‹ L'opiumChapitre 1 sur 21 · SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS SCIENTIFIQUES

PLACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE 4, RUE Ai\TOINE-DUBOIS, 4

Monsieur HenRI CORDIER.

l'idfesseur à l'Ecole des langues orientales.

Mon cher Docteur,

Vous me demandez de présenter votre livre au public?

Je le fais avec d'autant plus de plaisir que je le sais très intéressant, et que je n'ai pas oublié vos longues et charmantes causeries sur les mangeurs et les fumeurs d'opium. Vous exposez le récit de ce que vous avez vu et en homme qui a pris tout d'abord le soin de regarder, chose rare, même chez les voyageurs.

Vous nous montrez combien de millions d'êtres humains dissipent leur fortune et, ce qui est pis encore, leur santé dans cette prodigieuse consommation de l'opium.

Au sein de notre vieille Europe, c'est la morphinomanie qui prévaut et s'étend chaque jour.

En Or-ieiit, c'est l'opiophagie qui règne.

Dans l'Extrême-Orient, nous ne voyons plus que le culte de la fumée d'opium.

Lorsqu'on songe que l'humanité est assaillie par tant de fléaux, dont elle pourrait se garantir en leur opposant son intelligence et ses forces, lorsqu'on arrive à ce calcul que, chaque année, près de deux milliards de francs sont employés à l'acquisition d'une drogue abrutissante, on se prend à douter des progrès de l'esprit humain.

Vous avez embrassé et traité avec beaucoup de compétence les côtés historique, économique et social ; puis, abordant la question hygiénique, vous avez fait un exposé des controverses ardentes qu'elle a suscitées.

Pour la juger, vous vous êtes placé sur le terrain scientifique, le seul solide, le seul qui convienne à une discussion de cette nature.

Vos lecteurs vous en seront reconnaissants.

j:nfin, vous avez cherché à détruire la

ni

légende des rêves délicieux du fumeur d'opium !

Vous nous le montrez au début, soumis à la première période d'excitation à laquelle donne lieu la morphine, puis tombant rapidement dans 'la torpeur à laquelle succède, s'il atteint la limite où commence l'abus, un état d'abrutissement qui ravit à l'homme toute conscience de lui-même.

Vous avez mis une vérité importante à la place d'une erreur.

Mille compliments affectueux de votre dévoué,

Henri MOISSAN,

Membre de l'Académie des Sciences,

Paris, 13 Février 1893.

AVANT-PROPOS

Le progrès scientifique suit une marche vertigineuse qui contraste avec celle du mouvement social.

Ce phénomène est dû à ce que les forces productives immenses qu'il développe se heurtent constamment à des causes perturbatrices au premier rang desquelles se placent les multiples poisons sociaux.

Le plus funeste d'entre eux est celui qui, sous l'expression générique d'alcool, comprend tous ces breuvages malsains surgissant chaque jour comme autant de fer ments de cette fièvre d'excitation qui dévore le monde moderne : après lui, viennent les divers modes d'abus de l'opium ; la diversité des jugements portés sur eux dépend

6 AVANT-PROPOS

de la variété des points de vue sous lesquels ôn les envisage; pour quelques-uns c'est le côté moral qui domine toute la question : les autres ne considèrent que les effets produits sur l'organisme et, loin de s'entendre sur ce point, ils se divisent en opioplîiles et en opiophobes.

Nous avons essayé de soumettre à une critique dégagée de toute idée préconçue tant d'opinions divergentes et nous avons demandé à l'observation expérimentale les lumiôres qui ont manqué jusqu'ici. Nous nous sommes donc livré à des recherches physiologiques appuyées sur les données chimiques que M. le professeur Moissan, de l'Institut, a bien voulu nous fournir et qui ont fait l'objet d'un Mémoire lu à l'Académie des Sciences le 5 décembre 1892. Dans la même séance, nous avons présenté notre travail sur nos études physiologiques faites avec le savant concours de M. Gréhaut au laboratoire du Muséum.

C'est l'ensemble de tous ces travaux que nous publions dans cet ouvrage, avec l'es-

AVANT-PllOPOS 7

poir qu'il ne sera pas sans intérêt pour ceux qui, préoccupés des conditions si complexes du développement des Sociétés, demandent à l'histoire et à la science des faits et des documents précis sur tout ce qui peut affaiblir ou exalter les énergies physiques, intellectuelles et morales des races humaines.

Paris, V'' Février 1893.

D"^ Ernest Martin.

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