‹ L'Opéra devant la loi et la jurisprudenceChapitre 36 sur 36 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous espérons, dans cet ouvrage, avoir examiné de notre mieux la situation juridique de l’Académie Nationale de Musique ; nous avons vu sous quels régimes successifs elle a vécu ; quelles vicissitudes ont été les siennes avant d'arriver à la réglementation actuelle : nous savons ce qu'elle est ; que l’on nous permette, pour conclure, de dire ce que nous croyons qu'elle devrait être.

Le théâtre de l'Opéra a été et est toujours un théàtre de luxe : aussi ne doit-on rien ménager pour contribuer à la gloire de notre première scène lyrique. D'aucuns ont préconisé, pour lui donner un état budgélaire plus satisfaisant, d’abaisser le prix des places ; ce serait, à notre avis, une folie ; les frais d’une pareille entreprise sont trop grands pour qu'on puisse risquer une diminution de recettes. IT ne faut pas non plus perdre de vue que beaucoup de théâtres de second ordre ont un tarif habituel de places qui est presque aussi élevé que celui de l'Opéra. C'est d'ailleurs là une triste constatation pour nous que de songer qu'il faut payer aussi cher pour voir des médiocrités que pour entendre les œuvres les plus nobles, les plus élevées des grands génies français et étran-

gers. Ce qu'il faudrait, pour assurer à cette entreprise tout l'éclat qu'elle doit avoir, c'est augmenter la subvention et la porter de 800.000 à 1.200.000 francs. L'Opéra pourrait alors rivaliser dignement avec les scènes étrangères. L'Opéra, dit le rapporteur du budget actuel des Beaux-Arts, à 16.500 francs de frais par représentation. Présenter la chose ainsi est une inexactitude ; il eût fallu dire : « l'Opéra doit faire 16.500 Francs de recelles, pour qu'en y ajoutant la subvention, il puisse couvrir ses frais. Cette moyenne est difficilement atteinte. Nous regrettons que le Rapporteur n'ait pas été plus explicite sur ce point, car si l'Opéra n'avait que 16.500 Francs de frais par représentation, ce serait sans nul doute une excellente affaire.

Si nous examinons son histoire budgétaire, nous pouvons constater qu'elle est fertile en déficits. Sous quelque régime que l'Opéra ait vécu, il a fait de mauvaises affaires. D'ailleurs, depuis 1866, seuls MM. Halanzier, Ritt et Gaïlhard ont pu mener à bien une pareille entreprise. Seuls, MM. Rütt et Gailhard ont pu terminer leur privilège. Le record de la longévité en la matière appartient sans conteste à M. Gailhard, qui fut d'abord directeur avec M. Ritt, ensuite avec M. Bertrand, et qui finit par assurer seul la direction redoutable de notre Académie Nationale de Musique, qu'il sut, par son intelligence et son habileté artistique, placer au rang qu'elle occupe actuellement dans le monde des Arts.

Les Directeurs actuels de l'Opéra ont eu, au début de leur gestion, quelques ennuis financiers : on ne leur à pas ménagé les critiques sans leur tenir compte des difficultés à vaincre pour mener à bien une semblable entreprise. Ils ont eu à faire un apprentissage assez rude ; mais maintenant la prospérité paraît

He

èlre revenue dans la maison et nous souhaitons de voir leurs efforts couronnés de succès. :

Il faudrait créer, à côté de l'Opéra, un théâtre lyrique largement subventionné qui serait, en quelque sorte, un théâtre d'essai. On jouerait, sur cette scène, sans faire trop de frais, des œuvres nouvelles qui, lorsqu'elles auraient atteint un chiffre de cinquante représentations, par exemple, passcraient au répertoire de l'Opéra pour y être alors représentées avec une mise en scène el une interprétation supérieures. L'Opéra deviendrait alors, en quelque sorte, le Musée du Louvre de la Musique. Espérons que ce projet sera mis à exécution quelque jour et que les Chambres ne craindront plus désormais de protéger largement les arts. Espérons qu'elles se souviendront qu'à côté de l'avenir matériel du prolétariat, il y a aussi son avenir intellectuel.

N'oublions pas qu'un pays est grand par ses arlistes, c'est-à-dire par ceux qui croient, qui aiment, qui espèrent, par ceux qui consacrent leur existence au culte de la beauté et de l'idéal.

Vu : Le Président, Ambroise COLIN,

NurrLe Doyen; P. CAUVES. Vu ct permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, PAR D:

MRr2660 10 Imp. AIb, Mann, 139, boul. de la Villette, Paris.

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