‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 120 sur 206 · Epist · texte numérisé non relu

Epist

l’opposition sous les césars.

sera riche avec plus de tranquillité, parce qu’il saura qu’on peut être pauvre sans douleur1 ». Ce n’est pas tout encore, et il ne suffit pas de s’habituer à l’exil et à la misère. Celui qu’on redoute ne se contente pas de ces châtiments quand il est irrité, il prend aussi la vie. L’accusation de majesté qu’on joignait toujours aux autres ne permettait pas aux juges d’être indulgents : il n’y avait plus de fautes légères dès que le nom de César s’y trouvait mêlé. Sénèque le sait bien; aussi sa philosophie n’est-elle en grande partie qu’une préparation à la mort. Il n’enseigne pas seulement à l’attendre avec courage, il conseille aussi quelquefois de la prévenir. Le suicide est pour lui le remède à tous les maux de l’empire et comme une sorte d’antidote de la tyrannie. Il lui semble que la dignité humaine outragée par les Césars n’a d’autre moyen de se relever que la mort volontaire. C’est elle qui permet à un homme isolé, au plus faible et au plus chétif des hommes, de tenir têteau maître du monde. Elle lui donne des forces en face de ce pouvoir sans limites par la pensée qu’il peut toujours lui échapper, et il ne se regarde pas comme tout à fait esclave, puisqu’il lui reste la liberté de mourir. Il faut voir avec quelle effrayante énergie Sénèque défend ce droit, le seul que le despotisme ait laissé aux Romains. « Il y a des gens, dit-il, qui font profession d’être sages, et qui vous disent qu il n est pas permis d’attenter à sa vie, que c’est un crime de se tuer, qu il faut attendre l’heure fixée par la nature. Ils ne voient pas, ceux qui parlent ainsi, qu’ils nous ferment le seul chemin qui nous reste pour être libres. La loi éternelle n’a rien fait de mieux pour 1 homme que de lui donner une seule façon d’entrer

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