ACTE TABLEAU ffl, SCÈNE IL
SAINT-GLÂIR.
Vos déboursés ? mais il me semble d'après ce que vous m'avez dit lanlôt, sur la roule où je vous ai rencontré, et où ma fille s'est prise d'une si grande tendresse pour voire vieux nègjre... Il est vrai que vous le maltraitiez fort , ce qui explique rintérêt très-vif et très-prompt qu'Evangeline a ressenti pour lui... il m'a semblé, dis-jc, que vous n'aviez acheté ce vieillard que depuis deux jours seulement.
HALLEY
C'est vrai , Monsieur ; mais cela n'empêche pas (^ue ï^i fait 1& une déiestai)ie affaire.
SAIMT-GLAIR.
Gomment?
BALLBT.
Ah ! voilà ! j'avais acheté en môme temps que lui, un petit enfant, dont j'aurais tiré le plus grand parti. La mère a découvert, je ne sais par quelle ruse diabolique, la convention qui me livrait son charron... elle a disparu avec lui, j'ai battu lesenvirons avec mes gens et mes chiens. Rien... absolument rien., cependant je suis certain qu'elle n'a pu aller bien loin. Pour gagner le pays libre, il faudrait d abord passer le fleuve qui coule là au pied de cette auberge , et le fleuve charrie en ce moment des glaces en si grande abondance que ie plus hardi batelier ne s'aventurerait pas à le traverser.
SAINT-CLAIR, se levant.
Pardon, Monsieur, si j'ai bien compris; — vousêtes certain de retrouver l'enfant enlevé par sa mère. — Or, si vous le retrouvez, vous ne perdez rien, et si vous ne perdez rien, je ne vois pas pourquoi vous me feriez payer plus cher ce vieillard...
HALLEY
Hum ! après tout, ce vieux est leur grand-père, et quand
ce ne serait que pour le punir des tribulations à moi causées par ses enfants... je prétends...
SAINT-CLAIR
Permettez, ce n'est pas lui que vous punissez» c'est moi.
HALLEY
N'importe j'ai dit treize cents dollars... [Remontant et désignant Tom,) Ce sera treize cent cinquante dollars. Je n'ai V, l'une parole. Tenez ; examinez-le bien, oh! approchez, approchez, Monsieur, et regardez à votre aise. Je ne veux point vous tromper, moi, quoique marchand, on a de la probité.
évANGELmE, à Tom, qu elle a fait asseoir pendant ce qui précède. Comment t'a ppelles-tu ?
TOII.
Tom 1 Toml
TOM
Ou si la petite demoiselle aime mieux, ronde Tom. C'est un mot d'amitié que tout le monde ajoutait à mon nom là-bas... là-bas...
ÉVÀN6£LINfi.
Vous pleurez.
TOM
Oui, devant vous je ne me cache point.
ÉVANGBUNB.
Ah 1 rassurez-vous, maintenant personne ne vous frappera plus.
Ce n'est pas le souvenir des mauvais traitements qui me fait pleurer... c'est...
iVANGBLINB.
C'est...
TOM
C'esLle souvenir de mes enfants que j'ai quittés...
iftVANGBLINE.
Vos enfants l aviez-vous une petite fille comme moi?
TOM
Non... un garçon... et puis sa mère, mon enfant à moi...
ÉVANGBLINE.
Oui... je comprends. Écoute... ne pleure plus, je dirai à papa de les acheter tous» veux- tu ?...
TOM
Hélas ! j'ignore ce qu'ils sont devenus à présent... Dieu seul le sait.
ÊVANGELINE.
Voyons 1... console-toi... Tiens l je t'appellerai aussi oncle Tom... Et moh veux-tu savoir comment je m'appelle P...(Satii<- CkUr i^apfifoehe.)
TOM
Oui.
ÉVAn6BI.l|fB.
Je m'appelle Évangeiine.
Évangeline ! qu'il est doux ce nom-là 1...
iVANSBLIlIB.
Aussi papa aime bien mon nom.
SAmr-CLAiR, qtdaéeouté.
Oh I oui, enfant, je l'aime !
évANGELiNE, allant à Saint-Ciair, Vous m'écoutiez, curieux papa !... Eh! bien, est-ce fini?
SAIMT-GLAIR.
Pas encore.
Oigitized by Coogle