‹ L'oncle Tom drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 11 sur 93 · ELISA, GEORGES · texte numérisé non relu

ELISA, GEORGES

GBORGES.

Elisa !

Georgôd 1

OKORGBS.

Ma femme ! — mon amour.

ÉLiSA, V embrassant.

Toi! toi ici! — oh î quel bonheur! — Tiens, vois-lu... j'avais du chagrin, mais te voilà, et j'oublie tout ; mais toi pourquoi ne souries-tu pas? Ah! je devine, tu cherches Henri. (Avec embarras,) Il n'est pas ici, mais tu le verras ! oui, lu verras comme il grandit. Madame dit que c'est le plus bel entant du pays. — Mais tu ne me dis rien, parle donc! c'est à ton tour de parler, et de me dire : Ma petite femme, je t'aime ! je t'aime 1

GEORGES, avec amertume.

Oui, je t'aime ! et c'est pour cela que je voudrais que tu ne m'eusses jamais coudu.

Mon Dieu, tu arrives après une longue absence, et ta première parole me mèt la mort dans le cœur. Georges! n^avons nous pas été heureux jusqu'à présent?

GEORGE^

Heiireux! oui, Elisa; et nous pourrions Télrc encore. {Avec force.) Oui, nous pourrions l'être, si ces bras m'appartenaient. Si cette tète qui pense et qui crée n'était pas la propriété d'un autre.

Mon bon Georges» aie du courage : aie de la patience.

GEORGES

N'en ai-je pas eu? — J'avais été loué à un planteur. J'étudiais et, en obsenrant, je m'instruisais tous les jours, j'apportai le plan d'une machine que tout le monde trouvait admirable. {Avec orgueil.) Oui, une machine inventée par moi ! inventée! créée! mots sublimes et divins qui rapprochent l'homme de Dieu, le créateur de toutes choses !... Kh bien! en apprenant cette nouvelle, qu'a fait M. Harris? Au lion de m'encoiirnger, de me lôler, de m'applaudir, il s'est senti humilié devant son esclave plus intelligent que lui, il m'a arraché à mon travail ordinaire, il m'a donné la tâche la plus pénible, la plus avilissante. Pnèies, démarches» augmentation du prix de ma location» tout

ACT£ i, TABLEAU SCËNË XL 11

a été offert par le plaoteur, pour me prder auprès de lui; tout a été inutile, et tu veux gue je nrnumilie, tu veux que je courbe le front. Oh! non, je le redresserai, et je lèverai fièrement ma tète vers le ciel, ou est notre maître à tous 1

^LISA

Chacune de tes paroles me brise le cœur, mais .GeotH^I Dieu est notre maître là-haut : ici-bas, cet homme est le tien.

CEORGBS.

Tu ignores ce qui s'est passé, écoute. Je chargeais des pierres sur une charrette. Le fils de M. Harris était là, et faisait cla-

Suer son fouet de manière à effrayer mon cheval. Je le priai oucement de cesser, il ne tint pas compte de mes paroles. J*insistai et il se mit à me frapper. Je lui pris la main ; alors sou père, qui avait tout vu, se jette sur moi, m^attache à un arbre^ coupe des branches et les donne au jeune maître en Texcitant à' me battre jusqu'à ce qu'il tombe de fatigue.

BLisà embrassant Georges,

Pauvre ami 1

GEORGES

Ecoute encore. Tu sais bien le petit Carlo, ce chien que tu m'as donné; c'était toute ma consolation, il dormait avec moi (a nuit^ il me suivait le jour et semblait comprendre toutes mes souffrances. Eh bien, avant-hier, comme je partageais

mon morceau de pain avec cette pauvre bêle, mon maître est venu mo dire qu'il n'avait pas le moyen de permettre à chaque nègre c^'avoir un chien et U m'a ordonné de lui mettre une pierre au cou et de le jeter à l'eau.

Page 1