Lucius cle morte Cæsaris
il voulut paraître au théâtre entre ses deux ministres, Sénèque et Burrhus, afin qu’on reconnût l’empereur dans le comédien, et obtint d’eux qu’ils donneraient à tous les spectateurs le signal des applaudissements. A la vérité, Tacite nous dit que Burrhus n’applaudissait qu’en gémissant ( mœrens Burrhus ac laudans) 1 ; mais c’était un vieux soldat, qui n’avait jamais été qu’un courtisan médiocre : Sénèque devait applaudir de meilleure grâce. Quant aux Grecs qui se pressaient à ces spectacles, ils avaient tant d’estime pour les choses et les gens de théâtre, qu’un empereur histrion n’était pas fait pour les étonner 2 : aussi témoignaient-ils, quand ils l’écoutaient, une admiration si violente, un enthousiasme si bruyant que Néron les proclamait les plus fins connaisseurs du monde, les plus dignes de l’entendre et de le juger. Seuls les vieux Romains, restés obstinément fidèles aux traditions du passé, qui avaient une si haute idée de l’autorité souveraine et tant de mépris des comédiens, qui mettaient au-dessus de toutes les vertus le respect du décorum , furent indignés. Ce qui nous semble surtout un grand ridicule leur paraissait un grand déshonneur, et Juvénal s’est fait l’interprète exact de leurs sentiments quand il reproche plus durement à Néron de s’être montré sur la scène que d’avoir tué sa mère. Au milieu de ce conflit d’opinions diverses, de quel côté se rangeait Pétrone? Il ne l’a pas dit, au moins dans la partie de son livre qui nous reste, et oit il a