‹ L'Opération d'Alexander (Raccourcissement des ligaments ronds)Chapitre 35 sur 39 · IV. Critérium pathologique · texte numérisé non relu

IV. Critérium pathologique

Nous ne pouvons pas entrer ici dans la discussion des idées qui ont été en conflit depuis Velpeau jusqu’à nos jours, et dont les unes attribuent aux déviations et aux déplacements de l'utérus un grand nombre de maux, tandis que les autres

dénient à ces états anormaux toute importance et tout danser, lorsqu'ils ne se compliquent pas d’une altération de texture de l'organe. Le conflit entre ces deux manières de voir est encore prêt à se rallumer aujourd’hui, et ce n’est pas à nous de le résoudre définitivement, car pour cela il nous faudrait avoir assez d'expérience pour entrer dans l'analyse de cet éternel problème qui se pose toujours, lorsqu'on touche aux lésions statiques des organes, à savoir : distinguer l'effet ot la cause.

Nous croyons interpréter le sentiment général, dominant aujourd'hui, en consignant ici les deux principes suivants posés par Gaillard Thomas de New-York : « 1° les versions « et les flexions de l'utérus peuvent, quoique rarement, « 2xister sans produire aucun symptôme; 2° par l'obstacle » qu'ils apportent à l'issue du sang menstruel; par la gêne - « qu'ils produisent dans la circulation utérine et la pression « qu'ils exercent sur les parties voisines; par l'obstacle qu'ils « présentent à l'entrée du fluide séminal, les déplacements « utérins ont en général une grande importance et méritent « particulièrement d'attirer l’attention ».

Que la déviation utérine soit primitive ou qu'elle ne soit que le symptôme d’une lésion de texture de l'organe, il est impossible de méconnaître : 1° qu’un utérus droit, peut être plus convenablement soigné qu'un utérus rétrofléchi; 2° que les troubles de la circulation de l'utérus, consécutifs aux déviations, ne feront qu'aggraver continuellement la lésion du parenchyme utérin ; 3° enfin que lorsque la déviation est très accusée, elle produit, en tant que déviation, une série de phénomènes morbides, soit par compression du rectum, de la la vessie, ou des nerfs qui avoisinent; ces phénomènes étant

Hier.

suffisamment graves pour faire renoncer les malades à toute sorte de travail.

C'est contre ces cas que l'opération d’Alexander a été inventée, car depuis Aran (1), tous les gynécologistes ont accepté ce principe, à savoir que l’on ne doit traiter que les déviations ou-les déplacements qui apportent de la gêne ou de la douleur dans l’accomplissement des fonctions du système : utérin ou de l’économie en général.

Voici les principaux phénomènes morbides produits par les versions et les flexions de l'organe gestateur.

Aménorrhée ;

Dysménorrhée ;

Ménorrhagie et Métrorrhagie ;

Dyspareunie ;

Congestion utérine ;

Hyperplasie utérine ;

Sténose du col et stérilité ;

Prolapsus et inversion du vagin ;

Irritation vésicale. Incontinence ou rétention d’urine ;

Ténesme rectal. Constipation. Hémorrhoïdes ;

Périmétrite. Paramétrite. Hématocèle pelvienne ;

Troubles de la locomotion :

Tiraillements dans le sacrum et dans la région lombaire ;

Douleurs réflexes aux différentes régions ;

Avortement ;

Congestion des ovaires. Ovarite. Salpingite ;

Dépression morale. Hypocondrie ;

Phénomènes convulsifs réflexes.

Ce que nous avons dit du prolapsus de l’utérus, lorsque

(x) Aran. Mal, de l'utérus, p. 1055.

4) — nous avons parlé du critérium clinique, nous dispense de l’étudier dans ce chapitre. On doit toujours traiter cette maladie, et les faits que nous publions, prouvent que le raccourcissement des ligaments ronds la guérit, chaque fois qu’elle n'est pas compliquée d’'adhérences péritonéales.

Si nous acceptons la nécessité de traiter une rétroflexion ou une rétroversion de l'utérus, soit pour les phénomènes locaux soit pour les accidents réflexes qu’elle détermine, nous devons chercher immédiatement si l'utérus dévié est mobile, ou si au contraire, il est fixé au pelvis par des adhérences inflammatoires. Nous devrons examiner de plus si ces adhérences existent sur tout l'organe, ou si elles sont localisées d’un côté seulement.

Dans ce dernier cas le raecourcissement des ligaments ronds, ainsi que l'emploi des pessaires, a plus de chances de faire du mal que de soulager les malades.

D'après ce qui est arrivé à Mundé, à Polk, à Imlach, à Campbell et à Alexander lui-même, en cherchant les ligaments ronds sur des malades atteintes de pelvi-péritonite ou de paramétrite, et d'après les recherches cadavériques d’Adams, de Doléris et Ricard, et les nôtres, Les ligaments ronds n'exercent aucun contrôle sur un utérus qui se trouve plus ou moins enveloppé de fausses membranes. En outre, dans ces cas, le ligament rondest atrophié, ila subi la dégénérescence granulograisseuse, d’après Imlach. ;

Lorsque l’inflammation n’a atteint qu'un seul côté de la cavité pelvienne, on pourrait à la rigueur raccourcir le ligament du côté sain, ainsi que cela à été fait 3 fois par Alexander, 2 fois par Lediard, et une fois par Croom. Mais ici les chances de succès diminuent, et la position qu’on a donnée à l'utérus ne

peut être aussi bonne que lorsqu'on a raccourci les deux ligaments.

En règle générale, les déviations et les déplacements de l'utérus qui ne peuvent être réduits à l’aide de l’hystéromètre ne sont pas passibles de l'opération d'Alexander.

Le domaine de cette opération $e trouve donc restremt aux déviations et aux déplacements non accompagnés d’adhérènces, qui entraînent des accidents assez graves pour justifier une intervention chirurgicale. Par cette expression d'accidents graves, nous ne voulons pas parler seulement des accidents capables de mettre la vie en danger, maïs des accidents qui par leur durée, par leur chronicité, et par leurs récidives, rendent l'existence insupportable aux malades, éloignant lPouvrière de l'atelier, et la femme du monde de ses plaisirs.

Nous voudrions bien pouvoir parler plus longuement des symptômes et des conséquences lointaines des déviations et des déplacements de l'utérus, mais les limites de ce travail nous empêchent d'entrer dans tous ces détails, sur lesquels nous espérons pouvoir revenir un jour avec une voix plus autorisée.

Lorsque l'utérus dévié est mobile, et que les ovaires sont prolabés et douloureux, l'opération d’Alexander peut remplir un double but : redresser l'utérus et faire remonter les ovaires. Mais il ne faut pas oublier que l'utérus peut être mobile, tandis que l'ovaire au contraire peut être fixé par des adhérences et que ce diagnostic présente les plus sérieuses difficultés (1). C'est en endormant la malade à l’aide du chloroforme que l’examen des organes génitaux internes peut nous renseigner plus exactement sur ces différentes particularités. Par ce moyen, nous serons plus à notre aise pour voir si l'ovaire est mobile.

(x) Léon Tissier. De la Castration de la femme, 1885, Paris.

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