‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 140 sur 206 · Sat · texte numérisé non relu

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qui ait su parler de galanterie. » C’était en effet une nouveauté, et Saint-Évremond a raison de dire que Virgile, par exemple, « n’a rien de galant ». Il a dépeint la passion dans sa vérité et dans sa force ; Pétrone la montre affaiblie et comme énervée par l’usage de la vie commune et les conventions de la société. Ses amoureux sont toujours assez maîtres d’eux pour avoir de l’esprit même dans les moments les plus tendres; ils s’expriment avec cette nuance d’exagération qui ne va pas sans un sourire et laisse entrevoir une discrète ironie. Quand Polyœnos aperçoit Circé pour la première ois, il est ébloui de sa beauté, ce qui ne l’empêche pas d en faire un tableau détaillé. « Il n’y a pas de parole, dit-il, qui puisse exactement la décrire. Sa chevelure frisée naturellement tombait en grosses boucles sur ses épaules. Son front était petit1 et bordé par ses cheveux qu’elle relevait en arrière. Ses yeux brillaient comme les étoiles dans une nuit sans lune ; ses narines étaient légèrement arquées, et son gracieux petit visage ressemblait à celui que Praxitèle a donné à Diane. Que dire de son menton, de son cou, de ses mains, de la blancheur de ses pieds, qui brillait à travers les bandes d’or de son brodequin ? Elle faisait honte au marbre de Paros2. » Lorsqu’il s’est un peu remis de son admi-

1. Un des traducteurs de Pétrone, Nodot, fait remarquer à ce propos que la petitesse du front était pour les anciens une marque de beauté, et qu’ils la regardaient même comme un signe d’esprit. Il ajoute : « On dirait, à entendre parler le peuple aujourd’hui, qu’on n’est plus de cette opinion ; cependant les gens de bon goût en sont toujours. J’ai eu même la curiosité de consulter là-dessus quelques-unes des plus belles femmes de France, de la première xjualité, des plus spirituelles et des plus galantes, lesquelles m’ont assuré que c’est un défaut considérable d’avoir un grand front. »

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