‹ L'opération du trépanChapitre 26 sur 114 · Léon Caliez, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Léon Caliez, loc. cit., p

r 3. Bucasis, Alzahavarius, etc., mort en 1106 ou 1122, ù Cordoue. Albucasis, de Chirurgia. Arabice et latine. Oxonii, 1778. Edition Joh. ChanniDg, liber III, sect. 2, p. 532.

TRÉPANATION AU MOYEN AGE

Royer de Parme (1206 ou 1214) remit le trépan en honneur, il en parle dans ses ouvrages, ainsi

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Fig. 49. — Ruginc. Fig. 50. — Trépan à pointo coupante

des deux côtés.

que du ciseau (spathiimeri) , et de la pince1 pour extraire les esquilles ( picigarolo ).

Guillaume de Salicet (1210) paraît avoir eu recours à la trépanation dans le cas de fracture et d'enfoncement du crâne2.

Henri de Mondeville, médecin de Philippe le Bel (1285-1314), se servait3 d’une ragine cro-

Fig. 51. — Couteau lenticulaire. Fig. 52. — Élévatoire

double et courbe.

c/me (fig. 49), d’un trépan pcrforatif ig. 50), d’un couteau lenticulaire (fig. 511 et d’un élévatoire (fig- 52).

1. Rogerii, Farm, practica médicinal major cl minor. Venct., 1490, in-folio. — Rogerii, Chirurgia Bergami, 1498, in-fol. Veuet., 1499.— Id., 1516, etc.

2. Guilieltni Pincenlini de Saliceto, Liber in scientia medicinali et spécialité r perfecli qui sunvna conservationis, etc. Venet., 1490, in-folio. — Voir aussi Albert, Beilrage zur Geschichte der Chirurgie. Wien, 1877, Ileit I, s. 39.

3. Ces instruments d’Henri de Mondeville se trouvent figurés dans le manuscrit latin de cet auteur (1306-1320) qui est à la Bibliothèque nationale, n° 7131, f. 31. Bien que les figures de ce manuscrit soient très effacées, nous avons pu les dessiner eij les agrandissant légèrement, car sur le texte même, elles sont absolument minuscules.

Le trépan cl le lenticulaire (levaient en plus avoir des appendices qui les empêchaient de

pénétrer profondément, ou bien ils devaient présenter plusieurs trous dans leur épaisseur, l’un au-dessus de l’autre, pour qu’on puisse y placer une cheville en fer (fig. 53). On introduisait celle-ci dans le trou qui convenait pour empêcher l’instrument de pénétrer violemment et de s’enfoncer trop profondément1.

Voici comment procédait H. de Mondeville : il faisait un trou avec la rugine (fig. 49) ou le trépan (fig. 50). Pour faire manœuvrer le trépan, il lui suffisait de le poser sur le crâne et de rouler le manche entre les mains; il perforait ainsi le crâne. Dès que le couteau lenticulaire (fig. 51) pouvait pénétrer, il frappait sur le Fis< 51 Maillots. côté mousse de ce couteau, sans doute avec un des maillets ci-contre (fig. 54), et coupait et enlevait des portions osseuses.

S’il ne pouvait procéder ainsi, il faisait, entre l’os à séparer et l’autre, un sillon ou une fissure

Fig. 53. — Trépan à cheville.

4. E. Nicaise, Chirurgie de il/0 Henri de Mondeville, Paris, 1893, pp. 340-341.

TRÉPANATION AU MOYEN AGE

avec la rugine (fig. 49), jusqu’à ce qu’il puisse séparer l’os et le soulever avec l’élévatoire (fig. 52). Ou bien, si cela semblait préférable, car le procédé avec la rugine est lent et fatigue beaucoup le patient, il faisàil avec le trépan autant de trous qu’il convenait sur une même ligne; il les réunissait ensuite avec le couteau lenticulaire ou la rugine, jusqu’à ce que la partie à séparer puisse être détachée avec l’élévatoire ou autrement.

Le pansement consistait en des plumasseaux de charpie, trempés dans du vin chaud, exprimés et maintenus par une bande propre et large; il avait soin de ne pas exercer de compression sur ce pansement. Enfin il saupoudrait la duremère avec de la poudre capitale1. Ce pansement était renouvelé une ou deux fois par jour.

Guy de Chauliac , médecin des papes à Avignon(xive siècle), a indiqué d’une façon plus explicite ce qu’avait dit Henri de Mondeville. Il pratiquait la trépanation en deux temps, comme faisait Paul d’Egine au xue siècle. Hans un premier temps il incisait la peau, taillait les lambeaux en forme de croix ou de 7, et découvrait le tissu crânien; puis, le lendemain, il ouvrait le crâne au moyen du ciseau, de la rugine, du couteau lenticulaire et du maillet. Si l'os était trop dur, il y forait avec des tarières plusieurs trous, enlevait

1. Celte poudre capitale se composait de parties égales : d'iris, d’encens menu, de farine d'orobe, d'aristoloche ronde, de myrrhe, de sarcolle, de sany-drayon et d’autres médicaments dessiccatifs.

Fig. 55. — Trépan de Guy de Chauliac.

Fig. 56. — Trépan à chevilles des Parisiens.

avec un incisoire ou séparatoire les ponts intermédiaires, et l’os, ainsi séparé, était relevé avec un élévatoire et extrait avec les doigts ou de petites pinces; toutes les aspérités étaient ensuite aplanies avec le couteau lenticulaire ou la gouge.

Les trépans dont se servait Guy de Chauliac

étaient : soit celui de Galien, analogue au trépan ligurépage 54 (fig.53), soit celui des Parisiens, soit enfin celui des Bolonais.

Il se servait aussi d’un simple perforateur (fig. 55).

Le trépan de Galien était muni d’un chaperon pournepas blesser la dure-mère.

Celui des Parisiens était percé de petits trous vers la pointe (fig. 56); dans ces trous, on plaçait des chevilles à des hauteurs différentes, suivant l’épaisseur de l’os à perforer. Enfin, le trépan ou tarière des Bolonais (fig. 57) était en forme de lance à son extrémité.

On a dit à tort que Guy de Chauliac connaissait le trépan à couronne dont se servait Hippocrate ; ce trépan avait été laissé de côté, et la première notion que l'on en retrouve appar-

Fig. 57.

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Tarière à lauco des Bolonais.

tient à Jean de Yigo, qui a décrit dans sa Chirurgie abrégée, en 1517, son rlivinum instrumentam mespidatum (p. 07).

Guy de Chauliac a fait une étude très complète des plaies de tète et de la chirurgie crânienne, et a fort bien donné les indications du trépan* 1.

Seizième siècle. — Bertapaglia (1546) a décrit, dans son Traité des affections des os, la scie ronde

Fig. 5S et 59. — Instruments figuras par Brunschwig.

du trépan. C’est donc dans ses écrits que se retrouverait la première mention du trépan à couronne2.

Hyeronimus Brunschwig (1518) s’csl. servi de la gouge, du maillet et du couteau lenticulaire. Il a donné une description des trépans analogue à celle de Guy de Chauliac; on trouve, dans son

1. E. Nicaise, La grande Chirurgie de Guy de Chauliac , Paris, 1890, pp. 252-270.

2. Bertapaglia, super quartum Avicennæ, Venet., 1546, tract. I, cap. xxv, fol. 272, etc., et tract. V, cap. v, fol. 295, etc.

ouvrage, l’élévatoire à trois branches semblable à celui d’Ambroise Paré.

Nous détachons de son livre 1 quelques figures intéressantes par leur simplicité (lig. 58 et 59).

En France, Ambroise Paré (1561), tirant un merveilleux profit des découvertes instrumentales de ses prédécesseurs et de

Fig. 61. — Tiro-fond à trois branches (A. Paré).

ses contemporains, en particulier des chirurgiens italiens, a conseillé et a fait souvent la trépanation dans les fractures du crâne2.

Son arsenal chirurgical, dans le cas où il avait recours à cette intervention, était le suivant: D’abord un élévatoire à trois pieds (fig. 60) et un lire-fond à trois branches (fig. 61), pour

Fig. 60. — Élévatoire à trois pieds (A. Paré).

1. H. Brunsclrwig, Prinled by Peints Treveris on thc 2G0‘ day o f march, 1 525.

2. Ambroise Paré, La Méthode curative des playes et fractures de la teste humaine, avec les pourtraits des instruments nécessaires pour la curation d’icelles, Paris, 15G1, pp. cxvccxvm.

relever les os quand il y avait enfoncement du

crâne. L’élévatoire s’apfXv-q puyait sur les os sains

autour du foyer traumatique.

Fig. 62. — Scies propres à couper les os du crâne (A. Paré).

Fig. 63. — Tenailles incisives (A. Paré).

Si l’os était brisé et dépidmé d’un côté seulement, sans que la pièce soit enfoncée, il conseillait, pour l’élever et donner issue aux liquides, de faire une ouverture avec des scies particulières (lig. 62).

Dans les fractures avec esquilles, il avait recours soif aux tenailles incisives (lig. 63), les unes dites en bec -de - perroquet (lig. 64), les autres nommées bec-de-corbin,

Fig. 64. — Tenailles incisivos. Les deux premières sont appelées boc-de-perroquet(A. Paré).

fio L’OPÉRATION DU TRÉPAN

bec-de-grue, soit aux pinces à esquilles (fig. 65 et 66).

Il employait aussi les élévatoires suivants (fig. 67 et 68) :

Fig. 66. Fig. 67.

Fig. 66. — Pinces à esquilles (A. Paré); A, Bec-de-corbin dentelé; B, Bec-de-grue coudé; C, Bec-do-gruo droit.

Fig. 67. — Élévatoires (A. Paré) : AA, pointe de l’élévatoire mousse, se baissant et se haussant à volonté, s'insinuo entro le fragment à relever et la dure-mère; B, corps de l’élévatoire; son oxtréinité C s’appuie sur l'os sain.

Selon les cas, le cuir chevelu était incisé avec un bistouri ou une sorte de rasoir (fig. 69).

Puis, pour séparer le périoste de l’os, il se ser-

vait d’un ciseau (fig. 70), ou bien de rugines appelées encore raspatoires (fig. 71 et 72).

Pour trépaner, il employait une sorte de compas (fig. 73), dont une des branches pren a i t son point d’appui sur une pièce de fer fenêtrée (fig. 74). Ce compas servait à circonscrire la rondelle osseuse à enlever.

Mais le plus souvent c’élaiL avec un simple foret qu’il pratiquait cette opération (fig. 75) ou avec le trépan.

Les trépans utilisés par Ambroise Paré étaient les suivants :

Fig. 69. — Rasoir sorvant de bistouri pour faire les incisions (A. Paré).

Fig. 70. — Ciseauservant de rugino pour séparer le périoste de l’os (A. Paré).

Terrier et Péraire. — Trépan.

1° Le trépan perforatif à pointe triangulaire

Fig. 12. - Rugines appelées encore raspatoires (A. Paré)

Fig 74. — Pièce de fer sur laquelle s’appuie le compas (A. Parc).

Fig. 73. — Compas pour couper les os du crâne (A. Paré) :

A, piod du compas qui coupe l’os; B, petite vis qui tient la pointe ; t L deux pointes différentes pouvant s'insérer dans lo piod du compas ; u, grande vis tenant uno pièce do for E tant au compas do s élargir ou de so sorrer.

(fig. 70), et le trépan perforatif h pointes quadr ■angulaires et sexangulaires ffig- ) .

2° Lo trépan exfoliatii (liD. ) >

3° Le trépan à couronne (fig. 79).

Le trépan exl’oliatif est une petite lame tranchante, garnie d’une pointe, à laquelle on imprime un mouvementde rotation au moyen de la poignée du trépan ; le but de cet instrument est d’enlever des lamelles

Fig. 76. — Trépan perforatil avec deux pointos triangulaires et la petite cheville pour les tenir au manche du trépan.

Fig. T7. — Trépan perforatif dont les pointes quadrangulaircs et sexangulaires sont fixées dans le manche par le moyen d’une vis (A. Paré).

osseuses, d’exfolier de l’os ce qui est altéré.

Les trépans à couronne sont des scies rondes coupant l’os plus ou moins ci rculairement (tig. 80). Ils ont un clou aigu ou pointu au milieu de leur circuit et qui dépasse un FlG’ ’78’ ~v.TpaPrd). oxfohaUf peu les dents de la

couronne; il sert à obtenir la stabilité de l’instrument jusqu’à ce qu’il ait tracé son circuit et

coupé au moins la première table osseuse; alors il faut enlever ledit clou, de peur qu’il ne touche la dure-mère1 ; autour d

Fig. 79. — Trépan à couronne. Trépan démonte (A. Paré) : A. manche du trépan ; B, chaperon ; C, trépan sans la pointe ; D, trépan avec sa pointe ; E, trépan avec son chaporon ; F, extrémité du trépan, s’insérant dans le manche ; I, virole, J, J, vis qui fixent le trépan à la virole.

Fig. 80. — Trépan à couronne. Trépan monté (A. Paré) : A, manche ; B B, trépan ; C C, vis fixant le trépan dans le manche ; D, chaperon ; E, virolo maintenant le chaperon ; F, vis fixant lo trépan à la virole ; G, pointe triangulaire du trépan ; II II, virole maintenant l’extrémité supérieure de la pointo du trépan.

puisse dépasser l’épaisseur de l’os, en couper

Fig. 81. -Couteau lenticulaire (A. Paré). ^ }[ .V a duel(lljcs

couper el les aplanir avec le couleaulcnliculaire

Fig. 79 et S0. — Trépans à couronne.

plus qu’il ne convient et blesser la dure-mère (fig. 80).

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