‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 141 sur 206 · Sat · texte numérisé non relu

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2G2 l’opposition sous les césars.

ration, il s’approche d’elle et lui adresse ces paroles galantes que Racine aurait bien voulu répéter aux belles dames d’Uzès: « Je vous en conjure, au nom de vos charmes, ne dédaignez pas d’accueillir un étranger parmi vos adorateurs. Vous le trouverez dévot à votre beauté, si vous lui permettez de vous adorer1. » Je me figure que cette langue spirituelle et précieuse était celle qu’on devait parler dans la société de Poppée.

Les conclusions auxquelles nous amène l’étude que nous venons de faire du Satiricon surprendront peutêtre quelques personnes. Les anciens critiques ne jugeaient pas l’œuvre de Pétrone comme nous, et ils en donnaient une opinion différente. Le souvenir du récit de Tacite, qui ne s’oublie pas, les avait trompés. Us songeaient toujours à cette satire que Pétrone écrivit de sa main à ses derniers moments pour se venger du prince qui le condamnait à mourir. Sans doute il n’était pas possible de la confondre avec ce roman dont il nous reste de si longs débris, et qui ne pouvait pas être écrit en un jour; mais on se laissait aller à croire que le roman et la satire, étant l’œuvre du même écrivain, étaient composés dans le même esprit, que, dans tous les deux, « l’auteur avait voulu décrire les débauches de Néron, et que ce prince y était le principal objet de son ridicule ». C’est une opinion à laquelle il faut, je crois, renoncer. Le Satiricon n’est pas une œuvre d’opposition ; il n’est pas possible de penser, comme Saint- Évremond, que, « par une agréable disposition de différents personnages, Pétrone y touche diverses impertinences de l’empereur et le désordre ordinaire de sî

1. Sat., 127 : ego per formant tuam le rogo, ne fastidias hominem peregrinum inter cultores admittere; inventes religiosum, $ te adorari permiseris.

vie ». Les personnes qu’on y raille ne sont ni le prince ni ses amis, mais plutôt des gens que l’empereur n’aimait pas et dont on se moquait autour de lui ; l’auteur n’a pas écrit son livre « dans le temps de ses mécontentements cachés » : l’ouvrage doit être au contraire de l’époque de sa faveur. Il n’était pas destiné à satisfaire les rancunes de ces politiques de salon qui se transmettaient à la dérobée et dévoraient en cachette les ouvrages suspects : il était fait pour être lu à la cour, dans ce cercle de gens d’esprit corrompus et de débauchés élégants qui entouraient Néron et Poppée, et Pétrone, en le composant, travaillait, comme l’affranchi Paris, « pour animer les plaisirs du prince 1 ».

Gardons-nous pourtant d’aller trop loin ; il faut avoir soin, avec ces gens d’espritT de ne pas forcer les nuances. Ils sont si souples, si adroits, si fuyants, si habitués au monde et à la vie, qu’ils parviennent à éviter les extrêmes et qu’ils savent unir les contraires. C’est ainsi que Pétrone a su mêler quelque indépendance à ses flatteries. On lui ferait tort assurément si on le confondait tout à fait avec les Paris, les Yatinius, les Tigellin, avec tous ces vulgaires scélérats prêts à tout faire et à tout souffrir, dont cette cour, nous dit Tacite, était plus remplie qu’aucune autre. La fermeté de sa mort le distingue d’eux, et j’ajoute que le Satiricon lui-même, quand on le lit avec soin, nous donne de lui une meilleure idée. Il est remarquable que, même dans les passages où il veut être agréable au prince, ce railleur éternel ne renonce pas à son ironie. Celui qu’il charge d’attaquer Lucain et de refaire la Pharsale, c’est un poète ridicule que les enfants poursuivent à coups de

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