TROISIÈME PARTIE
Qu'il nous soit permis, sachant les difficultés qu'ont éprouvé les ophtalmologistes à récupérer rapidement leurs blessés, de soupçonner qu'une période souvent fort longue séparait l'heure de la blessure de leur entrée au service de spécialités : « Ils arrivaient, nous disent Duverger et Velter, après 5 ou 6 jours de voyage, avec des panophtalmies, des suppurations des paupières et de l'orbite, dans des villes de l’intérieur où n'existait aucun service spécialisé. Il fallait plusieurs semaines avant qu'ils soient entre les mains d’un oculiste exercé. » Et, la minutie, la valeur du traitement entrepris alors ne pouvaient évidemment pas compenser le temps perdu au début, pendant lequel l’infection avait eu tout loisir de se développer et de devenir menaçante.
A la fin de la guerre, il est vrai, la rapidité des évacuations en général avait déjà considérablement amélioré le pronostic des plaies infectées.
Cependant, le service d’ophtalmologie n’était pas suffisamment organisé pour permettre aux blessés, souvent polyblessés, de recevoir les premiers soins
convenables pour leurs plaies oculaires. en même temps que les premiers soins nécessaires à la bonne évolution de leurs multiples blessures.
Parfois même encore, au milieu de toutes les autres, les plaies de l'œil passaient inaperçues (Weekers).
Les ophtalmologistes sont, à chaque instant, obligés d’insister auprès des autorités militaires sur l'importance de la rapidité des soins spécialisés dans les blessures de l'œil (note adressée au sous-secrétaire d'Etat du service de santé par de Lapersonne en décembre 1916 et en avril 1917).
Quels sont les progrès réalisés à ce point de vue depuis 1918 ?
Dans l’organisation du poste de secours division-
naire au combat, le triage est effectué par un méde-
cin de médecine géncrale qui n’a reçu aucune consigne précise pour classer, dans une des quatre catésories de blessés, les traumatisés de l'œil.
A l'échelon suivant, le règlement concernant la constitution des équipes chirurgicales mentionne bien l'éventualité d’une équipe de spécialistes, mais, en leur absence, les consignes sont formelles : les blessés relevant de spécialités doivent être acheminés sur le centre correspondant (Clavelin et Jame : le service de santé militaire français en temps de guerre, 1939).
En conséquence, retard d’un voyage avec tous ses.
aléas, puisque nous sommes en temps de guerre, pour que le blessé reçoive les soins que nécessite son état.