PREMIÈRE ÉPOQUE
DU 1er AU 16 OCTOBRE 1548.
Le mélodrame italien fait son entrée à Lyon, 1548. — Combats de gladiateurs, naumachie. — Sophotiisbe, de Saint-Gelais; Orphée, de Jodelle, tragédies avec des chœurs. — Ballet ambulatoire de Diane chassant avec ses nymphes. — Le Brave ou Taillebras, comédie mêlée de chants. — Ballet comique de la Royne, 1581. — Ballets que le duc de Montmorenci fait mettre en scène à Toulouse, 1630. — Tragédies avec chœurs et ballets exécutés dans les maisons professes des Jésuites. — Ballet des Amours de Diane et d'Endymion. — Le cardinal de Richelieu envoie à Rome l'abbé Mazarini ; objet important et mystérieux de cette ambassade.
Après son avènement à la couronne de France, en 1547, Henri II alla visiter les frontières et les places fortes du royaume. C'est en revenant du Piémont qu'il fit son entrée solennelle à Lyon, le 27 septembre 1548. De brillantes fêtes célébrèrent la venue du roi. Cette ville, d'origine romaine, voulut donner des spectacles romains. Elle commença par un combat de gladiateurs (vêtus de satin), suivi de naumachies, et termina ses divertissements par une tragédie antique, ornée de chants, de chœurs, de danses, et de machines opérant à vue les changements de décors
Le mélodrame italien fit son entrée en France à la suite de Henri II; il déploya toutes ses merveilles à Lyon, le 1er octobre 15'*8, par la représentation d'une tragi-comédie en musique dont le titre ne nous a pas été transmis. Paradin , en ses Mémoires de V histoire de Lyon, Brantôme, en ses Capitaines français, chapitre de Henri h, font une longue description de ces fêtes et des singularités que l'on y remarque. J'emprunte une page à Brantôme.
— La quatrième belle singularité, ce fut ceste belle tragi-comédie, que ce grand et magnifique cardinal de Ferrare, primat de la Gaule et archevêque de Lyon, fit représenter en ceste belle saile qui parest encor, qu'il fit ainsy accommoder comme on le void : car r aradvant, c'estoit une chose vaste, layde et sans aucune forme de beauté ni gentillesse, comme un certain galletas ; car on dict qu'il despendit en la représentation de ceste tragi-comédie plus de dix mille écus ; ayant faict venir à grands cousts et dépends des plus excellens comédiens et comedientes d'Italie : chose que l'on n'avoit encores veu, et rare en France: car paradvant on ne parloit que des farceurs, des conards de Rouan, des joueurs de la basoche, et austres sortes de badins et joueurs de badinages, farces, mommeries et sotteries : mesmes qu'il n'y avoit pas long temps que ces belles tragédies et gentilles comédies avoient été inventées, jouées et représentées en Italie, et dict-on, et le treuve on par escrit que ce> fut le pape Léon dernier Léon X) qui le premier les mist en vogue, mesmes qu'on luy reprochoit qu'il aimoit trop ces manières de gens et s'y amusoit trop, après qu'il se vist délivré un peu d'un grand embarras d'affaires qu'il avoit eu sur les bras.
» Il se trouve encore une tragédie très belle de Sofonisba (du prélat Trissino), composée en Italien, qui fut jouée devant sa dicte sainteté à Rome. Je l'ai veue, et belle; mais je ne la treuve si belle que celle que la Reyne mère fit jouer et représenter sur le mesme subject à Blois, devant le Roy, que M. de Sainct-Oelais composa, ou plutost pris! et desroba sur l'autre, mais mieux l'orna.
» J'ay ouy dire à plusieurs seigneurs et dames, que si la tragi-comédie de ce grand cardinal fut belle, elle fut aussi très bien représentée par les comédiens et comedientes, qui estoient très belles, parloient très bien et de fort bonne grâce , et estoit accompagnée de force intermèdes et feintes, qu'ils contentarent infiniment le Roy, la Reyne et toute leur court.
n Voilà les quatre belles singularitez pardessus force autres de ceste entrée de Lyon, et surtout aussi de voir entrer ce roy triomphant, beau, très agréable et très bening prince ; et ceste reyne aussi très belle et très agréable aussi, accompagnée de la reyne de Navarre Marguerite, tante du Roy, et de plusieurs princesses, grandes dames et filles. »
La Sophonisbe de Saint-Gelais fut représentée, en 1559, pour les noces du ducd'Ebœuf et de Louise de Rieux d'Harcourt, par les princesses, filles de la reine Catherine deMédicis, les dames, damoiselles et gentilshommes de sa cour. François Hubert en dirigea la mise en scène. Mellin de Saint-Gélais, abbé du Reclus, dans le diocèse de Troyes, avait écrit sa tragédie en prose, les chœurs étaient en vers. Introduits par Jodelle, en 1552, à l'imitation des anciens, les chœurs furent assez généralement conservés jusqu'en 1615, époque où l'on en reconnut l'embarras et l'inutilité. Les chœurs marquaient la fin des actes et les repos nécessaires ; on les remplaça par des symphonistes postés sur les ailes du théâtre. Ils y jouaient des airs avant le commencement du spectacle et pendant les entr'actes. Ces musiciens furent placés ensuite au fond des troisièmes loges, puis aux deuxièmes; enfin entre le théâtre et le public, où nous les voyons aujourd'hui (1).
L'auteur du Cérémonial français, Godefroy, n'a pas manqué d'insérer le détail des fêtes données au roi Henri II , à la reine Catherine, par les Lyonnais. Après avoir parlé du mélodrame exécuté par les Italiens, il ajoute :
— Sans oublier une nouvelle mode, et non encore usitée aux récitements des comédies, qui fut qu'elle commença par l'advènement de l'Aube, qui vint traversant la place de la perspective, et chantant dans son chariot traisné par deux coqs ; et finit aussi par la survenue de la Nuit couverte d'estoiles, portant un croissant d'argent, et chantant dans
(1) — Recevez ce premier essai de bonne volonté, attendant quelque chose plus savoureuse, où j'ai commencé d'agriculturer. Je n'ai point accompagné mes œuvres de choeurs, attendu qu'on les retranche le plus souvent en représentant les histoires. » Jean de Boissj\ de Gallardon, préface de la Persèenne, 1617 .
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son chariot traisné par deux chevesches, en grandissime attention et plaisance de tous les spectateurs; lequel esbat fut à Sa Majesté d'une telle délectation, qu'il ne s'en voulut contenter pour une seule fois. »
En 1550, à Rouen, lors de la visite que Henri II fit dans celte ville, on offrit à ce prince la mise en scène de toute la chronologie des rois de France, à partir de Pharamond. Henri II entra dans la ville à la suite de ses prédécesseurs.
— Or, si cette feinte et représentation de Diane et de sa chasse fut trouvée belle en ce royal festin de la reyne d'Hongrie, il s'en fit une à Lyon qui fut bien autre et bien mieux imitée ; car, ainsi que le roy marchoit, venant à rencontrer un grand obélisque à l'antique, il rencontra de mesme un préau ceint d'une muraille de six pieds de hauteur, et le dit préau aussi haut de terre, lequel avait esté distinctement rempli d'arbres de moyenne fustaye, entre plantez de taillis espais et à force touffes d'autres petits arbrisseaux, avec aussi force arbres fruitiers. Et en celte petite forest s'esbattoient force petits cerfs tous envie, biches, chevreuils, toutefois privez. Et lors sa majesté entrouyt aucuns cornets et trompes sonner, et tout aussitost apperceut venir, au travers de ladite forest, Diane chassant avec ses compagnes et vierges forestières, elle tenant à la main un riche arc turquois, avec sa trousse pendant au costé, accoutrée en atours de nymphe, à la mode que l'antiquité nous la représente encore; son corps estoit vestu avec un demy bas à six grands lambeaux ronds de toile d'or noire, semée d'estoiles d'argent , lés manches et le demeurant de salin cramoisy, avec profilure d'or, troussée jusques à demy jambe, descouvrant sa belle jambe et grève, et ses bottines à l'antique de satin cramoisy, couvertes de perles en broderie : ses cheveux esloient entrelacés de gros cordons de riches perles, avec quantité de pierreries et joyaux de grand valeur; et au dessus du front un petit croissant d'argent, brillant de menus petits diamants; car d'or ne fust esté si beau ni si bien représentant le croissant naturel, qui est clair et argentin.
» Ses compagnes esloient accoutrées de diverses façons d'habits et de taffetas rayez d'or, tant plein que vuide, le tout à l'antique et de plusieurs autres couleurs à l'antique, entremeslées tant pour la bizarreté que pour la gaylé; les chausses et les bottines de satin; leurs testes adornées de mesmes à la nymphale, avec force perles et pierreries.
» Aucunes conduisaient des limiers et pelits lévriers, espaigneuls et
autres chiens, en laisse avec des cordons de soye blanche et noire, couleurs du roy pour l'amour d'une dame du nom de Diane qu'il aymoil: les autres accompagnoient et faisoient courre les chiens courants qui faisoient grand bruit. Les autres portoient de petits dards de bresil, le fer doré avec de petites houppes pendantes en escharpes à cordons de fil d'argent et soye noire.
» Et ainsi qu'elles apperceurent le roy, un lion sortit du bois, qui estoit privé et fait de longue main à cela, qui se vint jetter aux pieds de ladite déesse, lui faisant fesle ; laquelle le voyant ainsi doux et privé, le prit avec un gros cordon d'argent et de soye noire, et sur l'heure le présenta au roy; et s'approchant avec le lion jusque sur le bord du mur du préau joignant le chemin, et à un pas près de sa majesté, lui offrit ce lion par un dixain en rime, tel qu'il se faisoit de ce temps, mais non pourtant trop mal limée et sonnante; et par icelle rime, qu'elle prononça de fort bonne grâce, sous ce lion doux et gracieux luy offrait sa ville de Lyon, toute douce, gracieuse et humiliée à ses lois et commandements.
» Cela dit et fait de bonne grâce, Diane et toutes ses compagnes luy firent une humble révérence, qui, les ayant toutes regardées et saluées de bon œil, monstrant qu'il avoit très-agréable leur chasse et les en remerciant de bon cœur, se partit d'elles et suivit le chemin de son entrée.
» Or notez que cette Diane et toutes ses belles compagnes estoient les plus apparentes et belles femmes mariées, veuves et filles de Lyon où il n'y en a point de faute, qui jouèrent leurs mystères si bien et de si bonne sorte, que la plupart des princes, seigneurs, gentilshommes et courtisans, en demeurèrent fort ravis. Je vous laisse à penser s'ils en avaient raison.
» Madame de Valentinois, dite Diane de Poictiers, que le roy servoit, au nom de laquelle celte chasse se faisoit, n'en fut pas moins contente, et en ayma toute sa vie fort la ville de Lyon; aussi estoitelle sa voisine, à cause de la duché de Valentinois qui en est fort proche.
» Or, puisque nous sommes sur le plaisir qu'il y a de voir une belle jambe, il faut croire, comme j'ay ouy dire, que non le roy seulement, mais pour ces gallants de la cour, prirent un beau et merveilleux plaisir à contempler et mirer celles de ces belles nymphes si folastrement accoutrées et retroussées, qu'elles en donnaient autant ou plus de tentation pour monter au second étage, que d'admiration et de sujet à louer une si gentille invention. » Brantôme, Dames galantes, Discoure, ni, de la Beauté de la Jambe.
Après quelques représentations données pour le cardinalarchevêque et sa compagnie, lorsque le roi fut parti, le mélodrame quitta la France pour rentrer en Italie.
Les Anglais possédaient Calais depuis deux-cent-onze ans , lorsque le duc de Guise s'empara de cette ville, et les chassa pour toujours de la France. Parmi les réjouissances faites [h l'occasion de l'insigne victoire, on remarque la représentation de Y Orphée de Jodelle, tragédie mêlée de chants et de danses, mélodrame dans le goût italien. Cet essai dramatique eut lieu dans la salle de l'Hotel-de-Ville de Paris, en présence du roi, de la famille royale, le jeudi gras de 1558. Sa Majesté s'était invitée à souper, on lui servit Orphée après le dessert.
Le Brave ou Taillebras, comédie en cinq actes, en vers, de Jean-Antoine de Baïf, traduction du Miles gloriosus de Plaute, fut représentée, le 28 janvier 1567, à l'hôtel de Guise, en présence du roi Charles IX et de la reine sa mère. On y remarqua des chants, au nombre de cinq, et chacun d'un auteur différent, exécutés entre les actes de la comédie. Ronsard, Baïf, Desportes, Filleul et Belleau, figurent seuls dans les mémoires de ce temps ; l'histoire ne dit rien des artistes qui musiquèrent leurs paroles.
En 1580, on ne possédait encore en France que les ballets, dans lesquels les récits chantés et le dialogue parlé succédaient tour à tour à la danse. Composés sans esprit et sans art, ces ballets s'éloignaient également des règles du drame et de la décence. Il est une infinité de couplets adressés aux dames de la cour des Henri, de Louis XIII et de Louis XIV, que je n'oserais reproduire ici, même en leur faisant subir de notables variations. Baltasarini, musicien italien, que le maréchal de Brissac amena du Piémont à Catherine de Médicis, avec une bande nombreuse de violons, apporta le premier une certaine régularité dans ce genre de spectacle. La reine le nomma son valet de chambre , et dès lors il devint l'ordonnateur de tous les festins, ballets, concerts, représentations et fêtes de la cour. Il composa le fameux Ballet comique de la Royne, faict aux nopees de M. le duc de Joyeuse et mademoiselle de Vaudemont, rempli de di-
verses detises, mascarades, chansons de musique et autres gen-
(Messes. Planche*, 1,2,3, 4.
Lorsque Baltasarini mit en scène ce ballet, au Louvre, en 1581, des Italiens figuraient seulement dans l'orchestre. Les parties principales furent chantées par La Roche, Du Pont, gentilshommes servants du roi ; Beaulieu, l'un des auteurs de la musique; Saint-Laurent, chantre de la chambre; Savornin, chanoine de la Sainte-Chapelle, représentant Jupiter; Mlle de Chaumont et Mme Beaulieu. Salmon, Beaulieu, Claude le Jeune, dit Claudin, avaient composé la musique de ce ballet, dont le livre était de l'aumonier du roi La Chesnaye, et les décorations de Patin, peintre du roi. Tout cela fut exécuté sous la direction de Baltasarini, que le roi surnomma Beaujoyeux, à cause de son humeur eDJouée. Ce ballet et les fêtes qui le suivirent coûtèrent plus de douze cent mille écus. C'était dignement célébrer le mariage du jeune duc de Joyeuse avec la princesse de Vaudemont, sœur de la reine Louise de Lorraine.
— Catherine de Médicis avoit le cœur tout noble, tout libéral et tout magnifique; elle despensoit et donnoit tout, ou faisoit bastir, ou despensoit en d'honorables magnificences, et prenoit plaisir de donner tousjours quelque récréation à son peuple ou à sa cour, comme en festins, balz, danses, combats, courses de bagues, dont elle en a faict trois fort superbes en sa vie : l'un qui fut faict à Fontainebleau le mardy gras, après les premiers troubles , où il y eut tournois et rompement de lances, combats à la barrière, bref toutes sortes de jeux d'armes, avec une comédie sur le subject de la belle Genièvre de l'Arioste, qu'elle fit représenter par madame d'Angoulesme et par ses plus honnestes et belles princesses, et dames et filles de sa cour, qui certes la représentarent très bien, et tellement qu'on en vit jamais une plus belle; puis à Bayonne, à l'entrevue de la reyne sa bonne fille, où la magnificence fut telle en toutes choses, que les Espagnolz, qui sont fort desdaigneux de toutes autres, fors des leurs, jurarent n'avoir rien veu de plus beau, et que leur roy n'y sçauroit pas approcher, et s'en retournarent ainsi édifiez.
» Je sçay que plusieurs blasmarent en France cette despense par trop superflue ; mais la reyne disoit qu'elle le faisoit pour monstrer à l'estrangier que la France n'estoit si totalement ruinée et pauvre, à
cause des guerres passées, comme il l'estimoit, et que, puis que par tels esbats on sçavoit despendre, que par les conséquences et importances on leur sçaurait encore mieux faire ; et que d'autant plus la France en seroit mieux estimée et redoubtée, tant pour en voir ses biens et richesses, que pourvoir tant de gentilshommes si braves et si adroits aux armes, ainsi que certes, il s'y en trouva là beaucoup, et qu'il fit très-bon veoir, et dignes d'estre admirez.
» Davantage, il estoit bien raison que, pour la plus grande reyne de la chrestienté, la plus belle, la plus honneste et la meilleure, on fist quelque feste solennelle par dessus les autres : et vous asseure que si elle ne se fust faite telle, l'estrangier se fust fort mocqué de nous, et s'en fust retourné en opinion de nous tenir tous en France pour de grands gueux. Ce n'est donc pas sans une bonne et juste considération que cette sage et ad visée reyne fit celte despense. Comme aussi elle en fit une fort belle à l'arrivée des Polonois à Paris, qu'elle festina superbement en ses Tuileries : et après souper, dans une grande salle faicte à poste, et toute entournée d'une infinité de flambeaux, elle leur représenta le plus beau ballet qui fut jamais faict au monde, je puis parler ainsi, lequel fut composé de seize dames ou damoiselles, des plus belles et des mieux apprises des siennes, qui comparurent dans un grand roch tout argenté, où elles estoient assises dans des niches en forme de nuées de tous costez.
» Ces seize dames représentoient les seize provinces de la France, avecques une musique la plus mélodieuse qu'on eust sçu voir; et après avoir faict dans ce roch le tour de la salle par parade, comme dans un camp, et après s'estre bien faict voir ainsi, elles vindrent toutes à descendre de ce roch, et s'estant mises en forme d'un petit bataillon bizarrement inventé, les violons montans jusques à une trentaine, sonnans quasi un air de guerre fort plaisant, elles vindrent marcher soubs l'air de ces violons, et par une belle cadence, sans en sortir jamais, s'approcher et s'arrester un peu devant leurs majestez, et puis après danser leur ballet si bizarrement inventé, et par tant de tours, contours et destours, d'entrelasseures et meslanges, affrontemens et arrêts, qu'aucune dame jamais ne faillit se trouver à son tour ny à son rang : si bien que tout le monde s'esbahit que, parmi une telle confusion et un tel désordre, jamais ne faillirent leurs ordres, tant ces dames avoient le jugement solide et la retentive bonne, et s'estoient si bien apprises ; et dura ce ballet bizarre pour le moins une heure, lequel estant achevé, toutes ces dames, représentant lesdites seize provinces que j'ay dict, vindrent
à présenter au roy, à la reyne, au roy de Polongne, à Monsieur, son frère, et au roy et reyne de Navarre, et autres grands de France et de Polongne, chacune à chacun une placque toute d'or, grande comme la paulme de la main, bien esmaillée et gentiment en œuvre, où estoient gravés les fruicts et singularitez de chasque province en quoy elle estoit plus fertile, comme : la Provence des citrons et oranges, en la Champagne des bleds, en la Bourgogne des vins, en la Guyenne des gens de guerre ; grand honneur certes celuy-là pour la Guyenne ; et ainsi consécutivement de toutes les autres provinces. » Brantôme, Dames illustres, Discours II.
» Denise, femme de chambre de la reyne Catherine de Médicis, chantoit des mieux. » Brantôme, Capitaines français, m. de Nemours.
Le duc de Montmorenci, dont la cour était magnifique et ressemblait à celle d'un souverain, faisait exécuter des ballets à Toulouse avec un grand appareil de mise en scène. Le dialogue de ces drames dansés était écrit en languedocien ; les prologues bouffons que Goudouli composait, et récitait sur le théâtre avec une grâce charmante, figurent dans les œuvres de ce poète, imprimées à Toulouse en 1678, in-12. On remarque ceux qu'il fit pour les Compagnous de Diomedo tremutats en cygnes, el Bureu d'adresso, les Cyclopos, las Mouninas (les Singes), les Agraulats (les Corbeaux), el Punt del Jour, Cleosandro, el Bel Temps. Je vais citer un couplet des Compagnous de Diomedo.
Tant graparez, tant cridarez, Que tout l'oustal englandarez , Ca disio, pus fier que Berreto, Le loup à la coumayre Auqueto.
Tant serbirez, tant aymarez, Que tas fredous animarez, Ca dits aci la cansouneto A moun auribo poutouneto .
Les hauts dignitaires de l'Église étaient les plus ardents propagateurs du drame lyrique. C'est à l'archevêque de Turin (1) que l'abbé Perrin, fondateur de l'opéra français, annonce, avec
(1) Le cardinal de la Rovère, qui, pendant plusieurs années, avait été nonce à Paris.
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détails le succès de sa Pastorale en Musique, par une lettre en douze pages, datée du 30 avril 1659.
Quelque temps après, un comédien met en scène deux grands ballets, et l'archevêque de Lyon, digne successeur du cardinal de Ferrare, en accepte la dédicace. Rien de précisément religieux ne se faisait remarquer dans ces drames.
Ballet des Amours de Diane et d'Endymion, en machines, dansé sur le fameux théâtre de Lyon , par la troupe des comédiens de monseigneur le duc et maréchal de Villeroy. Dédié à monseigneur l'archevêque ; composé par Scipion Dupille, comédien de la même troupe. Lyon, 1675.
Ballet de la Force des Charmes, etc.
L'évêque d'Auxerre (Pierre de Broc), celui de Chartres (Éléonor d'Étampes de Valençay), qui fut ensuite archevêque de Reims, et le président Viguier conduisaient les dames de la cour et les actrices des divers théâtres aux places que le cardinal de Richelieu marquait pour elles aux spectacles qu'il donnait en son palais. Son Éminence les avait chargés spécialement de ce soin. Aussi l'abbé de Bois-Robert désignait-il l'évêque de Chartres sous le nom de Maréchal de camp comique.
Les pères jésuites faisaient représenter des tragédies avec chœurs et ballets dans leurs maisons professes. A l'une de ces pièces, exécutée à Madrid, devant le roi d'Espagne, un jeune écolier, armé de sa torche de furie, imagina d'aller brûler les cheveux et la barbe de son régent, qui servait de souffleur dans un coin du théâtre. Le roi prit tant de plaisir à ce burlesque épisode, qu'il voulait faire recommencer le spectacle.
En 1708, pendant la guerre de la succession d'Espagne, l'électeur de Cologne, archevêque, Joseph-Clément de Bavière, se réfugie à Yalencicnnes, y fait élever un théâtre, où l'on représente la comédie et l'opéra deux fois par semaine. Les acteurs étaient choisis parmi les abbés de sa musique, les secrétaires, les gardes-trabans et les officiers de sa maison. En carême, on exécutait des oratoires. Imprimées à Valenciennes, chez Henry, de 1708 à 1714, toutes les pièces du théâtre de l'électeur sont aujourd'hui tics rares.
Le cardinal de Richelieu composait des tragédies avec ses teinturiers. Son Eminence desirait vivement que les drames de sa fabrique fussent produits sur un théâtre vaste, brillant et digne en tout des chefs-d'œuvre promis à sa cour. L'architecte J. Lemercier venait d'élever une salle de spectacles dans le Palais-Cardinal, 'en 1637. Il ne s'agissait plus que de l'équiper en décors, machines, ustensiles, armes, costumes, luminaire. Tous ces objets de luxe, d'illusion scénique, auraient été mis en œuvre imparfaitement à Paris. Richelieu fut assez bien avisé pour recourir à la bonne source.
— Mazarini, dit -il à l'abbé qui, plus tard, francisa son nom, Mazarini, tu desires faire ton chemin, gagner tes éperons, je t'envoie à Rome, chargé d'une mission de haute politique.
— Eminence, vous connaissez mon zèle, mon dévouement, notre saint-père
— Te fera baiser sa pantoufle ; tu vas disputer avec les cardinaux.
— Ils ne résisteront pas à l'astuce de ma logique.
— C'est ce dont je me soucie le moins.
— Corpo di Bacco !
— Tu les amuseras n'importe comment; il suffit que l'on te croie ambassadeur ou quelque chose d'approchant. Assister aux représentations dramatiques données à Florence, à Venise, à Rome; entrer en relation avec les plus habiles dessinateurs de costumes, peintres de décorations, machinistes, entrepreneurs de spectacles ; visiter les théâtres de la cave au grenier, de l'enfer à la volerie; examiner avec soin tous les détails matériels des jeux scéniques ; pénétrer même dans le camerîno des actrices, afin de t'inilier aux mystères de leur toilette; m'apporter un chargement complet de tout ce qu'il faut pour meubler mon théâtre; voilà, pour nous, l'objet principal, essentiel, unique de la mission. De mes projets tu connais l'importance ! Leur succès dépend de ton adresse. Je ne suis point ingrat, et si ma belle Mirame est logée dans un palais somptueux et brillant, si l'Europe est superbement vêtue, attifée, pomponnée, frisée, fardée,
empanachée, je te rends le même service en te coiffant de la barrette cardinale. »
Mazarini remplit son mandat avec autant de goût que de précision; la commande fut expédiée; des gens experts, choisis en Italie, l'accompagnèrent. Richelieu ne rêvait que tragédies ; Mazarini se garda bien de lui conter les prouesses merveilleuses de l'opéra. L'abbé se réservait ce moyen pour amuser la cour d'Anne d'Autriche, lorsque les pastiches du cardinal-ministre l'auraient suffisamment fatiguée, ennuyée. Mazarini réservait même, sotto voce, à l'opéra, la salle bâtie, ornée, meublée à grands frais ;900,000 livres) pour les représentations de Mirame et de l'Europe.
Cette Europe était une imitation de l'Europa de Balduino di Monte Simoncelli, mélodrame en cinq actes, représenté devant Léopold, archiduc d'Autriche, àMantoue, en 1G26. Sur le titre du livret, est écrit : Quest' opéra non fu composta par musica, ma per sola magnificenza fu cos\ rappresentata.