INCISION DES TÉGUMENTS
Y. Uorsley, chez les cardiaques, recommande les applications locales répétées de cocaïne, et au moment d’inciser la dure-mère, il conseille les solutions fortes de cette substance. Nous pensons qu’on ne doit pas avoir de brillants résultats avec ce procédé; les applications locales de cocaïne sur la peau n’ayant jamais produit l’anesthésie. 11 n’en est pas de même des injections hypodermiques de cet alcaloïde et Dandois, de Louvain y a eu recours avec succès.
L’hypnotisme a été aussi mis en pratique et A. B. Shaw, de Saint-Louis5, put faire une trépanation chez un sujet atteint d’accidents épileptiformes d’origine traumatique, après l’avoir hypnotisé : l’opération dura une heure. Nous signalons ce fait à titre de simple curiosité scientifique.
I). — Incision des téguments.
On doit placer la tête du patient, de nouveau rasée et désinfectée avec une solution de sublimé au 1/1000 et de l’éther, sur un coussin dur; le mieux est d’employer un oreiller imperméable rempli de sable. Ceci fait, comment doit-on pratiquer l’incision des téguments?
Incision semi-lunaire. — Pour la taille des téguments, l’incision semi-lunaire , en K ou en
1. Quelques observations de pratique chirurgicale (Bulletin de V Acad, de méd. de Belgique, Bruxelles, 1891, n° 8, p. 539).
2. St-Louis medical and surqical Journal, Aug. 1890, vol. L1X p. 136.
fer à cheval était préférée par Velpeau1; elle a été adoptée par V. Ilorsley et les chirurgiens anglais et américains. Le lambeau est facile à soulever, ce qui est un avantage ; notons que l’incision semi-lunaire doit se faire à concavité inférieure, de telle sorte que les vaisseaux nourriciers du lambeau cutané soient respectés dans le pédicule2. De celle façon on n’a pas h craindre la mortification du lambeau.
Incision cruciale. — Cette incision était celle des anciens chirurgiens; nous en trouvons un exemple dans André de La Croix (fig. 106); mais elle a été à peu près abandonnée à cause des difficultés que l’on avait autrefois à réunir la plaie.
Comme les chirurgiens, avant l’ère de l’antisepsie, voyaient les bords de leur plaie cutanée se décoller par suite de la formation du pus; comme cette inflammation deslambcauxse communiquait au cerveau et qu’une hernie de cet organe en était la conséquence; ils n’osaient employer dans leur trépanation cette manière d’inciser le cuir chevelu. Quant à nous, nous y avons eu recours plusieurs fois, et la réunion immédiate a été absolue avec ou sans drainage ; nous ne voyons donc pas très bien pourquoi on y renoncerait systématiquement.
Pour se donner du jour, on doit relever les lambeaux par des pinces; à cet effet nous avons
1. Nouveaux éléments de médecine opérât., 5° édit., Bruxelles, 1840, t. II, p. I.
2. II. Delagénière, Etude critique des méthodes modernes de trépanation du crâne (Gaz. des hôpitaux, Paris, 1889, n° 49, p. 445).
INCISION DES TEGUMENTS
l’habitude d’employer celles de Kocher(fig. 209).
On peut aussi, comme l'ont conseillé A. Poucet et Péchadre, écarter les lambeaux au moyen de lîls de soret, qu’on passe à travers les lambeaux, de préférence vers leur sommet.
Ce procédé est d’ailleurs fort ancien.
Incision en T. — Elle est presque toujours employée par J.
Lucas - Cham pionnière. L’incision en j (T renversé) est simple ou double. Ce chirur- Fig. ‘209. — Pince hdmostatiquo à griffes • ^ i de Rocher.
gien mene sur la
ligne rolandique une incision jusqu’au tissu osseux, de manière à tracer avec le bistouri le sillon de Rolando, et à obtenir un point de repère après avoir relevé les lambeaux. 11 fait alors un ou deux T renversés en sens contraire; quelquefois il a recours à l'incision semi-lunaire à convexité supérieure de Velpeau.
Incision en V. — D’autres chirurgiens prêtèrent la forme du V pour inciser le cuir chevelu; celle forme préférable pour la région temporale était vantée par Sabatier ; le V devait être à sommet inférieur.
Dans d’autres cas, la plaie faite par le traumatisme présente une direction variable, et il est bon, soit simplement de l’agrandir, soit de lui
1. Péchadre, De la trépanation clans les épilepsies jacksoniennes non traumatiques (Th. de Lyon , 1889).
donner la forme que l’on désire et la mieux appropriée à la circonstance.
Ollier a conseillé d’inciser les téguments jusqu’à l’os et de tailler un lambeau cutanéo-périôstique'. Albert trouve inutile ce modus faciendi , et il recommande d’appliquer directement le trépan sans décoller le péricrâne* qui. d’après lui, joue un rôle absolument accessoire.
Nous pensons cependant qu’il vaut mieux relever soigneusement le périoste alin de le conserver; nous verrons pourquoi plus loin.
E. — Hémostase artérielle.
Le point noir de la trépanation est, dès son début, l’hémorragie; on peut pourtant s’en rendre maître si l’on emploie les moyens que nous allons indiquer :
Application d'un lien élastique. — Le cuir chevelu possède, on le sait, un réseau vasculaire des plus riches ; or, un bon procédé, pour ne pas être inondé de sang, est de mettre autour de la tète un lien élastique circulaire passant audessus des oreilles et sous l’occiput. Quelques tours de la bande d’Esmarch suffisent dans ce cas, ou bien on peut utiliser un tube plein ou creux en caoutchouc vulcanisé, arrêté par une forte pince à pression : l’opération se fait alors momentanément à blanc.