PIANO
ans.
Sur quarante - deux pianistes, 1783 v°gIer (l'abbé).
je cjle . 1785 Hermann (Jean-David).
M"' Paradies (Marie-Thérèse), 1768 M1" Lechantre. aveugle, de Vienne (Autri-
1778 M'1* Carlin, âgée de onze ans, che); succès prodigieux,
fille du fameux arlequin. 1789 Jadin (Hyacinthe).
Le Concert spirituel était sans doute une institution utile, nécessaire au progrès de l'art; mais elle fut, dès son origine, dégradée par ce mot privilège, mot odieux, estampé sur tous nos établissements dramatiques et musicaux. Les entrepreneurs du Concert spirituel avaient obtenu de l'Académie royale de Musique la licence de cbanter pendant vingt-cinq jours de l'année, moyennant 6,000 livres payées annuellement à cette braillante académie. Le Concert spirituel opposait son privilège exclusif à tous les artistes assez impertinents pour vouloir sonner ou chanter en public sur d'autres points de la capitale. Tous étaient contraints d'escalader l'estrade élevée dans la salle des Tuileries, ils ne pouvaient se produire que sur ces tréteaux privilégiés, et pendant les vingt-quatre ou vingt-cinq jours assignés à la musique non dramatique. Quelques instrumentistes de grand talent firent connaître aux Parisiens les richesses et les nouveautés de leur génie et de leur exécution; mais la partie vocale étant confiée aux acteurs de l'Opéra, tout progrès devenait impossible. Les violonistes, les violoncellistes fiançais, étrangers, les frères Besozzi, de Turin, avaient montré comment on pouvait plaire, séduire en jouant des instruments à archet, du hautbois, du basson-, les effets obtenus par ces virtuoses étaienl ignorés du plus grand nombre des auditeurs. Les voix étaient les mêmes que l'on entendait à l'Opéra; ces voix chantaient en latin au lieu de chanter en français, telle était la seule différence que l'on pût remarquer à l'égard de la musique vocale, produite au Concert spirituel de 1725 à 1753.
Marie de Fel, qui tint pendant plus de vingt-cinq ans le premier emploi sur notre grande scène lyrique, est la cantatrice qui
brilla le plus souvent, le plus longtemps au Concert spirituel. Elle y figura depuis 1732 jusqu'en 1770, ce qui fait trente-sept ans bien comptés. Une belle voix, étendue, sonore en tous ses degrés, des connaissances en musique plus solides que celles des acteurs de ce temps, ces avantages valurent à Mlle de Fel des succès éclatants. Elle prononçait également bien le français, le latin, l'espagnol, l'italien ; cela se conçoit aisément : Mlle de Fel était Gasconne, fille d'un organiste de Bordeaux.
— C'est un rossignol qui chante, un ruisseau qui murmure, un zéphyr qui folâtre, » disait-on de cette virtuose.
Vous venez défiler tous les acteurs, lameuxou non, de l'Académie royale de Musique sur la liste des chanteurs du Concert spirituel. On eut recours à ces virtuoses lors de l'établissement de cette réunion musicale; plus tard, ils y figurèrent d'une manière pittoresque et tout à fait digne de piquer la curiosité publique. Un avait d'abord fait paraître les uébutants sur la scène dans les prologues, a\ant de les lancer au travers des cinq actes d'un opéra. Les nouveau-venus étaient soumis à celle épreuve du temps de Lulli, de Campra, de Mouret. Une autre coutume s'établit vers 1730. Le débutant ne monta pius sur le théâtre pour faire connaître sa personne et le charme, la puissance, l'agilité de sa voix. On avait soin de crêper ses cheveux, de le poudrer à frimas; coiffé d'un tricorne de satin bleu, chargé de rubans, vêtu d'un costume de berger galant, tenant en main sa houlette dorée, le nouveau Tiras arrivait au milieu des musiciens, des choristes, se campait devant un pupitre et chantait Exurgat Deus, Pie Jesu, Virgam lirtutis tuœ ou bien le fameux Amen de Lalande. C'est aux concerts spirituels, donnés pendant la quinzaine de Pâques, temps de repos pour les spectacles, que les débuts des acteurs avaient lieu. Jéliotle, Poirier, La Tour, Pillot, Muguet, Legros, et beaucoup d'autres ténors, après avoir satisfait à cet usage au gré des intendants de la musique du roi, et du public, furent engagés pour représenter les princes et les bergers, extrémités sociales que les registres de l'Opéra renfermaient curieusement dans la même accolade. Les lois les plus -evères reçoivent des amendements; on permit à ces débutants
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de se faire entendre dans des airs français, bien mieux! dans des airs d'opéra. Dès ce moment chacun de ces aspirants se montra dans le costume du rôle qu'il avait adopté. En 1704, lorsque Duparc débuta par l'air : Eclatez titres trompettes, de Castor et, Pollux, il était revêtu d'une cuirasse, et portait le casque en tête, l'épée au coté.
Il n'était pas moins divertissant de voir des nymphes et des reines, des bacchantes et des bergères de théâtre, en habit de cérémonie, en costume infiniment dégagé, des magiciennes même, la baguette d'or à la main, venir usurper les augustes fonctions du sacerdoce, en récitant des oraisons, des litanies, des psaumes au Concert spirituel, pour se préparer aux scènes brillantes et passionnées du drame lyrique.
Mme Grassini parut vêtue en impératrice romaine dans un des concerts qu'elle donna, mais elle chantait sur la scène de l'Opéra, dans un temps où l'on ne pensait guère aux concerts spirituels.
Il paraît que Farinelli dédaigna notre Concert spirituel, et ne voulut chanter qu'au palais de Versailles. Caffarelli, se réglant, à cet égard, sur la conduite de son prédécesseur, se disposait à partir lorsque la dauphine lui donna l'ordre de s'y faire entendre.
C affarelli, Guadagni, ces deux foudres de guerre que l'Europe accablait d'or, de couronnes et d'applaudissements, faisant briller coup sur coup les éclairs de leurs talents au milieu des ténèbres qui couvraient la France musicale, furent salués avec des transports d'enthousiasme par les connaisseurs; mais le public ne les comprit pas. Il semblait que les bouffons de 1752, ayant si bien préparé les voies à CalTarelli, à Guadagni, qui vinrent en 1753, 175i, une révolution complète devait s'opérer dans le chant français. Point du tout, on s'obstinait à regarder le chant français et le chant italien comme deux langages incompatibles, qu'il fallait [ arler à chacun des deux peuples qui l'avait adopté. — Les Italiens nous étonnent et les Français ont seuls le talent de nous charmer. » Voilà ce que nous disait la foule opiniâtre; voilà ce que vousfirezdansleplusgrand nombre des écrits de l'époque. Une fusion des deux genres, telle que de
Niel et Lambert l'avaient faite cent ans auparavant, semblait
une chose monstrueuse et presque un sacrilège.
Le Concert spirituel comptait, parmi ses chanteurs récitants, des Français d'un mérite reconnu qui ne figuraient sur aucun théâtre; tels que l'abbé Malines, basse excellente, Richer, ténor d'un grand mérite, les abbés de la Croix et Borel, etc. A sa mort, arrivée en 1778, l'abbé Malines légua sa cave à ses anciens compagnons, les chantres de Notre-Dame de Paris. Jamais ces virtuoses n'avaient été si délicatement et si largement abreuvés.
Empruntons une page au musicien Burney; ce touriste anglais va nous rendre compte du concert spirituel donné le 14 juin 1770.
— Le premier morceau fut un motet de Lalande, Dominus regnavit, à grand chœur, dit avec plus de force que d'expression. Le style de cette composition était celui d'un vieil opéra français; le second chœur avait pourtant quelque chose de neuf et d'agréable. Vint ensuite un concerto de hauthois exécuté par Besozzi, de Turin, neveu des célèbres hautbois et bassons du même nom. Je suis forcé de dire, pour l'honneur des Français, que le morceau fut très applaudi. C'est faire un pas vers la réforme que de tolérer déjà ce qui devrait être adopté. Le goût et l'expression de cet artiste sont admirables; mais il fait dans ses traits un usage trop répété des coups de langue qui, peut-être, occasionnent quelques faux tons, et ses noies ne sont pleines qu'autant qu'il les force. Sans doute il pense qu'il est nécessaire d'en agir ainsi dans une très grande salle.
» On ne peut se rendre compte de l'exagération que les Français donnent à leurs applaudissements, sans supposer qu'il soit possible d'aimer des choses opposées l'une à l'autre comme le jour et la nuit. Si la musique française est bonne, et son exécution agréable et naturelle, celle des Italiens doit être mauvaise; ou, pour changer de thèse, convenons que la musique italienne fournit tout ce que peut désirer une oreille impartiale et cultivée, la musique française sera loin d'avoir atteint ce même degré de perfection. Il est positif que les Français n'aiment pas la musique italienne; ils prétendent l'admirer et l'adopter, mais c'est affectation pure.
> Après le concerto de hautbois, M"e Delcambre cria VExaudiat Dcus avec toute la force de poumons dont elle était capable, et fut aussi bien accueillie que si Besozzi n'eût rien fait. Traversa, premier violon du
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prince de Carignan, dit ensuite un concerto dans le genre italien et fort bien ; même, en plusieurs passages, avec beaucoup de délicatesse et de facilité d'exécution. Mais ceci ne fut pas aussi bien reçu que YExaudiat : le violoniste et son œuvre n'avaient pas été compris.
» Mme Philidor vint chanter un motet de son mari qui puise largement dans les sources italiennes. Quoique ce morceau fût d'un meilleur genre, pour la mélodie et le style, qu'aucun de ceux de musique vocale précédemment chantés, on ne l'applaudit pas avec cet enthousiasme qui ne laisse pas de doute sur le succès. Un Beatus vir, à grand chœur et symphonie mêlé de solos, de duos, termina le concert. La hautecontre récitante beugla comme elle aurait pu faire, si on lui eût mis le couteau sur la gorge, et qu'il se fût agi de la vie.
» Quoique je fusse étourdi de tout ce bruit, je n'eus pas de peine à comprendre, par la satisfaction qui régnait sur toutes les figures, et la manière dont le motet venait d'être accueilli, que c'était là ce qu'ils sentaient et leur convenait le mieux C'est superbe! s'écriait-on de l'un et l'autre bout de la salle ; mais le dernier chœur mit le comble à tout. De ma vie je n'entendis pareil charivari. J'avais remarqué souvent que les chœurs de nos oratoires étaient trop fournis, trop bruyants; mais en les comparant à ceux-ci, leur musique est discrète, suave, mystérieuse, telle qu'il la faudrait pour inviter l'héroïne d'une tragédie au sommeil.
L'éternelle question de la rivalité des Français et des Italiens, à l'endroit de la musique, est ici traitée par un Anglais, juge impartial et compétent. Cet arrêt sera bientôt confirmé d'une manière plus solenm Ile par un Allemand, l'illustre Mozart. Si l'on croyait que ce récit ne fût pas exempt d'exagération, je l'accompagnerais d'une centaine de pages empruntées à nos écrivains de cette époque. Deux phrases suffiront pour vous faire connaître leur opinion. — Certains acteurs, actrices de l'Opéra chantent à pleine voix, avec des efforts incroyables, pour montrer la puissance de leur organe, de manière à faire trembler ceux qui connaissent l'anatomie. Tous les bons cœurs même en sont alarmés. »
Le Concert spirituel naviguait dans ces eaux, se comportait de la sorte, lorsque le fermier général de la Haye et le baron d'Ogny fondèrent le Concert des Amateurs, qu'ils établirent à l'hôtel de
Soubiseen 1770. Les Archives de la France et l'Imprimerie impériale occupent aujourd'hui ce manoir somptueux. Il fallait échapper aux inhibitions et défenses que le privilège du Concert spirituel fulminait contre toute entreprise de ce genre; on eut recours à des souscripteurs qui, payant les frais du nouveau concert, donnaient des billets à leurs amis, s'y rendaient euxmêmes, sans que l'on reçût de l'argent à la porte. En 1780, cette réunion musicale changea le lieu de ses exercices, vint s'établir à l'hôtel de Chamillard, qui devint ensuite l'hôtel de Gesvres et l'hôtel de Coigny, dans la galerie d'Henri III, rue Coq-Héron, et prit le titre de Concert de la Loge olympique.
Le comte d'Albaret,Piémontais, avait en même temps un concert en son hôtel, rue de Varennes, où ses musiciens vivaient comme dans un couvent. Ils ne pouvaient en sortir pour aller s'exercer ailleurs sans une permission, rarement accordée.
Mme Leclerc, chantant fort bien les compositions italiennes, était la prima donna du concert d'Albaret, où l'on venait tous les dimanches, à midi , au moyen de billets noblement offerts aux dilettantes.
L'abbé Delorme, ancienne haute-contre de Notre-Dame de Paris, avait établi dans sa maison de la Cité, rue Saint-Landri, un concert spirituel, sonnant tous les dimanches et fêtes, de cinq à neuf heures du soir. Ce concert, gratuit, à grand chœur et symphonie, où les amateurs figuraient parmi les professeurs, comptait quarante ans d'existence en 1779.
Gossec avait fait entendre des symphonies de sa composition, en 175A, au Concert spirituel; cette nouveauté plut infiniment. Chose singulière, éphéméride remarquable! Haydn, juste au même temps, écrivait sa première symphonie en Allemagne. Gossec, dirigeant le Concert des Amateurs, dont l'orchestre était excellent et le meilleur que Ion eût encore réuni dans Paris, le chevalier de Saint-Georges y conduisait les premiers violons, Gossec put donner plus de développement et de lustre à ses œuvres, il sut employer et combiner avec adresse les instruments à souffle pour en obtenir des effets nouveaux. La Syynphonie de Chasse, qu'il fit exécuter le 7 avril 1777, fut ac-
cueillie avec un tel enthousiasme que l'assemblée voulut l'entendre une seconde fois. Méhul s'est inspiré plus tard de cette composition en écrivant l'ouverture du Jeune Henri. La chasse (Je Gossec sonna pourtant au Concert spirituel, dont l'auteur avait pris la direction en 1773. Revenons à l'hôtel de Soubise, où l'on applaudissait depuis neuf ans les symphonies deToelsky, de Van Maldere, de Vanhall, de Slamitz, de Gossec, lorsque les symphonies de Haydn y firent leur explosion victorieuse, en 1779. Fontesky, violoniste polonais, les avait apportées en France. C'est dans la grande salle, aujourd'hui silencieuse, des Archives de la Nation, que les immortelles symphonies de Haydn ont sonné ponr la première fois. Ce maître en écrivit six de ses plus belles, sur la demande que la Société des Amateurs lui fit en 1784. Elles furent publiées sous le titre de Répertoire de la Loge olympique, les symphonies portant les noms de la Reine do France, Roxelane, etc., figurent dans cette précieuse série.
Xavoigillc aine, l'un des meilleurs chefs d'orchestre que nous ayons possédé, conduisait celui de la Loge olympique; on y remarquait, parmi les violonistes, Yiotti, Mestrino, Lahoussaye, Gervais, Rerthaume, Fodor, Jarnowich, Guénin, les deux Rlasius; parmi les violoncellistes, les deux Duport, les deux Janson, les deux Levasseur, et l'Anglais Crosdill, lorsqu'il était à Paris. Les instruments à souffle étaient gouvernés par Rodolphe 'cor), Rault et Ilugot (flûtes;, Sallantin (hautbois), Ozi, Devienne ^bassons).
Le mardi, jour de la troisième fête de Pâques, 178i, on rit beaucoup au Concert spirituel. C'était la dernière fois que la réunion musicale avait lieu dans cette salle. Sans quitter le palais des Tuileries, le Concert devait s'installer au théâtre de la cour. Ces transports de gaieté bruyante furent excités par une symphonie de Haydn qui termina la séance. Chaque musicien, après avoir exécuté sa partie, la mit dans sa poche, éteignit son luminaire, prit son instrument sous le bras et s'en alla. Tous les symphonistes firent retraite successivement et de la même manière. C'était une énigme pour l'assemblée, qui s'amusa de cette facétie avant de connaître l'intention du compositeur.
Les musiciens du prince A. Esterliazy n'étant pas d'accord avec les officiers de sa maison, donnèrent leur démission qui fui acceptée. Le jour de leur départ était fixé ; la veille, ils exécutèrent le dernier concert qu'ils devaient faire entendre au prince. Haydn composa, pour celte circonstance, une symphonie dont le finale est très singulier. C'est un morceau dans lequel les instruments récitent l'un après l'autre; àla fin de leur solo, Haydn avait écrit sur la partie : Soufflez la chandelle et partez .
En effet, le second cor et le premier hautbois s'en vont d'abord. Après eux, le second hautbois et le premier cor s'esquivent de la même manière; ensuite les bassons, les violes, les violons, les violonars, les violoncelles. Il ne reste qu'un second violon et le chef d'orchestre, qui seuls terminent la symphonie, l'un en jouant, l'autre en continuant de battre la mesure.
Le prince, étonné, veut savoir ce que tout cela signifie. Haydn lui dit que ses musiciens partent et montent successivement dans les voitures qui les attendent. Le prince descend dans la cour de son château, va trouver ces artistes, leur reprocbe avec sensibilité la manière dont ils l'abandonnent. Touchés de tant de bonté, les symphonistes rentrent au château, reprennent leurs places à l'instanl devant les pupitres, et, les chandelles étant rallumées, ils se si malenten attaquant une ouverture triomphante.
Telle est l'origine de la symphonie facétieuse que l'on fit entendre au Concert spirituel, avec toute la pantomine, la mise en scène réglées par l'auteur. LahoussayeetGuénin restèrent seuls dans l'orchestre et terminèrent le finale.
Le vi sioniste Pagin, élève de Tartini, s'était faitapplaudir avec trans; u I en exécutant les sonates et les concertos de son maître. Il mil léjà triomphé de cette manière au Concert spirituel, lorsqu'on le pria de varier un peu son répertoire. — La musique de Tartini sans doute est fort belle, mais toujours du Tartini! » Pagin promit de se conformer au vœu du public; il joua, reçut des témoignages plus bruyants encore de satisfaction de son auditoire, et lui dit : — Vous êtes enchantés, ravisdecetle musique, pourtant elle est encore du divin Tartini. » On le siffla; le violoniste indigné brisa son archet, en jeta les fragments à la face du
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public, et ne voulut plus se faire entendre qu'à ses amis- Le comte de Clermont, prince du sang, s'empressa d'attacher Pagin à sa maison et lui donna dix mille écus d'encouragement annuel.
Les sérénades républicaines imposèrent silence au Concert spirituel, à celui de la Loge olympique vers la fin de 1791. La révolution, qui venait de ruiner ces établissements, avait aussi détruit les pri\ ilèges, fléau destructeur, peste effroyable, qui depuis un siècle et demi tenait la France musicale dans l'abrutissement. De nouveaux concerts, dont rien n'empêchait le libre exercice et la publicité, furent organisés au Panthéon, salle de bal, sur l'emplacement de laquelle on bâtit ensuite le théâtre du Vaudeville, rue de Chartres; au Musée, au coin des rues de Valois et Saint-Honoré ; ce musée prit le nom d'Athénée lorsque son titre primitif lui fut enlevé parles galeries du Louvre, devenues musée de peinture et de sculpture; au cirque du Palais-Égalité (Palais- Royal ,, cirque pris en longueur au milieu du jardin, et creusé sous terre en partie; au Temple de Mars, rue du Bac, près de celle de Grenelle; à l'hôtel Lebrun, rue de Cléry, juste à l'endroit où l'on a percé la rue de Mulhouse; à la maison Wenzel, rue de l'Echiquier, au coin de la rue Hauteville; à l'hôtel ci-devant de l'Académie royale de Musique, rue Saint -Nicaise, où Fridzeri dirigeait l'entreprise; aux théâtres Feydeau, Favart, Olympique. Louvois, à l'Odéon, à l'Opéra.
Rétablis en 1807, pour la ruine de l'art et le désespoir des musiciens, ces privilèges furent vendus, en 181 i, au plus offrant, par des voleurs administratifs, vauriens que l'exécuteur des hautes-œuvres oubliait à dessein. Des fortunes scandaleuses ont été faites par ce moyen infâme. Il paraît que notre république n° 2, malgré ses intentions libérales, craint d'abolir ce genre de commerce. Les privilèges inventés pour organiser le vol, les subventions destinées à favoriser les voleurs, à les mettre à l'abri des poursuites judiciaires, ces monuments odieux de la féodalité musicale exi-tenl encore. Les trois quarts de nos musiciens seront jugulés, la nation entière sera musicalement déshéritée, qu'importe si quelques bureaucrates doivent s'enrichir ! 18i9.
Organisés dès l'année 1791, les concerts donnés à Feydeau
furent les plus remarquables. Rode, Alday, violonistes, Mlle Camerani, pianiste âgée de dix ans, y furent applaudis, le mercredi saint, jour de leur ouverture. A celui de la Toussaint, Jarnowich exécuta l'un de ses concertos, et l'ouverture de Démophoji fut dite et répétée.
L'orchestre excellent de ce théâtre, orchestre où figuraient de précieux auxiliaires appelés pour ces jours de grande cérémonie, n'était cependant pas encore à la hauteur des symphonistes de la Loge olympique. C'est là que je fus ravi d'entendre Garât, chantant le Stabat de Pergolèse avec Richer, le duo ù'Armide avec Mme Scio, des duos italiens avec Mlle Phillis ainée, avec Mme Rarbier-Val bonne ; Garât, passant tour à tour des airs nobles et religieux de Gluck aux brillantes folies des polonaises de Palma, de Trento ; passant de la tendre romance aux brûlantes créations de Mozart, à cet air Xon sb più cosa son, cosa faccio, que je n'ai plus entendu chanter depuis lors, à ce Pin cK han dal vi?w, ce 77 mio tesoro intanto, que Garcia, Rubini m'ont rendus trente ans après. Garât abordait tous lés genres et triomphait toujours; il enchantait son auditoire en disant Bouton de rose, la plus futile de toutes les cantilènes, et l'admirable scène du Sacrifizio d'Abramo. Quoique ce chef-d'œuvre de désespoir maternel eût été créé pour le rûle de Sara, pour une voix de soprane, jamais aucune cantatrice, pas même la diva Pasta, ne m'ont fait sentir aussi bien tout ce qu'il y a de charme et de vive expression dans l'ouvrage du maître.
Rode et Kreutzer se signalaient tour à tour par des solos d'apparat ou se réunissaient pour l'exécution d'une concertante. Le violoncelliste de Lamare y fonda sa réputation en prêtant la magie de son archet aux concertos, aux airs variés que M. Auber écrivait pour lui. Les formes élégantes, les effets d'une harmonie ingénieuse de ces œuvres, produites sous le nom de de Lamare, avaient été remarqués par les connaisseurs. Devienne composa ses meilleures symphonies concertantes pour les concerts de Feydeau. Hugot, Sallantin, Frédéric Duvernoy, Delcambre y firent entendre, avec le plus grand succès, la concertante pour flûte, hautbois, cor et basson de cet auteur.
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Les dix dérrtîèfes années du Concert spirituel furent les plus brillantes; la symphonie triomphait à l'hôtel de Soubise, l'orchestre en était merveilleux ; Legros et Berlhaume, en prenant la direction de l'entreprise rivale, s'empressèivnt de la rendre illustre par ses chanteurs. C'est alors, 1777, que Mlleï Farnesi, Davies, ouvrirent la lice à des cantatrices admirables, telles que Mmes Lebrun-Danzi, Todi, Mara, secondées par les ténors Ralï, Rauzzini, Davide, Babbini, Mengozzi. Louis Fischer, la première basse des théâtres de l'Allemagne, y fit sonner sa voix puissante et suave en 1783.
Le privilège du Concert spirituel avait empêché la famille Mozart de se faire entendre en public lorsqu'elle était venue à Paris. L'enfant prodige qui devait être le prodige des maîtres, joua du clavecin, improvisa devant la famille royale, et reçut des témoignages unanimes d'admiration. Ranim, Punto, Ritter, étaient réunis à Paris en 1778, lorsque Mozart, déjà célèbre y revint. Legros les avait appelés pour figurer à ses concerts; Mozart, le grand Mozart, écrivit une symphonie concertante pour hautbois, cor et basson, destinée à ces foudres de guerre. Le croira-t-on? Legros ne daigna pas la faire copier!
Ce que Wolfgang Mozart écrivait alors à Léopold Mozart, son père, s'accorde parfaitement avec ce que j'ai rapporté deBurney.
— Si l'on me fait écrire un opéra, j'aurai beaucoup de désagréments; mais cela m'inquiète peu: j'y suis habitué déjà. Mais c'est que cette maudite langue française est si chienne <hunds-fotti$ch)pom la musiqne! C'est vraiment une pitié! l'allemand serait divin en comparaison. Et les chanteurs, bon Dieu, les chanteurs! Ils ne méritent pas ce nom, car ils ne chantent point; ils crient, hurlent à pleine gorge du nez et du gosier. »
En effet, Larrivée, premier baryton de l'Opéra, chantait eu capucin, de telle sorte qu'un de ses auditeurs, plaisant de sa nature, s'écria : — Voilà un nez qui a une belle voix. »
Hélas ! Mozart n'en fut pas à la peine d'écrire un opéra français; i! ne put pas même obtenir un livret. Écoutons les plaintes de l'illustre musicien.
— Si j'étais dans un endroit où l'on eût des oreilles et un cœur,
quelque connaissance de la musique et un peu de gont, je rirais volontiers des intrigues qui se forment contre moi ; mais je me trouve dans un monde uniquement composé d'animaux et de brutes, musicalement parlant. Et comment en serait-il autrement? C'est ainsi qu'ils sont tous dans leurs faits, gestes et passions. Il n'y a pas dans l'univers un endroit comme Paris. Ne croyez pas que j'exagère, quand je parle ainsi de leur
musique Cependant me voilà ici. Je dois tout supporter, mon père,
pour l'amour de vous. Dieu veuille que je revienne d'ici le goût sauf. Je prie Dieu chaque jour de m'accorder la force de rester à Paris, de me permettre de faire honneur à la nation allemande ainsi qu'à moi-même.
— Le baron de Grimm et moi, nous exhalons souvent notre colère contre la musique d'ici, mais entre nous; car en public il faut crier bravo, bravissimo! en applaudissant à ouïra nce. Ce qui me fâche le plus en tout cela, c'est que messieurs les Français n'ont amélioré leur goût qu'en autant qu'ils peuvent supporter aujourd'hui la bonne musique; mais de reconnaître que la leur fût mauvaise, Dieu préserve ! et le chant ! ohimê! Je pardonnerais encore aux chanteuses de ce pays leurs brailleries françaises, si elles ne chantaient pas des airs italiens; gâter la bonne musique, voilà ce qui est vraiment intolérable! »
A cela, Mozart le père répondit comme un oracle :
— Il est fâcheux, sans doute, que les Français n'aient pas encore entièrement changé de goût ; croh moi, cela viendra peu à peu; refondre tout un peuple n'est pas une bagatelle. C'est assez qu'à présent les Français soient en état d'écouter le bon; insensiblement ils apprendront à connaître la différence. »
Ils la connaissent maintenant; mais ni le père ni le fils ne devaient être témoins de la conversion musicale de notre nation.
Gluck avait quitté Paris lorsque Mozart arriva dans celte ville en 1778; il y resta depuis le mois de mars jusqu'à la fin d'octobre suivant. Ainsi tout ce que certains feuilletonnistes ont fait dire à Gluck par Mozart, au sujet de la mauvaise fortune (¥Alceste, repiésentée en 1776, les prédictions de Y enfant musicien (un enfant de vingt-trois ans !) les larmes versées dans le sein de l'illustre maître, sont des inventions de littérateur ignorant.
Mozart logea dans un hôtel garni de la rue du Gros-Chenet pendant les huit derniers mois de son séjour à Paris. Changer l'ignoble dénomination de Gros-Chenet en donnant à cette rue
le 'nom de Mozart, me semble doublement avantageux pour nous. Il me suffira peut-être d'en avertir nos édiles.
Lafont (Charles-Philippe), de Paris, reçut les premières leçons de musique et de violon de sa mère, sœur de Berthaume, il apprit à chanter sans maître, et produisit sa voix avec succès aux concerts de Feydeau. Plus tard, élève de Kreutzer, de Rode, il brilla comme violoniste aux concerts donnés à l'Opéra, au théâtre Olympique en 1805 et 1806.
Libon (Philippe), de Cadix, se fait applaudir en exécutant un concerto de violon de sa composition, dans le concert qu'il donne au théâtre Olympique en 1800.
Baillot (Pierre-Marie-François de Sales), de Passy, longtemps amateur, se fit entendre pour la première fois, comme artiste, en 1795, au concert de la maison Wenzel, rue de l'Échiquier, en exécutant le lie concerto de Violti.
Romberg (Bernard), de Dinklage, près de Munster, chef de l'école de violoncelle d'Allemagne, obtient le plus grand succès, en 1800, aux concerts Cléry, comme à ceux du théâtre Olympique.
Baermann (Henri), de Potsdam, clarinettiste célèbre, figure aux concerts donnés au théâtre Favart, en 1817, [ ar MmeCatalani.
Rode (Pierre), de Bordeaux; Viotti, son maître, le fit débuter, en 1790, au théâtre de Monsieur (Feydeau), dans l'entr'actes d'un opéra italien ; il y joua le 13e concerto de Viotti. Plus tard, il exécuta les 3e, 13e, lie, 17e et 18e concertos du même auteur aux concerts de Feydeau. La beauté de cette dernière composition fut si vivement sentie, l'habileté de l'exécutant si bien appréciée, que le public voulut entendre cet admirable 18e pendant trois soirées consécutives de la semaine sainte.
Tulou (Jean-Louis), de Paris, se produit pour la première fois dans un concert d'apparat, donné par Mme Catalani, dans la salle de l'Opéra. Ce jeune flûtiste balança le succès de la prodigieuse cantatrice. 1806.
Mme Paravicini, de Turin, violoniste, élève de Viotti, se fait entendre, avec succès, au théâtre Olympique, en 1797, aux concert de Fridzeri, en 1801.
SIXIÈME ÉPOQLE,