SCÈNE X MRS PEACHUM, PFACHUM, POLLY
POLLY
C'était seulement Nimming Ned qui apportait des rideaux damassés, une jupe à paniers, deux chandeliers d'argent, une perruque et des bas de soie, arrachés à 1 Incendie de la nuit dernière.
PEACHUM.
J'ai rarement vu garçon plus habile et qui
sauvât plus de marchandises du feu que Ned. Et maintenant, Polly, revenons à notre affaire. Vous êtes mariée, alors?
POLLY
Oui, père.
PEACHUM.
Et quels moyens d'existence avcx-vous, mon enfant?
POLLY
Comme les autres femmes, père, le travail de mon mari.
MRS PEACHUM.
Quoi ! La donxelle est-elle devenue folle ? L'cpouse d'un voleur de grand chemin ou d'un soldat ne bénéficie guère de sa solde ni de sa présence. '
PEACHUM.
Et n'avex-vous pas songé à ce qu'envisage une dame mariée, Polly ?
Je ne sais ce que vous voulex dire, pire. PfiACHUM.
Un douaire et le veuvage.
POLLY
Mais je Taime, pà-e ! Gemment pourrais-je alors avoir la pensée de me séparer de lui ?
PBACHUM.
Vous séparer de lui ! Eh bien, c'est Farticle fondamenul de tous les contrats de mariage. Le conforuble veuvage est la seule espérance qui remonte le moral d une épouse. Quelle est la femme qui hésiterait à se marier, s*il était en son pouvoir de devenir veuve quand il lui plairait? Si vous avez, des idées de ce genre, Polly, j'estimerai que votre union n'est pas tellement déraisonnable.
POLLY
Comme je tremble à la pensée d'entendre 4Î
votre conseil! Je dois pourtant vous demander de vous expliquer.
PEACHUM.
Faites main-basse sur ce qu'il possède, dénoncex-le au cours des prochaines sessions, et sur-le-champ vous deviendrez une riche veuve.
POLLY
Quoi ! Tuer Thommc que j'aime ? Mon cœur se refroidit à cette seule pensée.
PEACHUM.
Fi donc ! Polly ! Qu'est-ce que le meurtre vient faire ici? Puisque tôt ou tard la chose doit arriver, si j'ose dire, le capitaine lui-même préférerait que nous touchassions la prime pour sa mort avant qu'elle n'échouât à un étranger. Ma foi, Polly, le capitaine sait bien que si son métier est de voler, le nôtre est de pincer les voleurs; à chacun son rôle. D n'y a donc aucune mauvaise intention là-dedans.
MRS PEACHUM.
Ah ! cher épcmz, vous avcx mis le doigi dessus! Le dénoncer est la seule chose qui me ferait pardonner à Polly.
POLLY
Songex-y bien, ne soyex pas sévères.
Epargnez, une malheureuse épouse !
Car de la corde au cou de mon chéri
Dépend la vie de la pauvre Polly.
MIO PLAUiUM.
Mais votre devoir envers vos parents, coquine, vous oblige à le faire pendre. Que d'épouses donneraient cher pour une telle chance qui se présente !
Peu m'importent un douaire ou le veuvage... Je connais mon coeur. Je ne pourrais lui survivre.
Ainsi la tourterelle, avec des cris plaintifs ^ '»
Gémit sur son amant.
Le beau pigeon qui meurt, ]
Puis s'abat épuisée, î
Accouplée dans la mort comme unie dans lamour. ! Telle sera, mon père, le sort de votre pauvre Polly.
MRS PEACHUM. ]
Quoi ! est-elle follement éprise pour de I bon ? Je déteste ton extravagance. Coquine, i tu fais honte même à ton sexe. <
POLLY
Mais écoutez-moi, maman, si vous avez \
jamais aimé...
MRS PEACHUM. ]
Ces maudites pièces de théâtre qu'elle lit i ont causé sa ruine. Un mot de plus, garce, et i je t'assomme. ]
PEACHUM. '
Allez-vous en, Polly, sinon il vous en I cuira, et réfléchissez à ce que l'on vous propose. ' j
MRS PEACHUM.
Hors d*ici, coquine. Faites prndrc votre mari, et soyex soumise.