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Et ce délégué a cité pour confirmer sa thèse un très grand nombre de décrets locaux rendus par les mandarins dans les principales villes de la
Chine pour appuyer le gouvernement de Pékin
dans cette vaste réforme, les uns relatifs à des:
sanctions sévères contre les fonctionnaires continuant à pratiquer ce vice, à des restrictions dans la vente de l’opium, etc... et prouvant en effet une activité officielle et théorique assez générale dans tout l'empire. | Mais, par contre, très nombreuses sont les personnes compétentes qui doutent de la sincérité du gouvernement chinois et, dans tous les cas, du succès de cette réforme.
Quelques-uns affirment que le seul but de la Chine serait d’arriver,en provoquant ce mouvement -contre l’opium, à faire cesser l'importation des In-
des que depuis des siècles elle n’a pas la force
d'arrêter par ses seuls moyens. Cette campagne contre l’opium se réduirait alors à une guerre indirecte à l’opium anglais seul. De là un double profit : garder en Chine tout cet argent que cette importation draine vers les Indes, et protéger le commerce de l’opium indigène qui par suite augmentera les profits des cultivateurs et commerçants nationaux. L’Angleterre semble soupçonner ces intentions cachées, car si elle accepte deréduire son importation, réduction devenue forcée devant l’opinion publique, elle se réserve de vérifier la sincérité des efforts du gouvernement chinois et ne l’accepte qu’à titre d’essai.
Ce qui semble plus vraisemblable c’est un calcul diplomatique plus complexe de la part de la Chine ; elle voudrait supprimer en effet l’importation des Indes quiest une concurrence coûteuse contre laquelle elle n’a cessé de protester, réduire véritablement et réglementer la production indigène, mais à seule fin d'arriver à élablir un monopole de l’opium qui. sous prétexte de réforme humanitaire, serait en fait une source de bénéfices considérables.
Ce monopole serait pour la Chine la seule so-
lution financière possible actuellement puisqu'elle
ne veut pas emprunter les capitaux occidentaux, sachant par expérience les dangers qu’entraînent ces opérations. Pour mener à bien son évolution vers une réorganisation totale de toute l’administration et de ses armées, pour utiliser les énormes richesses économique de cet immense empire, pour racheter ses chemins de fer et ses mines aux capitalistes étrangers qui déjà les ont accaparés, il lui faut des capitaux considérables qu’elle ne sait où trouver et que l’opium, sans presque de difficulté, lui assurerait du jour au lendemain.
Puisque la Russie tire de son monopole de l’alco01 1.350 millions de francs net (1.900 millions fr. brut), avec seulement une population de 130 millions d'hommes, etla Suisse (avec 3 millions d’habitants seulement et quoique la régie ne fasse pas la vente au détail), de 6 à 7 millions de francs, quels bénéfices peut espérer un empire de plus de 400 millions d'hommes dont presque un quart des adultes mâles s’adonne à la divine ivresse? surtout si on tient compte que le fumeur ne recule devant aucun sacrifice pour assouvir sa passion, plus tyrannique, plus vitale mème que l'alcool, à tel point qu’un alcoolique qui commence à fumer
cesse de boire. La preuve du reste c’est que les
régies de l’opium de l’Indo-Chine et surtout celles des Indes Hollandaises vendent facilement à des prix très élevés, (180 francs le premier et 720 francs le second), un kilogramme d’opium qui ne vaut que 30 francs à peine! On voit quelle marge de bénéfice possible pourrait réaliser une pareille institution en Chine.
D'après les calculs du délégué chinois à la Conférence internationale de Shanghaï, les fumeurs d'opium dépenseraient plus de 875 millions de francs (250 millions taëls) pour leur consommation annuelle d’opium. Or cette estimation est très au-dessous de la vérité car elle ferait revenir seulement à 23 fr. 65 le kilogramme de chandoo (1). Avec une majoration de monopole équivalente à celle des Indes Hollandaises ou mème de l’Indo- Chine, ou encore bien moindre, on gagnerait des sommes dont aucun impôt au monde ne peut donner une idée.
La meilleure preuve que cette arrière-pensée se cache derrière la réforme chinoise et préoccupe depuis très longtemps les hommes d’État chinois,
c’est que Li Hung-Chang lui-même avait fait deman-