la maison de correction.

H^ « Je regrette dit-il, d'avoir à agir ainsi, car {aurais aimé ofi&cier à la cérémonie de votre^mariage, miss Corley. »

Il se passe parfois des choses singulières dans certains ménages. A Louisville, Ky. James et William E***, deux frères se marièrent avec les deux sœurs Julia et Efl&e. Les deux couples vécurent ensemble dans la même maison et grâce à cette étroite parenté, chaque mari eut l'occasion d'apprécier la femme de son frère et chaque femme, de même, l'occasion d'apprécier le mari de sa sœur. Une dizaine de mois, environ, après l'époque de leiu* mariage, ils formèrent un conseil de famille qui déclara qu'une erreur avait été faite, que William aimait la femme de son frère et que la femme de William aimait James et qu'il y avait lieu à un échange de maris et femmes. La difficulté fut aplanie à l'unanimité et maris et femmes firent un transfert des relations qu'ils entretenaient l'un envers l'autre. Le point faible de l'arrangement fut le peu de légaUté de l'acte mais réchange des vœux fut fait avec le consentement commun des parties contractantes conune seule sanction. Tout alla bien pendant quelque temps jusqu'au moment où la nouvelle madame William donna naissance à un enfant: c'était le premier né des deux ménages. Mme James devint jalouse de sa sœur et ils allèrent devant le juge de paix. Quand ce dernier apprit l'échange de maris et femmes, il fit arrêter de suite les deux couples en prévention de bigamie.

Le mariage a parfois son désagrément en Amérique. Le Board of Education de Sait Lake City a décidé qu'aucune femme mariée ne serait admise comme professeur dans les Ecoles publiques de la ville. Celles qui sont célibataires et viendrait à se marier seront priées de donner leur démission. Le président du Board of Education interrogé sur cette mesure a déclaré qu'une femme mariée se devait à son mari et à son intérieur et qu'en conséquence elle ne pouvait passer son temps dans une école.

il en est de même dans beaucoup d'Etats ; aussitôt mariée, l'institutrice doit donner sa démission. Il va sans dire que les protestations contre cet état de choses deviennent de plus en plus nombreuses.

^Dans certaines villes de la Pensylvanie, les autorités scolaires sont même en désarroi à cause des désertions nombreuses qui se font dans les rangs des institutrices. Celles-ci étant pour la plupart de jolies filles, c'est l'exceptionfquand l'une d'elles arrive au bout de l'année scolaire sans être enlevée à sa profession par le mariage, ou du moins sans en être menacée.

Aussi, maintenant, les autorités songent sérieusement à exiger de toutes les candidates une promesse formelle de ne pas se marier pendant la durée du terme scolaire ; et même songe-t-on aussi à ne plus admettre que les moins belles d'entre les jeunes institutrices !

Nous avons parlé précédemment, des jeunes gens qui se marient sans le consentement de leur famille. Tout récemment, en octobre 1906, le fils du Vice- Président des Etats- Unis a suivi le mouvement. Agé seulement de 25 ans il est parti de Pittsburg avec une jeune fille de 20 ans dont le père est un des principaux résidents de la ville et arrivés tous deux à Steubenville (Ohio), ils y ont été mariés. On dit qu'ils étaient fiancés depuis quelque temps déjà mais que

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ni le jeune homme et ni la jeune fille ne voulaient avoir un mariage dit « fashionable ».

Le Als du Vice- Président des Etats-Unis trouvait son fils trop jeune ; maintenant il dit que « c'est ail right. »

Terminons ce chapitre consacré au mariage, par ce que Mme Arthur B. Sperry — - alias Carolyn Prescott — disait dans The Pitisburg'Sun sousjle titre de Mariages irréfléchis : «vComment l'erreur d'un moment peut- causer du repentir pour toute la vie, »

S'étant rencontrés, s'étant plu, s'étant épousés dans l'espace de vingt-quatre heures, voilà le record d'un mariage célébré, il y a une semaine. M, M. Adams junior, de New-York, boursier à Philadelphie est le mari et Mlle Ellen Keifer, la mariée. On dit que Philadelphie est endormi, mais il n'y a rien d'endormi dans la manière dont miss KeiferaagrééM. Adams, certes non.

— « Voilà la femme qu'il me faut ! » s'exclama-t-il au moment où il la vit pour la première fois sous la vérandah d'une maison voisine. Quelques heures après, il obtint d'être présenté, l'accompagna à l'Eglise, ensuite à sa maison, de nouveau à l'Eglise, lui proposa le mariage le même soir, fut agréé et le lendemain pendant une promenade tous deux s'arrêtaient à l'Hôtel de Ville où ils se procurèrent le permis de mariage et quelques minutes plus tard, ils furent unis par le maire, M. Weaver.

« Je souhaite qu'ils soient très heureux, disait un ami quand il apprit ce mariage à la vapeur ; mais à qui s'en prendront- ils, s'il en est autrement ? »

Pendant les courses éhminatoires de la coupe Vanderbilt, au moment où Tracy passa comme une flèche devant

Uia ArlÀur B. Spir n

la grande tribune et atteignit le but bon premier, une petite femme vêtue en bleue cria d'une voix perçante : « Joseph gagne ! », puis s'évanouit. On l'emporta. Durant cinq heiu"es, elle avait été en proie à une tension nerveuse extrême parce que pour elle la course avait une grande importance ainsi que pour Joseph, car elle avait promis de l'épouser au cas où il sortirait victorieux de la course.

Un proverbe chinois dit : « La folie d'un moment devient la doiûeur de toute une vie ! » Je ne voudrais pas insinuer que l'un ou l'autre de ces mariages conclus si précipitamment soit une erreur, mais si cependant il en était ainsi ? Qu'adviendrait-il alors ?

« La jeune fille qui confie sa destinée à l'homme qu'elle aime depuis moins de vingt-quatre heiures et l'homme qui ne connaît de la femme à laquelle il s'unit pour la vie, que sa beauté, jouent un jeu dangereux.

« La figure de la jeune fille peut avoir une grande douceur (je suppose qu'elle l'est) ; des cheveux d'un blond doré enchanteurs, des lèvres d'une moue déUcieuse laissant entrevoir des dents perlées, un teint de Diane, peuvent avoir leurs attraits mais suffisent-ils à retenir captifs, en face des réalités sévères de la vie ? La vie mentale n'est pas un lit de roses, il s'en faut de beaucoup ; les ennuis et les douleurs se présenteront, les revers de fortune et même la pauvreté ne sont pas exclus des possibilités de l'existence de l'homme et de la femme qui s'embarquent ensemble sur l'océan de la vie. Et la femme aux cheveux dorés enchanteurs, à la mine délicieuse, au visage plein de douceur, au teint de Diane parviendra-t-elle à réconforter l'homme au moment des dures épreuves ?

« Et cette autre qui épouse l'homme parce qu'il a gagné une course, estime-t-elle qu'elle a fait un bon marché après tout ? Dans le déUre de la vitesse qui est maintenant à son apogée, on a l'air d'oublier tout dans la surexcitation

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que cause cette demi-douzaine de maniaques qui passent, dévorant l'espace ! La vie a des choses plus graves que les courses d'automobiles ainsi que pourra peut-être bien le découvrir un jour à son grand regret, la petite jeune femme en bleu !

« Le mariage signifie la création d'un foyer dont la pierre fondamentale est l'amour ; il veut dire également économies, privations et parfois sacrifices et souvent cuisantes douleurs. Les peines du cœur sont plus faciles à endurer quand elles sont partagées par un être aimant qui nous accompagne, mais à condition qu'on l'aime ou qu'on en soit aimé ! Soyez donc sûrs que le vôtre ne soit pas l'erreur d'un moment. Ce sermon est d'ailleurs, autant pour les jeunes gens que pour les jeunes filles ! »

Un écrivain new-yorkais, M. Cleveland Moffett, s'est mis à la tête d'une croisade de personnages qui voudraient faire une réaction contre les mœurs actuellement existantes qui tendent à faire — dans un mariage . — exclusivement de l'homme une « machine à produire de l'argent. »

On sait que l'Américaine ne s'inquiète pas des affaires de son mari.

« Je dis un jour à une dame mon étonnement à cet égard, dit notre confrère Jules Hure t. Elle me répondit :

— Mon mari s'occupe-t-il de ma cuisinière ? Que m'importent ses affaires ? »

Et le mari que je questionnai ensuite sur le même sujet, se mit à rire placidement et me dit :

— « C'est vrai que je n'ai pas besoin qu'elle s'occupe de mes affaires... Mais il n'est pas juste de prétendre que je n'ai pas d'ennuis avec ses domestiques. Quand elle est embarrassée au sujet d'un valet ou d'un fournisseur, c'est à moi qu'elle s'adresse, et il faut bien — à contre-cœur, que j'intervienne. »

M. Cleveland Moffett dit aux Américaines : « Avez-vous

jamais fait le moindre effort pour soutenir vos époux dans la lutte pour la vie, que vos appétits et vos exigences rendent si âpre dans notre pays. »

Et il ajoute : « A-t-on jamais entendu dire à New- York ou à Chicago, qu'une femme fût au courant de la situation de son mari, si ce n'est en ce qui concerne les dollars qu'il gagne ? Tous les mois, celui-ci doit lui présenter exactement ses comptes et lui en remettre le montant ; la femme est sur ce point plus intransigeante que le plus intransigeant des patrons vis-à-vis de son comptable. Quant au reste, elle veut l'ignorer, cela ne la regarde pas. Pourtant son malheureux époux travaille comme un esclave pendant six jours de la semaine. Il ne se résigne à cette vie de forçat que pour satisfaire les besoins de sa femme, car lui-même n'en a pas. Pourtant il ne viendra jamais à l'esprit de cet homme qui se tue pour sa femme de lui dire ses espoirs et ses inquiétudes, de lui demander son appui, sa collaboration ou même ses conseils. »

Nous avons — bien entendu — cité ceci à titre de simple curiosité, s'il plaît aux Américains d'aimer leur femme ainsi ! Il est probable que cela est une affaire d'éducation, ancrée dans les mœurs ! A ce sujet, notre confrère, Jules Huret a fait une enquête et il dit : « Les raisons qui ont fait jusqu'ici de la femme, en Amérique, un être si particulièrement favorisé, sont diverses. J'ai réussi à en démêler plusieurs. D'abord, au cours du xviii® siècle et jusqu'au milieu du xix® , les femmes furent l'objet rare aux Etats- Unis, les hommes qui s'exilaient d'Europe, dans cette contrée lointaine, étaient en grande majorité célibataires. La femme fut donc traitée en enfant gâtée, on la ménageait, on la mettait dans l'ouate comme un objet de prix inestimable. Des usages se créèrent sous ce régime privilégié, des mœurs prirent racine. On épousait les femmes pour elles-mêmes, c'est-à-dire pour leur sexe et leur utilité j)roi)re de compagne et de ménagère, et on les épousait

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