‹ L'Opéra-Italien de 1548 à 1856Chapitre 67 sur 69 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

Cet barmoni | ca | joyeux et bril | lant Frappe la me | sure, | et toujours son | nant, Vient donner aux | voix | un accord char | mant, C'est bien le meil | leur | accompagne | ment.

Guiterne et | vi olon,

Hautbois, flû | te et basson,

N'ont pas ce | jo li son,

Et je pré | fère Mon | verre.

Cela marche-t-il, sonne-t-il, brille-t-il? et pourtant c'est du français, de ce même français que tous vos lyriques ont fait boi-

L'OPËK A-ITALIEN. 543

ter et ramper, que l'Institut a frappé d'anathème. Chantez mes vers, galopez, roulez, dites-les avec toute la vivacité possible, vous serez toujours compris, l'accent frappé sur les temps forts vous montrera chaque mot éclairé d'une vive lumière. Point de sens louche, d'équivoque, de retard, de cuirs, de pataquès; plus de bredouillement possible. Inventeur, correcteur, redresseur, je viens de traiter le thème de toutes les façons. Croyez-vous encore que la rimaille de nos paroliers, que leurs prétendus vers soient des vers? croyez- vous qu'un opéra français, écrit dans le goût des échantillons mis sous votre oreille, ne ferait pas honneur à la nation qui veut être civilisée sur tous les points?

Chez un peuple que son intelligence a toujours mis au premier rang, pour qu'une chose soit, il faut qu'elle ait raison d'être.

Vous ne ferez croire à personne que la musique, arrivée au point où nous la voyons, puisse exister chez nous (seuls dans le monde !) sans rhythme ni mesure, à l'état de plain-chant égrillard. Vous n'exigerez pas qu'une langue parlée avec clarté, précision, énergie, élégance, dans la chaire évangélique, dans nos cours et parlements, dans les salons, dans les galeries de nos musées, de nos théâtres lyriques, soit impunément dégradée, massacrée, avilie, réduite à l'état de bouillie, de pudding, de gélatine, d'argot, de charabia, sur ces mêmes théâtres, et par des chanteurs excellents, que l'ignorance des paroliers a forcés de se montrer ridicules. Vous nous direz en vain qu'il faut absolument que celte langue estropiée, véritable Catilina de nos oreilles, devienne boiteuse, inintelligible, quand elle devrait unir son charme aux séductions de la mélodie, et compléter le sens du discours musical. Non, ce reste de barbarie, cette imbécillité de sauvage n'a plus raison d'être chez des Français. Donnez-leur ce qu'ils attendent, ce qu'ils désirent avec une ardeur jusqu'à présent discrète; si vous tardez encore, ils le réclameront en chœur, ils chanteront dans les théâtres les cavatiues qu'un chef normand, Rollon entonnait sur les hauteurs de Montmartre.

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