L'opera des gueux. Traduction intégrale
John Gay, lautcur de Tbe Beggar's Opéra et de maints autres ouvrages, occupe une place très personnelle parmi les hommes de lettres anglais. Pope, qui le connaissait et Taimait bien, a résumé toute la vie de Gay en cette phrase lapidaire : « U allie Tintelligence de lliomme fait à la simplicité d*un enfant o, tant il est vrai que Gay n^arriva jamais à maturité. Jusqu*à son dernier jour, il fut irresponsable, indolent, irrémédiablement à la remorque des autres comme un jeune collégien. L*entrain et la dépression de Gay, ses accès de joie et de désespoir, c'est Téut d'âme d'un enfant qui pinn nr* des hauteuTs dans l'abîme. Mais heureui pour nous, ses lamentations juvéniles n'imprègnent guère son oeuvre; une joie sans mélange s'épanouit dans sa meilleure poésie.
Né en 1685 d'une famille du Devonshire, plus riche d'ancêtres que de pécune, il suivit
les cours de Técole de sa ville natale de Bamstaple, où il se familiarisa avec les classiques. Après un vague apprentissage commercial à Londres, il se mit à fréquenter les grands ; Bolingbroke, Swift, Arbuthnot et Pope devinrent SCS fidèles amis, tandis que la duchesse de Monmouth l'engageait à son service. Plus tard, il accompagna Lord Clarendon en mission diplomatique à la cour de Hanovre.
En dépit d une existence assex fantaisiste, Gay semble toujours saisir à propos les occasions favorables pour donner pièces de théâtre, églogues ou chansons... Passant de l'humour (Trivia ou l'art de déambuler dans les rues de Londres) au tragique (les Captives), il écrivit en 1725, pour le jeune prince William, une série de fables dont la gracieuse versification et la naïveté charmante offrent un vif attrait pour l'enfance, tout en intéressant les adultes par leur moralité. Après diverses tribulations, vint au jour en 1728, la déhcieuse satire de Gay contre les cours et les ministres : The Begga/s Opéra, laquelle connut une vogue extraordinaire. Les chansons et la musique contribuèrent grandement à sa popularité.
ainsi que la satire politique; car la querelle entre Peachum et Lockit fut considérée comme une allusion au conflit qui éclata entre le chancelier Walpole et son collègue Lord Townshend. En la même année, parut la suite : Polly, qui encourut les foudres du Lord Chancelier (interdisant la représenution !) mais qui n'en obtint pas moins un grand succès de publication. 11 devint, nous conte Arbuthnot, a Tidole de la Cité ».
Durant les quatre années qu'il vécui encore, il ne produisit plus rien de transcendant; un opéra, la pièce pastorale (ÏAcû ei Galaiée, et quelques fables, prouvèrent néanmoins que la source n'était point tarie.
Sur le tombeau de Gay, dans labbaye de Westminster, figure cet irrévérencieux distique composé par lui :
Life is a jejf, and ail things shou sS; I thought so once, and now I know it. ^'^
(i) La Tic est une bouâboDede, oomme tout le dénxmtfe ; c'était mon opinion et j'en ai mainteotitt la oenkade.
Que Gay eût voulu délibérément parodier lopéra italien, qui avait dominé en Angleterre durant une génération, la chose semble invraisemblable, car sa production n a aucun rapport avec cette importation continentale. Gay a créé une formule nouvelle d opéra, en ce sens que la musique joue un rôle beaucoup moins important que le dialogue en prose, et que les nombreuses chansons composées sur des airs populaires sont introduites au milieu des scènes et pourraient être entièrement omises sans que l'intrigue en souffrît.
Quant à SCS personnages, Gay en a trouvé les prototypes dans les bas-fonds de son époque. Ainsi Peachum eut-il pour modèle le grand criminel Jonathan Wilde, espion, receleur et voleur, qui, trois ans auparavant, avait été pendu à Tyburn ; et sans doute Macheath reproduisit-il les traits du fameux Jack Shepard, cambrioleur et bandit, dont plus tard Ainsworth devait immortaliser les exploits.
Les mérites de l'intrigue sont aussi évidents que SCS imperfections. L'action est menée avec un mouvement irrésistible, encadrant les hauts
faits des voleurs de grand chemin; le dialogue est toujours pétillant et adroit, mais le motif qui inspire les desseins des Peachums contre Macheath — dégoûtés qull ait légalement épousé leur Bile — est trop mince et pas assez, convaincant pour corser la trame de la pièce. Et le sursis final est une concession, comme lauteur ladmet lui-même, au dénouement heureux que tous les spectateurs réclament.
Concluons par une « scie » qui fit fureur à Tépoque :
Preity Polly, jay
What makes Johnny Gay
To cali to call bis Newgatt scènes
Tbf Begga/s Opéra ?^'^
(i) Jolie Poliy, ditct-ooiit pourquoi iohn Oty inn* tuk ics scèoet de cNewgite» lX)pért des Gueux ?