CHAPITRE XI
me une sorte de cocktail de musique, fait du mélange de tous les airs qui nous sont le plus chers. Où que nous l'entendions et en quelque circonstance, il nous porte aussitôt à la tête et au cœur ! Le Canada a un pot-pourri superbe !
Avec pompe il entonna de haut les premiers accents de la Marseillaise.,..
Puis ce fut la fine fleur des airs de terroir, les chansons « d'en bas de Québec », les chants « du premier rang de maisons » qui s'appellent aussi chansons « du chemin du Roi » ; après, les chants du « deuxième rang de maisons qui veulent se faire passer pour aussi jolis ». Puis l'alerte : « Vive la Canadienne » qui donne envie de partir en danse ; et aussitôt notre chanson de vieille France « Alouette, gentille alouette » dont l'allégresse ravit l'âme au ciel.
Madame Danel battit des mains ! Avec
une gaîté d'enfant elle cherchait à toute minute le regard de son mari. Lui, assis en face d'elle, de ses yeux jaloux l'étreignait.
Soudain, brutalement, sur une chaude joie de danse-ronde tombait un air froid et triste qui, comme la neige, glaçait le cœur : « Un Canadien errant ». Et, immédiatement, — le soleil ! — éclatait l'Hymne National :
O Canada ! terre de nos aïeux, Ton front est ceint de fleurons glorieux, Car ton bras sait porter l'épée :
Il sait aussi porter la croix !
Dans l'émotion qui les unissait tous, d'un signe de tête le Capitaine indiqua les fenêtres à sa femme.
Elle perçut dehors un bruit de voix cachées, des murmures, des soupirs enfantins : les engagés malgaches s'étaient tassés autour de la case de leur Maître pour écouter la musique...
— Oh ! que c'est bien ! s'écria-t-elle,
ainsi tout le monde, ce soir, autour de nous vit content !
Telle certaines fleurs des tropiques donnant leur parfum le soir, Madame Danel préférait la nuit au jour parce que son âme s'y épanouissait dans la suavité.
Comme à vingt ans elle concevait plus vivement, la nuit, la griserie d'être belle, elle éprouvait maintenant, dans les extases de sa langueur, que la bonté brillait en elle comme de la grâce.
Et cette tendresse nébuleuse que la mélodie répand au-dessus de nous, par moments s'étoilait pour elle de vœux mystérieux : « Mon Dieu ! bénissez José d'Aréna !...
« Que sur cette île découverte par mon mari il n'y ait jamais de malheureux !... »
La flûte s'était tue...
— Où donc est Violette ? demanda-telle.
Le capitaine Danel se leva.
Dans l'ombre d'un buffet Violette se tenait assise sur un tabouret bas, les yeux grands ouverts, phosphorescents, et sur ses genoux elle caressait la tête d'Hamlet... Quand elle vit son maître, vite elle enfonça son visage entre ses bras...
— Eh bien ! qu'est-ce qui te prend ?
dit vivement le Capitaine.
Violette ne répondit pas.
Madame Danel expliqua d'une voix tendre :
— Mon chéri, c'est la première fois que Violette entend le son de la flûte...
...Elle avait suivi la flûte. Et la flûte lui avait fait suivre un sentier. Elle marchait derrière M. Sacy. Au sortir de