‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 106 sur 206 · De Benef., III · texte numérisé non relu

De Benef., III

LES DÉLATEURS

ceux qui ne trouvaient pas que la société leur eût fait une assez belle place, les inquiets, les ambitieux, les mécontents, s’empressaient de saisir cette occasion de se refaire ou de se venger. Quelle arme puissante entre les mains de l’envie et de la rancune ! Quel moyen unique de sortir à son avantage de toutes les situations compromises! Un affranchi a ruiné son maître en son absence ; il l’accusera pour se dispenser de rendre ses comptes. Un misérable est convaincu par un proconsul de manœuvres coupables au fond d’une province, on le ramène enchaîné à Rome; il y revient la tête haute : il a sa vengeance prête, il accusera le proconsul l. Un jeune provincial venu de chez lui sans argent, la tête gonflée de projets de fortune, se désespère de trouver les places prises et les rangs pressés : pourquoi perdrait-il ses forces à lutter contre la misère? Il lui suffit d’accuser quelque grand personnage; le voilà célèbre en un jour. Rien n'est plus riche en contrastes que ce groupe de délateurs que nous dépeint Tacite; tous les rangs, toutes les conditions sociales y sont représentés. A côté de cette foule de petites gens, esclaves, affranchis, soldats, maîtres d’école, on trouve quelques noms de vieille noblesse, un Dolabella, un Scaurus et même un Caton 2. Il y a les délateurs timides, honteux d’eux-mêmes, Silius Italicus, par exemple, qui dans sa jeunesse, par frayeur peut-être, avait accusé quelqu’un, et pendant le reste de sa vie essaya de faire oubliercette faute3. ïly aau contraire les délateurs hardis, cyniques, qui se plaisent à braver l’opinion, qui font rougir les honnêtes gens et en sont fiers, qui se vantent de leurs hauts faits et en réclament

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