SARA GOUDAR
Lettres à Mi lord Pembroke, Florence, 1771.
Notes sur les grands chanteurs italien-.
Senesino est le premier sopraniste qui chanta dans le nouveau goût. Notre théâtre de Hay-Market reçut les prémices de ces airs, où le compositeur donna tout au brillant.
Farinelli le suivit de près et le surpassa. Il surprit par l'étendue et l'harmonie de sa voix. Mais étant devenu chevalier en Espagne, on le vit quitter la scène pour la politique. Il ne chanta plus que dans le cabinet du roi catholique.
Carestini se distingua des deux autres sopranistes. On entendit sortir des sons de basse profonde et bien étoffée d'une poitrine disposée pour rendre les plus aigus ; ce qui fil dire au ténor Babbi, qu'il voulait se faire sopraniser pour chanter la basse.
— Il avait une des plus fortes voix de contralte, partant du ré grave au sol, deux octaves et demie. Il était exercé dans les passages qu'il exécutait de poitrine, conformément aux principes de Bernaccni, à la
manière de Farinelli. Il était audacieux, et souvent fort heureux dans les traits. A ces avantages, Carestini joignait celui d'êtie un très bon acteur, doué d'un physique agréable. » Quartz.
Caffarelli récita dans un goût brillant. Secondé par une belle voix, une agréable figure, il était superbe en scène, il imposait et charmait. Aucun virtuose ne porta plus loin l'audace du chant. Il récitait en héros, représentait en monarque. S'il n'eut pas toujours le bonheur d'être aimé, croyez qu'il ne manqua jamais de plaire. C'est le seul virtuose de son espèce, que l'on ait vu chanter jusqu'à l'âge de soixante-dix ans sans détonner. On l'entend encore à Naples avec plaisir.
Bernacchi se fit un pathétique sublime qui finit avec lui. On peut dire qu'il emporta toute la musique dans le tombeau. C'est de son école que sortirent ces chanteurs qui firent pleurer toute rilalie, par une expression que l'on croyait tendre, mais qui ne l'était pas, puisque ce même pathétique, aujourd'hui chanté, ne' touche plus : or l'accent fondé sur les lois de la nature, ne change point, parce que la nature est toujours la même.
Gizziello effaça tous les sopranistes de son temps, tant par l'harmonie de sa voix que par la douceur de sou chant. Il récitait au cœur et chantait à rame. C'est lui qui, dans Artaserse, fit pleurer Rome entière par ce seul accent : E pur mm innocente.
Guadagni, avec moins de voix et beaucoup d'art, se distingua sur la scène. On versa quelques larmes à ses représentations. Les hommes l'admiraient , les femmes l'aimaient à la folie.
Salimbem, BIonticelli, et plusieurs autres du même ordre, moururent trop tôt pour se fonder une grande réputation.
Regi.nelli charmait par la douceur de son chant; mais il fallait l'entendre au clavecin, et non pas sur la scène. Il y a des figures si malheureuses qu'elles peuvent faire oublier le plus grand talent.
Garoucci chanta quelquefois au cœur, et parvint à le toucher.
Filippo Elisi aima les airs qui l'ont tomber des guinées, Il
alla deux fois en Angleterre pour essayer ce genre d'expression sur le théâtre de Hay-Market, et l'épreuve lui réussit.
Lucchlno Fabius imita Gizziello, mais il ne fut point Gizziello.
Manzoli chanta beaucoup et seulement des notes. Après trente ans de théâtre, il n'a laissé qu'un vague souvenir des sons qu'il a proférés.
En exaltant des virtuoses tels que Farinelli, Caffarelli, Gizziello, je ne prétends pas faire tort à Menigone, Aprile, Mazzanti, etc. Si dans une simple lettre j'avais parlé de Catena, Potenza, Casali, et de cette foule de sopranistes dont la république chantante se compose aujourd'hui, mon épitre eût formé seule un gros volume.
Arrivons maintenant aux hommes, aux ténors.
Amorevoli fit sentir toute la douceur d'une voix naturelle. Ses notes harmonieuses, pleines, flattèrent les sens. Il fit soupçonner aux Italiens que leur théâtre pourrait se passer de sopranistes.
Babbi chantait avec plus de force que de goût. Quelquefois il violenta la scène. Il fallait qu'il chantât bien pour faire oublier qu'il était mal au théâtre. Ce petit homme s'y comportait comme un vrai charlatan.
Ballim ^Annibale) chanta peut-être mieux que tous; mais l'Italie ne le connut point assez. Bolonais, il passa presque toute sa vie au service des cours étrangères, et mourut en Portugal.
Raff, qui maintenant remplit encore la scène, bien qu'il ait plus de soixante ans, est admirable dans l'exécution. Les violons ont peine â le suivre. Il possède son art parfaitement; mais, s'il est bon musicien, il est encore meilleur chrétien. Il dit le rosaire derrière les coulisses, et distribue aux pauvres l'argent qu'il gagne au théâtre. On dit que dans sa jeunesse il avait été capucin, et que, n'ayant pas assez d'occasions de résister à la tentation du sexe, il était monté sur le théâtre pour acquérir cette vertu. Il ne pouvait pas choisir un plus beau champ. Lorsqu'un
acteur fait ses preuves de chasteté au milieu de tant de corruption, il peut demander hardiment ses lettres de béatification.
Les femmes contribuèrent aussi beaucoup à la révolution qui se fit dans le chant italien, piancbe». page 217.
Faustina fut la première qui passa seize cromes dans une mesure. Celte agilité fut le signal du mauvais goût qui allait s'introduire dans la musique. Dès lors cet art changea sa simplicité naturelle en une gaieté artificielle. Il ne fut plus question de chanter bien, mais de chanter vite. En précipitant les modes, on les corrompit. On ne songea plus à toucher l'ame, mais à l'agiter. Les volâtes défigurèrent le pathétique, et lui firent perdre cette gravité, qui soutient son caractère. Au lieu de rendre une expression tendre, on courut après elle.
La Cuzzoni surprit, étonna ; mais elle ne toucha point.
La Tesi rendit la scène intéressante, en substituant l'art à la nature. Elle donna de l'expression à la musique, émut les passions en faisant passer dans l'ame du spectateur ce qu'elle sentait elle-même. Avec une voix ingrate, elle fit souvent verser des larmes. C'est peut-être la première actrice qui ait récité bien en chantant mal. Elle intéressa beaucoup, quoique la nature l'eût privée de la beauté. Ceux qu'elle charma, lui restèrent attachés inviolablement. Lorsqu'une femme laide se fait aimer, on l'aime longtemps.
La Turcotti séduisit par la plus belle voix qui se soit jamais fait entendre sur la scène.
La Schieri se fit remarquer par un talent supérieur. Elle chantait avec autant de grâce que d'expression. Elle fut ingrate envers son art. Née de parents pauvres, la nécessité l'avait fait monter sur le théâtre. Après qu'elle y eut fait une espèce de fortune, elle quitta la scène, et brûla toute sa musique pour ne plus se ressouvenir qu'elle avait été virtuose.
La Peruzzi, la Germinati, la Gasparini, la Famagoldi,etcent autres du même ordre représentèrent sans éclat, et moururent sans réputation. Il y eut après elles une pause dans le monde
chantant à l'égard des femmes, jusqu'à la venue de quatre virtuoses admirables.
La Gabrielli, qui maintenant brille en Russie, possède une belle voix, chante avec art, ses accents séduisent, ravissent. Elle joint le talent de l'expression à celui de l'harmonie. Elle a fait une révolution sur la scène; on l'accuse d'en avoir fait une plus grande dans le monde politique, en brouillant ensemble deux ministres qui se disputaient la préférence. Elle a porté là-dessus le brillant de sa réputation.
La Deamicis, avec une voix ordinaire, s'est élevée au premier rang. Son art est admirable, elle chante avec autant de goût que de savoir.
La Taiber est grande musicienne, chante avec énergie, se présente bien sur la scène, et sait réparer au moyen de l'art ce que la nature lui refuse : mais elle fait soupçonner aux oreilles délicates qu'elle est Allemande, et c'est une dissonance dans la musique italienne.
L'Agujari est le rossignol de la scène; mais elle n'est que rossignol. Son chant exprime peu dans sa brillante exécution. Elle frappe d'abord par des accents étrangers à la nature, qui ramènent trop souvent des sons aigus. On l'appelle la Bastardina, nom qui lui convient, car il n'y a rien de légitime dans sa musique. Tous ses airs sont bâtards. Cependant, on ne saurait lui disputer la gloire d'avoir ouvert une carrière nouvelle. C'est un Raphaël en harmonie, qui possède le grand coloris de la musique, mais qui n'a pas le dessin du chant.
La cour de Naples choisit Paisiello pour célébrer la fête de ce mariage fameux qui unit la maison d'Autriche à celle d'Espagne. C'est lui qui composa, pour la sérénade donnée à cette occasion, ces deux airs : Ora che troio lo sposo amato^ et Gia ti vedo in campo armato, chantées par la Bastardina, et qu'elle seule pouvait chanter.
La Bastardina a fait beaucoup de mauvaises chanteuses, ou pour mieux dire, les maîtres, en voulant les faire chanter à l'octave haute, ont achevé d'estropier la musique. Un de ces pro-
fesseurs, désirant former une de ces virtuoses qui lui lit honneur, lui proposa de chanter de ces airs écrits pour la Bastardina, dont les notes s'élèvent au-dessus du clavecin. — Maître, lui dit la jeune fille, je ne prends qu'avec peine le mi sur-aigu, si vous me donnez des airs qui montent jusqu'à Vut, je ne pourrai jamais atteindre cette note. » Tel ce Gascon à qui l'on disait à Paris, qu'on allait battre une monnaie où le roi serait à cheval. — Hélas ! répondit-il , j'ai bien de la peine à le joindre maintenant qu'il est à pied ; s'il monte à cheval, je désespère de l'atteindre. »
Le goût achève de tout gâter dans la musique. ïl est surprenant qu'on pense toujours de même et qu'on veuille chanter dans un nouvel accent. Le goût de Farinelli prévalut d'abord. Carestini le changea pour s'en faire un à lui. Bernacchi parut et vint assujettir l'Italie au sien; mais il mourut et son goût avec lui. Celui d'Amorevoli régna pendant quelque temps. Le goût de Gizziello les effaça tous. On a dit tour à tour canta alla Farinelli, alla Carestini, alla Bernacchi, etc. Mais tous ces goûts ont péri l'un après l'autre, et le maître qui voudrait les rétablir aujourd'hui, passerait pour un musicien sans goût. Cependant on court sans cesse après ce fantôme.
D'un autre coté, les compositeurs qui ont une fois pris la plume, ne peuvent se décider à la quitter. Leur parti pris de composer, même après que leur génie est éteint, rend la suite de leurs opéras interminable, éternelle : c'est une maladie qui doit les accompagner au tombeau. Ils écrivent des airs pour le théâtre, quand ils devraient composer des Requiem pour le repos de leur ame. Leur musique est sempiternelle comme eux. C'est radoter sur la scène ; il n'est plus temps de faire chanter, lorsqu'on est prêt à mourir.
— On a vu le moment d'interrompre les représentations de Perseo, et de fermer l'Opéra de Florence, parce que le premier homme était indisposé, parce que la première femme ne se portait pas bien, parce que le ténor avait la fièvre, parce que la première danseuse avait des convulsions, parce que la seconde souffrait, de la poitrine, parce que la troisième avait la migraine,
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parce que trois ou quatre figurants ou figurantes avaient peutêtre quelque chose de pire que la fièvre et la migraine ; le grand piètre seul a tenu bon. Si cela n'avait pas fini, l'entrepreneur était obligé d'envoyer Andromède et Persée à l'hôpital.
A l'Opéra de Paris, si trois ou quatre premiers acteurs tombent .malades, ils sont aussitôt remplacés par d'autres. En Italie, où le plus grand spectacle n'est composé que de sept acteurs, il n'y a point de sosie en musique, en danse; chacun est son amphitryon. Ainsi, lorsqu'un premier acteur tousse, l'opéra tout entier est enrhumé ; cela vient de ce que le public paie si peu, que l'entrepreneur n'a pas de quoi faire doubler le moucheur de chandelles.
Les abonnements ici, sont à raison de six grâces par représentation. C'est aller au théâtre par grâce.
Il n'y a que les Italiens au monde qui sachent mettre de l'économie dans le luxe des spectacles. Nous autres Anglais, sommes si prodigues dans nos opéras, que nous payons une demi-guinée pour entendre les mêmes acteurs, que les Florentins entendent pour dix sous; peut-être qu'ils connaissent la valeur de ces virtuoses, et que nous ignorons ce qu'ils valent.
— De tous les animaux qui rampent sur la terre, il n'en est point de plus singuliers que les entrepreneurs d'opéra. On peut }f*s regarder comme des êtres chargés de la joie publique, ayant la direction du chant et des gambades. Ils ressemblent à ces marchands qui vont au Brésil pour y acheter en gros des singes et des perroquets, pour vendre ensuite en détail leurs gentillesse et leur jargon. Ce trafic d'allégresse a pourtant ses peines et ses travaux.
Il faut qu'un entrepreneur de ce genre ait un grand livre, où sont enregistrés les noms, l'âge, le poil, la beauté, la laideur, et les autres qualités de ceux ou de celles qui doivent faire valoir, pour m'exprimer ainsi, le commerce de sa boutique. L'entrepreneur expérimenté possède un carnet raisonné, pour se rendre compte à lui-même du mérite des postulants qui se présentent ou que l'on recherche; de manière que lorsqu'il s'offre un sujet, chanteur ou danseur, il est d'abord au fait de son ta-
lent. A l'égard du prix, cela dépend des circonstances et de la rareté relative des virtuoses. Je surpris ces jours derniers un de leurs registres qui m'a beaucoup divertie, et qui sans doute vous amusera. Le titre, en gros caractères, était ainsi rédigé:
— Mémorial pour me diriger dans l'entreprise du théâtre, que j'ai commencée l'année passée, 1771, et que j'abandonnerai dès que je serai riche.
Pïimi uomini (sopranistes).
Mazzanti. Il faut le traiter largement. Dieu veuille en préserver tout bon entrepreneur; c'est un grand chanteur, il est vrai, mais il n'a plus de voix.
Filippo Elisi. Encore pire. Il a fini de chanter, mais s'il voulait recommencer, on ne devrait l'engager à quelque prix que ce fût.
Manzoli. Bon chanteur autrefois, mais il a fini comme les autres. S'il se présentait, je dois lui dire : Il n'est plus temps, nous n'avons plus de doublons de Portugal.
Aprile. Sait la musique, est virtuose, il récite fort bien; mais l'entrepreneur doit se tenir en garde, parce que la voix n'est pas des plus heureuses.
Guadagni. Il est un peu tard pour qu'il se produise en scène, les petites années ont défilé : cependant il faut l'engager, on peut encore faire des sequins avec lui.
Venanzini. Brave, grand chanteur, bel acteur, vrai miroir d'amour : un directeur doit gagner beaucoup avec lui, parce que les dames courent au spectacle exprès pour le voir. Mais il faut se dépécher, le jeune virtuose devient grassouillet. (1)
(I)La duchesse de Longueville, belle-mère de la célèbre duchesse, ne voulant pas prononcer le mot qui désignait alors un sopraniste, disait à M"e de Senneterre : — Mon Dieu, que cet incommodé chante bien! » C'était Bertoldo (dit Bertod) de !a chapelle de Louis XIII. La cour adopta cette expression, et s'empressa de l'appliquer à Piccinni, Melone, Melani, etc., que les opéras italiens amenèrent à Paris. Bertaut, frère de Mme de Motteville, ne manquait pas d'es-
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Prime donne.
La Gabrielli; est engagée pour trois ans à Pétersbourg ; ces bienheureux Moscovites nous volent toutes nos premières femmes. Le plus fâcheux pour nous c'est qu'ils les paient trèsbien. De manière que lorsqu'elles reviennent de ce pays, elles demandentsi impérieusement de telle sommes que l'entrepreneur doit se ruiner. Quoique son temps paraisse finir, il convient de l'engager. Elle a des années, mais n'importe, c'est toujours une grande virtuose, notamment d'après une certaine raison : savoix s'est renforcée, éclaircie de la moitié; ha schiarito la voce délia metd.
La Bastardina. Trop chère, on ne trouve pas son compte à traiter avec elle. Quel entrepreneur peut donner deux mille sequins (vingt-quatre mille francs) pour trois notes aiguës en dehors du clavier (1) 1
La Taiber ; est très bonne, mais non pour l'Italie. Cette virtuose doit briller en Allemagne, ou sur quelque théâtre du nord.
La Girelli. Un directeur doit l'engager, non qu'elle chante bien, sa voix est criarde, mais parce qu'on l'a payée libéralement en Angleterre.
Je ne vous parle point, Milord, d'autres virtuoses qui figuraient sur cet inventaire musical, attendu qu'ils sont d'un ordre
prit, mais il était fo;-t ennuyeux -r plein de vanité. Pour le di^ting'i.T de on homonyme, on disait : Hertaut l'incommode, et Berto 1 l'incommodé.
LaMothe-Goulas raconte le fait d'une autre manière : — Mme de Longueville voyant Bertod parler à la reine-mère, dit à la princesse de Conti : — Madame, quel est ce pauvre affligé ? — Madame, c'est la plus belle voix de France et l'homme du royaume qui chante le mkux. — Quoi, Madame, il chante? — Oui, Madame, à merveille. — Voilà qui est bi m étrange, car il me semble qu'il devrait toujours pleurer et ne chanter jamais. » Voyez Historiettes de Tatlemanl des Réaux, 1855, tome IV, puges 130, 31, 32 ; Commentaire de M'A. de Monmerqm'' et t*. uiii Paris»
(1) Celui d"s clavecins de cette époque s'arrêtait au fa; la voix de la Bastardina s'élevait jusqu'à l'uf, octave haute de l'w sur-aigu. Manches, page 215.
>l | THÉÂTRES LYRIQUES DE PARIS.
inférieur, et que leurs talents sont peu connus dans la république chantante.
Outre ce mémoire général, chaque entrepreneur a son recueil de maximes théâtrales. En voici quelques-unes :
— En matière de chanteurs, il ne faut pas que l'entrepreneur se fie trop à la voix publique, parce qu'une virtuose qui plaît dans un pays, ne plaît pas du tout dans un autre ; de sorte que l'entrepreneur est ensuite raillé de ce qu'il a payé très cher une réputation usurpée.
— Que la prima donna soit habile, la seconda belle, et que toutes les deux aient des protecteurs, sans quoi l'opéra tombe à terre.
— Quelesdites virtuoses aient dans le parterre vingt ou trente perruquiers ou cordonniers, qui battent des mains aux premières représentations afin d'engager le reste du public à faire de même.
Bologne est le grand magasin d'où les entrepreneurs tirent tous les acteurs pour former leurs compagnies d'opéra. Les chanteurs, chanteuses, danseurs, danseuses se rendent là de toutes les parties de l'Italie. Je ne vous dirai pas pourquoi ce pays de l'Église est rempli de tant d'honnêtes gens ; car l'univers est rempli de contradictions.
Les entrepreneurs ont leurs agents dans toutes les villes d'Italie; ces agents prennent le titre deSensali délie donne di teairo. Vous comprenez bien, Mi lord, que ces sensali le sont d'autre chose, car on ne s'enrichit jamais par une seule profession. Il faut toujours en y joindre une seconde, ne fût-ce qu'à cause du proverbe italien : Clie uno è la meta di due.
Non seulement les Milanaises, les Romaines, les Napolitaines et les Vénitiennes, cherchent à représenter sur la scène italienne, mais encore les Anglaises, les Suisses, les Allemandes et les Françaises, ce qui fait une confusion dans les langues; c'estla lourde Babel.