‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 54 sur 69 · A L'ODÉON · texte numérisé non relu

A L'ODÉON

Roberto Deverevà, Cammarona. Donizetti ; 27 décembre 1838.

Écrit à Naples, 1836, pour Barroilhet, Bassalona, Mme Ronzi de Begnis.

VElisire d'Amore, Scribe et Romani, Donizetti; 17 jan- \ier 1829. Lablache, Tamburini, Rubini, Mme Persiani. Ouvrage fort agréable, exécution ravissante, grand succès.

1839, 17 octobre, brillant début de Mario.

1845, Ronconi, Dulcamara très plaisant.

1851, Lablache, Calzolari, Mlle Caroline Dupiez.

1852, 7 décembre, Mlle Vera.

Tneï de Castro, Persiani; 24 décembre 1839. Mme Persiani.

Lucrezia Borgia, Donizetti; 27 octobre 1840. Donnée sous le titre de la Rinegata, le 14 janvier 1845. M. Victor Hugo contesta devant les tribunaux le droit que les Italiens s'étaient arrogé de s'emparer des drames français pour les arranger en livrets d'opéras représentés en France. Il gagna son procès, et Lucrezia Borgia devint la Rinegata, quand on eut suffisamment dénaturé la pièce en changeant le lieu de la scène et les costumes. Les Italiens de la cour d'Alexandre VI, pape, furent métamorphosés en Turcs. Ce double travestissement nuisit beaucoup à l'opéra de Donizetti. VErnani de Verdi dut éprouver le même désagrément en 1846. Les auteurs primitifs de la Pie voleuse, de la Grâce de Dieu, etc., joignirent leurs réclamations à celles de M. Victor Hugo, des préliminaires de paix furent signés, et ies auteurs français permirent de représenter la Gazza ladra, Linda di Chamouni, Lucrezia Borgia, Ernani, etc., sans changements, moyennant une indemnité convenue. Voyez, page 273 de ce volume.

4o6 THEATRES LYRIQUES DE PARIS.

Béatrice di Tenda, Bellini; 8 février 1841. 1854, 22 avril, Graziani, Mme Frezzolini.

A VENTADOUR

La Vestale, Mercadante; 23 décembre 1841.

stabat Mater, Rossini; 7 janvier 1842. Lablache, Tamburini, Mario, Mme3 Albertazzi, Grisi.

— Que pensez-vous du Stabat de Rossini? est-ce de la musique religieuse? cette œuvre n'a-t-elle pas un caractère dramatique et théâtral? — C'est de la belle musique admirablement exécutée; lorsque vous l'aurez entendue huit ou dix. fois, encore, et que nous serons au repos, de séjour, après la cadence d'un repas harmonieusement ajusté, nous traiterons cette question de haute philosophie. En attendant, sachez que le symbole de Nicée, le Credo, est un drame complet, la messe, un opéra sublime, et que les madones de Raphaël et de Murillo sont des miracles de beauté gracieuse. » C'est ainsi que je répondais aux dilettantes frivoles, aux rigides sectateurs de l'art chrétien.

Le Stabat Mater de Rossini fut exécuté quatorze fois dans sa nouveauté; ce chiffre seul témoignerait du succès de cette œuvre. Elle fit entrer plus de cent mille francs dans la caisse de M. Dormoy, directeur. Depuis lors on a redit le Stabat au moins six fois chaque année. Voici les noms des artistes qui l'exécutèrent en 1854, Dalle Aste, Florenza, Graziani, Neri-Baraldi, Mario, Mme* Alboni, Ernesta Grisi, Weith, Frezzolini. De nombreux auxiliaires étaient venus se joindre au chœur, à l'orchestre, selon l'usage établi dès 1842.

1856, 21 mars; Mario, Carrion, Mongini, Everardi, Angelini, Mmes Grisi, Frezzolini, Penco, Borghi-Mamo.

Une ouverture de Mercadante, composée expressément pour le Stabat Mater de Rossini, est exécutée.

L'abondance, la variété des mélodies, leur caractère tour à tour sombre et suave, pompeux et brillant, d'une touchante mélancolie, un orchestre vivement coloré, toutes ces qualités précieuses qu'une exécution ravissante mettait au grand jour, lancèrent à l'instant le Stabat de Rossini dans la plus haute

région du succès. L'Europe, que dis-je? l'univers entier se disputa ce trésor de sainte mélodie. L'Allemagne, la sévère et docte Germanie, qui, d'abord avait montré sa défiance, oserai-je dire son mépris, pour une œuvre religieuse venant de la même source que les joyeusetés charmantes de Mustafa, de Figaro, de Magnifico; l'Allemagne séduite, convertie, se joignit à la foule, au torrent des admirateurs du nouvel oratoire, digne frère du Ciro in Babilonia, du Mosè. Comme si le génie avait des bornes, comme si les auteurs d'un Stabat célèbre, de tragédies religieusement sublimes, Pergolese, Racine, pères harmonieux de l'Église, n'avaient pas crayonné les drôleries de la Sena Padrona, des Plaideurs. Drôleries dont Pergolese a laissé des traces notables dans son hymne affectueuse et lugubre.

Les ecclésiastiques abondant aux solennités nombreuses du Stabat de Rossini, plusieurs me disaient : — Après ce Stabat, il nous faudrait une messe du même auteur. En a-t-il jamais fait? — Non, et voici comment je le sais. Un soir, au théâtre Favart, tandis que l'on disait en scène l'admirable quintette en la bémol, du finale de la Donna del Lago : Crudele sospetto ! Cet ensemble vocal me parut convenir si bien à ces paroles de la messe : Qui tollis peccata mundi, que je les chantai dans le petit foyer en présence de Rossini, lui disant: — Vous avez sans doute emprunté ce fragment à quelque messe de votre composition. — Point du tout, c'est un effet du hasard. Je n'ai jamais rien écrit pour l'église. — Avec une vingtaine de ces hasards on pourrait compléter une messe admirable. — Complétez, cela vous regarde. » Je n'en fis rien pourtant; mais je poursuivis mon Rossini, lui chantant : Qui tollis, qui tollis peccata mundi, sur l'air de la Donna del Lago. Si la plaisanterie n'avait rien de neuf, de piquant, les répliques du maître étaient du moins fort originales, et notre auditoire m'encourageait à les provoquer ainsi.

Dix-sept ans après, en 1854, je vais faire encore un pèlerinage à Mormoiron, villette du département de Vaucluse, où je possède une infinité de rejetons, miei rampolli. Je retrouve en ce benoît pays la société chorale dont M. l'abbé Peytié, recteur du canton , Choron de notre époque, est le fondateur et le chef:

m THÉÂTRES LYRIQUES DE PARIS.

quatre-vingts chanteurs, animés d'un saint zèle, exécutant Beethoven et Cimarosa, Weher, Gluck, Salieri, Cherubini, Mozarl et Rossini. Orchestre vocal dominé par de nombreux sopranes féminins, auxiliaire tellement précieux qu'il est indispensable. J'assistais à l'une des répétitions de la société, lorsque le fameux Qui tollis peccata mandi se présente à ma mémoire, et je le dis au clavier en nommant son auteur. — Comment ! une messe de Rossini? » s'écrie le doyen maître de chapelle. — Oui, la messe de la Donna ciel Lago. — Qu'importe ! ce chant n'est-il pas solennel, religieux au suprême degré? Voyons, voyons ! continuez, en avant! — Impossible, je n'en sais pas davantage. — Répéteznous dix, vingt fois cet admirable fragment, ce Qui tollis délicieux à qui vous allez donner tête et queue, pour en former une messe flambante, solennelle, ravissante, digne sœur du Stabat Mater. »

Je le redis tant de fois qu'il l'apprirent; mais il était nuit close quand j'eus fini tous ces da capo. — Les loups, rossignols du Ventour, se sont mis en campagne, dit le primo baritono, quel dommage s'ils vous mangeaient avant que notre messe de Rossini fût achevée! Après, je ne dis pas... En attendant, nous allons protéger votre retraite. » Et le chœur m'accompagne, en chantant Qui tollis peccata mundi jusqu'au manoir de Pavoyère : trois kilomètres.

Parodier un air est déjà chose assez difficile, bien qu'il soit permis de tourner apiacere les paroles nouvelles que l'on ajuste à la musique donnée. Mais adapter le texte immuable de la messe à des mélodies qu'il faut conserver dans toute leur pureté; maintenir un parfait accord de sentiment, de couleur, d'expression entre les éléments épars que vous réunissez ; maintenir cet accord au point de faire croire que ces chants dépaysés ont été composés pour leurs paroles nouvelles, hoc opus, hic labor est. C'est ainsi que Gluck arrangea ses opéras français. J'arrivai cependant au but; cène fut pas sans peine et sans bonheur. J'avais terminé la Messe de Rossini lorsque je me vis forcé de rentier à Paris. Ne pouvant assister à l'exécution que l'on en fit le jour de Noël, on me rendit compte de cette solennité, de la seconde

plus satisfaisante encore que la première. Des centaines de pèlerins se rendent à ces fêtes religieuses, musicales; et, dans aucune ville de France, le service divin n'est célébré mélodieusement avec autant de fréquence, de soin et surtout de variété qu'à Mormoiron. ,

L'autre jour, 14 mars 1856, dans une longue promenade faite avec Rossini sur le boulevard, je lui rappelai ce Qui tollispeccata mundi , et lui dis : — Notre messe est terminée, bien mieux ! on l'a chantée deux fois. » Et voilà subito l'illustre maître de chapelle faisant l'appel nominal de tous les morceaux que je lui chantais sotto voce.

— Credo in unit m Deum ?

— Ecco rident e in cielo.

— C'est en chœur au moins que vous l'avez traité.

— Sans doute, n'était-ce pas sa forme primitive dans Aureliano in Palmira?

— Bravo, parfait ! je ne me doutais pas d'avoir fait un Credo, si majestueux et si bien prosodie.

— Le Kyrie ?

— Santo imen! choeur religieux (YOtello.

— Christe eleison?

— Quintette en canon de Mosè.

— Incarnatus ?

— Prière de Ninetta.

— Crucifixus ?

— Chœur des ténèbres de Mosè.

— Passons du solennel, du triste au gai. Cum Sancto-Spiritu , Et vitam venturi sœculi, c'est là que les maîtres placent leurs fugues pleines de vivacité, quelquefois de brillante folie.

— Je me suis emparé des strettes animées du quintette de Cenerentola, du finale de Semiramide.

— Bien trouvé 1

— Permettez que je vous soumette le manuscrit de votre messe.

— Non pas; je la verrai quand elle sera gravée, imprimée. C'est un vrai tour de force, heureusement accompli, je vous

réponds du succès, peut-être vous fallait-il encore celui-là.»

Trois chevaliers nous arrêtent, et Rossini me présente à leurs seigneuries, disant : — Ce vénérable et saint patriarche est mon second père, c'est lui qui m'a traduit en français, en provençal, en latin, et m'a fait prendre possession d'un empire nouveau. Ce n'est pas tout; le gaillard veut maintenant me conduire au paradis. Je m'en alarme peu ; je crois qu'il n'est pas bien pressé de se mettre en route. »

Saffô, Pacini; 15 mars 1842, début de Bassadona, ténor.

Linda di Chamowni, Donizetti ; 17 novembre 1842. Lablache, Frédéric Lablache, Tamburini, Mario, Mmes Brambilla (Marietta), Persiani.

Don Pasquale, Donizetti ; 4 janvier 1843. Lablache, Tamburini, Mario, Mlle Grisi. Ouvrage fort agréable, exécuté dans la perfection. Ecrit à Paris. Voyez Ser Marcantonio, page 367.

Belisario, Donizetti ; 24 octobre 1843, Morelli, Corelli, début de Fornasari, basse, Mmes Grisi, Nissen, Bellini.

Maria di Rohan, Donizetti; 20 novembre 1843, Ronconi, Salvi,Mlles Brambilla (Marietta), Grisi.

Ronconi, beau chanteur, qui s'était montré si comique dans ses rôles de bouffe, fait preuve d'un grand talent de tragédien.

Il Fantasma, Persiani; 14 décembre 1843. — 1845. Écrit à Paris.

Corrado d'Altamura , Ricci (Frédéric , frère de Louis) ; 15 mars 1844.

Nabuchodonosor, Verdi; 23 octobre 1845. Dérivis (Prosper), Ronconi, Corelli, Mlle Brambilla (Teresa). Succès; début de l'auteur à Paris.

1846, 29 octobre, Mlle Brambilla (Pepina).

Gemma di Vergi, Donizetti; 16 décembre 1845.

Il Proscritto {Ernani), Verdi; 6 janvier 1846.

Scaramuccia, Ricci (Frédéric); 26 février 1846.

La Fidanzata corsa, Pacini; 17 novembre 1846.

I Due Foscari, Verdi; 17 décembre 1846, Coletti, Mario, M"e Grisi.

Andremoa Parigi? Balocc h i et H. Dupin, Rossini; 26 oc-

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tobre 1848. C'est il Yiaggio a Reims mis en deux, actes, avec des changements dans le livret. Un joli duo de Maria Padilla, chanté par Mmes Persiani et Castellan, est ajouté dans le second acte. Voyez, page 423.

La Figlia del Regimento , Donizetti ; Calzolari , Ferranti , Morino, Mmes Sontag, Grimaldi. 1850, 29 novembre. Rentrée de Mlle Sontag, que son mariage avec le comle Rossi , ambassadeur du roi de Sardaigne, éloignait depuis vingt ans de la scène. Agée de quarante-cinq ans, notre virtuose a conservé la vigueur et l'agilité de sa voix. Grand et nouveau succès.

La Tempes ta, d'après Shakspeare, livret de M. Scribe traduit en italien, musique de M. Halévy. Opéra composé pour le grand théâtre italien de Londres, et produit avec peu de succès en cette ville, malgré le concours de Mme Sontag, de Mme Rosati , ballerine charmante, deLablache, Caliban à nul autre second, acteur, chanteur qui semblait créé, mis au monde tout exprès pour représenter ce type fantastique de Shakspeare.

La Tempesta ne réussit pas mieux à Paris, le 25 février 1851. Lablache, Gardoni, Colini, Morino, Soldi, Mmes Sontag, Rosati, Ida Rertrand, Giuliani.

Le Tre Nozze, Rerettoni, Alary; Lablache, Ferranti, Gardoni, Mmes Sontag, Ida Bertrand, Giuliani. 3 mars 1851.

Fidelio, Beethoven ; Calzolari, Belletti, Fortini, Soldi, Susini, MIIes Sophie Cruvelli, voix riche, pompeuse et mal gouvernée, Corbari. 31 janvier 1852.

Luisa Miller, Verdi; Bettini, Valli, Susini; Fortini, Soldi ; M»eS Sophie Cruvelli, Nantier-Didiée, Grimaldi. 7 décembre 1825.

IlBrato, Mercadante; Bettini, Belletti, Guidotti, Fortini, Picasso, M™" de La Grange, brillante cantatrice, Beltramelli, Dompieri, Dessini. 12 mai 1853.

Après 41 ans d'existence en Italie, et 37 ans en France, l'Italiana in Algeri est reprise avec succès le 14 janvier 1854. Gardoni, Rossi, M1Ie Alboni, beau talent, voix charmante, limpide.

Calzolari, Belletti, Ferranti, Dareni, Mm" d'Angri, Amigo, Grimaldi, l'avaient représentée le 26 février 1851.

Nina pazza per Amore , Coppola; Napoleone Rossi, Gardoni; Mlle Alboni. 6 mai 1854.

Il Trovatore, Verdi, Gassier, basse très chantante, énergique et suave; Graziani, baryton distingué, chanteur agréable, Baucarde, Mme' Frezzolini, beau talent, Borghi-Mamo, contralto ai cartello. Succès. 23 décembre 1854.

1855, 1856, Mario.

Mm< Gassier, cantatrice brillante, soprano sfogatissimo , ne figurait point dans ces pièces nouvelles, mais elle était fréquemment applaudie dans plusieurs rôles de l'ancien répertoire.

Voyez Planches, page 217.

Gli Arabi nelle Gallie, Pacini, mis en scène par l'auteur; Gassier, Florenza, Baucarde, Mmts Bosio, Borghi-Mamo. 24 janvier 1855.

Fiorina, Pedrotti; Everardi, baryton agile mais étoffé, Carrion, Soldi, Mmes Penco, très jolie, talent à son aurore, et donnant plus que des espérances, Martini. 8 décembre 1855.

L'Assedio diFirenze, Corghi, Bottesini ; Angelini, Graziani, Mario, Zucchelli, Rossi, Mn,es Penco, Dali' Ancse. 21 février 1850.

Violonariste d'une habileté prodigieuse, M. Bottesini ravit son auditoire en exécutant plusieurs thèmes variés sur l'instrument colosse de l'orchestre. Paganini du violonar, l'audacieux virtuose met son éléphant au galop, et lui fait moduler un ramage de fauvette, de rossignol. Ce merveilleux intermède est offert au public à la seconde représentation de l'Assedio di Firenze, après le premier acte de cet opéra. Double victoire pour l'auteur chef d'orchestre.

1856, 5 mars, incendie et destruction du théâtre de Coven- Garden, à Londres. Les Anglais lui donnaient le nom de Temple de la musique et du chant. De précieux manuscrits sont dévorés par les flammes.

LOPKRA-ITALIEN.

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