‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 121 sur 206 · Epist · texte numérisé non relu

Epist

LES DÉLATEURS

dans la vie et plusieurs d’en sortir1. » Ailleurs il dit avec plus de force encore : « Quelque part que tu jettes les yeux, tu y trouveras la fin de tes maux. Vois-tu ce précipice ? c’est par là qu’on descend à la liberté. Vois-tu cette mer, ce fleuve, ce puits? au fond de leurs eaux se cache la liberté. Vois-tu cet arbre petit, mal fait, stérile? c’est là qu’est suspendue la liberté2. »

Toute l’histoire de ce temps peut servir de commentaire à ces paroles. A quelle époque est-on mort avec plus de facilité et de courage? Ce ne sont pas seulement les personnages célèbres, Sénèque ou Thraséa, qui ont donné de grands exemples à leurs derniers moments : ceux-là savaient qu’on avait les yeux sur eux, et ils se surveillaient pour bien mourir; mais combien d’autres moins connus, moins exposés aux regards du monde, moins engagés par leur passé, moins soutenus par l’espérance d’un nom glorieux, ont cependant montré la même résolution! Julius Canus jouait aux échecs quand le bourreau, qu’il attendait, vint le prendre pour mourir. Il compta tranquillement ses pièces et dit à celui qui jouait avec lui : « N’allez pas au moins vous vanter après ma mort de m’avoir gagné » ; puis, s’adressant au bourreau : « Je vous prends à témoin, lui dit-il, que j’ai un point d’avance3 ». La plupart des accusés n’attendaient pas le bourreau. Au premier bruit qu’un délateur les avait dénoncés au sénat, ou même avant les poursuites, dès qu’ils savaient l’empereur mécontent, ils s’enfermaient chez eux et s’ouvraient les veines. Ils trouvaient à cette mort précipitée plusieurs avantages : ils échappaient aux tortures d’un procès dont l’issue n’était pas

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