‹ L'OpiumChapitre 6 sur 32 · de Es 1854 70.000 d° sa 1838 85.000 de as · texte numérisé non relu

de Es 1854 70.000 d° sa 1838 85.000 de as

Après 1880 le budget des Indes encaissa un

bénéfice annuel de plus de 210 millions de francs

rien que pour son exportation d'opium brut en Chine.

En même temps la culture du pavot à opium se développait à l’intérieur de la Chine avec une rapidité extraordinaire, couvrant des provinces entières de ses champs de pavots blancs qui remontent les vallées des grands fleuves chinois jusque sur les flancs les plus lointains du Thibet et des Monts Célestes : aussi actuellement la Chine estelle de beaucoup le plus grand producteur d’opium du monde.

Ensuite vient l’Inde qui a passé au second rang pour la production mais la qualité de son opium est extrêmement recherchée par tous les fumeurs. La

Perse ne vient qu'au troisième rang, fort loin der-

rière. Ce sont les seuls trois grands pays produc-

teurs d’opium.

On cultive encore le pavot à opium en Asie Mineure, dans la haute Égypte, un peu en Turquie et en Bulgarie, mais ces opiums-là sont presque exclusivementutilisés pour les produits pharmaceutiques, comme nous le verrons plus loin.

Une constatation curieuse c’est que les seules régions du monde où pousse ce mystérieux pavot à opium sont situées sur les flancs de ce colossal

amoncellement de chaînes de montagnes, les plus

hautes du globe, qu’on appelle le Thibet, cette gigantesque épine dorsale de l'Asie.

Au sud, c’est le versant hindou de l'Himalaya avec les fertiles vallées du Gange où se cultive le meilleur opium ; au nord-est, ce sont les pentes chinoises du Thibet et les plaines immenses au nord du Yangize-Kiang où les champs de pavots s’étendent sans interruption jusqu'aux extrémités de la Chine, en diminuant de densité à mesure qu'on s'éloigne vers le Nord et l'Océan Pacifique; enfin à l’ouest, sous ie Pamir, c’est la Perse avec ses hauts plateaux, grands producteurs d’opium.

C’est donc seulement à l’ombre de ce massif géant que s’élabore la drogue divine, et c’est de ses vallées qu’elle ruisselle comme une lente et noire inondation sur le reste du monde ; elle submerge peu à peu tous les pays environnants et commence déjà à s’infilirer dans tous les grands centres de population des autres continents.

Autrefois isolé par les montagnes et les déserts infranchissables de cette Chine presque inconnue, l’opium ne nous intéressait que par les récits de quelques voyageurs revenus de ces lointaines régions. Maintenant, à mesure que les moyens de

transports se multiplient et deviennent chaque

jour plus rapides, avec eux l'invasion avance, sans cesse accrue : et tous les points en rapports avec l’'Extrème-Orient sont actuellement contaminés par le poison asiatique.

IL est déjà dans nos ports, il gagne toutes nos capitales et toute une littérature nouvelle célèbre le mauvais génie des fumeurs d’opium.

Aussi à cette heure tous les peuples menacés par ce nouveau fléau ont-ils élevé à leurs frontières des lois prohibitives sévères pour arrêter cette dangereuse infiltration.

Et tous les gouvernements unis devant le péril commun ont entrepris une campagne déterminée contre l’opium, soutenus par l’opinion publique, subitement passionnée pour cette question à la mode.

Nous assistons ainsi à cet étrange spectacle de l'Occident repoussant avec terreur ce même poison qu'il avait autrefois imposé de force à l'Orient

malgré ses protestations et ses édits.

Le Pavot à Opium

Le « Papaver Somniferum » ou pavot blanc, cultivé en Orient pour l'extraction de l’opium, est assez différent du pavot rouge ou coquelicot sauvage qui .

pullale dans nos contrées.

La Plante. — C’est une plante annuelle dont la tige droite, d'une hauteur variant suivant les espèces de 0 m.50 jusqu'à 1 m. 60, se ramifie assez près du sol. Ses feuilles rares sont larges, alternes, dentelées, irrégulièrement ondulées, divisées et d’une couleur glauque.

Les fleurs, solitaires à l'extrémité des rameaux, sont blanches, ainsi que les graines, du moins dans l'Inde et le Yunnan.

Il y a sur chaque plante de 7 à 9 rameaux se

terminant tous par une fleur qui renferme une cap-

sule dont le disque supérieur est rayé régulière-

ment. Les semences, petites et jaunâtres, sont au

nombre de 15.000 à 30.000 dans une seule capsule,

Climat et Terrain. — Le pavot à opium pousse jusqu’à 2.000 mètres dans la zone tropicale. Il craint la sécheresse et les fortes chaleurs alors qu’il supporte très bien les gelées et la neige ellemême. Ce qu’il lui faut surtout c’est un climat humide, une terre d’alluvion riche, profonde, perméable et le plus possible chargée en humus, d’une consistance moyenne mais plutôt un peu argileuse que trop légère. La condition essentielle est une fumure très abondante avec laquelle cette culture sera possible dans presque tous les terrains. On compte 18.000 kilos de fumier de ferme à l’hectare et des engrais variables suivant la composition du sol, mais en général à base de superphosphate et d’azotate de potasse.

Aussi rien que la préparation du terrain est assez longue et demande beaucoup de soins:

nécessité de nombreux labours et hersages préliminaires pour ameubler convenablement la terre,

étant donnée surtout la finesse des semences.

fe

Mème pour les terrains nouvellement défrichés il vaut mieux commencer par quelque autre culture moins délicate, telle que le maïs.

Si les pluies sont insuffisantes, il faut irriguer le terrain. Aussi en plaine il sera presque toujours divisé en planches rectangulaires. Mais l’eau ne doit pas stagner comme dans les rizières; aussi un canal profond entre les planches verse et déverse l’eau à volonté dans des sillons perpendiculaires qui arrosent les planches.

Eu pays de montagne on étagera les champs

pour faire passer l’eau des uns aux autres.

Semis. — C’est en octobre et novembre qu'ont lieu en général les semis. Dans beaucoup d’endroits -on trempe les semences la veille dans de l’eau camphrée pour activer la germination. Ces graines sont semées à la volée dans la proportion de 1 à 3 kilogrammes à l’hectare suivant les régions ; on herse aussitôt après pour recouvrir les graines et on irrigue de suite.

Un très bon procédé employé dans le Yunnan consiste à faire, avec un outil spécial, une ligne de trous ayant de 3 à 4 centimètres de profondeur et

placés à 40 centimètres les uns des autres, ces

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lignes étant faites parallèlement à 30 centimètres les unes des autres. Dans chaque trou on met une pincée de graines mélangées de sable fin, on rebouche et on irrigue.

Ces irrigations se continueront tousles quinze jours dans les pays secs où les pluies sont rares, alors que, dans d’autres régions comme celle de Bénarès, cinq fois par an suffisent en moyenne.

La germination commence souvent dès le quatrième jour et il faut éclaircir les plantes lorsqu’elles n’ont que 5 centimètres de haut: deux autres éclaircissages suivront à mesure que ces plantes grandiront pour arracher les plus chétives ou celles qui sont trop serrées, de façon à ne laisser que les plus vigoureuses qui se développeront à l’aise à environ 20 centimètres les unes des autres.

La floraison a lieu quatre-vingts ou cent jours après, c’est-à-dire de fin mars au milieu d'avril, et

la récolte elle-même fin avril.

Récolte des pétales. — La récolte des pétales qui précède celle de l’opium doit se faire au moment où ceux-ci vont tomber d'eux-mêmes, car

on risquerait en les arrachant trop tôt de blesser

la capsule. Pour les cueillir délicatement on encercle le bout de la tige entre le pouce et l'index un peu au-dessous de la fleur et, en remontant la main, les pétales sont détachés sans abîmer la capsule.

Ces pétales sont placés dans un récipient plat qu’on pose sur un feu doux : on recouvre les pétales d’un linge humide et, pour lui conserver cette humidité, on tord au-dessus un autre linge mouillé jusqu’à ce que sous l’action de la vapeur d’eau qui se dégage ainsi les pétales adhèrent entre eux grâce à la substance résineuse qu'ils contiennent.

Les feuilles sont alors retournées et on recommence pour la seconde face le même travail.

Ces feuilles ainsi formées avec les pétales agglo-

mérées s’appellent «leaves » : avec elles sontenve-

loppés tous les pains ou « cakes» d’opium brut des Indes. Ces leaves ont une odeur particulière qui donne en partie son arome à l’opium; aussi est-ce en vain qu'on a essayé de Les remplacer par de la toile, du papier ou de la soie, l’opium enveloppé avec ces matières donnant un produit très inférieur.

Ces leaves, réunies en paquet de 1 kilogramme,

sont classées en trois catégories livrées aux agen-

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ces aux prix respectifs de 16 fr. 80, 11 fr. 75 et

8 fr. 40 le kilogramme, suivant la qualité.

Récolte du suc. — Cinq jours après la récolte des pétales commence la récolte de l’opium. Il ne faut pas que la capsule soit complètement müre, à peine jaunâtre ; à sa maturité complète elle aura une teinte foncée et sera sèche.

Au coucher du soleil seulement on searifie ces capsules avec une espèce de fourchette (nashtar) (1) à manche de bambou, dont les denis légèrement divergentes, réunies entre elles et fixées au manche par un gros fil de coton, ont un côté tranchant. Ces lames, au nombre de quatre ou cinq, n’ont guère que quelques millimètres de saillie et d'intervalle entre elles.

Avec cet instrument on fait des incisions verticales de la base au sommet de la capsule, et très superficielles pour n’atteindre que les vaisseaux laticifères et non percer le fruit, car alors le suc s’écoulerait à l’intérieur.C’est pour éviter cela qu’on

emploie cet instrument spécial, cette scarification

1. Les procédés d'extraction que nous indiquons sont ceux de l'Inde, mais les pratiques en Chine n’en diffère pas essentiel-

lement.

demande une grande légèreté de main et une longue expérience.

Le suc, qui s’écoule d’abord laiteux, s’épaissit en devenant peu à peu plus foncé. Le lendemain, à l’aubeet avant dix heures au plus tard, on enlève ce suc avec des grattoirs en fer et on le met dans de petits récipients que les cultivateurs portent à leur ceinture. On répète tous les trois jours cette opération et il faut jusqu’à 5 et même jusqu’à 9 scarifications pour épuiser le fruit. Les scarifications sont faites chaque fois dans un sens différent et la récolte dure de quinze à vingt jours,chaque ouvrier récoltant de 150 grammes à 200 grammes par jour.

On récolte ainsi une moyenne de 5 grammes par plante et de 15 à 20 kilogrammes d’opium à l’hectare.

Le suc épuisé, les capsules sont mises à sécher puis brisées pour recueillir les graines qui serviront aux semailles de l’année suivante.

Dans certains endroits on ramasse les plus belles capsules pour les graines avant la récolte et avant toute scarification.

Ce suc est alors versé dans des vases en terre où on le laisse reposer ; au bout de quelques jours un

liquide particulier se sépare du reste de la matière

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plus dense: c’est le passewa qui est presque noir. On le décante avec soin, car, s’il en restait, il nuirait à la qualité de l’opium.

Ce passewa est composé des principes les plus solubles de l’opium dissous par la rosée ou l’humidité de Pair lors de la scarification. On l'utilise pour composer le lewa, mélange de passewa, d’opium inférieur et de l’eau ayant servi à laver les récipients de l’opium de bonne qualité.

C’est ce lewa qu’on emploiera au moment de la confection des pains d’opium pour coller les leaves entre elles et autour de l’opium.

On se rend compte maintenant à quel point tout est utilisé dans le pavot.

L’opium, ainsi séparé du passewa, est remis dans des récipients en terre.

Dans la région de Malwa on le recouvre même d'huile de lin pour éviter toute évaporation. Comme dans ce district il n’y a pas monopole du gouvernement, là comme en Chine cette production est achetée au détail aux cultivateurs par des intermédiaires qui la revendront ensuite aux grandes agences de Patna et Bénarès.

Ces intermédiaires, dès qu'ils ont réuni 20 kilo-

grammes d’opium acheté au détail, l’enferment

dans des sacs en toile suspendus dans un local sombre et fermé. Pour faire complètement écouler cette huile de lin et pour en débarrasser l’opium il faut d’un mois à six semaines.

| L’opium est versé ensuite dans de larges cuves plates où on le malaxe plusieurs heures pour obtenir un produit homogène d’une couleur uniforme

Alors on le divise en boules de 300 grammes et on l’envoie en octobre-novembre aux agences anglaises auxquelles les cultivateurs du Bengale soumis au monopole doivent vendre directement leur récolte.

À son arrivée aux agences, l’opium brut est soumis à un premier examen par des agents du gouvernement anglais de l'Inde qui s’assurent qu’ilest pur,sans matières étrangères, ni colorants, ni trop de passewa.

Ces experts, ayant acquis une grande expérience par de longues années de pratique, arrivent à apprécier merveilleusement la qualité de l’opium à de très faibles indices : d’après sa consistance, sa contexiure, son arome et sa couleur. Selon ses qualités on l’accepte ou on le refuse, et dans le premier cas on lui donne un numéro qui, corres-

pondant à une certaine qualité d’opium, servira de

base pour payer le producteur ou l'intermédiaire qui l’a apporté.

Confection des pains. — L’opium une fois accepté est conservé dans des magasins spéciaux de l’agence. On en prend chaque jour une certaine quantité qui est divisée par fraction de 1 kilogramme et pétrie séparément. Ensuite le tout est versé dans de larges cuves de 6 mètres de long sur 1 mètre de large et pétri à nouveau jusqu’à ce que l'opium ait une consistance suffisante comme le type-étalon (70 ‘/, d’opium et 30 °/, d’eau).

Pour fabriquer les cakes chaque opérateur, assis sur un banc de bois, est muni d’une mesure en étain et d’une cuvette en cuivre: il a près de lui les leaves humectées de lewa et, dans un vase, ce lewa destiné à faire adhérer les leaves entre elles et aux cakes.

L'opérateur met au fond de la cuvette, légèrement chauffée, les leaves en les collant les unes aux autres avec le lewa, de façon à former une cou: che de 1 centimètre d'épaisseur qui dépasse les bords de la cuvette. La quantité d’opium nécessaire au cake est prise avec la mesure et vérsée dans la cuvette sur les leaves. On pose dessus

de nouvelles leaves imprégnées de lewa, on re-

lève la partie pendante des leaves du fond de la cuvette et on les colle aux leaves du dessus avec le lewa. Le cake est terminé.

On laisse une légère ouverture au sommet, pour que les gaz puissent s'échapper, qu'on refermera plus tard. On roule les cakes dans de la poudre de feuilles de pavot pulvériséeset on les met à sécher au soleil sur de petites assiettes en terre pendant trois jours. Dès que leur consistance est assez dure on les emballe dans des caisses en bois divisées en deux rangées de 20 cases chacune : soit 40 cakes par caisse.

Voici quelques renseignements complémen-

taires.

Composition d’un cake.

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