‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 51 sur 69 · PUITS ARTÉSIENS · texte numérisé non relu

PUITS ARTÉSIENS

Les entrepreneurs de notre Théâtre-Italien, voulant offrir à Rossini des étrennes qui devaient lui plaire, expédièrent à ce maître, vers la fin de 1837, un assortiment complet d'appareils, d'ustensiles pour le forage des puits artésiens. Le prix de ce cadeau, les frais de transport, s'élevèrent à 12,000 francs. Severini me dit alors :

, — Cel envoi coûte 0,000 francs à mon associé Robert, et m'en fait gagner 6,000. J'avais l'intention d'établir à ma campa à Bologne, un équipage de puits. J'ai le plaisir [l'être oui cable à Rossini, je lui fais un cadeau précieux, et c'est à moi que nous donnons ces ustensiles. Us seront sur place au moment où je quitterai Paris. Trop insouciant pour entreprendre un puits dès longtemps rêvé, combiné, Rossini me les prêtera : je \ais forer et perforer toute une colline. »

Vains projets! le H janvier 1838, Severini trouvait la mort dans l'incendie du Tbéàlre-Italien. Il n'eut pas le temps de disposer d'une part de sa fortune (1,500,000 francs) en faveur de quelques amis, et de tenir à leur égard des promesses verbales, cent fois réitérées.

Klaprotli, Allemand de haute science, écrivant fort bien en français dans nos journaux, Klaproth n'ayant pas toujours de quoi payer son logement et son couvert à la table de l'hôtel d'Italie, placé vis-à-vis du Théâtre-Italien, propose à la maîtresse de la maison un échange qu'elie accepte. Klaproth sera nourri, logé, soigné confortablement jusqu'à la fin de sa vie, et sa bibliothèque, léguée par testament, doit acquitter un jour sa dépense. Ce jour fatal ayant sonné, l'héritière prend possession des livres précieux, assemblés, choisis de longue main par un bibliophile des plus experts. Ces manuscrits, ces imprimés remplissaient deux chambres que la dame voulait rendre à leur première destination, en y logeant des voyageurs. Commensal de l'hôtel d'Italie, ami de la maison, Severini dit à l'héritière de Klaproth : — Puisque ces livres ne doivent servir à personne avant que vous ne trouviez à les vendre convenablement, je puis vous en débarrasser, en leur donnant asile dans les combles du théâtre. » Ils y furent portés et dévorés par l'incendie.

Page 1