TOUS
îuis employé à la papeterie, et je me suis aperçu de la transes senriments, j'ai cessé de me douter que cette brusque indennes habitudes a encore ser.)
pond-elle en rougissant; nous
peu partout, pendant les
; avez passées à Jeand'heurs,
e me rappelle rien de parti-
nt ici que nous avons pris un et qu'il m'a coupé le' doigt
d'un coup de bec... Je n'ai pas oublié la façon dont vous avez pansé ma blessure.
— Je ne vous croyais pas si bonne mémoire, réplique-t-elle avec une certaine âpreté; à présent nous ne tendons plus aux petits oiseaux, et vous ne serez plus exposé à ce que cet accident se renouvelle...
En même temps elle a tourné les talons et quitté le taillis d'un air boudeur.
Tout en la suivant sans souffler mot, je cherche à commenter le sens de sa réponse, et naturelle* ment je l'interprète de la façon qui peut m'être le plus défavorable. — Assurément elle a voulu me faire comprendre que l'intimité d'autrefois est bien finie, et que je dois oublier notre ancienne camaraderie pour ne plus penser qu'à la distance qui nous sépare actuellement. Ces réflexions enracinent encore davantage ma résoludon de dis-^ simuler soigneusement ce que j'éprouve. Et ainsi, elle s'enfermant dans sa réserve affectée, moi me mettant l'esprit à la torture pour paraître autre que je ne suis, nous aggravons comme à plaisir le malentendu qui met un mut de glace entre nous.
Pendant ce temps, les semaines, les mois, les années s'écoulent aveoune tranquille monotonie, sans amener de notables changements dans notre patriarcale existence. Pour me distraire de mes peines de cœur, je travaille avec une sorte de.
l'oncle scifion 287
rce de ténacité, j'arrive à me mettre it au courant de la manutention de )eiorme est content de moi, et, le .ns ma vingt et unième année, tandis lébrons ma majorité en vidant, k juteille de vin vieux, le cousin m'an- ]n des contre-maîtres devant quitter 1 m'a choisi pour le remplacer, ir de demain, me dit-il, tu coucheras francs par an ; ce n'est pas le Pérou, les appointements plus élevés aux Castro, mais ici, du moins, tu seras ent qu'en paroles... Et maintenant, ons à tes vingt et un ans et à ton
:]uons tous, et, pour la première fois temps, lorsque mon verre choque e, je surprends dans les yeux de ma lueur attendrie qui pénètre douce- ; et me réchauffe plus encore que le igne du cousin.
:he à sa dix-neuvième année. Elle plus en plus aimable et avenante, ndre grain de coquetterie. Aussi^ est fille unique, comme elle est reir sa bonne mine, sa bonne tenue et sérieuses, les partis ne tardent pas à la papeterie. A ma grande surprise I moins grande satisËiction, elle les
288 l'oncle scipio'n
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refuse tous,' l'un après Taùtre, sous de spécieux prétextes.
-r- Celui-ci est gauche, ridicule, et ne sait que faire de ses mains; celui-là a l'air suffisant et s'est permis de l'embrasser dès la première visite; un troisième est capitaine, et elle a juré de ne jamais épouser un militaire. — Ce qui m'étonne surtout, c'est que le cousin Delorme, loin de paraître pressé d'établir sa fille, ne la contre-carre nullement et rit tout le premier du sans-fàçon avec lequel elle se débarrasse de tous ces prétendants. A chaque refus, je respire plus à l'aise; je me dis. que c'est autant de gagné, et un faible espoir, frêle comme un germe de plante, commence à verdoyer dans mon cœur.
Un matin d'hiver, au moment où nous nous attablpns pour le repas de midi, le piéton entre et remet à M. Delorme son courrier. Parmii leis lettres et les circulaires, une enveloppe bordée de noir attire tout d'abord l'attention du régisseur. Il la décacheté, la lit rapidement, puis me la passant:
— Diantre ! s'écrie- t-il, voilà une triste nouvelle qui nous arrive au moment de manger la soupe... Jacques, ton oncle Mouginot-Tupin est mort d'une fluxion de poitrine. Tu le connaissais peu, et son décès ne creusera pas un grand vide; mais enfin c'était ton oncle, et il faut observer les convenances. Les obsèques sont pour demain^
on attellera la voiture dès le matin, et nous irons à Villotte lui rendre les derniers devoirs.
En effet, la nouvelle de la disparition de cet oncle à peine entrevu ne me cause qu'une médiocre émotion. Du plus loin que je me le rap pelle, je le vois toujours mâchant des pâles de jujube et ne s'interrompant que pour me rabrouer. Aussi est-ce avec une stoïque tranquillité que nous continuons notre dîner.
— Au fait, reprend le cousin en servant le bouilli à la ronde, Palamède Mouginot n'a point d'enfants et tu hériteras peut-être, Jacques!
— Je ne crois pas, cousin Delorme; mon oncle aura certainement testé en faveur de sa veuve.
— M™* Mouginot, née Tupin des Anglecourts I... Une maîtresse femme, qui porte la culotte, comme on dit chez nous.
— Oui, il n'avait d'yeux que pour elle, et elle lui avait fait prendre les Mouginot en grippe... Aussi je ne me leurre pas de ce côté, et franchement, mon cousin, je me trouve suffisamment heureux comme je suis.
— Tant mieux, mon camarade!... D'ailleurs^ tu as peut-être raison... Il ne faut pas chausser trop tôt les souliers d'un mort.
Le lendemain, au coup de dix heures, nous arrivons à la ville haute, devant la maison mortuaire, fastueusement drapée de noir, et nou^
entrons dans un salon très sombre où s'entassent les parents et les amis du défunt. Ma tante Mouginot-Tupin, enveloppée de longs crêpes de deuil, se lève avec lenteur pour accueillir les personnages de marque, puis retombe en sanglotant sur son fauteuil. Le cousin Delorme et moi, nous devons nous contenter d'un cérémonieux signe de tête à peine percepdble. A côté de sa beUe-soèur, mais sans manifester un chagrin excessif, ma tante Mouginot-Péchoin se dent rigide et austère dans sa robe de mérinos noir. Là encore, nous récoltons un salut glacial, et nous nous rangeons, non sans un certain embarras, près de loncle Victor, dont la face marmoréenne ne bouge pas, et qui feint d'être trop absorbé par ses réflexions pour nous apercevoir. Décidément on nous bat froid. L'annonce de l'arrivée du clergé vient à propos nous tirer de cette situation gênante. Nous descendons à la suite du cercueil et nous plaçons derrière l'oncle Victor, en tête du cortège qui se rend à l'église.
j^me Mouginot, née Tupin des Anglecourts, a bien fait les choses : les trois paroisses assistent au service ; les enfants de l'hospice, ensoutanés, et cierge en main, défilent en haie ; la nef est tout étoilée de luminaires, et l'orgue accompagne en sourdine la psalmodie des chantres. On sent que la Veuve, ayant la certitude d'hériter de tout, a résolu de ne lésiner sur rien pour les
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n mari. Pourtant, à la sortie du un discours interminable de l'a- : vois M' Lespaillandel, le no- ; haute, s'approcher de l'oncle :onfîdentiel. Un mystérieux col- :re eux; Us appellent le cousin èrent gravement ensemble, [u'il y a du nouveau, chuchote me rejoignant ; ton oncle Palam testament, et nous sommes deux heures au domicile mor*
quée nous rentrons dans le salon ires et dont on a légèrement olets. Nous y trouvons le notaire ctor en tête-à-tête avec la veuve, ses voiles en arrière, et sa figure le une désagréable déception* rement du manque de confiance Palamède, » et nous apprenons lOt-Tupin a fait, à l'insu de sa nent mystique déposé en l'étude andel, mais que, d'après les tnt, ce. testament ne pourra être ésence de ses frères ou de leurs ref, on décide que Scipion Mouni et son adresse inconnue, on se ie sa résidence actuelle, et que les ;ster en l'état jusqu'à son arrivée^
-,r,-Tj,T*-T '^:t-
En effet, quelques jours après^ on peut lire à la quatrième page de tous les grands journaux l'insertion suivante :
« M. Scipion Mouginot, domicilié en dernier lieu à Nice, rue Saint-François-de-Paule, est iprié de se présenter dans le plus bref délai, soit en personne, soit par un mandataire régulier, en l'étude de M^ Lespaillandel, notaire à Villotte, pour assister à l'ouverture du testament de feu Palamède Mouginot-Tupin, son frère, décédé le 12 janvier 1862. »
— Hé! hé ! me dit le cousin Delorme en lisant cette annonce, qui eût cru ce sournois de Palamède capable d'un pareil tour?... La veuve est dans ses petits souUers et se demande ce que signifie une pareille cachotterie..* La successipn monte, à ce qu'il paraît, à près de deux cent mille fi-ancs... Si tu avais là-dedans ton tiers, saistu, Jacques, que ce serait une fameuse aubaine?
Deux mois se passent sans que mon oncle Scipion donne signe de vie, çt nous avons grand'peur que le malheureux ne soit mort lui-même obscurément au fond de quelque cité du Nouveau- Monde. Un soir de mars, par un temps fort pluvieux, tandis que nous attendons le souper en nous chauffant autour du poêle, un coup de cloche retentit, les chiens aboient rageusement, et l'on prévient M. Delorme qu'un hoiftme est là qui demande à lui parler^
Li scrpiON iç';
it le cousin à Zélie.
re et livre passage à un
;z mal accoutré, autant que
er dans la pénombre de la
'datrée.
is, crie une voix dont le
iter, c'est moi!... Jacques,
bras, sur mon cceuri ionl... '
imains agitées. M. Delorme Ime je réponds sans grand inte avunculaire.
1 trouvé le fîlon aux Ëtacsdu tout la mine d'un oncle ton couleur d'amadou est , son feutre recroquevillé ; et ses battes ont des emnarque le médiocre enthouil, mais il ne se déconcerte
trouvé la fortune dans le moins il n'a pas perdu son :e dignement vers le poêle, ' Detorme et Zétie; puis, il lui dit de sa voix melli-
irme, je viens chez vous chez Artaxerxès, roi des deux fois l'Atlantique, j'ai e l'adversité et les bourras-
ques de l'océan, mais rien n'a ébranlé mon courage ni abattu mon espérance. Je serais encore là-bas, sur la brèche, si je n'avais appris que ma présence était utile à ma famille... J'ai laissé en suspens de magnifiques projets; j'accours, pauvre mais sans reproche comme toujours, et ma première visite est pour vous.
— J'en suis fort honoré, réplique brièvement M. Delorme, mais pourquoi ne vous êtes-vous pas arrêté tout d'abord à Villotte?... N'avez-vous pas reçu avis du décès de votre frère Palamède ?
— • Si fait, j'ai lu dans le l7^(jw-Tork Herald l'annonce du notaire Lespaillandel, et j'ai pris immédiatement le paquebot... Mais je tenais à vous remercier de l'hospitalité provisoirement accordée à mon neveu... J'ai voulu serrer dans mes bras ce cher enfant!...
Nouvelle accolade, nouvelle pression contre le veston amadou; puis mon oncle, sans se démonter, s'assied et applique contre le poêle ses semelles fumantes.
— Puisque vous voici à Jeand'heurs, monsieur Scipion Mouginot, reprend froidement M. Delorme, nous ferons en sorte de vous y donner un gîte... Vous arrivez juste au moment où nous allions souper, et ma femme mettra un couvert de plus, voilà tout... Sait-on du moins à Villotte que vous êtes de retour?
— Oui, repart négligemment Scipion, j'ai
t. ONCLE SCrMON 19^
passant, M' Lespaillandel, et louitameni est fixée à après-demain, ieux; nous serons enfin fixés sur les de feu Palamède... Hé! hé! monsi vous alliez hériter, tout de même, mieux que les galions de Castro et z plus obligé de chercher un nouveau filon, je l'ai trouvé! s'exclame ; redressant, et, si j'hérite, l'argent ion me servira à l'exploiter,. , Je ne sans avoir donné ma mesure... J'ai vaut de l'or, et c'est pour en causer que je suis venu tout droit à Jcan-
;ard à la fois effrayé et féroce que L Scipion Mouginot!... Si les yeux cousine possédaient la vertu d'une a, l'oncle Scipion n'aurait plus la aiter son filon : il tomberait fou-
£ lendemain matin, mon onde Scipion a désiré visiter la papeterie.
Nous l'avons donc promené à travers l'usine, lui montrant nos cuves, nos cylindres et la nouvelle machine, achetée à l'Exposition de 185'j' et dont M. Delorme est si fier. — Scipion a examiné notre outillage avec une complaisance un peu dédaigneuse. Quand nous sommes entrés dans les magasins, il a poussé du bout de sa botte un ballot de chiffons et a demandé négligemment :
— Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ?
— Mais, a répondu le cousin, ce sont les chiffons desdnés à la mise en pâte.
Scipion Mouginot nous a regardés avec un air de douce pitié :
L ONCLE tCIFK
■mmentl s'est-il écrié, vous fabriquez )tre papier avec des chiffons ?
n Dieu, oui, monsieur Mouginot ; c'est le en que je connaisse d'obtenir des protonne qualité.
is vous êtes en arrière de cinquante ; papier de chiffon, c'est l'enfance de i vous le voulez, monsieur Delorme, je nerai, moi, un procédé pour fabriquer r admirable avec des matières d'un bon louï. Et alors, eii modifiant légèrement tiUage, vous réaUserez des bénéfices
n, grand merci, a répliqué sèchement i; nous aimons mieux gagner moins Lier des produits qui nous font hon-
lavaitbonneenvie, néanmoins, de pour- (émonstration ; mais en observant l'énermeté du front têtu de M. Delorme, il a »ns doiite qu'il perdrait son temps. 11 tenté de hausser les épaules, et nous tté l'usine.
î-midi a été employée à remédier à la égligée du voyageur et à le mettre en : présenter dignement dans le salon de ginot-Tupin. Je l'ai conduit à Trémont, Tuquier du village a donné de vigou- >s de ciseaux dans sa barbe américaine;
on lui a rasé le menton et les lèvres, rafraîchi les cheveux; M. Delorme lui a prêté un veston, un gilet et un pantalon noirs, que Tindus trieuse cousine Delorme s'est chargée de mettre au point, et le jour d'après, nous sommes partis en carriole pour Villotte.
Quand nous avons pénétré dans le luxueux salon des Mouginot-Tupin, nous nous sommes trouvés en présence du notaire, de l'oncle Victor et de la veuve, cérémonieusement assis autour de la cheminée. L'accueil de M. Mouginot-Péchoin a été glacial. Le pharmacien n'a pas pardonné à son frère d'avoir encouragé mes idées de révolte, et lorsqu'il l'a vu entrer comme un héros de théâtre, une main passée dans les boutonnières de son veston, l'autre posée sur mon épaule d'un air de protection, il n'a pas bougé plus qu'un terme et s'est borné à ébaucher un sourire sardonique. Quant à M™^ Mouginot-Tupin, qui a toujours eu un faible pour les belles manières de Scipion, elle s'est laissé baiser le bout des doigts par son courtois beau-frère et a daigné lui offrir un fauteuil. — Elle est un peu pâle et a grand'peine à déguiser Témotion avec laquelle elle attend l'ouverture du testament.
— Puisque voici tous les ayants droit réunis, dit M® Lespaillandel en tirant de sa serviette une large enveloppe scellée de cinq cachets rouges, rien ne s'oppose plus, il me semble, à ce que
nous prenions connaissance des dernières volontés de mon regretté client...
En même temps, il saisit l'enveloppe entre le pouce et l'index, et la promène un moment sous les yeux des assistants, pour bien leur montrer qu'elle est intacte, puis il rompt minutieusement les cachets.
Un solennel silence règne dans le salon, on ti'entend plus que le balancier de la pendule et le pétillement des bûches. Tous les yeux sont fixés sur la feuille de papier timbré que le notaire dépUe avec lenteur.
Il commence à lire d'une voix bredouillante, et alors j'assiste à une scène comiquement dramatique dont je me souviendrai longtemps.
Le petit Palamède Mouginot, ce bonhomme insignifiant et malingre qui passait sa vie à trembler devant sa femme, se révèle tout à coup sous son vrai jour. Comme toutes les natures faibles et timorées, il était au fond rancunier et vindicatif S'il avait subi sans souffler mot le joug humiliant de M"™^ Mouginot née Tupin, il n'en avait pas moins amassé dans son par-dedans d'implacables colères, et il s'est vengé de l'écrasant despotisme de sa femme en rédigeant en catimini le testament suivant :
«c Je soussigné Palamède Mouginot, sain de corps et d'esprit, ai consigné ici mes dernières dispositions. — N'ayant guère eu dans ma vie
t- • -5" "»T1, ■Slf«*
la permission d'exercer ma volonté, je désire du moins me dédommager après ma mort. En con* séquence je lègue à ma femme Nathalie Tupin (des Anglecourts), en souvenir de notre longue association :
a 1° Une somme de mille francs qu'elle emploiera à faire dire des messes pour le repos dont monâme a grand besoin;
a 2° Tous les bijoux, dentelles et objets précieux qu'elle m'a contraint à lui acheter de mon vivant;
ce 5° L'armoriai nobiliaire de la Lorraine et du Barrois, dont elle faisait sa lecture favorite et qu'on trouvera sur l'un des rayons de ma bibliothèque.
a Le surplus de ma succession reviendra à mes héritiers naturels : Scipion, Victor et Jacques Mouginot, à chacun pour un tiers.
a Je prie M® Lespaillandel, notaire à Villotte, de veiller à l'exécution de ce testament et d'accepter pour sa peine un diamant de cinq cents francs. »
Au début de la lecture, la figure chevaline de ma tante exprime une curiosité indulgente, tandis que les visages de mes oncles deviennent manifestement inquiets; mais, dès que le notaire est arrivé aux derniers paragraphes, une joie mal contenue épanouit les traits de Victor et de Scipion. — M. Mouginot-Péchoin ne peut même
ONCLE SCIPION ÎOl
leraent de cête approbateur : il »pres idées dans la mise à exévengeance posthume ; il se dit de même s'il avait été victime ssi insupportable que M"" Mou- 5uant à cette dernière, elle est péfacdon, d'humiliadon et de
nystîBcanon ! murmure-t-elle en une pièce; le pauvre homme >on sens.
ige pas votre avis, madame, ricor; je trouve, au contraire, que 'une façon très sensée...
vos raisons pour penser ainsi, lisque vous profitez de l'aberrare... Ce testament est injurieux aquerai, je plaiderai...
; pas, madame, vous perdriez!
:aire.
le, croit devoir ajouter Scipion >& bouche enjôleuse, soyez perregrette sincèrement ce qui
isieuri Je n'ai que faire de vos salue bien!
s reine offensée elle quitte le it le parquet de sa longue robe
.(- ^'^ ffmrt^-
Nous reconduisons le notaire jusqu'à son étude, où Scipion reste en conférence avec lui, tandis que M. Delorme et moi nous nous hâtons de reprendre le chemin de Jeand'heurs.
— Mesdames, s'écrie triomphalement le cousin en entrant dans la salle à manger où M™® Delorme et Zélie sont occupées à repriser du linge, mesdames, vous voyez devant vous un capitaliste!... Jacques hérite de son oncle, et le voilà à la tête d'une soixantaine de mille francs... Vous pouvez lui adresser vos félicitations.
L'excellente cousine Delorme m'embrasse de tout cœuri Zélie, au contraire, me paraît manquer d'élan. Elle me regarde à peine et ne me complimente que du bout des lèvres. On la croirait presque fâchée de cette fortune qui me tombe du ciel. Sa froideur me gâte toute ma joie. Ma première .pensée, en apprenant que j'héritais, avait été pour elle. Je songeais que cette aubaine diminuerait la distance qui nous sépare, et je m'étais repris à espérer. L'idée de pouvoir me présenter comme un prétendant sérieux m'avait réchauffé pendant tout le trajet de Villotte à Jeand'heurs, mais, maintenant, l'indifférence de. ma cousine me jette un froid. Je me figure que non seulement elle ne pense pas à m'aimer, mais que, pour je ne sais quelle raison mystérieuse, je lui suis devenu antipathique.
Scipion Mouginot ne rentre que le surlende^
L ONCLI SCIFION ÎOÎ
is à profit son séjour à VUlocte pour aeau et redevenir le Scipion brillant, :t plein d'assurance que j'ai connu i. Le notaire Lespaiilandel lui a proivancé des fonds, car il est habillé à
en cap : redingote et pantalon noirs, is foncé et chapeau haut de forme, n large crêpe. Même il a trouvé e munir d'une somptueuse serviette î à fermoir d'acier; il la porte avec
et la dépose bien en vue sur un
e dîner, il est charmant avec tout le s c'est à moi surtout qu'il prodigue i et ses attentions. 11 a tout à iàit l'air I père qui retrouve son enfiint unique ngues années d'absence. A chaque 'arrête entre deux bouchées, pose ia main sur ma tête, s'extasie sur ma , l'élégance de ma tournure, la grâce staches brunissantes...
! s'exclame-t-il, est'il devenu beau n voilà un, au moins, qui fera honn des Mouginot!
je connaisse à fond mon oncle inmoins ces éloges, auxquels on ne habitué, chatouillent agréablement ■^propre. Tous les Mouginot sont st dans le sang, et sous ce rapport je
n'ai pâs dégénéré. Mon faible pour la gloriole se réveille à la caressante influence des louanges de mon oncle. Je ne suis pas fâché qu'en présence de Zélie on me complimente sur mes avantages extérieurs, et je sais gré à Scipion Mouginot de me faire mousser devant ma cousine. J'espère encore que son cœur s'attendrira en m'entendant louer et qu'elle reviendra de sa cruelle indifférence. — Les phrases hyperboliques et les câlines attentions de mon oncle produiront-elles l'effet sur lequel je compte? Je l'ignore, mais du moins elles ne passent pas inaperçues. Zélie a relevé la tête et elle suit avec une sollicitude inquiète le manège de Scipion.
Au moment où l'on se lève de table, ce dernier se tourne vers M. Delorme, qui s'apprête à rentrer avec moi à l'usine, et lui décochant son plus enjôlant sourire :
— Mon cher hôte, dit-il, permettez-moi de vous enlever un instant ce bon Jacques. Je désire l'entretenir de nos affaires de famille, et si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vais descendre avec lui au jardin... Je vous le rendrai dans une heure.
M. Delorme s'incline en signe d'assentiment et se dirige seul vers la papeterie, tandis que Scipion, passant son bras sous le mien, enfile la porte du potager. Je le suis, sans m'apercevoir que Zélie s'est levée en même temps et s'est glissée derrière
une allée parallèle à celle où nous lentement.
igeons côte à côte cette allée, bordée larrément comme une épaisse muraille puis Scipion s'arrête et, me posant la paule :
enfàn^ commènce-t-U, maintenant jmmes seuls, partons peu et parlons que, sous la pression des événements, é de m'expatrier, je t'ai averti que je te chercher dès que la fortune m'âu- Ce moment est arrivé, et j'accours ■e partager la gloire et les bénéfices dide afîiùre...
ant ce début, je sens toutes mes dééveiller, et regardant mon oncle de >mme qui se tient sur ses gardes, je ï froidement :
joi s'agit-il?
;idée géniale qui s'est épanouie l'autre mon cerveau, tandis que je visitais terie... Je n'ai pas voulu en parler orme, qui est enfoncé jusqu'au cou lières de la routine... Mais, toi, tu as ert, tu es jeune, et tu me comprente bien : fabriquer du papier avec du : la toile, c'est le pont aux ânes et, au it les chiffons, ça ne donne pas de ;. Pour opérer sur une grande échelle
^hM<*<dH«Mai*I
et gagner de l'argent, il faut chercher une matière première qui soit abondante, qui ne coûte presque rien et qui nous permette de vendre nos produits à un prix inférieur à celui de tous les fabricants... Or, cette matière, je l'ai trouvée... Elle est ré-^ pandue partout; on n'a qu'à se baisser pour la récolter^.. C'est l'ortie, la vulgaire ortie!... Mes essais m'ont amené à constater qu'elle est une plante textile de première qualité. Tu comprends, maintenant!... Nous montons par actions une usine admirablement outillée, nous l'alimentons avec des ordes ramassées par monceaux en France et dans les pays circonvoisins... Du coup nous remplissons nos magasins et nous rendons service à l'agriculture. Non seulement la matière première ne nous coûtera rien, mais les paysans nous payeront pour enlever ce parasite qui stérilise la terre... Qu'en dis-tu?... Est-ce un trait dé génie?... Est-ce une fortune assurée?...
Cet homme me stupéfie toujours par la rapidité et la variété des idées qui se remuent en son cerveau comme dans un kaléidoscope. Pourtant je ne me laisse pas embobeliner, et je réponds prudemiment:
— • Votre projet est fort beau, mon oncle, mais je préfère un bon riens à deux tu l'auras... D'ailleurs il m'est impossible de quitter la papeterie de M. Delorme.
Scipion Mouginot paraît choqué den^on refus;
: le démonte pas pour si peu. Il réf
insinuante :
'ignore pas combien tu es actachi et j'hésiterais à te séparer d'eux p
si ton concours ne m'était impéri :ssaire. Il me faut au début un ho iœment initié à la œajiutention <
Et seul, Jacques, tu as qualité auxiliaire... Plus tard, quand a lancée, tu pourras, si tu le dé leand'heurs.
is n'ypensez pas, mon oncle!... M m brave homme qui m'a hébergé q lissé de tous..., qui m'a appris mor lUS voulez que je le quitte et que j ;r à lui faire concurrence?... Ma emier des ingrats I...
pr^res te montrer ingrat envers ion oncle en croisant les bras d'u
Tu dis que Delorme t'a donné I El moi, qu'ai-je donc fait quand Der à ma porte?... Ne l'ai-jepaso ■et ma bourse?... Ne r'aî-je pas d crion brillante et appris la pratiqu.
. Je sais bien qu'il est de mauvais her aux gens les services qu'on 1 ^ais, enfin, mets un peu en regai le Dêlorme et les miens, et tu verr
penche la balance! Pendant cinc
j'ai été pour coi, non pas un tuteur, mais un ami, un pèrel... Et quand je te demande une simple marque d'amitié et de confiance, tu me réponds par un non tout sec... Ah I ajoute-t-ii d'une voix mouillée, en levant vers le ciel ses mains qui s'agitent comme si elles tremblaient, je n'ai pas de chance!... Je reviens d'exil avec une idée sublime, je crois voir la fortune me sourire; je me dis : Voici le port..., j'y touche!.-. Puis un coup brutal me repousse en pleine tempête, en plein désastre... Et ce coup, par. quelle main m'est-il asséné? Par la main de mon neveu, par un enfant que j'ai élevé, choyé, adoré... Quel crèvecœur!...
Le fait est qu'il a l'air navré, et peut-être son chagrin est-il sincère ? Ce diable d'homme est si compliqué, la faculté imaginadve s'est si bien substituée en lui à la sensibilité, qu'on ne sait jamais s'il verse de vraies larmes ou s'il joue la comédie.
A ce moment, je me demande si ces reproches ne sont pas en parde fondés. En somme, quand je suis arrivé à Paris, Scipion est venu à mon aide. J'étais sans le sou et sans asile ; que seraitil a^dvenu de moi s'il s'était montré aussi impitoyable que je le suis à cette heure? Il est peu sûr, léger, changeant et naïvement égoïste, d'accord; mais cela m'autorise- t-il à oublier le bien qu'il m'a fait et à refuser crûment de Itd
L OMCLl SCIPION 109
irice?... Certainement ses projets ne : aucune confiance, et je n'ai nulle l'associer à ses nouvelles entreprises; je voudrais adoucir la cruauté de mon )yen de quelques paroles affectueuses, ids la main, et d'une voix émue je
onnez-moi, mon cher oncle, et soyez idé...
is s'il a lu au fond de moi, s'il a presscrupules et s'il . me suppose plus e je ne le suis, mais il m'interrompt :e très digne ei me ferme littéralement
, dit-il, ne me réponds pas encore...
pas arracher à ta sensibilité une déci- )it être prise de sang-froid. Donne-toi le réfléchir, consulte ton cœur... Ce
feras connaître si tu persistes dans ta
s il s'éloigne, et je reste un peu étourdi ilieu de l'allée... Je ne lui ai rien pro- Kndant il a l'air de croire qu'il m'a lincu à moitié. J'ai bonne envie de :s lui et de le désabuser tout à fait, bparu, et derrière moi j'entends une ine qui murmure :
tourne, et j aperçois ma cousme
ZéUe
qui débouche d'un arceau pratiqué dans la muraille verdoyante des ifs.
— Vous étiez là, cousine ?
— Oui, avoue- i-elle en venant à moi; j'ai tout entendu... Jacques, je vous en prie, n'écoutez pas votre oncle... Ne vous laissez pas de nouveau séduire par cet aventurier!
— Comment, Zélie, vous avez pu croire que j'hésitîjis?...
— Oui, je l'ai cru, et M. Mouginot le croit aussi... Je vous ai vu sur le point de céder, et si vous saviez le mal que cela m'a fait!
Je la regarde, étonné... Effectivement, ses traits sont altérés; le tour de ses lèvres est tout pâle, et ses yeux sont gros de larmes. — Tandis que je l'observe, une soudaine réflexion m'illumine et je sens mon cœur battre à larges coups. — Si Zélie est descendue au jardin pour épier mon entretien avec Scipion, si la peur de m'entendre accepter la proposition de mon oncle lui a causé un tel émoi, c'est donc que je ne lui suis pas indifférent?... Elle tient donc à moi comme je riens à elle ? — La joie que me cause cette découverte est si intense, qu'elle riie coupe la parole et que je demeure bouche béante.
— Jacques, poursuit ma cousine en me saisissant les mains, ne quittez pas Jeand'heurs, restez avec nous... Faites-le pour papa et aussi un peu pour moi !
— Ainsi, Zëlie, vous auriez été péi voir partir?
Elle fie répond pas, mais ses yeux x de nouveau, et je devine que des si montent à !a goi^e.
— Je n'ai jamais eu l'intention de ter, Zélie... Je serais trop malheuret vous, parce que... parce que je vous ai
Ses bleus regards s'éclairent, un brille, et elle me serre fortement les m
— Bien vrai? s'écrie-t-elle. Et moi ques, je vous aime de tout mon cœu
— Eh bien, en ce cas, embrassez-vo Nous nous retournons elTarés, et
trouvons face à face avec M. Delorme.
la papeterie pour venir me relancer ai nous étions si affairés que nous ne 1 entendu s'approcher. — En nousvoyan rouges et embarrassés, il part d'un écl
— VouS vous aimez, condnue-t-il; i temps que je m'en doutais... et ma fèi Je lui disais toujours : « Patience, un j< où ils se mettront d'accord. » Le jou et, ma foi, je n'en suis pas fâché. Je sai vous êtes encore très jeunes, mais je plus âgé que Jacques quand j'ai épt Catherine, et nous ne nous en somm trouvés... Vous resterez fiancés pendi et au printemps prochain vous vous
Scipidn Mouginot demeure absent toute la journée. Vers six heures, au moment où nous sommes tous rassemblés dans la salle, nous entendons devant le perron le roulement d'une voiture, et nous voyons mon oncle en descendre. Un instant après,' il entre dans le vestibule :
— Mon cher enfant, s'exclame-t-il avec ce bel aplomb qui ne l'abandonne jamais, je pense que tu as réfléchi à mes propositions de tantôt?... La voiture qui doit m'emmener tantôt est là, et je viens chercher ta réponse.
— Répondez vous-même, cousin Delorme, dis-je en me tournant vers mon futur beau-père.
— Monsieur Scipion Mouginot, réplique, le cousin, Jacques vous sait gré d'avoir songé à lui, mais il ne peut quitter Jeand'heurs pour une^ raison qui vous paraîtra, je n'en doute pas, suffisamment sérieuse. . . J'ai le plaisir de vous annoncer les fiançailles de votre neveu avec ma fille Zélie... Dans un an, nous marierons ces deux enfants, et, si vous êtes au pays, j'espère bien que vous nous ferez l'honneur d'assister à la noce.
— Ha! ha! murmure mon oncle ébaubi,.
pendant que je saute au cou de maman Delorme.»
Scipidn n'avait nullement prévu cette solution; mais il n'est pas homme à rester longtemps désarçonné, et reprenant son aimable sourire :
— Tous mes compliments! ajoute-t-il en saluant galamment ces dames; je n'ai jamais
le le bonheur du cher enfant^ et du qu'il préfère l'amour à la fortune, je n'ai jeccer... Merci, monsieur Delorme, pour spitaliié... Tous mes hommages, mes- . Adieu, Jacques, je mjuverai le filon sans jt-être un jour t'en mordras-tu les doigts !
l'accompagnons jusque sur le perron. Il stement dans la carriole, nous envoie un gne de la main, candis que le conducteur in cheval, et bientôt voiture et voyageur sent sous le porche de la cour...
Die de ses assurances, mon oncle n'a pas ouvé le filon. Six mois après son départ, ï projet du papier d'ordes a avorté faute laires, et Scipion Mouginot a dû de changer son fusil d'épaule. — ■ Vers la >oque, nous avons appris un événement lis sens dessus dessous la pharmacie t-Péchoin. Mon cousin Aristide, ce moenfants sages, n'a pas tenu toutes ses ;s; il n'a pas achevé ses études, il a : niordre aux sciences pharmaceudques ontré de réelles dispositions que pour on. Après avoir étonné Villotte par ses excentriques, ses cavalcades et ses s dans les bals champêtres, il s'est enfui ^ des écuyères d'un cirque ambulant, et lacobi est parti à la recherche de ce fils prodigue.
Ainsi que l'avait annoncé le cousin Delorme,' Zélie et tnoi nous sommes restés fiancés pendant un an. Je vous assure que je n'ai pas trouvé le temps long. J'ai vérifié la justesse de ce que dît un écrivain allemand (Jean-Paul Richter, je crois) : a: Se fiancer de bonne heure et se marier tard, c'est entendre chanter, le matin, une alouette dans le ciel et la manger rôtie, le soir, à son dîner. » — Seulement, bien que nous soyons mariés maintenant, nous n'avons pas tué l'alouette et elle chante toujours pour nous.
cAchtvi iTmprimer le Tingt-neuf avril mil huit cent qualrc-viof;