‹ L'opera des gueux. Traduction intégraleChapitre 46 sur 55 · SCÈNE VIII POLLY, LUCY · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII POLLY, LUCY

LUCY

Chère madame, mes saluutions. f espère que vous me pardonner mon emportement, alors que j'étais si contente de vous voir la dernière fois. La tristesse me rongeait tellement que je ne me possédais plus; et réelle-

ment, quand on a le spleen, les amis doivent tout excuser.

^^ ^*- Quand l'épouse est maussade.

mhiti,g^,fJtmis Comme il advient parfois,

*** * Le doux et bon mari.

Pour calmer ses vapeurs,

A SCS désirs accède.

Et pour la dame un petit verre

Sera l'adoucissant breuvage.

Je voudrais que toutes nos querelles eussent une réconciliation aussi réconfortante.

POLLY

Ma propre conduite n'a pour excuse, madame, que mon infortune. Et réellement, madame, je souffre aussi à cause de vous.

Mais, miss Polly, en guise d'amitié, voulez-vous me permettre de vous offrir un verre de cordial.^

POLLY

Les liqueurs fortes me donnent la mi-

graine; j'cspérc, madame^ que vous m'ntcuscrcL.

IVCY,

La plu5 grande dame du pays naurait pas meilleur breuvage dans son armoire pour sa consommation personnelle. Vous sembler fort abattue, ma chirc

POLLY

Je regrette que ma sant^ madame, ne me permette pas d'accepter votre offre. Je ne vous aurais pas quittée d'une manière aussi peu civile à notre dernière rencontre, madame, i mon père ne m'avait pas entraînée à Timproviste. Et peut-être ai-je pu, dans mon irrita* don, me servir d'expressions qui manquassent de respea. Mais vraiment, nudame, le capitaine m'a traitée avec tant de mépris et de cruauté que je méritais votre pitié plutôt que votre ressentiment.

LUCY

Mais depuis sa fuite, sans doute, tous les différends sont aplanis. Ah! PoUy, Polly,

c'est moi IVpousc malheureuse; et il vous aime comme si vous étiex seulement sa maîtresse.

POLLY

Ne me croyez cependant pas assez heureuse, madame, pour être l'objet de votre jalousie. Un homme a toujours peur dune femme qui laime trop bien, de sorte que je devais m attendre à ce que l'on me négligeât et m'évitât.

LUCY

Alors nous nous trouvons, ma chère PoUy, dans une situation identique. Toutes les deux, en effet, nous nous sommes montrées trop éprises.

POLLY

AIR 49. Maudit est l'amour de la femme

'^ ' * Qui toujours voudrait plaire.

LUCY

Mais la roucoulante colombe Au mâle est importune.

POLLY

A quoi se résoudre en amour?

LUCY

Trop éprises, ils nous esquivent.

Nous les fuyons, ils nous poursuivent.

Mais nous quittent une fois conquises.

L «uiiour C6t M fantasque chez, les deux sexes quû est impossible d*étre durable. Mais mon coeur est disûna des autres, et contredit ma propre consuuûon.

POLLY

Mais réellement, mistress Lucy, à en juger par sa conduite je crois que je devrais vous envier. Lorsque Ion ma séparée de lui, il n a pas témoigné la moindre tenditSK. Mais peut-être a-t-il un ccrur qui en soit incapable.

AIR jo.

Si U des fin 'amrdait Bi/ii$da.

Il est des hommes qui coquettcnt.

Toutes les femmes courtisant;

Ce que leurs cœurs désirent.

Nous le leur accordons En les flattant, les admirant.

Les personnes des deux sexes qui content fleurette sont des égoïstes, et c'est un amour que nul autre ne peut exproprier. Je crains, ma chère Lucy, que notre mari ne soit de ceux-là.

amie, etc.

LUCY

Chassez cts réflexions mélancoliques ! En vérité, ma chère Polly, notre moral à toutes deux a besoin d'être relevé. Laissez-moi insister pour que vous acceptiez mon offre.

Venez, ma douce amie.

Et jusques à demain Bannissons les chagrins ; Venez, ma douce amie.

Absorber la liqueur Qui noie les désespoirs Et nous rendra légères

Ainsi que des sylphides.

Buvez, écartez tous souds.

Je ne puis supporter, ma petite, que vous soyez aussi déprimée. Et je dois vous décider à boire le cordial qui vous fera du bien, j*en suis sûre. (A psri.) Je serai bientôt quitte avec l'hypocrite putain.

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