‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 124 sur 206 · Tac., Ann., XVI · texte numérisé non relu

Tac., Ann., XVI

216 l’opposition sous les césars.

rapprochés par les résultats. Il ne leur convient guère de s’adresser, comme ils font, des récriminations violentes. Tous les deux ont commencé par supprimer la liberté; tous les deux ont affiché le même mépris de la vie humaine et fait naître dans ceux qui les exerçaient comme une ivresse de sang et une folie de meurtres; tous les deux ont eu leur Terreur. Certains récits de Tacite ou de Suétone laissent dans l’âme une impression semblable à celle des scènes les plus lugubres de la Révolution. Ne peut-on pas dire, par exemple, que le règne de Tibère a eu ses journées de septembre, lorsque après la mort de Séjan, ennuyé de voir ses prisons encombrées, il les vida d’un coup en faisant tuer tous ceux qui s’y trouvaient enfermés? « La terre était couverte de cadavres; tous les sexes, tous les âges, des nobles, des inconnus, gisaient épars ou amoncelés. Les parents, les amis, ne pouvaient en approcher, les arroser de larmes, les regarder même trop longtemps. Des soldats, placés alentour, épiant la douleur, suivaient les corps déjà corrompus lorsqu’on les traînait dans le Tibre. Là, flottant sur l’eau ou poussés vers la rive, ils restaient abandonnés sans que personne osât les brûler ou même les toucher. La frayeur avait rompu tous les liens de l’humanité, et plus la tyrannie devenait cruelle, plus on se défendait de la pitié1. » Ce qui me paraît compléter la ressemblance de ces deux époques, c’est que tous ces massacres se sont produits en pleine civilisation, au moment où les mœurs semblaient les plus douces, où la raison se vantait d’être la plus éclairée. Quand on visite les maisons ruinées de Pompéi, qu’on y retrouve ces débris de riches ameublements, ces marbres, ces bronzes, ces peintures, ces mosaïques,

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