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De jour en jour le privilège de Lulli ira s'accrois-
sant.
Le 30 Avril 1673, Lulli avait déjà obtenu une ordon-
nance faisant défense aux comédiens français de se servir dans leurs représentations de plus de deux voix et de six violons.
Sa Majesté ayant été informée, que la permission qu'elle avait donnée aux comédiens de se servir dans leurs représentalions de musiciens jusqu’au nombre de six et de violons ou joueurs d'instruments jusqu'au nombre de douze, pouvoit apporter un préjudice considérable à l'exécution des ouvrages de musique pour le théâtre du sieur Jean-Baptiste Lulli, Surintendant de la Musique de la Chambre de S. M., dont le public a déjà reçu beaucoup de satisfaction, et voulant qu'elle ait toute la perfection qu'elle doit en espérer, Sa Majesté a révoqué la permission qu'elle avait donnée aux dits comédiens de se servir sur leur théâtre, de musiciens et de douze violons ou joueurs d'instruments et leur permet seulement d'avoir deux voix et six violons ou joueurs d'instruments :; fait Sa Majesté très expresses défenses à toutes les troupes des comédiens françois et étrangers établies ou qui s'établiront ci-après dans sa bonne ville de Paris, de se servir d'autres musiciens externes et de plus grand nombre de violons pour les entractes, même d'avoir aucun orqçuestre ni pareillement de se servir d’aucuns danseurs, le tout à peine de désobéissance : veut Sa Majesté que la présente ordonnance soit signifiée aux chefs des dites troupes, à la diligence du dit Lulli à ce qu'il n’en ignore, lui enjoignant Sa Majesté de l’informer des contraventions à la présente ordonnance.
Fait à Saint-Germain-en-Lavye, le trentième jour d'avril 1673. Signé : Lours.
Signé plus bas : COLBERT.
Daslie
Quelques jours après, un arrêt du Conseil d'Etat du 23 Mai 1673 décharge le Sieur Lulli des dommages et intérêts que le Sieur Marquis de Sourdéac pourrait prétendre contre lui en vertu d’un arrêt du Parlement au sujet du privilège de l'Opéra.
En 1675, une Ordonnance du 21 Mars augmente encore le privilège:
Sa Majesté ayant été informée qu'aux termes de son ordonnance du 30° jour d'avril mil six cent soixante-treize, qui fait défense à tous comédiens de se servir de musiciens externes, quelques-uns ne laissent pas de faire chanter sur leur théâtre des musiciens qu'ils prétendent n'être pas externes, sous prétexte qu'ils sont à leurs gages, et empêchent, par ce moyen, que les ouvrages de musique pour le théâtre du sieur Lulli, Surintendant de la Musique de Chambre de sa Majesté, ne puissent avoir tout le succès qu'on en doit attendre ; à quoy voulant pourvoir, Sa Majesté a ordonné et ordonne, veut et entend que la dite ordonnance du trentième jour d'avril mil six cent soixante-treize, soit exécutée selon sa forme et teneur. Ce faisant, permet aux dits comédiens de se servir de deux comédiens de leur troupe seulement pour chanter sur le théâtre, et leur fait toutes expresses défenses de se servir d'aucuns musiciens externes ou qui soient à leurs gages, à peine de désobéissance. Enjoint ladite Majesté au Lieutenant de police de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance.
Fait à Saint-Germain-en-Lave, le 25 mars 1675.
Signé : LOUIS.
Signé plus bas : COLBERT.
Tous ces privilèges s'expliquent d'autant mieux que Lulli donne une vie extraordinaire au théâtre naissant. .
Il est à la fois Directeur, Régisseur, Musicien
Liste
Chef d'Orchestre. Il conclut un traité avec Quinault qui, moyennant quatre mille livres par an, doit lui fournir les livrets d'opéra, sur ses indications d’ailleurs, el pendant quatorze ans, on ne jouera que du Lulli.
Mais les comédiens français et italiens ne respeclérent guère l'ordonnance du 30 Avril 1673, car arc nouvelle ordonance de Juillet 1682 vint renouveler ses défenses.
Sa Majesté étant informée, dit l'Ordonnance.
qu'au préjudice des défenses qui ont été ci-devant faites aux troupes de ces comédiens françois et ilaliens, d'avoir dans la représentation de toutes sortes de pièces de théâtre plus de deux voix qui doivent être de leurs troupes et six violons sans aucuns danseurs, lesdits comédiens ne laissent pas de Contrevenir aux ordonnances qui ont été rendues à cet effet, en se servant de voix externes, en mettant un plus grand nombre de violons et en faisant faire des entrées de ballets et autres danses. A quoy voulant pourvoir, Sa Majesté en confirmant ses ordonnances des 30 avril 1673 et 21 mars 167%, a fait très expresses inhibitions et défenses aux dits comédiens fran- Gois et italiens de se servir d'aucunes voix externes pour chanter dans leurs représentations, ni de plus de deux voix d’entre eux, COMME aussi d'avoir un plus grand nombre de violons que Six, ni de se Servir d'aucuns danseurs dans lesdites représentations, sous quelque prétexte que ce soit : à peine de cinq cents livres d'amende pour chaque contravention au profit de l'hôpital général de sa dite ville de Paris : enjoint Sa Majesté au sieur de la Reynie, Lieutenant Général de Police de tenir main à l’exécution de la présente ordonnance qui sera à cet effet publiée et aflichée partout où be- SOIn sera.
Fait à Versailles, je vingt-septième de juillet Signé : LOUIS. - Signé plus bas : COLBERT.
D'ailleurs, les comédiens français n’observèrent pas toujours très scrupuleusement cette ordonnance, «unsi qu'en témoigne l'arrêt du 20 Juin 1716 que nous reproduisons. Cet arrêt les condamne:
à deux amendes de-500 livres chacune, .......... BÉS A OR pour avoir, dans une représentation da « Malade Imaginaire », et une autre de la «Jeunesse d’Elide », mêlé dans les entractes de ces pièces des danses et entrées de ballets, et s'être servis d'un plus grand nombre de voix et d’instruments qu'il ne leur est permis par les ordonnances.
L'arrêt ajoute expressément que, par grâce et sans lirer conséquence, Sa Majesté décharge lesdits comédiens francois de la demande en dommages et intérêts formée par les Directeurs et Synaics de l'Opéra.
Lulli mourut en 1687 : son gendre Francine lui succéda le 27 Juin. Il géra mal et se vit, en 1658, obligé d'associer à son entreprise trois collègues qui s'endettèrent pour une somme de 380.780 livres et furent obligés, en 1704, de céder leur privilège à Guyenet, payeur de rentes. Celui-ci mourut le 20 Août 1712, laissant 400.000 livres de déficit: l'Opéra fut mis sous la surveillance du duc d’Antin et soumis à l'originale administralion que nous verrons plus loin.