RAREMENT
Cochinchine et au Cambodge. Postérieurement les prix de l’opium subirent une première hausse. Une seconde augmentation en 1908 suivit bientôt (voir au chapitre sur les prix du chandoo).
Commission. — Une commission officielle fut chargée d’examiner les moyens de réduire encore cette funeste habitude: elle se réunit le 12 septembre 1908 et elle conseilla d'augmenter encore les prix, de fermer peu à peu les fumeries, de répandre dans les populations par tous les moyens la connaissance des dangers de l’opium, d'interdire la vente des résidus de l’opium, de surveiller plus sévèrement la contrebande.
Circulaire. — Une circulaire du Gouverneur général interdisait en 1907 l’usage de l’opium à tous les fonctionnaires de tous rangs et de tous services sous peine d’être privés de tout avancement et même avec mise à la retraite pour ceux qui continuent.
Enfin, pour complaire à la Chine, interdiction d'importer le chandoo de Saïgon sur Hong-Kong etsuppression de l’opium dit du « Yunnan » à la bouillerie.
Toutes ces mesures expliquent la baisse de la
vente de l’opium signalée précédemment à propos
du commerce et des revenus tirés de l'opium en Indo-Chine (chapitre « Prix du chandoo »).
Beaucoup de personnes trouvent toutes ces mesures encore très insuffisantes et voudraient comme suite à cette campagne générale contre l’opium, qu’on supprimât complètement ce monopole en Indo-Chine, l’État ne devant pas tirer des bénéfices considérables de la vente officielle d’un véritable poison social.
Mais si au point de vue moral une telle mesure paraît indiscutable, en fait il n’en est pas de même. En supprimant ce monopole, de l’avis unanime
des personnes compétentes, on ne diminuerait en
- rien la consommation de l’opium dans notre colo-
nie : la contrebande seule bénéficierait d’une telle mesure. Chaque fois en effet que dans ce but moral on a élevé les prix officiels de vente, prix qui ont déjà doublé depuis cinq ans, on a constaté une augmentation d'importation d’opium de contrebande* On estime déjà cette contrebande à un tiers de la consommation totale, certains auteurs même aux trois cinquièmes, et cette augmentation est en raison directe de l'élévation du prix du monopole.
Quant à supprimer cette contrebande il ne faut
pas y songer tant que les provinces chinoises qui
longent notre frontière ne supprimeront pas ellesmêmes cette culture, car il est matériellement impossible de surveiller effectivement, dans ces régions sauvages et montagneuses, une frontière aussi étendue limitrophe de la région de la Chine la plus productive d’opium ; d’autant plus que même pour se rendre aux ports chinois, l’opium du Yunnan a intérêt à passer par le Tonkin et que ce trafic a une organisation très ancienne et très complète. La plus grosse part de cette contrebande se fait par l’intermédiaire de sociétés chinoises secrètes ayant leur siège en Chine et des représentants dans toute l’Indo-Chine.
Leurs nombreux adeptes sont soumis à des statuts sévères dont une clause même exige le serment de ne jamais révéler le secret des opérations ni les noms d’aucun membre, toute trahison devant être punie de mort, et il paraît que dans de nombreux cas en effet la peine a été rigoureusement appliquée.
Par conséquent la suppression du monopole commencerait par placer notre colonie dans un embarras financier critique, juste au moment où l’on peut craindre des troubles et où le gouverne-
ment a besoin de toutes ses ressources, dont celle-
ciestjustementune des plus importantes. Secondement on ne diminuerait par ce sacrifice que très peu la consommation de l’opium et on abandonnerait ainsi les fumeurs aux opiums frelatés et de mauvaise qualité de contrebande, bien plus dangereux que la drogue officielle.
Et pourquoi tolérer alors le monopole officiel de l’alcoo!l ? Ce mal n’est-il pas pire que celui de l’opium? Il est vraiment étrange de crier contre l’opiomanie qui n’est guère pratiquée que par les Chinois habitant en Indo-Chine, alors que nous trouvons naturel de répandre le goût de l’alcool qui, lui, a déjà trouvé un milieu favorable dans la populationindigène eteuropéenne.Nous avons déjà dit qu’entre ces deux fléaux, l’opium était encore préférable, même pour nos fonctionnaires.
Qu'on interdise l’alcool d’abord et l’opium ensuite, soit! ce sera très bien : et encore faudra-t-il prendre des mesures sévères contre la morphine qui ne tardera pas à remplacer l’opium, comme on en a eu un exemple frappant au Japon (1), et
contre la culture du chanvre, qu’on a déjà signalé
1, La ville d’Osaka a un commerce considérable de seringues
de Pravaz qu elle fabrique et dont elle fournit le monde entier.
LE
TONER " is f
sur plusieurs points, pour produire le haschisch,
qui west guère préférable à l’opium lui-même.
S 3. — Législation de l’opium aux Indes.
EL — Historique.
La culture du pavot était libre autrefois aux Indes : il y avait bien eu un commencement de monopole de l’opium dans le Bihar mais il avait été abandonné pendant les troubles survenus sous la dynastie des Mogols, laissant seulement après lui une puissante association des plus gros vendeurs d’opium qui s'organisa à Patna, déjà le centre de cette production. Cette culture du pavot était encore libre en 1758 quand la Compagnie des Indes obtint le monopole du commerce du Bengale et du Bihar dont l’opium était la principale source de revenus.
En 1775 Warren Hastings décida qu'il était nécessaire dans l'intérêt commun de réglementer ce commerce de l’opium et créa le monopole de l’opium. Ce monopole fut d’abord affermé à des
adjudicataires qui devaient vendre l’opium qu'ils
préparaient à un prix déterminé à l'avance par le gouvernement.
En 1786 le gouvernement reprit ce monopole pour l'exercer lui-même, car il était devenu une source de bénéfices considérables. Malheureusement toutes les provinces de l’Ouest et du Centre échappaient encore à tout contrôle et très spécialement la région de Malwa qui était une des plus grandes productrices d’opium.
En 1818, après la guerre des Marathes, la Compagnie des Indes obtint un protectorat sur les importants districts de l'Ouest, tout le long de la côte, sauf celui du Sindh qu’elle n’aura qu’en 1843. Dix de ces États indigènes acceptèrent après la guerre le monopole de l’opium cultivé sur leur territoire, mais devant les violentes protestations des cultivaiteurs le gouvernement préféra renoncer à ce monopole et se contenter seulement d’un droit sur chaque caisse d’opium sortant de ces États. Par conséquent, dans le régime actuel il y a trois catégories d'États producteurs d’opium aux Indes :
a) Les États indigènes du Centre, libres de tout contrôle encore actuellement mais dont la produc-
tion est insignifiante ;
b) Les États indigènes non soumis au monopole mais seulement à un droit qui frappe chaque caisse d’opium qui en sort, comme la province de Malwa ;
c) Enfin ceux soumis au monopole où la culture est limitée comme étendue totale et où chaque cultivateur doit obtenir une autorisation préalable. La récolte entière doit ètre vendue au gouvernement à un prix déterminé par lui à l’avance, variable chaque année et déduction sera faite des avances accordées aux cultivateurs suivant un usage très répandu.
Les deux agences chargées d’acheter cette récolte, celles de Bénarès et de Patna, préparent deux sortes différentes d’opium : l’une destinée à l'exportation (provision opium) est envoyée à Calcutta qui l’exportera aux bouilleries de chandoo de Chine ou d’Indo-Chine; l’autre destinée à la consommation intérieure (excise opium). Ce dernier opium est distribué dans les bureaux des différents districts où il est vendu avec un droit élevé à des marchands seuls autorisés. Cependant, dans certains États tout le monde peut librement acheter au Trésor un débit de vente d’opium.
Mais l’opium ne peut être consommé qu’à domi-