‹ L'opera des gueux. Traduction intégraleChapitre 2 sur 55 · LE GUEUX, L ACTEUR · texte numérisé non relu

LE GUEUX, L ACTEUR

L£ GUEUX

Si la pauvreté donne droit à la poésie, je SUIS sûr que personne ne peut contester la mienne. J appartiens à la corporation des gueux et je remplis ce rôle toutes les semaines au festival de Saint Giles. Mes talents me rapportent un petit salaire annuel, et je suis prié à diner là-bas quand bon me semble : tous les poètes ne sauraient en dire autant

LACTEUR.

Puisque nous fréquentons les muscs, il est juste que la reconnaissance nous invite i encourager le mérite poétique partout où nous le découvrons. Les muses, contrairement

à toutes les autres dames, ne tiennent point compte de la toilette et ne prennent jamais l'insolence de la parure pour de l'esprit, ni la modestie de l'accoutrement pour de l'ennui. Que l'auteur soit ce qu'il veuille, nous pousserons jusqu'au bout sa pièce. Aussi vous souhaiterai-je cordialement de réussir malgré votre condition misérable.

LE GUEUX

La pièce dont je suis l'auteur a été primitivement écrite pour célébrer le mariage de James Chanter et de MoU Lay, deux excellents ménestrels. J'ai introduit les métaphores que l'on rencontre dans nos célèbres opéras : l'hirondelle, le papillon, l'abeille, la nef, la fleur... En outre, il y a une scène dans la prison que les dames ont toujours jugée délicieusement pathétique. Quant aux rôles, j'ai observé une si .plaisante impartialité à l'égard de nos deux dames qu'il est impossible à l'une ou l'autre d'en prendre ombrage. Que l'on m'excuse si je n'ai pas composé un opéra entièrement conventionnel, comme ceux en

vogue; car il na point de réciutif et j*ai voulu qu*il ne comportât ni prologue ni épilogue : on admettra donc que ce soit un opéra conforme aux règles. La pièce a été jusqulci fréquemment représentée par nous-mêmes en notre grande salle de Saint Giles, de sorte que je ne saurais trop vous remercier d'avoir la bienveillance de la porter maintenant sur la scène.

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