‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 6 sur 69 · FLORENCE · texte numérisé non relu

FLORENCE

Grongnart, délivre-moi la teste, Car je ne l'ose recueillir.

(1) Des marins de Dieppe amenèrent en France quelques nègres sauvages. On imita la danse, les contorsions, les pas extravagants de ces Africains ; et comme ces nègres venaient des iles Canaries, on donna le nom de Canaries à la danse française qui reproduisait les figures et les pas de la danse africaine. La morisque, exécutée avec une infinité de grelots attachés aux jambes, ressemblait aux Canaries dansées dans Ârmide, opéra de Lulli. Planches, 53.

(2) C'est-à-dire qu'il attaque l'air, marque le rbythme d'un cordéon, espèce de danse imitée de la cordace des Grecs.

— Icy prent Grongnart la teste, et la mest dedans le plast. »

Or tenez, portés la bouillir, Rostirou faire des pastés.

Florence apporte le plat, et le pose sur la table du roi, devant Hérodias, qui se jette dessus comme une furie, — et frappe d'ung cousteau sur le chef de saint Jehan, et le sang en sort. »

Pendant ce temps-là, Dieu le Père, accompagné de l'ame de saint Jean-Baptiste va descendre aux limbes, pour annoncer aux justes leur prochaine rédemption. Les anges chantent dans le ciel les louanges de ce grand prophète.

XXX. L'esprit de saint Jehan dans les limbes console les âmes des patriarches et des autres fidèles, et leur annonce la venue du Messie.

— Icy chantent ez limbes ung silete,» chœur solennel. »

Le Saint-Esprit descend sur les apôtres , et la sainte Vierge en remercie Dieu le Père en exécutant cette cavatine finale dont le rhythme est excellent.

Haulte Trinité,

Parfaite unité,

Singulière essence;

A ta majesté

Qu'il soit protesté

Los et préférence,

Car par ta clémence,

En notre présence

Nous as envoyé

L'Esprit de science

Qui notre crédence

A fortifié.

S'il ne m'est pas permis d'enregistrer le titre du premier mystère produit en scène, et la date de sa représentation, je puis du moins vous signaler ici le dernier de tous. C'est par f Adoration des Rois, tragédie sainte mêlée de chants, qu'en 1825 les habitants de Pernes ont fait la clôture, sans doute définitive, de ce genre d'exhibitions dramatiques. Si l'on excepte les prophéties, que le grand prêtre lit en latin, de temps en temps, la pièce est

toute en couplets chantés sur le même air, et taillés sur ce modèle :

Père éternel, ô seul Dieu que j'adore,

Je suis parti du climat de l'aurore ;

Je vais errant, cherchant ce nouveau roi;

0 Saint-Esprit, de grâce guidez-moi ! planches, 17.

L'auteur est inconnu ; son style, quoique barbare, ne semble pas remonter à plus de trois cents ans. L'Adoration des Rois avait été mise en scène à Monteux, en présence du préfet de Vaucluse Delattre, avec un grand appareil de décors, de costumes, de chœurs et de symphonie, le 4 mai 1808. Cinq cents acteurs et comparses figuraient sur le théâtre immense que l'on avait élevé contre le rempart, en dehors, près de la grande route d'Avignon à Carpentras. Commencée à huit heures du matin, la représentation n'était pas terminée à cinq heures du soir. Les rôles de la Sain te- Vierge, de la reine de Judée et de leurs suivantes, étaient remplis par des femmes : heureuse et seule innovation qu'on se fût permis en cette circonstance; les us et coutumes traditionnels avaient été fidèlement suivis pour tout le reste. J'assistais à cette exhibition curieuse.

Après le succès obtenu sur le théâtre en plein air de Monteux, et les applaudissements furibonds, prodigués par un auditoire de trente mille admirateurs , l'Adoration des Rois se promena dans plusieurs autres communes de l'arrondissement de Carpentras, et finit à Pernes le cours de ses triomphes. On ne manqua point de donner aux acteurs le nom des personnages qu'ils avaient représentés, et beaucoup de ces comédiens de campagne conservent encore le sobriquet indélébile de l'Ange , de Saint- Joseph, du Roi Maure, de Satan ou ù'Hérode.

Au moment où je venais d'écrire ces pages, on m'apporte un journal où je lis cette annonce :

— Ober-Ammergau (Bavière). Les Mystères de la Passion seront représentés ici dans le courant de mai , juin, juillet, août et septembre (1850). Le théâtre est en plein vent, et rappelle par sa construction celui des anciens Grecs. Le proscenniurn est à découvert; de deux cotés Use prolonge dans les rues de Jérusalem. Au milieu s'élève un théâtre

plus petit, qu'on peut fermer par un rideau. Les trois éléments dont se compose le spectacle sont : les chœurs, les tableaux vivants et l'action dramatique. Pendant les entr'actes, le chœur prend place sur le proscennium,\i\ entonne des hymnes ou des cantiques se rapportant à l'action que l'on vient de voir ou qui va s'accomplir sous les yeux des spectateurs. »

Les confrères de la passion n'auront par conséquent pas fait la clôture définitive de leur théâtre à Monleux, à Pernes, ainsi que je le croyais.

Douze représentations des Mystères, dont la dernière est du 30 septembre, ont produit 25,000 fr. de bénéfice, qui doivent être employés à des travaux utiles à la ville d'Ober-Ammergau. Les quatre cents acteurs figurant dans ce drame appartenaient tous à cette commune; ils ont reçu pour chaque représentation un prix égal à celui d'une journée de travail, isso.

Les chansons, les complaintes rustiques et populaires, improvisées par les bergers, les buveurs et les amoureux, sont de précieux restes des cavatines et des chœurs chantés dans les représentations des Mystères. Chefs-d'œuvre d'auteurs inconnus, ces mélodies charmantes et naïves devinrent des chansons ou des cantiques adoptés par l'Église; d'autres, ornées de toutes les fleurs du contrepoint, formèrent le motif principal d'un motet, d'une messe, qui prenait le nom de la cantilène favorite. Voici les titres de quelques œuvres de musique sacrée de l'ancien temps : Missa ad imitationem modulorum, j'ai couru tous ces bocages; Mo tel us ad imitationem modulorum, videz vos flacons;

messes, Amour me bat, de JOSquin Despi'ez; A l'ouibre d'un buissonnet , de Brumel ; D'un petit mot , de Créquillon ; Dites-moi

toutes vos pensées, de Jean Mouton; Baisez-moi, ma mie, de Pipelare; Mon mari m'a diffamée, dont nous parle Baini , tome I, page liO, et beaucoup d'autres que l'on avait fait succéder à la messe de l 'Homme armé, dont le thème était l'air de la chanson de Roland.

Les compositeurs habiles se contentaient le plus souvent du modeste office d'arrangeur en brodant le motif donné, la cantilène devenue voix-de-ville en courant les rues. Quand un

L'OPÉR A-ITALIEN. Si

air était populaire à ce point, nos anciens disaient : — Les enfants en vont à la moutarde ; » c'est-à-dire, le chantent en allant faire les petites emplettes du ménage. Annibal Gantez écrivit une messe au moment où Louis XIII envoyait des secours à Candie; afin de mettre son œuvre à la mode, il chanta son Kyrie eleison sur l'air : Allons à Candie, allons, chanson faite à cette occasion, et que tout le monde savait.

Les motels d'Adam de la Halle se composent du plain-chant d'une hymne, d'une antienne, misa la basse avec les paroles latines, sur lequel une ou deux autres voix posent un contrepoint fleuri modulé sur des paroles françaises de chansons d'amour, souvent très gaillardes. Ces motets mi- partis, dont l'ensemble devait être assez réjouissant, se chantaient dans les processions.

Les cantiques, les noëls, les révéyés (1) de la Provence, les refrains des Pyrénées, nous ont transmis une infinité de cantilènes élégantes, d'un tour original, qui réclament et favorisent l'adresse d'un harmoniste intelligent. Elles ont une autre allure que les romances de la plupart des faiseurs de notre époque, banalités passant de la tonique à la dominante, basse de timbales, harpèges doigtés pour un caniche.

La musique de chambre et de théâtre du seizième siècle n'atteindra que longtemps après la perfection des vingt-trois mélodies rustiques et populaires données sous les nos 12 à 22. J'aurais voulu pouvoir en reproduire un plus grand nombre.

(1) Chants de réveil, aubades. Les jeunes filles provençales, allant au rendezvous commun pour les filatures, pour cueillir la feuille des mûriers, les olives ou les raisins, se réveillent les unes les autres en chantant de vieux refrains ou des chansons nouvelles . J'ai ramassé beaucoup de ces révéyés sur les chemins, en passant près des arbres sur lesquels ces rossignolettes chantaient. J'en ai publié douze, sous le titre de Citants populaires de la Provence. La tradition ne nous avait conservé qu'une part des airs de Saboly, François Segui n a trouvé le manuscrit des Xoëls de ce poète musicien, dont il a mis en vente une édition complète, à-n-Avigaon, avec musique et piano pour l'accompaguement. Les deux pièces de cet ingénieux auteur, que je donne, pages 21 et 23 des Planches, recommandent suffisamment cette publication, où l'on trouvera d'autres airs de l'ancien temps sur lesquels Saboly mesurait ses couplets, Un volume in-4.

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