‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 123 sur 206 · Tac., Ann., VI · texte numérisé non relu

Tac., Ann., VI

LES DELATEURS

toutes les fortunes, tous les âges, vous offriront des gens qui n’ont pas hésité à se délivrer de leurs maux par la mort1 ». Tacite en est moins satisfait. Son cœur se seri’e « à la vue de celte soumission d’esclave et de tout ce sang perdu en pleine paix », et il déclare qu’il n’approuve pas ces morts « si lâchement résignées2 ». La raison qu’il a pour les condamner si durement est sans doute la même qui chez nous pousse quelques personnes à blâmer la résignation des victimes de la Terreur. Il est certain qu’un condamné qui accepte si facilement son arrêt semble en reconnaître la justice, qu’il encourage celui qui le frappe à continuer par l’espérance de l’impunité, et qu’il ne donne pas' le temps de naître à la pitié publique. Un peu plus de résistance aurait eu peut-être ce double effet de rendre le pouvoir plus réservé et la foule plus sympathique.

Il m’est arrivé quelquefois, dans le cours de cette étude, de rappeler, à propos de l’empire romain, les souvenirs de la Révolution française. Ces deux époques présentent plus d’une analogie, et elles ont été souvent comparées entre elles. On se souvient de cette page admirable du Vieux Cordelier où Camille Desmoulins se sert de Tacite pour commenter la loi des suspects. Il y avait en effet des suspects sous l’empire ; on y invoquait aussi le salut public pour justifier des proscriptions, et, dans quelques jugements sommaires du sénat, ce respect apparent des formes légales, qui cachait la violation effrontée de toutes les conditions de la défense, fait songer aux procédés du tribunal révolutionnaire. Ces deux despotismes, partis de princioes si opposés, se sont souvent

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