Pline, Epist., III
la gloire. Quelqu’un parlait un jour devant Métius Carus du malheureux Sénécion, et profitait de l’occasion pour distribuer encore quelques outrages à sa mémoire ; Carus, qui l’avait fait condamner, lui dit : « Ne touchez pas à mes morts 1 ». Il y a les délateurs de basse condition, qui ont commencé par exercer les emplois les plus vils, et qui, arrivés à la richesse et à la puissance, gardent toujours quelque trace de leur origine, comme ce Yatinius que Tacite appelle une des monstruosités de la cour de Néron2. C’était un ancien cordonnier; il devait sa fortune aux bouffonneries de son esprit et aux difformités de son corps. Introduit dans les maisons des grands pour servir de risée, il se poussa chezleprince par la calomnie, et finit par faire pleurer ceux qu’il avait fait rire. Il y a enfin les délateurs élégants, qui se piquent de distinction et de belles manières et demandent la mort des gens avec grâce. Un jour, il en parut un devant le sénat, mis à la dernière mode et le sourire sur les lèvres : il venait accuser son père3!
Dans ce monde confus, quelques figures ressortent. Il y avait notamment, parmi les délateurs de Tibère, le plus grand orateur de Rome en ce moment; c’était un de nos compatriotes, Domitius Afer, né dans la colonie de Nîmes. Il laisait partie de ce groupe de beaux parleurs, d’avocats habiles, les Montanus, les Julius Africanus, que la Gaule envoyait à Rome vers la fin du règne d’Auguste et pendant celui de Tibère, en même temps que les Sénèque et les Porcius Latro y venaient de l’Espagne. Ses débuts furent pénibles; il resta longtemps pauvre et inconnu, quoiqu’il ne fût pas scrupuleux sur les moyens