‹ L'Ophtalmie Granuleuse Dans La Région De MontpellierChapitre 5 sur 19 · ARE · texte numérisé non relu

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L'’ophtalmie granuleuse paraît être l’infection oculaire la plus répandue à la surface de la terre; on admet aujourd’hui qu’elle était connue dès la plus haute antiquité. Celse, Marcellus, Dioscoride, Gallien, Hippocrate ont donné dans jeurs écrits une description assez exacte de cette affection et montrent qu’elle existe depuis longtemps.

Au Moyen-Age on ne mentionne nulle part l’affection eranuleuse et ce n’est guère qu’à la fin du xvrrr° siècle que l’on commence à trouver quelques indications concises sur le trachome.

Au commencement du xix° siècle, les armées napoléoniennes, composées de Belges, d’Italiens et de Français, furent éprouvées peu de temps après leur débarquement en Egypte par une véritable épidémie de trachome. A leur retour en Europe elles importèrent la maladie qui ne-régnait auparavant que sur la terre des Pharaons. Pendant les guerres napoléoniennes, les armées se trouvèrent si souvent en contact les unes avec les autres et avec la population civile que la maladie se propagea et devint épidémique. Dans certains pays même elle prit une extension considérable: en Angleterre, en Prusse, en Russie; en Belgi-

— 1T — ’ que ra fit rage. Pie contre Pad française où l’affec- : tion avait pris son origine était comparativement la moins

de éprouvée. Les troupes propagèrent l'affection parmi la population civile par l’envoi en congé des soldats granuleux et leur logement dans le civil. Dans la population civile la diffusion de l’ophtalmie granuleuse se fit surtout dans les milieux où la population était la plus dense, dans la classe besogneuse par conséquent et dans les grands établissements publics.

Depuis cette époque la maladie a beaucoup perdu de son importance pour arriver à ce qu’elle est de nos jours. . L’ophtalinie granuleuse règne bien endémiquement encore aujourd’hui dans beaucoup de régions, mais elle s’y montre le plus souvent sous sa forme chronique, aussi son extension a-t-elle diminué. |

Mais à quelle époque l’ophtalmie granuleuse fit-elle son apparition dans la région de Montpellier?

Il serait, certes, très intéressant, mais aussi très difficile, de répondre bien exactement à cette question d’histoire régionale. Tout ce que nous pouvons affirmer c’est que l’ophtalmie granuleuse paraît nous venir d’Afrique. Le retour de l’expédition d'Egypte semble le moment de son apparition dans la région méditerranéenne, comme d’ailleurs en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique. Les pays riverains de la Méditerranée sont surtout infectés. L'Algérie est une source intarissable de contagion granulaire; ses trois départements sont atteints, mais la maladie sévit spécialement dans la province d'Oran, peuplée d’Espagnols et d’Italiens. Les voisinages et les rapports africains ne sont pas seuls en cause; notre maître, M. le professeur Truc, attribue une influence prépondérante sur le développement du trachome dans notre région, aux rapports fréquents entretenus par les habitants de la

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contrée avec Repas Il arrive, en effet chaque année

une foule d'étrangers venant du bassin méditerranéen pour les travaux de la campagne dans la région, méridionale. Ca

D'autre part la configuration de la à région méditerranéenne et les habitudes des habitants ont une certaine influence. On sait que les régions plates, comme la Belgique, sont très infectées et que les contrées élevées comme la Suisse restent relativement indemnes. De même dans la zone montpelliéraine les pays montagneux des Cévennes, de l’Ardèche et de l’Aveyron sont peu touchés, ceux du bord de la mer, au contraire sont moins épargnés ; c’est que dans” le voisinage du littoral la contagion se fait plus aisément et s’établit plus sûrement.

En somme, les granulations aujourd’hui encore très dé-

veloppées dans la région de Montpellier y ont été importées, car au dire d’Hairion on n’en rencontrait point en 1843, on n’en trouvait d’ailleurs pas davantage à cette époque, à Marseille, Toulouse, Lyon.

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Si l’on examine de bien près les statistiques de la Clinique ophtalmologique de Montpellier depuis sa fondation on constate que la morbidité régionale de la clinique, à l’origine, était dominée, en outre de la cataracte et du glaucome, par les ophtalmies granuleuses, phlycténulaires et lacrymales (25 à 30 0/0) ; actuellement ces affections gardent leur prédominance, mais leur caractère s’est modifié. Et cela tient, ici, comme ailleurs, au développement de la pratique oculistique.

, Avant la création des cliniques spéciales, il y avait, dans la région de Montpellier, des oculistes actifs et. distingués,

mais en très petit nombre, de point dans 1 petites villes. Les médecins régionaux, durant leurs études, avaient

vu sans doute opérer des cataractes, pratiquer des énu-

cléations et soigner diverses ophtalmies, mais ils ne possédaient en général que de vagues notions de thérapeutique oculaire. Le public des campagnes était comme abandonné au plus banal empirisme et les charlatans avaient beau jeu. Depuis la création des cliniques régionales, la plupart des malades sont rationnellement traités ; les médecins ne méconnaissent plus les véritables granulations, mieux encore ils apprécient les effets nocifs des états lacrymaux. Non seulement chaque ville possède un ou plusieurs oculistes qualifiés, non seulement les médecins généraux ont des notions d’oculistique, mais le public lui-même sait que les affections oculaires sont très diverses, souvent graves et toujours susceptibles de traitement médical ou chirurgical comme les autres maladies.

La Clinique de Montpellier, avec son enseignement continu, ses nombreux élèves spécialisés, sa consultation et l’action incessante du personnel assistant, a largement contribué aux progrès de l’oculistique régionale.

Les ophtalmies granuleuses décroissent manifestement dans la région de Montpellier, grâce aux connaissances professionnelles, à la prophylaxie familiale et surtout au traitement direct soutenu des sujets affectés. On voit journellement d’anciens granuleux complètement guéris; en tout cas les formes très graves deviennent toujours plus rares et les aveugles absolumgpt exceptionnels. Il en est ainsi pour cause de prophylaxie et de thérapeutique dans toute la région de Montpellier.

La contagiosité et les modes de propagation de l’ophtalmie granuleuse, très abondante et très négligée dans la région de Montpellier, ont fait l’objet des premières études

de notre maître M. le professeur Truc. Aussi l'amélioration | régionale est-elle manifeste grâce aux moyens personnels que M. True a mis en œuvre. C’est aussi en dénonçant sans relâche la contagiosité des formes fluentes que M. Truc a pu éviter de nombreuses infections nouvelles à l'école et. dans la famille. | AT

D’après Magnus l’ophtalmie granuleuse interviendrait en France en troisième ligne, après l’atrophie du nerf optique et l’ophtalmie purulente, comme agent: causal de La cécité. M. le professeur Truc dans son mémoire sur l’ophtalmie granuleuse dans la région de Montpellier (1897) nous dit: « Les granuleux formaient, au début de la Clinique ophtalmologique, 12 0/0 du contingent morbide oculaire; actuellement (1897) la proportion est d’environ 8 0/0 ». :

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Il est généralement admis aujourd’hui que le trachome est une affection de nature contagieuse, résultant toujours d’une inoculation. Mais comment se fait l'infection granuleuse? Giraldès eroit à l’infection par l’air qui jouerait le rôle d’agent intermédiaire en transportant les germes et en les déposant sur la mudeuse oculaire. La contagion par l’air est possible, mais paraît cependant peu probable; il se peut qu’accidentellement le vent transporte dans l’œil le germe de l’ophtalmie granuleuse, mais d'ordinaire l’air, comme le froid, l'humidité, la grande chaleur, le vent, les poussières, lee brusques changements de température, pré-

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ont en ee l äirritation d la conjonctive un ter-

pain favorable à 1 infection. À Montpellier par le mauvais

temps, le mistral surtout, on voit les granuleux venir consulter en plus grand nombre. Dans certains pays on a incriminé les insectes (mouches) ; les doigts,les mouchoirs, les linges et les objets de toilette (serviettes, éponges, cuvettes) méritent à plus juste titre d’être accusés.

C’est la suppuration qui s'échappe des yeux des granuleux qui est l’agent de la contagion. Pour faire naître le trachome il faut toujours l'intervention directe ou indirecte du principe actif, du virus, du microbe en un mot. Le trachome ne se développe pas spontanément; aucune disposition générale de l’organisme, aucune des conditions ordinaires des ophtalmies conjonctivales, prises isolément, ne peut créer la granulose conjonctivale.

Des conditions individuelles de constitution, de lieu, de milieu, peuvent seulement y prédisposer.

Les granulations sont contagieuses directement, c’est-àdire engendrées par le contact direct de la sécrétion trachomateuse. Ce mode de contamination par transport direct est sans doute fréquent, surtout dans un grand rassemblement d’enfants où un ou deux sont infectés. La contagion indirecte est d'observation banale : on comprend facilement ce mode de propagation chez des personnes réunies dans un même local, vivant de la même vie, se servant des mêmes objets, et ayant des relations continuelles.

d Lorsqu'on visite les familles des granuleux, on est souvent frappé de voir les divers membres qui les composent, vivant dans les mêmes conditions, ayant des rapports intimes depuis des mois et des années, être les uns indemnes,

les autres granuleux et d’une façon générale la plupart inégalement touchés : l’explication de ce fait se trouve dans une prédisposition individuelle à l'infection. Les granu-

leux sont presque toujours des pauvres; et la contagion se

produit d’autant plus facilement qu’il s’agit de miséreux, mal nourris, et vivant dans de mauvaises conditions hygiéniques. Les blépharites, les conjonctivites, les kératites, les affections lacrymales préparent le terrain; d’autre part M. le professeur Truc affirme que le trachome est surtout l’apanage d’un état général lymphatique et scrofuleux; la. statistique établit en effet que les femmes et les enfants, souvent lymphatiques, sont plus atteints que les hommes.

La contagion du trachome dépend donc des germes infectieux et d’une prédisposition générale; elle varie d'intensité suivant les milieux, suivant les individus et le degré de virulence. IL semble aujourd’hui que l’ophtalmie granuleuse aille en diminuant et que la contagion tende à s’affaiblr. Les germes de l’ophtalmie granuleuse ont-ils diminué de virulence, ou le terrain auquel ils s’attaquent ordinairement est-il devenu plus résistant par le fait des progrès de l’hygiène? Il se peut que la thérapeutique en guérissant ou modifiant de nombreux granuleux ait diminué dans une notable proportion la propagation du trachome. Mais l’ophtalmie granuleuse purulente, qui est la forme la plus virulente, est absolument rare dans notre région de Montpellier; la forme sèche, la plus commune, est beaucoup moins dangereuse. C’est là ce qui explique la diminution du trachome.

La conjonctivite granuleuse à beaucoup été étudiée à Montpellier ; des travaux antérieurs à 1904 il résulte que :

à jé Marion granuleuse y est assez fréquente, elle se pro- . duit presque toujours chez des sujets Jeunes au-dessous de vingt ans, chez les femmes plus souvent que chez les hommes. Les enfants au-dessous de quatre ans sont rarement atteints; les serofuleux, les lymphatiques, les débilités, tous ceux qui par le fait de leur mauvaise constitution et d’une hygiène souvent déplorable, présentent une résistance moindre, sont particulièrement atteints. L'influence débihtante des couches fréquentes ou compliquées, le catarrhe de la conjonctive observé si fréquemment pendant l’allaitement chez les mères pauvres, constituent autant de causes prédisposantes pour l’éclosion de l’ophtalmie granuleuse chez la femme. Il en est de même de la rougeole, de la kérato-conjonctivite, de la tuberculose. Outre cette prédisposition générale, il faut tenir compte également d’une prédisposition locale: un état d’irritation continu de la conjonctive, un catarrhe conjonctival récidivé et de lonœue durée en amoïindrissant la résistance des muqueuses oculaires préparent le trachome.

Nous terminerons cette étude succincte du trachome dans la région de Montpellier avant 1904 par les résultats généraux des statistiques qu'ont établies les divers auteurs qui se sont occupés de la question avant nous. C’est ainsi que Démery, dont les recherches vont de 1887 à 1890, à relevé sur les registres de la Clinique ophtalmologique 262 cas sur 3.000 malades, soit 8,5 0/0 de granuleux. Pour M. le professeur Truc, entre les années 1888 et 1893, la proportion des granuleux aurait été de 10 0/0 environ. Enfin dans un remarquable travail sur € La Climique ophtalmologique de Montpellier depuis sa fondation », M. le professeur Truc a repris la question; ses recherches s'étendent da 1887 à 1904, elles portent donc sur une période de dix-sept années. Notre Maître arrive aux résultats suivants :

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1.425 granuleux sur 29.000 malades, soit une moyenne de 6 granuleux 0/0.

Nous reproduisons ci-dessous le tableau statistique établi, dans le travail auquel nous faisons allusion, par M. le professeur Truc; l’éloquence des chiffres nous dispense de tout commentaire.

Statistique annuelle de l’ophtalmie granuleuse

à la Clinique Ophtalmologique de Montpellier

Depuis sa fondation (1887) jusqu’à 1904

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