‹ L'OpiumChapitre 24 sur 32 · La Commission adopta à l'unanimité neuf résolutions · texte numérisé non relu

La Commission adopta à l'unanimité neuf résolutions

1e La première reconnait la sincérité inébranlable du gouvernement chinois dans ses efforts pour déraciner la production et la consommation de l’opium « et le progrès, réel bien qu'inégal, déjà accompli dans cette tâche immense » ;

2° Il est recommandé aux gouvernements représentés de prendre des mesures pour la suppression graduelle de la pratique de fumer l’opium, dans leurs territoires et possessions respectives;

3° Leur attention est attirée sur cette occasion favorable pour

NS CC AT ‘ + MU NT ere Ne à ï

Les nombreux et volumineux rapports présentés à cette assemblée, surtout ceux de la Chine, de la France sur l’Indo-Chine,de l'Angleterre sur les Indes, des Indes Néerlandaises et des États-Unis, présentent un très grand intérêt car ce sont les documents les plus complets, les plus récents etles plus authentiques que l’on possède sur la question de l'opium et ils ont fourni beaucoup des éléments de cette étude.

Enfin on parle d’unenouvelle grande Conférence

soumettre à un nouvel examen leur système de réglementation en profitant de l'expérience acquise dans les autres pays ;

4° La Commission constate « le devoir pour tous les pays d'’adopter des mesures en vue d'empêcher l'embarquement d'opium à destination d’un pays qui en interdit l'entrée » ;

5° Elle proclame l'urgence de « mesures draconiennes pour contrôler la fabrication, la vente et la distribution de la morphine »;

6° Elle demande une enquête scientifique sur l’opium, ses effets, ses remèdes ;

1° « La fermeture immédiate de toutes les fumeries d’opium » dans les concessions européennes en Chine ;

8° Elle réclame « des mesures promptes et effectives, à prendre dans lesdites concessions, pour prohiber le commerce et la fabrication de remèdes contre l’opium qui confiendraient eux-mêmes de l’opium »;

9° L’application, dans ees concessions, dela législation nationale sur le commerce des poisons,.

VEUX a VV ME n DRM ANT RASENT ANER s ' e ESS

internationale qui se réunissait à La Haye sur l’initiative des États-Unis pour achever l’œuvre commencée pas celle de Shanghaï.

Il nous reste à étudier plus en détailcette question de l’opium en Chine, Indo-Chine, aux Indes et aux Indes Néerlandaises, et la part qu’ont prise plus particulièrement ces pays dans cette lutte

générale contre l’opium.

S 1. — Legislation de l’opium en Chine.

Nous avons vu à propos de l'historique de l’opium qu’il y a très longtemps que le gouvernement chinois a essayé en de nombreuses tentatives, toujours restées infructueuses, de lutter contre ce funeste poison.

Dès Le xvrr° siècle on retrouve des édits impérlaux défendant son usage alors sous forme de pâte. Nouveaux édits prohibitifs, l’un en 1729 contre les fumeurs et un autre en 1796 contre son importation, lequel provoqua la fameuse guerre de l’opium et le traité de Nankin qui désarma la Chine pendant de longues annéees en ouvrant ces ports à l’importation étrangère.

Mais cette campagne indigène contre l’opium

recommençaä, il y a quelques années, dans le sud à Canton, les Cantonais étant en effet d’un tempérament plus propre à l’action que les autres Célestes, ainsi qu'ils l’avaient déjà prouvé car ce sont eux qui jetèrent à la mer les cargaisons d’opium anglais et provoquèrent ainsi la guerre.

Ce mouvement prit très vite une grande extension ; le vice-roi des deux Kouangs interdit en juin 1905 aux fonctionnaires et officiers des deux provinces l’usage de l’opium sous les peines les plus sévères. Peu à peu le mouvement monta vers le Nord. En mars 1906, le taotaï de Shanghaï faisait la même interdiction,ainsi que ceux du Pet-chéli et du Kiangsou. Enfin le 21 novembre 1906 le gouvernement de Pékin rentrait officiellement en campagne et proclamait le célèbre décret actuel. Mais si celui-ci seul eut un retentissement considérable, il n’en est pas moins vrai qu'il n’est que la suite de plus de deux siècles de luttes.

Ce qui est exact c’est qu'en fait et d’une façon générale jusqu’à cette date la culture du pavot, la fabrication du chandoo et sa vente étaient absolument libres en Chine et que toutes les mesures prohibiïtives administratives contre l'importation

et la consommation restèrent complètement im-

puissantes devant l’habitude si ancrée dans toutes les classes du Céleste Empire.

Seule la circulation de l’opium brut était contrôlée et taxée aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, système douanier existant toujours du reste.

a) Aux frontières dela Chine l’opium pourentrer doit payer un droit de douane de 4 fr. 67 le kilogramme — et pour sortir seulement un quart, soit 1 fr. 17 le kilogramme.

L'opium de Chine, rentrant après être sorti des frontières,paie comme opium étranger et tel est le cas de beaucoup de l’opium du Yunnan qui passe par le Tonkin, parce que c’est la route la plus rapide pour aller aux ports chinois de Canton ou Hong-Kong.

b) Aux frontières de chaque province, à l’intérieur de la Chine, l'opium doit acquitter un droi de douane (/ikin) variant dans chacune.

Actuellement il est de fr. 10 le kilogramme au Yunrnan et généralement d’un peu plus de 1 franc dans presque toutes les provinces. Ceci explique les frais considérables qui viennent doubler le prix de l’opium pour le transporter des provinces pro-

ductrices centrales jusqu'aux ports de la côte.

Ces droits rapportent au gouvernement environ .

160 millions de francs paran.

. Voici le Lexte du fameux décret du 21 novembre 1906 dont nous avons parlé tout à l’heure: 1° La culture du pavot et l'usage de l’opium devront cesser complètement dans les délais de dix années. à

2 Tous les vice-rois et gouverneurs doivent ordonner à leurs sous-préfets de faire le recensement exact de ces terres de culture dans leurs districts. À 4IL est interdit de commencer la culture du pavot dans les terres où cette culture n’a jamais été faite auparavant.

La superficie déjà employée pour cette culture doit être réduite d’un dixième au moins chaque année.

4° En cas de non-observance du présent article, les terrains de cultures seront confisqués.

5° Toutes les personnes faisant usage de l’opium devront faire enregistrer leur nom, âge, profession et adresse auprès du yamen de la localité ou du chef du village.

6 Tous les bacheliers, licenciés, notables et

mandarins devront s'abstenir désormais de fumer

cette drogue afin de donner le bon exemple au peuple.

7° Toûs les magasins vendant de l'opium seront fermés graduellement.

8 Toutes les fumeries d’opium devront être fermées dans un délai de six mois, la vente des pipes et autres objets de fumeurs devra cesser dans le même délai. |

Les impôts sur les lits dans les fumeries d’opium ne seront plus perçus trois mois après la promulgation de ces règlements.

9° IL est dès aujourd'hui interdit aux marchands de vins et liqueurs et aux maisons de thé de vendre l’opium.

Aucun nouveau magasin ne sera ouvert.

10° Des sociétés contre l’usage de l’opiumseront officiellement encouragées. L’ocoupon devra s’entendre avec le ministre d'Angleterre pour la ré-

duction graduelle de l’importation des Indes.

Que penser des résultats possibles de ce décret si énergique et peut-être même excessif? Beaucoup de controverses ont été soulevées à ce sujet ; beaucoup affirment la sincérité du gouvernement chi-

nois et annoncent dans une date prochaine la sup-

A LP 7 rat

pression totale de ce poison. À en croire le représentant de la Chine à la conférence de Shan- . ghaï, des résultats considérables auraient déjà été

obtenus. De nombreuses Ligues contre l’opium se

sont créées et sont devenues puissantes et respec-

tées des fonctionnaires. Elles ont fondé des hôpi-

taux spéciaux où l’on soigne gratuitement les

fumeurs invétérés et l’une d’elles a ainsi guéri à

elle seule en quelques mois 2.500 fumeurs. Dans

certaines villes, notamment à Shanghaï, l’opinion

publique a été si enthousiaste qu’on a procédé à

des autodafés en grande cérémonie des instru-

ments nécessaires aux fumeurs.

Les remèdes contre l’opiomanie pullulent dans toute la Chine et donnent lieu à un commerce considérable.

Enfin des mesures plus radicales ont été prises. Dans beaucoup de villes, à Canton, Shanghaï, Amoy, Foochow, Nankin, etc.; des fumeries ont été fermées.

Dans toutes les provinces des rapports constatent une diminution dans le nombre des fumeurs et surtout l’opinion publique évolue : les fumeurs

cachent leur habitude et partout les jeunes géné-

rations entendent condamner ce vice.

CHF E à

120 à LA LUTTE CONTRE L'OPIUM

Ce même rapporteur estime que depuis la publication de ce décret le nombre des fumeurs aurait baissé d’un tiers dans toute la Chine, et que la pro-

duction aurait été ainsi réduite :

Page 1